Traces de pas d'Happisburgh

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52° 49′ 32″ N 1° 32′ 06″ E / 52.82542, 1.535 ()

Prise de vue verticale du site avec une vue agrandie d'une empreinte faisant apparaître la marque des orteils.

Les traces de pas d'Happisburgh sont un ensemble d'empreintes fossilisées de pas d'hominiens datant du début du Pléistocène, découvertes en mai 2013 dans une couche de sédiments mise à nu par l'érosion marine sur une plage à Happisburgh dans le Norfolk, à l'est de l'Angleterre. Elles furent détruites par la marée dans les jours qui suivirent. Selon les résultats des travaux de recherche rendus publics le 7 février 2014, ces empreintes datent de plus de 800 000 ans et sont donc les plus anciennes traces de pas d'hominiens trouvées en dehors de l'Afrique[1],[2],[3],[4].

Avant la découverte d'Happisburgh, les plus anciennes traces de pas trouvées en Grande-Bretagne avaient été découvertes à Uskmouth en Galles du Sud et datées par le carbone 14 de 4600 avant l’ère commune[5]. En Tanzanie, le site de Laetoli a par ailleurs livré des empreintes de pas d'hominidés bipèdes exceptionnellement conservées dans des cendres volcaniques indurées datant d'environ 3,7 millions d'années (Pliocène).

Découverte[modifier | modifier le code]

Les empreintes ont été découvertes en mai 2013 par Nicholas Ashton, conservateur au British Museum, et Martin Bates de l'Université Trinity Saint David, qui effectuaient des recherches dans le cadre du projet Pathways to Ancient Britain[6]. Les traces de pas ont été trouvées à marée basse dans des sédiments partiellement recouverts de sable de la plage sur l'estran à Happisburgh. Les sédiments se sont déposés dans l'estuaire d'un cours d'eau depuis longtemps disparu et ont été par la suite recouverts de sable, préservant leur surface. La couche de sédiments est située au pied d'une falaise sur la plage, mais après des orages, la couche de sable protectrice a été emportée et les sédiments se sont retrouvés exposés[3],[7]. En raison de la mollesse des sédiments, qui se trouvent sous la ligne de marée haute, l'action des marées les a érodés et en deux semaines, les empreintes ont été perdues[1].

Bien que les chercheurs n'aient pu préserver les empreintes, ils ont travaillé pendant les périodes de marée basse, bien souvent sous la pluie battante, pour enregistrer des images 3D de toutes les traces de pas, utilisant les techniques de la photogrammétrie. Les images ont été analysées par Isabelle De Groote de l'Université de Liverpool John Moores qui a été en mesure de confirmer que les creux dans les sédiments étaient bien des empreintes de pas d'hominiens[1],[8].

Les résultats liés à la découverte ont été rendus publics par Nicholas Ashton et les autres membres de l'équipe de recherche en février 2014 dans la revue scientifique PLOS ONE[9].

Description[modifier | modifier le code]

Photographies du secteur A à Happisburgh montrant : (a) vue vers le nord de la surface marquée d'empreintes ; (b) vue vers le sud de la surface marquée d'empreintes, montrant également les différentes couches de sédiment.

Une cinquantaine de traces de pas ont été trouvées dans une zone couvrant près de 40 m2. Douze de ces empreintes sont en grande partie complètes et deux montrent des détails des orteils[10]. Les traces de pas d'environ cinq individus ont été identifiées, dont des adultes et des enfants. Les empreintes mesurent entre 140 et 260 mm, ce qui correspondrait à des hauteurs d'homme comprises entre 90 cm et 1,70 m. On pense que les individus qui ont fait ces empreintes font partie de l'espèce Homo antecessor[8], connue pour avoir vécu dans les montagnes d'Atapuerca en Espagne il y a environ 800 000 ans. Aucun fossile d'hominien n'a été trouvé à Happisburgh[7].

Les analyses montrent que le groupe de peut-être cinq individus marchait vers le sud (en amont) le long de vasières situées dans l'estuaire de l'ancien cours de la Tamise qui se déversait dans la mer plus au nord qu'elle ne le fait aujourd'hui (le sud-est de la Grande-Bretagne était relié au continent européen à cette époque)[8],[11]. Les archéologues pensent que le groupe cherchait dans les vasières des produits de la mer tels que des vers de vase, des fruits de mer, des crabes ou du varech. Il est possible que le groupe ait vécu sur une île située dans l'estuaire qui leur fournissait un abri contre les prédateurs, et qu'ils quittaient leur île pour se rendre sur le rivage à marée basse[10].

Datation[modifier | modifier le code]

Le site d'Happisburgh est trop ancien pour utiliser la datation par le carbone 14, qui n'est pas appropriée pour les sites vieux de plus de 50 000 ans. La datation du site s'est plutôt faite à l'aide de la stratigraphie, du paléomagnétisme et grâce à la présence de flore et de faune fossile dans les sédiments. L'ensemble des preuves semble indiquer que les sédiments se sont déposés à la fin d'une période d'inversion du champ magnétique terrestre il y a entre 780 000 et 1 million d'années[12].

L'âge exact des sédiments dans lesquels ont été trouvées les empreintes n'a pas encore été déterminé. Des signatures magnétiques présentes à l'intérieur des dépôts sédimentaires indiquent qu'elles ont été déposées entre les deux dernières inversions magnétiques – l'inversion Brunhes-Matuyama (en) il y a environ 780 000 ans et l'inversion Jaramillo (en) il y a entre 950 000 et 1 million d'années. Les preuves données par la flore et la faune fossile comme des dents de campagnols fossilisées, qui donnent des indications pour la datation très précises font remonter la date possible à au moins 840 000 ans. Sur cette base, deux dates possibles pour la déposition des sédiments où ont été retrouvées les empreintes ont été proposées, soit il y a 850 000 ans, soit il y a 950 000 ans, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer laquelle est correcte[7],[10].

Géographie du Pléistocène[modifier | modifier le code]

Carte montrant la situation d'Happisburgh il y a 800 000 ans.

À l'époque où vivaient les hominiens d'Happisburgh, un pont terrestre existait entre la Grande-Bretagne et la France avant la formation de la Manche il y a environ 450 000 ans. La Tamise coulait plus au nord qu'elle ne le fait aujourd'hui avant de converger avec l'ancienne rivière Bytham (en)[13], tandis que les paysages d'une grande partie du Norfolk et du Suffolk d'aujourd'hui étaient composés d'une série de crêtes argileuses et de creux connus sous le nom de East Anglian Crag Basin[14]. Happisburgh se trouvait à environ 25 km plus à l'intérieur des terres qu'il ne l'est aujourd'hui et était le lieu d'un ancien estuaire où la Bytham et la Tamise convergeaient pour se déverser ensuite dans ce qui devait être alors une baie maritime[7].

Lorsque les traces de pas ont été faites, l'estuaire pourrait avoir occupé une vallée ouverte et herbeuse, entourée de forêts de pins, avec un climat similaire à celui du sud de la Scandinavie d'aujourd'hui. Il pourrait avoir été peuplé de mammouths, de rhinocéros, d'hippopotames, de grands cerfs et de bisons qui étaient chassés par des tigres à dents de sabre, des lions, des loups et des hyènes. En plus de la quantité abondante de gibier et de plantes comestibles, les graviers de la rivière étaient riches en silex que les premiers hommes ont pu utiliser[7].

Les découvertes faites à Happisburgh constituent les premières indications d'humains primitifs trouvées si loin au nord. Les paléontologues pensent que les hominiens de cette époque avaient besoin d'un climat plus chaud, mais les occupants du site préhistorique d'Happisburgh se sont adaptés au froid, ce qui suggère qu'ils avaient développé des méthodes avancées de chasse, d'habillement, de construction d'abris et de moyens de chauffage plus tôt que ce que l'on pensait jusqu'à présent[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Pallab Ghosh, « Earliest footprints outside Africa discovered in Norfolk », BBC News (consulté en 9 février 2014)
  2. Ashton N, Lewis SG, De Groote I, Duffy SM, Bates M, et al. (2014) Hominin Footprints from Early Pleistocene Deposits at Happisburgh, UK. PLoS ONE 9(2): e88329. doi:10.1371/journal.pone.0088329
  3. a et b (en) Nicholas Ashton, « The earliest human footprints outside Africa », British Museum,‎ 2014 (consulté en 9 février 2014)
  4. Science & Vie - Des empreintes de pied humain vieilles de 800.000 ans découvertes
  5. (en) « Uskmouth », Severn Estuary Levels Research Committee (consulté en 9 février 2014)
  6. (en) « Earliest human footprints outside Africa found in Norfolk », British Museum,‎ 2014 (consulté en 10 février 2014)
  7. a, b, c, d, e et f (en) « Colonising Britain: One million years of our human story », Current Archaeology, no 288,‎ mars 2014, p. 14–21 (lire en ligne)
  8. a, b et c (en) « New discovery at Happisburgh: The earliest human footprints outside Africa », British Museum (consulté en 7 février 2014)
  9. (en) « Earliest human footprints outside Africa found – in Norfolk », Current Archaeology,‎ 2014 (consulté en 8 février 2014)
  10. a, b et c (en) David Keys, « Meet the million-year-olds: Human footprints found in Britain are the oldest ever seen outside of Africa », sur The Independant,‎ 8 février 2014 (consulté en 12 février 2014)
  11. (en) Steve Connor, « Norfolk footprints: Just who were Homo antecessor and how did they arrive in Britain? », sur The Independant,‎ 7 février 2014 (consulté en 12 février 2014)
  12. (en) « Dating the site », British Museum (consulté en 8 février 2014)
  13. (en) « What do microfossils tell us about the first humans in Britain? Section 3. Happisburgh about 840,000-950,000 years ago », British Museum,‎ 2012 (consulté en 10 février 2014)
  14. (en) J. Ehlers, P.L. Gibbard et P.D. Hughes, Quaternary Glaciations - Extent and Chronology: A closer look, UK: Elsevier Science,‎ 2011 (ISBN 9780444535375, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

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