Traïcho Kostov

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Traïcho Kostov (également retranscrit Traïtcho Kostov, ou Trajčo Kostov), né le 17 juin 1897 et mort le 16 décembre 1949, est un homme politique bulgare, dirigeant du Parti communiste bulgare.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Fils d'un cheminot, il accomplit des études de droit. Il rejoint en 1919 le Parti communiste bulgare et participe à ce titre aux activités du parti contre le Royaume de Bulgarie, notamment l'insurrection du 23 septembre 1923, ce qui lui vaut d'être condamné à cinq ans de prison[1]. Lors de son arrestation, il saute par la fenêtre de la préfecture de police pour échapper à une séance de torture : sa colonne vertébrale est gravement atteinte, ce qui lui vaut une déformation du dos[2]. Il reste également boiteux[1].

En 1929, il émigre en Union soviétique : deux ans plus tard, il retourne en Bulgarie où il s'emploie à réorganiser le Parti communiste bulgare selon le modèle stalinien[1]. Il est ensuite, au sein du Komintern, rapporteur pour les cadres du secrétariat balkanique[3]. En 1940, il devient Secrétaire du Comité central du Parti. En 1942, il est à nouveau arrêté, mais échappe à la mort[4]. Il est libéré peu avant l'invasion de la Bulgarie par l'Armée rouge en septembre 1944[1].

Participation au pouvoir[modifier | modifier le code]

En octobre 1944, il contribue à organiser l'épuration sauvage avant d'organiser l'épuration judiciaire des « tribunaux populaires », et planifie la destruction de l'intelligentsia « fasciste », ordonnant que soient dressées des listes de personnes à condamner en tant que « criminels de guerre ». Les « tribunaux populaires » bulgares prononcent, en cinq mois, plus de 2500 condamnations à mort[5].

Après la prise de pouvoir par les communistes en septembre 1944, il est le principal dirigeant du Parti, avant de devenir le bras droit de Georgi Dimitrov une fois ce dernier revenu en Bulgarie. Il devient ensuite vice-premier ministre de la République populaire de Bulgarie. Stalinien convaincu, Kostov participe activement à la mise en accusation et à la condamnation à mort de Nikolaï Petkov, dirigeant de l'Union nationale agraire bulgare. Dans les premières années du régime de la République populaire de Bulgarie, Kostov demeure un dirigeant prestigieux du Parti communiste bulgare, et des chansons sont composées en son honneur[6].

Disgrâce et condamnation à mort[modifier | modifier le code]

Après la rupture Tito-Staline, Kostov devient la cible de Joseph Staline, qui cherche à purger le bloc de l'Est des adeptes, réels ou supposés, du « communisme national »[1]. Kostov semble également avoir, dans le cadre de la vie politique du régime, fait preuve de trop d'indépendance d'esprit, allant jusqu'à se montrer initialement favorable à la participation de la Bulgarie au plan Marshall. Valko Tchervenkov souhaite quant à lui se débarrasser d'un rival dans la succession de Dimitrov (malade, ce dernier meurt en juillet 1949)[7]. En mars 1949, Kostov est destitué de ses fonctions de vice-premier ministre. En juin 1949, il est exclu du comité central et du Parti communiste; il est arrêté le 20. Kostov est accusé d'avoir, lors de son arrestation en 1942, collaboré avec la police; on lui reproche également d'avoir fait nommer Tito à la tête du Parti communiste yougoslave (nomination effectuée, en fait, par Dimitrov)[3], et d'avoir partie liée avec le régime yougoslave ainsi qu'avec le Royaume-Uni.

Kostov, en prison, est soumis à des séances de torture[8]. Son procès suit de peu celui de László Rajk en Hongrie, et précède celui de Rudolf Slánský en Tchécoslovaquie. En décembre 1949, il passe en jugement avec dix autres membres du Parti, dont l'ancien ministre des finances Stepanov Natchev. Lors de l'audience du 7 décembre, Kostov récuse les aveux qu'il avait signés au cours de son interrogatoire de police, et nie avoir entretenu des rapports avec les services secrets britanniques comme avoir collaboré avec la police monarchiste bulgare. Sa rétractation prend le tribunal de court, et les installations qui traduisaient ses propos pour les correspondants de presse présents à l'audience tombent rapidement « en panne »[9]. Une suspension de séance est ordonnée : à la reprise de l'audience, Kostov, visiblement malmené en coulisse par le service d'ordre[8], maintient sa rétractation. Les journaux bulgares ne rendent pas compte de ses propos[10], tandis que la presse communiste européenne dénonce son « arrogante indiscipline »[8]. Au cours du procès, Kostov se contente ensuite d'écouter en silence les dépositions de ses coaccusés, qui avouent leurs crimes supposés, et l'accablent tous[10].

Le 14 décembre 1949, Traïcho Kostov est condamné à mort. Quatre de ses coaccusés sont condamnés à la prison à vie, trois à quinze ans, un à douze ans et un autre à huit ans. Kostov est exécuté par pendaison dans la nuit du 16 au 17 décembre 1949[11]. Après son exécution, la presse bulgare publie le texte d'une lettre censément écrite par lui avant de mourir, dans laquelle il « revient sur sa rétractation »[12].

Réhabilitation et postérité[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la déstalinisation Kostov est réhabilité à la fin des années 1950 par le Parti communiste bulgare et par la République populaire de Bulgarie. Sous le régime de Todor Jivkov, le nom de Kostov figure dans les manuels scolaires parmi ceux des héros tombés dans la lutte contre « le fascisme et le capitalisme »[11].

Son nom est cité par Jean Ferrat dans sa chanson Le Bilan, parmi ceux des victimes du stalinisme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, page 334
  2. François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, page 273
  3. a et b François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, page 272
  4. François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, pages 272-273
  5. D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, pages 323-325
  6. D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, pages 334-335
  7. François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, pages 274-275
  8. a, b et c D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, page 336
  9. Archie Brown, The Rise and fall of communism, Vintage Books, 2009, page 210
  10. a et b François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, page 275
  11. a et b D. Charlanov, L. Ognianov, P. Tzvetkov, in Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, page 337
  12. François Fetjö, Histoire des démocraties populaires, tome 1 : l'ère de Staline, Seuil, 1952, page 276