Tourisme spatial

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Courbure de la terre vue de l'espace

Le tourisme spatial (space tourism en anglais) est l'activité touristique qui regroupe l'ensemble des expériences, entrainements, vols à sensations, qui permettent à des personnes d'aller dans l'espace pour des motifs non professionnels.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le tourisme spatial s'est d'abord développé à l'initiative des responsables du programme spatial russe, à la recherche de sources de financement à la suite de la crise économique qui a touché leur pays dans les années 1990. Sept personnes ont pu ainsi effectuer un séjour de quelques jours dans la station spatiale internationale entre 2001 et 2009 en déboursant entre 20 et 35 millions de dollars. L'expression "tourisme spatial" a été inventée par les journalistes américains, après la réussite du vol suborbital de SpaceShipOne en 2003. Ce vol effectué dans le cadre d'un concours l'Ansari X Prize était destiné à prouver que le grand public pouvait avoir accès à l'espace. Les concurrents devaient concevoir un engin capable de de monter jusqu'à une altitude de 100km (de manière conventionnelle limite inférieure de l'espace) à deux reprises dans un délai maximum de 15 jours. Paul Allen, le riche co-fondateur de Microsoft, sponsorisa l'ingénieur Burt Rutan, patron de la société Scaled Composites. Le pilote d'essai Brian Binnie réussit les deux vols consécutifs et fit remporter à sa société les 10 millions de dollars.

Ce succès amène Richard Branson, propriétaire de la marque Virgin, à créer avec Scaled Composite, d'une part la société The Spaceship Company TSC pour construire en série plusieurs engins reprenant la technologie de SpaceShipOne et d'autre part Virgin Galactic, qui propose dès 2005 au grand public d'effectuer des vols jusqu'à une altitude de 100 km. Dès les premières réservations, Virgin Galactic passe commande à TSC de 5 navettes spatiales SpaceShipTwo et de deux avions porteurs White Knight Two. Des projets ayant le même programme ont été élaborés par d'autres sociétés mais sont pour certains abandonnés (Rocketplane) et pour d'autres moins avancés (Lynx de Xcor, spaceplane d'Airbus Defense and Space). La date du premier vol suborbital d'un tourisme est régulièrement repoussée car la mise au point de SpaceShipTwo se révèle difficile. Un aéroport dédié à cette activité et situé à Las Cruces dans le désert du Nouveau Mexique est construit pour un cout de 250 millions de dollars et est inauguré le 17 octobre 2011.

Concepts[modifier | modifier le code]

Vol orbital et surborbital[modifier | modifier le code]

De manière conventionnelle on considère qu'un séjour dans l'espace nécessite de dépasser l'altitude de 100 km (ligne de Karman). À cette altitude l'atmosphère, très peu dense, n'oppose pratiquement plus de résistance. On peut parvenir à cette altitude dans le cadre d'un vol orbital ou suborbital. En vol orbital, la vitesse horizontale de l'engin spatial (tangente à la surface de la Terre) est de plus de 7.7 km par seconde et lui permet de se maintenir en orbite. Dans le cadre d'un vol suborbital qui nécessite beaucoup moins d'énergie, l'engin utilisé qui s'apparente plus à un avion/planeur parvient à cette altitude avec une vitesse horizontale inférieure à la vitesse de satellisation minimale et retombe vers la Terre une fois que la gravité a annulé la vitesse ascensionnelle acquise lors de la phase propulsée de son vol. Durant quelques minutes l'avion se trouve en chute libre et ses passagers font l'expérience de l'impesanteur. Au fur et à mesure que l'avion perd de l'altitude, l'atmosphère devient plus épaisse et la trainée s'accroit ; l'avion se met à décélérer et l'impesanteur disparait.

Les défis techniques du vol suborbital[modifier | modifier le code]

Pour parvenir à une altitude supérieure à 100 km, l'avion spatial doit pouvoir se propulser à une altitude où il n'existe pas suffisamment d'oxygène pour alimenter un moteur à réaction. Il est nécessaire d'avoir recours à un moteur-fusée qui brûle des comburants et carburant embarqués. Ce type d'engin est toutefois à la fois complexe et dangereux à utiliser dans le cadre d'une activité commerciale qui se doit de réduire le risque couru par les passagers à un taux acceptable. Scaled Composites a choisi une Propulsion hybride à base de polybutadiène (dérivé du latex) et peroxyde d'azote (dérivé du gaz hilarant!), ergol puissant utilisé par de nombreuses agences spatiales pour leur moteur-fusée. Autre défi important du vol suborbital: Le retour dans l'atmosphère. Lorsque l'avion spatial retombe vers le sol, il traverse d'abord des couches atmosphériques peu denses. Pour des raisons de masse à emporter, l'avion de Scaled Composites a une vitesse horizontale quasi nulle lorsqu'il parvient à l'altitude la plus élevée. Les appuis aérodynamiques sont donc très faibles au début sa chute et il doit avoir recours à une configuration particulière de voilure pour gérer cette phase du vol.

Historique[modifier | modifier le code]

Premiers vols de touristes spatiaux à bord de la station spatiale internationale[modifier | modifier le code]

Depuis les premiers vols habités dans l'espace, il existe une fascination répandue pour cette forme d'aventure extrême. Suite aux problèmes budgétaires rencontrés par l'agence spatiale russe, certains, à condition d'être particulièrement fortunés, ont pu, à compter de 2001, réaliser leur rêve. Il existe aujourd'hui deux formes de tourisme spatial : le séjour en orbite dans la station spatiale internationale qui nécessite un très long entraînement et le vol suborbital qui consiste à passer quelques minutes à une altitude supérieure à 100 km mais qui est relativement moins coûteux et contraignant. En 2009, les opportunités du tourisme spatial orbital sont limitées et coûteuses, l'Agence spatiale fédérale russe étant la seule à fournir le transport. Le prix pour un vol organisé par Space Adventures à la Station spatiale internationale à bord du vaisseau spatial Soyouz est de 20 à 28 millions de dollars. Mais selon le directeur de l'Agence spatiale russe Anatoli Perminov, l'équipage des prochaines missions vers l'ISS requiert, selon un accord international, un équipage au complet, sans place de prévue pour des touristes[1].

Le projet de Virgin Galactic[modifier | modifier le code]

La société Virgin Galactic de Richard Branson, créée en 2004 propose, quant à elle, d'emmener des touristes pour un vol suborbital à plus de 100 km d'altitude (altitude retenue de manière arbitraire comme étant la limite inférieure d'un vol spatial) à bord d'un avion spécialement conçu à cette fin. La durée de ce vol durerait de 2 à 3 heures et permettrait aux passagers de passer cinq minutes en apesanteur, avec seulement trois jours d'entraînement, pour une somme de 250 000 dollars. L'existence d'hôtels dans l'espace relève aujourd'hui toujours du domaine de la science-fiction. Mais Richard Branson a toutefois évoqué qu'un tel projet pourrait finir par arriver avec le temps si les vols suborbitaux sont un succès. Jusqu'à présent (2014) seulement 7 touristes spatiaux ont volé, mais la compagnie Virgin Galactic compte déjà plus de 700 réservations pour ses vols, issus de 48 nationalités, dont 87% d'hommes et 13% de femmes. En mai 2014,18 français sont inscrits, ne résidant pas forcément en France.

Le crash du vaisseau spatial SpaceShipTwo de Virgin Galactic dans le désert de Mojave le 31 octobre 2014, faisant un mort et un blessé grave, inflige un sérieux revers au rêve du tourisme dans l'espace[2].

Autres sociétés ayant des projets de tourisme spatial[modifier | modifier le code]

Depuis le vol de SpaceShipOne en 2003, plusieurs entreprises ont le projet d'envoyer des touristes dans l'espace[3] : Armadillo Aerospace, Bigelow Aerospace, Blue Origin, da Vinci Project, Excalibur Almaz, Galactic Suite Ltd, PlanetSpace, Reaction Engines Limited, Rocketplane Kistler, Rotary Rocket, XCOR Aerospace. La société EADS Astrium a dévoilé le 13 juin 2007 son projet de tourisme spatial[4]. Le premier vol aurait pu avoir lieu en 2012, si le projet avait débuté comme prévu avant 2008. Cet avion-fusée désormais appelé Spaceplane, conçu par Astrium, désormais appelée Airbus Aerospace, permettra à quatre passagers d'atteindre une altitude de plus de 100 km, pour un coût se situant entre 150 000 et 200 000 euros par personne. La durée du vol sera d'environ une heure et demie. Le projet est sponsorisé financièrement par Singapour qui accueillera les premiers essais de maquette échelle 1 à l'été 2014. Un vol commercial ne peut être imaginé avant 2024, cette date variant entre les succès des tests, et le montant des investissements consentis. De même, les membres industriels de l'association Astronaute Club Européen envisagent aussi ce type de vol et organisent chaque année un concours pour étudiants. Depuis Novembre 2014 l'association IETS pour Institut Européen du Tourisme Spatial s'active pour promotionner le tourisme spatial en Europe; présidée par le général Marc Alban, elle propose d'ouvrir le marché au monde du tourisme en développant un ou plusieurs astroports, réunissant toutes les animations et expériences de vols à sensations orientées vers le vol spatial et suborbital. C'est la première association qui réunit à la fois le secteur du tourisme, les industriels, les astronautes, et les médias.

Hôtels spatiaux[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1990, plusieurs entreprises ont envisagé de créer des hôtels placés en orbite terrestre utilisant le réservoir principal de la Navette spatiale américaine, ou des structures gonflables. Mais aucune de ces idées n'a dépassé le stade de l'étude de faisabilité. Plus récemment, l'homme d'affaire Robert Bigelow, magnat des hôtels Budget Inn, a acquis les plans d'un habitat spatial gonflable issus d'un programme abandonné de la NASA, Transhab. Son entreprise, Bigelow Aerospace, a lancé un premier prototype à échelle réduite d'hôtel orbital, Genesis I, en juillet 2006. D'autres entreprises sont également intéressées par la construction d'hôtels spatiaux. Le PDG de Virgin, Richard Branson, espère voir la construction d'un tel hôtel durant sa vie[5].

Les touristes spatiaux[modifier | modifier le code]

Sept touristes de l'espace, à ce jour (septembre 2009), ont effectué des vols spatiaux orbitaux  :

  • Drapeau des États-Unis Dennis Tito : du 28 avril au 6 mai 2001. Il a déboursé 20 millions de dollars
  • Drapeau de l'Afrique du Sud Mark Shuttleworth : du 25 avril au 5 mai 2002. Il a déboursé 21 millions de dollars
  • Drapeau des États-Unis Gregory Olsen : du 1er octobre au 11 octobre 2005. Il aurait déboursé 20 millions de dollars (ce chiffre n'a pas été confirmé officiellement).
  • Drapeau de l'Iran Drapeau des États-Unis Anousheh Ansari : du 18 septembre au 29 septembre 2006. Une américano-iranienne, qui est la première femme touriste de l'espace, et première iranienne. Elle décolle le 18 septembre 2006 à bord de la mission Soyouz TMA-9, pour une durée de 10 jours à bord de l'ISS. Sous la pression des autorités russes et américaines, elle ne pourra pas garder le drapeau iranien sur sa combinaison, ni diffuser de message politique[6],[7]. Elle a déboursé 20 millions de dollars.
  • Drapeau de la Hongrie Charles Simonyi participant au vol Soyouz TMA-10 du 7 avril 2007 en direction l'ISS, pour un retour prévu le 20 avril. Selon Eric Anderson, PDG de Space Adventures, ce cinquième voyageur de l'espace a déboursé 25 millions de dollars. Charles Simonyi est un ancien employé de Microsoft qui a été pendant un temps responsable de la division applications de la société américaine et plus particulièrement de la suite bureautique Microsoft Office. Il a depuis créé sa propre entreprise, Intentional Software[8]. Il est retourné dans l'espace le 26 mars 2009, devenant le premier touriste spatial à être allé dans l'espace à deux reprises. Il a déboursé 25 millions de dollars pour son premier vol et 22 pour son deuxième.
  • Drapeau des États-Unis Richard Garriott, participant au vol Soyouz TMA-13 le 13 octobre 2008. Il a déboursé 30 millions de dollars.
  • Drapeau du Canada/Drapeau du Québec Guy Laliberté, décolle avec la mission Soyouz TMA-16 le 30 septembre 2009. Il a déboursé 35 millions de dollars.

Le 10 octobre 2005, Alexeï Krasnov de la FKA, déclara que Daisuke Enomoto, un entrepreneur japonais âgé à l'époque de 34 ans avait été pressenti pour être le quatrième touriste de l'espace. Son départ était prévu pour le 14 septembre 2006. Mais suite à des examens médicaux non concluants, il fut écarté du programme le 21 août 2006.

Impact environnemental[modifier | modifier le code]

Le tourisme spatial est très critiqué pour son impact sur le changement climatique : EADS évoque un marché de 15 000 passagers par an en 2020. Virgin Galactic affirme avoir déjà des réservations pour 30 000 billets ; or un article paru dans Geophysical research letters établit que, si de telles quantités se vérifient, cette activité d'ultra-riches deviendrait un facteur massif de changement climatique : après une décennie de vols, à raison de 1000 par an, la contribution au changement climatique de cette activité serait égale à celle de la totalité des vols d'avions actuels, du fait du dépôt dans la stratosphère d'une suie très fine et très efficace pour piéger le rayonnement solaire (forçage radiatif 140 000 fois plus élevé que celui du CO2)[9].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Conseil national du tourisme, Le tourisme spatial, Paris, La Documentation française, 2009
  • Embarquer dès demain pour l'Espace, le vol suborbital touristique Frank Lehot & autres auteurs, Vuibert, 2010

Notes et références[modifier | modifier le code]