Tournant de la rigueur

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Le « tournant de la rigueur » désigne le changement radical de politique économique, décidé en mars 1983 par François Mitterrand après l’échec d'une politique qui restait inspirée par le Programme commun et dans le contexte d’attaques contre le franc. Jacques Delors, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget, dans le gouvernement Pierre Mauroy (3), met en place une politique de rigueur à partir du 21 mars 1983, qui sera poursuivie par Pierre Bérégovoy, ministre de l’Économie, des Finances et de l'Industrie dans le gouvernement Laurent Fabius.

Une « nécessité économique » pour Delors et Mitterrand[modifier | modifier le code]

Mise en place à partir de l'élection de François Mitterrand en mai 1981, la politique économique de relance menée par la France provoque une perte de confiance et une fuite importante de capitaux.

« Au plan économique, le gouvernement pense réduire le chômage par une politique de relance par la consommation. Cependant, la situation économique se détériore : pour juguler l’inflation, le gouvernement met en œuvre un blocage des prix et des revenus en juin 1982 ; le déficit budgétaire se creuse, et le franc est dévalué trois fois en 1981, 1982 et 1983. Il est impossible d’envisager la poursuite d’une telle politique sans sortir le franc français du système monétaire européen. Mais, avec le soutien de Jacques Delors, ministre de l’économie, le président Mitterrand décide au contraire le maintien dans les mécanismes de solidarité communautaire. Il faut donc changer de politique économique. Le tournant décisif est pris en mars 1983, avec la politique de rigueur. »[1]

Changements économiques[modifier | modifier le code]

Mitterrand fait le choix de rester au sein du Système monétaire européen (SME), et de réduire le différentiel d'inflation (et de hausse des salaires) français vis-à-vis du partenaire allemand, qui pèse sur la compétitivité du pays et la valeur de sa monnaie sur le marché des changes.

Face à la crise et à la menace d’une déroute économique, le président doit revenir sur ses engagements économiques de début de mandat. Pierre Bérégovoy, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget du gouvernement Laurent Fabius, ouvre la voie à un processus de privatisations après les nationalisations de début de mandat. Les marchés financiers sont partiellement dérégulés. La plupart des entreprises qui ont été nationalisées entre 1981 et 1984 seront privatisées sous le gouvernement Jacques Chirac entre 1986 et 1988 ; on peut considérer qu’à partir de 1984, la France quitte un fonctionnement économique étatisé et adopte davantage un fonctionnement d'économie sociale de marché.

Conséquences sur les partis politiques et l'électorat[modifier | modifier le code]

Dans l'électorat de gauche, le désarroi est grand face à l'échec de cette tentative de mettre en œuvre le programme de la gauche (grands travaux, relance par la consommation). Les partisans de Mitterrand étaient sûrs de sa réussite, ce depuis le premier choc pétrolier. La crise économique était censée montrer un certain essoufflement du modèle capitaliste. Face à cette crise, le projet de la gauche se voulait une réponse globale, sociale et politique, et non pas uniquement économique comme la réponse proposée par les libéraux, qui ne sera mise en place, initialement, qu’au Royaume-Uni (notamment par Margaret Thatcher) et aux États-Unis (notamment par Ronald Reagan).

L'échec du gouvernement de Mitterrand à mettre en place ce projet global de société apparaît, pour une partie des militants social-démocrates, comme une remise en cause d'un pan entier de la doctrine économico-sociale de la gauche (politique de relance, État-providence, aide aux salariés et aux couches défavorisées). Et ce malgré les critiques d'une partie de l'extrême gauche, pour qui tout n'a pas été tenté (sortie du SME, durcissement des réformes, etc.). Le passage à une doctrine présentée par le PS comme une culture de gouvernement conduit donc, du point de vue économique et social, à un réajustement qui crée les « déçus du socialisme » qui se détourneront du PS aux élections des années 1984 et 1986. Il sera une des causes de la faiblesse de la gauche au cours des années suivantes, qui amènera la première cohabitation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire de l'Assemblée nationale, site de l'Assemblée nationale. Consulté le 6 février 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]