Tony Duvert

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Tony Duvert

Activités écrivain
Naissance
Villeneuve-le-Roi
Décès (à 63 ans)
Thoré-la-Rochette
Langue d'écriture français
Genres roman, essai
Distinctions Prix Médicis (1973)

Œuvres principales

Tony Duvert est un écrivain français né le à Villeneuve-le-Roi et mort à Thoré-la-Rochette en . Ses premiers romans sont remarqués, aussi bien pour leur style (Paysage de fantaisie reçoit le Prix Médicis en 1973) que pour leurs thématiques (pédophilie homosexuelle, critique de la famille, etc.), et il devient un écrivain d'une certaine renommée dans les années 1970.

Se revendiquant lui-même comme homosexuel et pédophile, il profite du contexte favorable de l'époque pour exposer ses vues sur la sexualité et la famille. Jean-Claude Guillebaud le considère comme un « cas d'école littéraire », ayant fait « de la pratique pédophile non seulement l'enjeu d'un prosélytisme acharné, mais la matière même de sa littérature[1] ».

Après 1980, l'audience de Tony Duvert diminue. Vivant en reclus dans le Loir-et-Cher, il s'installe avec sa mère à la fin des années 1980, et publie un dernier essai en 1989 avant d'être presque totalement oublié. Après la mort de sa mère, il passe seul les douze dernières années de sa vie. Il a essentiellement été publié par les Éditions de Minuit.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation (1945-1966)[modifier | modifier le code]

Tony Duvert naît le à Villeneuve-le-Roi de Georges Duvert, receveur d'enregistrement né à Meknès en 1918, et de Ferdinande Maury, née à Worms en 1920[2]. Il a deux frères, Alain et Gilles[3]. Enfant « timide et plutôt renfermé[3] » il apprend très jeune la lecture et le piano[4] et manifeste un goût prononcé pour la campagne. Il écrit en 1980 avoir commencé sa vie sexuelle à huit ans et avoir été sodomisé pour la première fois à l'âge de douze ans[5]. Cette vie sexuelle précoce lui vaut d'être exclu de son collège à douze ans à la suite de relations homosexuelles avec un camarade plus âgé : il est envoyé par ses parents chez le psychiatre Marcel Eck, spécialiste du traitement de l'homosexualité, dont il a décrit en 1980 les méthodes comme brutales et humiliantes[6]. À la suite de quoi il fait une fugue et une tentative de suicide[7]. Son père meurt peu après[8].

En 1961, il intègre le lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny-sur-Orge, réputé dans la région[9]. Élève brillant, il rebute par sa morgue et son homosexualité, et a peu d'amis proches[10] avant que son professeur de philosophie ne lui fasse rencontrer fin 1963 Christian Duteil, futur professeur de philosophie et journaliste[11]. Tous deux sont primés en 1964 au concours général (Duvert par un accessit, Duteil par une mention spéciale)[12]. Assez fréquemment ils se rendent à Paris, où Duvert multiplie les expériences homosexuelles[13]. Après le lycée, il s'installe à Paris pour commencer une licence de lettres mais préfère se consacrer à l'écriture[14].

Débuts littéraires (1967-1973)[modifier | modifier le code]

En 1967, Tony Duvert adresse le manuscrit de Récidive à Jérôme Lindon des Éditions de Minuit, dont le catalogue exigeant et le succès critique (il a publié Samuel Beckett et de nombreux auteurs du Nouveau Roman) paraissent au jeune écrivain un gage de qualité[15]. Lindon reconnaît immédiatement le potentiel de Duvert et accepte de publier l'ouvrage. Tony Duvert fait donc ses débuts en littérature à l'âge de 22 ans. Cependant, Lindon, conscient des risques de publier un roman où la pornographie est très présente, fait le choix d'un tirage restreint (712 exemplaires) et d'une sortie discrète : publié sans service de presse, le livre n'est disponible que par souscription, ou dans des librairies sélectionnées qui le vendent discrètement.

Très productif, Duvert publie dans les années suivantes trois romans : Interdit de séjour et Portrait d'homme-couteau en 1969, Le Voyageur en 1970. « Toujours plus sexuel[s], toujours plus violent[s], et toujours plus expérimenta[ux][16] », ils restent vendus par souscription, ce qui n'empêche pas Interdit de séjour d'être interdit à la vente aux mineurs, à la publicité et à l'exposition par un arrêté du 10 juillet 1969[17].

Dans ces quatre premiers romans, le rejet des conventions du roman classique se fait de plus en plus extrême, plus par volonté subversive que pour suivre la mode[16] : style décousu, jeux typographiques, absence ou multiplicité des intrigues, des narrateurs, de la chronologie ou des faits, absence de ponctuation dans Le Voyageur. De plus, ces expérimentations narratives et stylistiques se doublent d'une « dimension politique » des ouvrages, qui critiquent la société bourgeoise[18] au moyen de la pornographie violente, de l'apologie de la fugue et de la promotion des relations sexuelles entre adultes et enfants. Duvert est souvent rattaché au courant du Nouveau Roman ; il fait d'ailleurs en 1968 l'éloge du romancier Robert Pinget dans un article publié par la revue Critique[19]. Interrogé sur sa filiation littéraire, Duvert précise cependant éprouver une « grande aversion » pour les styles d'autres auteurs du Nouveau Roman comme Alain Robbe-Grillet ou Michel Butor[20].

Si ces caractéristiques commencent à lui assurer un certain succès critique, il vend peu[21]. Afin de lui assurer un revenu fixe, Lindon décide de le salarier en lui confiant la direction d'une nouvelle revue littéraire, Minuit, qui publie dès son premier numéro, outre Duvert, Samuel Beckett, Pierre Bourdieu, Roland Pinget et Alain Robbe-Grillet. S'il s'acquitte durant plusieurs années durant de la tâche avec réussite, son caractère limite toujours l'extension de son réseau, même si la même année il se lie d'amitié avec le dessinateur Michel Longuet[22].

Au début des années 1970, Tony Duvert fréquente une mère de famille qu'il apprécie peu, afin de se rapprocher du fils de cette dernière. Apparemment peu attentive à son fils, et désirant partir en voyage seule, la mère confie l'enfant à Tony Duvert durant l'été 1973. Duvert passe avec le garçon, âgé de huit ans, une semaine seul dans une maison achetée peu auparavant par la mère de l'écrivain et l'un de ses frères à Thoré-la-Rochette. Il semble probable, durant cet épisode, que Duvert ait eu des relations sexuelles avec l'enfant[23]. Cet épisode sert de trame à Quand mourut Jonathan, publié quelques années plus tard.

Reconnaissance critique (1973-1979)[modifier | modifier le code]

La publication en 1973 de son roman Paysage de fantaisie marque un tournant. Sorte de longue rêverie hallucinée autour d'un bordel de petits garçons, il est accueilli très favorablement par la critique de l'époque qui y voit, selon l'expression du psychanalyste Serge André, « l'expression d'une saine subversion »[24]. Ainsi, pour Claude Mauriac, l'ouvrage révèle « des dons et un art que le mot talent ne suffit pas à exprimer[25] ».

Grâce à l'appui de Roland Barthes, entré peu avant au jury, Duvert reçoit début novembre le Prix Médicis 1973, ce qui constitue une petite surprise[26]. Duvert, face aux journalistes qui découvrent son visage pour l'occasion, apparaît nerveux et mutique[27], et son caractère difficile l'amène à se disputer le soir même avec ses soutiens, Barthes compris, lors du repas célébrant le prix[28] : une violente querelle éclate entre Tony Duvert et Roland Barthes, au sujet de la pédophilie[29]. Alain Robbe-Grillet raconte dans Ouvrez les guillemets avoir apporté son soutien à l'auteur avec Lucie Faure, l'épouse d'Edgar Faure qui reçurent les réunions à l'Hotel de Lassay[30].

Jusque-là très peu connu au sein des milieux de la culture et des médias, Tony Duvert accorde à l'époque ses premières interviews à la presse[20]. Cette visibilité médiatique permet à son premier essai, Le bon sexe illustré, prolongation de son article de 1973 « La sexualité chez les crétins », d'être commenté dans la presse à sa parution en 1974. Dans cet ouvrage, partiellement inspiré par son expérience de l'été 1973, il critique violemment l'éducation sexuelle et la famille. Duvert affirme, dans Le Bon Sexe illustré : « Il faut reconnaître aux mineurs, enfants et adolescents, le droit de faire l'amour »[31]. La réception est positive, même si les critiques louent plus son humour et sa capacité à observer les faux-semblants de la « société bourgeoise » que les prescriptions et l'idéologie même de Duvert[32]. Chacun des chapitres de l'essai est illustré d'une photo représentant un jeune adolescent en érection, que l'auteur décrit comme « une bite de gamin qui bande »[33].

Début 1974, grâce à l'argent du prix, il quitte Paris qu'il apprécie peu[34] et s'installe à Marrakech dans le quartier du Guéliz[35]. Dans ses premiers mois au Maroc, il couche avec de nombreux adolescents et enfants, et délaisse l'écriture[36]. À la fin de l'année, il quitte son logement moderne pour un appartement plus petit dans la vieille ville, et se lance dans la rédaction de Journal d'un innocent, transposition espagnole de son expérience marocaine, au style plus classique que celui de ses précédents livres[37]. Il rentre en France au milieu de l'année 1975, assez désabusé par son expérience de la société marocaine, passe l'été à Thoré-la-Rochette, puis s'installe à Tours, fuyant Paris et les milieux littéraires[38]. Le livre est publié en 1976.

À la fin de l'année, il se met à écrire un roman, transposition romancée de son histoire de l'été 1973 : la rédaction de Quand mourut Jonathan lui prend une longue année qu'il passe reclus dans le Loir-et-Cher[39]. Ses contacts avec Lindon sont uniquement épistolaires[39]. Durant la même période, il écrit des poèmes en prose, de courtes nouvelles recueillis aux Éditions Fata Morgana en 1978 dans deux ouvrages : District et Les Petits Métiers.

L'estime critique ne permet cependant pas à Duvert d'atteindre le succès qu'il escomptait avec son prix Médicis ; il décide alors d'écrire un roman qui reprendrait ses thèmes de prédilection tout en étant moins pornographique et en présentant une facture stylistique absolument classique[40] afin de sensibiliser à ses idées à un public qu'il espère plus large possible[41]. Paru en mars 1979, L'Île Atlantique « suscite des articles dithyrambiques[42] » de Bertrand Poirot-Delpech, François Nourissier ou Madeleine Chapsal, et le livre se vend effectivement « un peu mieux[40] » que les précédents.

À la fin des années 1970, Duvert est présent dans la presse (il écrit des grilles de mots croisés pour Gai Pied, est interviewé par Libération), et dans les librairies  : en 1980, l'essai L'Enfant au masculin, dans lequel il dénonce le rejet toujours persistant de la pédophilie et critique ce qu'il appelle « l'hétérocratie »[43], constitue sa cinquième publication en trois ans. Il continue cependant à vivre à Tours, ne séjournant brièvement à Paris qu'en de rares occasions[44].

Le retrait du monde (1981-2008)[modifier | modifier le code]

Malgré cet intérêt pour son travail, Duvert se renferme de plus en plus. Après L'Île Atlantique, il s'attaque au roman de genre avec Un anneau d'argent à l'oreille, inspiré par le roman policier[45] mais toujours très critique envers la société adulte. Persuadé que Lindon n'aime pas ce livre, Duvert est déçu de l'accueil fait par la presse. Le critique du Figaro Michel Nuridsany y voit pourtant « un tournant » dans l'œuvre de celui « que l'on s'accorde à considérer comme l'un des meilleurs écrivains de sa génération »[46].

Le repli de Duvert s'aggrave, il s'enfonce dans le refus de tout rôle social et dans la paranoïa[47]. Les rencontres avec ses amis ou les réponses à leurs lettres, même les plus proches comme Michel Longuet[48] ou Jean-Pierre Tison[49], s'espacent de plus en plus. Il se lance dans un projet autobiographique, La Ronde de nuit, qui n'aboutit pas, bien que Lindon ait reçu quelques chapitres[50]. À la fin des années 1980, malgré l'extrême patience de son propriétaire, Duvert ne peut plus payer le loyer de son appartement, après plusieurs années déjà passées sans chauffage ni téléphone. Il se retire alors auprès de sa mère à Thoré-la-Rochette[51]. En 1988, lorsque L'Île Atlantique est édité en poche au Seuil, François Nourissier regrette dans Le Monde la disparition littéraire de Duvert. En 1989, il sort pourtant un recueil d'aphorismes, Abécédaire malveillant, qui est mal accueilli par la critique, Le Figaro excepté. Jérôme Garcin, dans L'Événement du jeudi, y voit « l'ultime pochade fielleuse d'un soixante-huitard attardé dans les WC à la turque de la fac de Vincennes où les murs amochés supportent encore les graffitis obscènes et les tags colériques d'une révolte désormais désuète »[52]. Tony Duvert ne publie plus rien ensuite.

En 1996, la mère de Duvert meurt. Il la fait incinérer sans cérémonie. Il vit absolument seul, ne sortant que le soir ou pour faire ses courses en taxi. Il n'a pas de contacts avec ses voisins et passe pour une sorte de fou qui lit à haute voix des textes qu'il détruit aussitôt[53]. Bien qu'oubliée, son œuvre influence cependant encore à la fin des années 1980 quelques auteurs des Éditions de Minuit, comme Eugène Savitzkaya, Hervé Guibert et Mathieu Lindon[54] ou plus récemment Gilles Sebhan.

En 2005, Gérard Mordillat adapte pour Arte L'Île Atlantique, sans que Duvert n'intervienne d'aucune manière dans le processus, sinon pour donner son aval à l'éditeur, car il a toujours besoin d'argent[55]. À la suite de la diffusion du téléfilm en décembre 2005, Livres-Hebdo rappelle qu'on voyait en Duvert « un auteur essentiel », potentiellement « le plus grand écrivain de sa génération »[56]. Dans la foulée, L'Île Atlantique est réédité en poche chez Minuit, mais Duvert ne réapparaît pas. En février 2008, Jean-Pierre Tison serait la dernière personne à avoir reçu des nouvelles de l'écrivain[16].

Le corps de Tony Duvert est retrouvé à son domicile le 20 août 2008, plusieurs semaines après son décès[57], dans un état de décomposition avancée[58]. Sa mort remonterait à début juillet[n. 1]. On retrouve dans la maison des images pédopornographiques (David Caviglioli, critique au Nouvel Observateur, y voit le « terminus répugnant d'une impasse sexuelle et morale dans laquelle même la littérature s'est perdue » [59]) et on parle de manuscrits inédits mais selon son frère Alain, Tony Duvert, très démuni, n'a « laissé que des dettes » et pas le moindre écrit[60]. Peu après l'annonce de sa mort, les nécrologies sont dans leur majorité élogieuses[61], formant selon René de Ceccatty « un curieux requiem consensuel[62] ».

Gilles Sebhan a publié en 2010 chez Denoël un ouvrage consacré à Tony Duvert, intitulé Tony Duvert. L'enfant silencieux. Déplorant l'oubli dans lequel est tombée l'œuvre de Duvert, qu'il considère comme un grand écrivain, Sebhan déclare : « La difficulté essentielle dans mon travail consistait à traiter de la pédophilie de Duvert, dans et hors de son oeuvre, sans que le livre se referme d'emblée entre les mains des lecteurs. J'ai choisi précisément de ne pas employer le mot, de le contourner, non pas par lâcheté, mais parce qu'il fonctionne comme un signal qui annule toute pensée, parce qu'il déclenche une sorte de révulsion morale. Je voulais que le lecteur suspende un peu son jugement pour envisager une vie et une personne dans toute sa complexité. (...) Quant à mon propre jugement, je voulais qu'il parte de l'oeuvre, pour envisager Tony Duvert de l'intérieur, pour tenter de comprendre ce qu'il avait pu ressentir face au monde et aux hommes. (...) Tony Duvert me touche au plus intime. Je le sens proche comme un frère. Et en même temps c'est un fou. Il me fait peur et il est moi »[58].

Style littéraire[modifier | modifier le code]

Ses ouvrages sont marqués, en plus de l'influence du Nouveau Roman, par la récurrence des thèmes qui font la marque de Tony Duvert : l'enfance, la pornographie, la douleur, le sexe, l'innocence. Ainsi le critique Claude Mauriac décrit-il dans Paysage de fantaisie un « passage continu de l'abominable au délicieux et de l'exécrable à l'exquis » qui montre selon lui « des dons et un art que le mot talent ne suffit pas à exprimer[25] ».

Plusieurs de ses ouvrages s'ancrent dans la tradition sadienne d'association de la violence à la sexualité, liée à une croyance en l'importance fondamentale de la cruauté dans les relations sociales comme sexuelles[63]. Il est d'ailleurs vu à ses débuts comme un « disciple de Genet[64] » (auteur que lui-même déclare peu apprécier[20]). René de Ceccatty le dépeint comme un « excellent portraitiste de la bêtise », dans la tradition flaubertienne[65]. Ses premières fictions poétiques sont rapprochés des publications d'Alain Robbe-Grillet, tandis qu'il s'oriente ensuite vers un réalisme poétique faisant écho aux innovations d'Ian McEwan[66].

Un apologiste de la pédophilie[modifier | modifier le code]

Connu pour sa pédophilie revendiquée[67], Duvert dit défendre « le droit des enfants à disposer de leur libre sexualité »[68]. Il a écrit en 1980 avoir eu des relations sexuelles « avec un bon millier de garçons », « de six ans à cinquante et plus »[69]. Deux essais en particulier illustrent ses convictions (Le Bon Sexe illustré, publié en 1974, et L'Enfant au masculin en 1980), lesquelles se trouvent également transposées dans plusieurs romans où les relations pédophiles avec des jeunes garçons occupent une place prépondérante, tels Quand mourut Jonathan ou Journal d'un innocent. Dans Quand mourut Jonathan, l'enfant est montré comme l'initiateur de sa relation sexuelle avec le protagoniste adulte, qu'il encourage à le sodomiser[70].

Dans Le Bon Sexe illustré, Duvert affirme : « L'information sexuelle de l'enfant de 10/13 ans ne pose aucun problème pour qui fait l'amour avec lui. (...) L'enfant de 10/13 ans a donc autant de sexualité qu'il le peut et si, désormais, il la dissimule soigneusement à ses proches, il est souvent à la disposition de beaucoup d'aventures clandestines, quelle que soit leur couleur »[71]. Dans le même ouvrage, il tourne en dérision une image mettant en garde contre les pédophiles et dénonce la répression infligée à ces derniers, estimant que « l'interdit qui frappe la pédérastie est un simple corollaire de ceux qui, chez nous, condamnent d'une part l'homosexualité et, d'autre part, la sexualité des mineurs » et que l'abuseur sadique ou assassin d'enfants est quelque chose de « rarissime » ; pour Tony Duvert, « il est bon de redire qu'entre enfants pubères et impubères il n'y a aucune différence d'aptitude au plaisir ; seuls changent, plus ou moins, les actes de plaisir, leurs codes, leurs rôles, leur socialisation ». Selon lui, les viols d'enfants sont « parfaitement répugnants en tant qu'abus de pouvoir - et seulement en tant que tels, cela va de soi »[72].

En 1979, peu après la sortie de L'Île Atlantique, Tony Duvert accorde à Libération une interview dans laquelle il affirme : « Pour moi, la pédophilie est une culture : il faut que ce soit une volonté de faire quelque chose de cette relation avec l'enfant. S'il s'agit simplement de dire qu'il est mignon, frais, joli, bon à lécher partout, je suis bien entendu de cet avis, mais ce n'est pas suffisant... Certes, on peut créer des relations sauvages tout à fait personnelles : mais il n'est pas question de se contenter de relations sauvages si l'on a affaire à des enfants. Il est indispensable que les relations soient culturelles : et il est indispensable qu'il se passe quelque chose qui ne soit ni parental, ni pédagogique. Il faut qu'il y ait création d'une civilisation ». Dans cette même interview, Tony Duvert s'en prend également aux femmes et à leur droit sur les enfants, qu'il qualifie de « matriarcat pour impubères », souhaitant une « guerre contre les mères » : il préconise de retirer les enfants aux femmes, ou du moins d'« empêcher que les femmes aient un droit exclusif sur les enfants. (...) Il ne s'agit même plus qu'il y ait des relations sexuelles ou qu'il n'y en ait pas. Je connais un enfant et si la mère est opposée aux relations que j'ai avec lui, ce n'est pas du tout pour des histoires de bite, c'est avant tout parce que je le lui prends. Pour des histoires de pouvoir, oui. Autrement dit, elles se prennent une poupée et se la gardent »[73].

En 1980, Tony Duvert publie l'essai L'Enfant au masculin, dans lequel il fait l'éloge de ses propres penchants sexuels, associant l'homosexualité, la pédérastie et la pédophilie ; il affirme notamment que les rapports sexuels d'un homme adulte avec un enfant relèvent de l'homosexualité du mineur et que la répression de la pédophilie fait partie intégrante de la persécution des homosexuels[74]. Pour lui, « le pédophile brouille les valeurs parentales : dans le troupeau, le bétail, des enfants ordinaires, il décèle les miracles humains » (...) « le pédophile en demande trop et il introduit des valeurs trop vraies »[75]. Concernant ses goûts, il écrit : « ma pédophilie, donc, s'intéresse aux garçons impubères. Mais quand commence l'impuberté ? Les bébés ne m'attirent pas encore ; les petits de deux à trois ans me plaisent à la folie, mais cette passion est restée platonique ; je n'ai jamais fait l'amour avec un garçon de moins de six ans et ce défaut d'expérience, s'il me navre, ne me frustre pas vraiment. Par contre, à six ans, le fruit me paraît mur : c'est un homme et il n'y manque rien. Cela devrait être l'âge de la majorité civile. On y viendra »[76]. Selon lui, « Les pédophiles réclament le droit de vivre librement l'amour qu'un enfant leur accorde, et de goûter librement les plaisirs amoureux, mêmes passagers, où ils ont découvert qu'un garçon et un homme se rendent heureux comme des diables »[77]. Dans le même ouvrage, il dénonce également le « besoin féminin de pouvoir sur l'enfant », l'« hétérocratie » soit le « totalitarisme » que représente selon lui l'hétérosexualité érigée en norme, et la bisexualité (masculine) qu'il qualifie de « piège à cons »[78].

Jean-Claude Guillebaud considère le parcours de Tony Duvert dans les années 1970 comme symptomatique d'une certaine complaisance du monde intellectuel de l'époque vis-à-vis de la pédophilie : « Cette violence grave faite à l'enfant, on en parlait avec une espèce d'insouciance irresponsable. Presque de la tolérance : un écrivain comme Tony Duvert qui racontait des histoires d'amour entre un quinquagénaire et un garçon de huit ans[n. 2], a été couronné par le prix Médicis, alors qu'en même temps il faisait une espèce de prédication pédophile dans la presse. Il appelait ça l'aventure pédophile, et on trouvait ça à peu près normal[79] ».

Œuvres publiées[modifier | modifier le code]

Romans
Essais et articles théoriques
  • « La Parole et la Fiction : à propos du Libera », dans Critique no  252, mai 1968. Réédition Éditions de Minuit, 1984 (ISBN 2-7073-0674-6). Laurent Adret a qualifié ce texte de « belle étude[80] ».
  • « Des courants d'air gelés », dans Preuves no  209-210, août-septembre 1968
  • « La Lecture introuvable », dans Minuit no  1, Éditions de Minuit, novembre 1972
  • « La Sexualité chez les crétins », dans Minuit no  3, Éditions de Minuit, mars 1973, p. 60-72
  • « La Folie Tristan, ou l'Indésirable », dans Minuit no  4, Éditions de Minuit, mai 1973, p. 53-70
  • Le Bon Sexe illustré, Éditions de Minuit, Paris, 1973 (ISBN 2-7073-0003-9)
  • « Alejandro - le corps du désir », préface au catalogue de l'exposition Ramon Alejandro, Galerie Arta, Genève, mars 1974
  • « L'Érotisme des autres », dans Minuit no  19, Éditions de Minuit, mai 1976, p. 2-12
  • L'Enfant au masculin, Éditions de Minuit, Paris, 1980 (ISBN 2-7073-0321-6)
  • «Hastaire Hastaire - La mémoire immédiate », Edition : Cachan, France, impr. Polycolor 6 p. ; 29 ill. en noir hors texte
  • « Idée sur Narcisse », dans Masques no  3, hiver 1979-1980
  • « Hastaire », dans Cimaise no  145, 1980.
  • « Genet contre Bataille », dans Masques no  12, hiver 1981-1982
  • Abécédaire malveillant, Éditions de Minuit, Paris, 1989 (ISBN 2-7073-1316-5)
Récits poétiques
  • « District », dans Les Cahiers du Chemin no  3, nrf Gallimard, avril 1968
  • « Ballade des petits métiers », dans Minuit no  24, Éditions de Minuit, avril 1977
  • District, Fata Morgana, Montpellier, 1978. Nouvelle version du texte paru en 1968 dans Les Cahiers du Chemin no  3
  • « Le Garçon à la tête dure : inspiré des Mille et une Nuits », dans Minuit no  30, Éditions de Minuit, septembre 1978
  • Les Petits Métiers, Fata Morgana, Montpellier, 1978. Version augmentée du texte paru en 1977 dans Minuit no  24
  • « Sam le héros », conte, dans Libération Sandwich no  4, 22 décembre 1979
  • « ABC par Tony Duvert», dans Libération no  2015, 7 août 1980. Collage de textes
Presse
  • Nombreuses grilles de mots croisés et quelques articles dans le mensuel Gai Pied.
Interviews
Site dédié à son œuvre

Adaptations[modifier | modifier le code]

  • L'Île Atlantique, téléfilm réalisé en 2005 par Gérard Mordillat, est adapté du roman éponyme de Tony Duvert.

Documentation[modifier | modifier le code]

Ouvrages
Articles

Voir également[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le courrier le plus ancien de sa boîte aux lettres était daté du 4 juillet 2008. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 132
  2. En fait, aucun livre de Tony Duvert ne raconte exactement une telle histoire, mais Jean-Claude Guillebaud se réfère sans doute à Quand mourut Jonathan. Au début de ce roman, le personnage principal adulte a 27 ans et demi et le garçon 6 et demi (Quand mourut Jonathan, Éditions de minuit, 1978, p. 15) et l'essentiel de l'action se déroule un an et demi plus tard (29 ans et 8 ans). Page 25 de son ouvrage La Tyrannie du plaisir, Jean-Claude Guillebaud mentionne ce roman comme racontant l'histoire entre un « peintre d'âge mur et un petit garçon de huit ans » ; il se base vraisemblablement sur la critique de Bertrand Poirot-Delpech qui, dans Le Monde du 14 avril 1978, emploie les mêmes termes pour décrire Quand mourut Jonathan.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Guillebaud, La Tyrannie du plaisir, Seuil, 1998, page 24
  2. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010
  3. a et b Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 21
  4. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 22
  5. Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, page 25
  6. Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, pages 32-33
  7. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 29-31 et 109
  8. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 52
  9. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 31
  10. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 34
  11. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 36-7
  12. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 39
  13. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 38
  14. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 62
  15. Pour ce paragraphe : Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 54-5
  16. a, b et c Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 64
  17. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 59
  18. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 58
  19. Duvert (1968)
  20. a, b et c Jean-François Josselin, Un romancier du désir, Le Nouvel Observateur, 5 février 1973
  21. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 65-6
  22. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 44-5
  23. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 92-9
  24. Serge André, La signification de la pédophilie
  25. a et b Claude Mauriac, « Une littérature corrosive », Le Figaro littéraire no  1396, 17 février 1973, II, p. 16.
  26. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 75
  27. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 76
  28. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 78
  29. Tombeau pour Tony Duvert, L'Express, 10 avril 2010
  30. Ouvrez les guillemets, 26 novembre 1973
  31. Quatrième de couverture du Bon Sexe illustré, éditions de Minuit, 1974
  32. Des critiques sur le site des Éditions de Minuit.
  33. Tony Duvert, Le Bon Sexe illustré, éditions de Minuit, 1974, page 7
  34. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 82
  35. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 85
  36. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 88
  37. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 89
  38. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 91
  39. a et b Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 96-8
  40. a et b Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 102
  41. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 104
  42. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 103
  43. Quatrième de couverture de L'Enfant au masculin.
  44. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 105-6
  45. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 108
  46. Fiche du livre sur le site des Éditions de Minuit.
  47. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 118
  48. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 42
  49. Longuet (2009)
  50. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 109 et 111
  51. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 112 et 118
  52. L'Événement du jeudi, 7-13 décembre 1989
  53. Michel Longuet, L'écritoire 9., 2009
  54. René de Ceccatty, « Eugène Savitzkaya de la nausée au plaisir », dans Le Monde, 7 avril 1989.
  55. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 102-103
  56. Pierre Drachline et Josyane Savigneau cités par Garcia (2005), p. 62
  57. Jean-Noël Pancrazi, « Tony Duvert », dans Le Monde, 24 août 2008, p. 13
  58. a et b À la recherche de Tony Duvert. Entretien avec Gilles Sebhan, blog de La Revue littéraire, 10 mai 2010
  59. David Caviglioli, Vie et mort d'un écrivain pédophile : Duvert le mal-aimant, Le Nouvel Observateur, 13 mai 2010
  60. Gilles Sebhan, Tony Duvert l'enfant silencieux, Denoël, 2010, p. 129-131
  61. Jean-Noël Pancrazi, « Tony Duvert », dans Le Monde, 24 août 2008, p. 13, Mort d'un écrivain à Thoré-la-Rochette, blog de Pierre Assouline, 23 août 2008, mais aussi Éric Loret, « Le Corps délivré », dans Libération, 23 août 2008 ou Anne Simonin sur Mediapart.
  62. René de Ceccatty, « Une effrayante liberté », dans Le Monde, Le Monde des Livres, 24 octobre 2008, p. 5.
  63. Gert Hemka, « From Sade to Fassbinder: Aesthetics of Cruelty and Male Love in Homosexual Artists », dans Raymond Corbey et Joep Leerssen, Alterity, identity, image: selves and others in society and scholarship, Amsterdam et New-York : Rodopi, 1991, p. 57-8.
  64. « Minuit à minuit », dans Le Nouvel Observateur no 418, p. 69, 11 novembre 1972
  65. René de Ceccatty, « Je t'aime, je te tue », dans Le Monde, 5 septembre 1997.
  66. John Fletcher Alain Robbe-Grillet, Londres : Routledge, 1983, p. 84.
  67. Philippe Ariño, Dictionnaire des codes homosexuels : partie I à W, Paris : L'Harmattan, 2008, p. 177.
  68. Mort d'un écrivain à Thoré-la-Rochette, blog de Pierre Assouline, 23 août 2008
  69. Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, p. 106
  70. Tony Duvert, Quand mourut Jonathan, éditions de Minuit, 1974, pages 204-206
  71. Tony Duvert, Le Bon Sexe illustré, éditions de Minuit, 1974, page 38
  72. Tony Duvert, Le Bon Sexe illustré, éditions de Minuit, 1974, pages 99-107
  73. « Non à l'enfant poupée », propos recueillis par Guy Hocquenghem et Marc Voline, Libération, 10 avril 1979
  74. Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, page 178
  75. Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, pages 12-14
  76. Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, pages 18 et 21
  77. Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, page 38
  78. Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, pages 95-96
  79. Sexes et morales, entretien avec J.-C. Guillebaud
  80. Laurent Adret, Les mots des autres: (lieu commun et création romanesque dans les œuvres de Gustave Flaubert, Nathalie Sarraute et Robert Pinget), Lille : Presses universitaires du Septentrion, 1996, p. 257.