Trêve de douze ans

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La Trêve de douze ans promulguée à Anvers, gravure de Frans Hogenberg, 1616.

La Trêve de douze ans est le nom de la période de Cessez-le-feu de 1609 à 1621 pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans, entre les Provinces-Unies qui contrôlent les états du nord des Pays-Bas et l'Espagne qui contrôle les états du sud.

Les pourparlers de paix entamés à La Haye en 1608, sous la médiation de l'Angleterre et de la France représentée par Jean Hotman, aboutissent le 9 avril 1609.

Durant la paix, deux factions émergent dans le camp hollandais, divisées aussi bien sur le plan politique que sur le plan religieux. D'un côté, les Remonstrants ou Arminiens, avec pour champion le grand-pensionnaire Johan van Oldenbarnevelt et Hugo Grotius[1], sont de grands bourgeois républicains ouverts à une interprétation de la Bible moins littérale que les Calvinistes de stricte obédience. Leurs adversaires sont les extrémistes Gomaristes, partisans d'une théocratie à la Calvin. Ils ont ouvertement fait allégeance au stathouder Maurice de Nassau en 1610[2].

En 1617, l'opposition entre ces deux partis tourne à la guerre civile avec le vote d'un « choix tranché » (en néerl. Scherpe Resolutie) par lequel les villes sont autorisées à réprimer l'activisme des Gomaristes. Le stathouder Maurice accuse lors du Synode de Dordrecht le grand-pensionnaire van Oldenbarnevelt de haute trahison, le fait arrêter et exécuter le 13 mai 1619 à La Haye. Hugo Grotius s'enfuit de la forteresse de Loevestein où il est détenu en attente de son jugement et quitte le pays[1]. Cette affaire a ébranlé la confiance des États généraux.

Les Hollandais mettent à profit cette période pour équiper et développer leur marine qui jouera plus tard un rôle déterminant dans le cours de la guerre. La trêve de douze ans leur permet de s’assurer le contrôle de l’Asie du Sud-Est face aux Anglais. La Compagnie néerlandaise acquiert des positions importantes : îles Amboine et Banda occupées, comptoir à Banten. Des traités d’amitiés sont signés avec de nombreux princes locaux, dont celui de Makassar, des agents sont envoyés à Bornéo (diamants). La trêve garantie la paix dans les mers d’Europe et libère une partie de la flotte pour le contrôle des îles à épices. Les actionnaires touchent des dividendes substantiels (17 % en 1605, 75 % en 1606, 40 % en 1607, 20 % en 1609, 50 % en 1610). Le 20 septembre, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ouvre un comptoir à Hirado au Japon. L'épanouissement économique favorise le climat artistique. Les peintres comme Pierre Paul Rubens et Antoine Van Dyck, reçoivent de nombreuses commandes.

En 1621, les exigences des Espagnols mettent fin à la trêve. Ambrogio Spinola maintient le blocus de Bréda (1624) et Maurice de Nassau échoue à reprendre Anvers (1625). À sa mort, le 23 avril 1625, c'est son demi-frère Frédéric-Henri d'Orange-Nassau qui lui succède, comme stathouder des provinces de Hollande, de Zélande, d'Utrecht, d'Overijssel et de Gueldre et comme capitaine et amiral de l'Union. Il remporte aussitôt de nombreux succès militaires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b John L. Motley, « The Life and Death of John of Barneveld », sur Projet Gutenberg,‎ 1874
  2. (en) J. I. Israel, The Dutch Republic - Its Rise, Greatness, and Fall 1477-1806, Oxford University Press,‎ 1998 (réimpr. 2nde (1ère éd. 1995)), paperback, 431 p. (ISBN 0-19-820734-4)

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]