Tout va très bien madame la marquise (chanson)

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Tout va très bien, madame la marquise est une chanson de 1935, paroles et musique de Paul Misraki, publiée aux éditions Ray Ventura ; c'est un des grands succès de l'orchestre de Ray Ventura et ses Collégiens avec Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? et Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine. Tout va très bien Madame la Marquise est devenu une expression proverbiale pour désigner une attitude d'aveuglement face à une situation désespérée.

Histoire et analyse de la chanson[modifier | modifier le code]

L'origine (moderne) du refrain est attribuée à Bach et Laverne, auteur d'un sketch portant le même titre.

Sa création résulte, selon Paul Misraki lui-même ["Tout va très bien, la vie d'un compositeur", manuscrit inédit] de l'échec d'une première soirée de tournée de Ray Ventura et ses Collégiens, dans le Sud de la France. L'ambiance a été morose, et l'orchestre n'est pas parvenu à réchauffer la salle. Les musiciens sont catastrophés et cherchent tous une idée pour relancer le spectacle. C'est Coco Aslan qui semble avoir suggéré l'idée du "sketch avec la Lady écossaise". Paul Misraki se met alors au travail, trouve assez vite le "départ" (les premières notes), puis compose toute la nuit, avec comme compagnon un camembert, qu'il mangea entier. Au petit matin, le compositeur s'accorde une ultime fantaisie : le "pont" qui commence par "un incident, une bêtise...", en rupture totale avec le ryhtme et l'ambiance de la chanson jusque là. Et le soir, c'est un triomphe.

Chantée à trois voix à l'origine, la chanson raconte une conversation téléphonique entre une vieille aristocrate et son valet James qui lui fait part des catastrophes survenues dans son château pendant son absence de deux semaines (de manière antéchronologique, depuis la mort de sa jument jusqu'au suicide de son mari, chacune de ces catastrophes étant la conséquence directe de la précédente, plus grave encore).

Ses auteurs, Charles Bach et Henry Laverne, et son interprète, Ray Ventura, se moquaient par là de l’optimisme forcené que montraient les gouvernements français successifs devant la montée du nazisme. La création des premiers camps de concentration, l’incendie du Reichstag, les lois de Nuremberg… n’inspiraient aucune inquiétude. Il était plus facile de dire que « tout allait bien » ! Cette indifférence française participa à l’enchaînement d’autres événements historiques hors de France, telles la guerre d’Espagne ou l’invasion de la Tchécoslovaquie et de la Pologne. Tout continuait à aller bien en France… jusqu’au 10 mai 1940, où l'on cessa de chanter.

Au même titre que le film de Renoir La Règle du jeu, Tout va très bien madame la marquise est devenu un raccourci historique pour dépeindre l'immédiate avant-guerre (années 1935-1939) en France et peut-être plus particulièrement les accords de Munich (septembre 1938). Dès l'année suivant son enregistrement (22 mai 1935[1]) la formule fait déjà florès auprès des journalistes. L'expression « Tout va très bien monsieur Herriot » est employée au moment des grèves de juin 1936. Ce sera ensuite « Tout va très bien Monsieur Mussolini »[2]. Et enfin Tout va très bien mon Führer sur les ondes de Radio-Londres [3].

Il existe des traductions en russe, faites par Alexandre Bezymenski (voir Wikipedia russe), en hébreu, faite par Dan Almagor (http://www.youtube.com/watch?v=JcDhpr9cD_Y), en italien et en allemand, faite par Heinrich Pfandl en 2010 (première création mondiale: http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=O-8PamJVG6w , texte ci-même)

Paul Misraki continuera toute sa vie à avoir du mal à assumer ce fulgurant succès (il avait 28 ans, et la chanson s'est faite en une nuit), plusieurs de ses écrits mentionnant cette chanson comme un "incident", justement...

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [audio] « Ray Ventura et ses collégiens », D’un air entendu, sur rts.ch, Espace 2,‎ 25 août 2012 (consulté le 26 août 2012). Par le biais d'archives et de textes choisis, cette émission de la Radio suisse romande, diffusée sur Espace 2, retrace la carrière et le parcours du musicien, compositeur et interprète Ray Ventura. Production : Daniel Robellaz. Durée : 55:32. La date d’enregistrement de la chanson « Tout va très bien Madame la Marquise » est mentionnée à 30:10. L’historique et le contexte relatifs à l’élaboration de ce titre transparaissent à partir du minutage 25:19, notamment au travers d’une interview de Paul Misraki.
  2. Jean-Claude Klein, Florilège de la chanson française, 1990, p. 185.
  3. Maurice Van Mopès, Chansons de la BBC, Editions Pierre Trémois, Paris, 1944 cité dans Jean-Claude Klein, Florilège de la chanson française, 1990, p. 185.