Tombeau de François II de Bretagne

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Tombeau de François II de Bretagne
Gisants de François II et Marguerite de Foix
Gisants de François II et Marguerite de Foix
Présentation
Nom local Tombeau des Carmes
Période ou style Renaissance française
Type Sarcophage avec gisants
Architecte Jehan Perréal, architecte,
Michel Colombe, sculpteur
Date de construction 1502-1507
Protection Logo monument historique Classé MH (1862, objet)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Pays de la Loire
Département Loire-Atlantique
Localité Nantes
Localisation
Coordonnées 47° 13′ 06″ N 1° 33′ 01″ O / 47.218255, -1.550147 ()47° 13′ 06″ Nord 1° 33′ 01″ Ouest / 47.218255, -1.550147 ()  

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Tombeau de François II de Bretagne

Le tombeau de François II, duc de Bretagne et de sa femme Marguerite de Foix est un monument funéraire qui se trouve à Nantes, dans la cathédrale Saint-Pierre, et qui fut réalisé en marbre de Carrare au début du XVIe siècle par Michel Colombe (sculpteur) et Jehan Perréal (architecte).

Histoire[modifier | modifier le code]

L'ensemble, commandé par Anne de Bretagne pour honorer la mémoire de ses parents, est considéré comme un chef-d'œuvre de la sculpture de la Renaissance française. Il est également un mémorial de la dynastie des Montfort, et apparaît, dans une vision romantique, comme un symbole marquant de l'histoire de la Bretagne, en tant que « tombeau de la nationalité bretonne » dans cette époque charnière où l'hommage au dernier duc de Bretagne est rendu par celle dont le mariage conduit l'union de la Bretagne à la France[1].

Le monument a été initialement désigné sous le nom de « tombeau des Carmes ». Il devait cette appellation à son emplacement d'origine, car François II avait souhaité que son corps reposât dans la chapelle des Carmes à Nantes, auprès de sa première épouse, Marguerite de Bretagne, à laquelle il devait son titre de duc[1].

En 1499, Anne de Bretagne lance le projet de faire réaliser un tombeau orné de sculptures, notamment les gisants de ses parents, François II et Marguerite de Foix. Cette œuvre monumentale est dessinée par l'architecte et peintre Jehan Perréal et exécutée par le sculpteur Michel Colombe entre 1502 et 1507[2]. En 1506, la duchesse et reine de France Anne obtient du pape Jules II l'autorisation de faire transférer les restes de sa mère, Marguerite de Foix (qui était inhumée dans la cathédrale depuis 1487[1]), dans le tombeau de la chapelle des Carmes[2], opération réalisée en 1507[1]. À sa mort, Anne de Bretagne est inhumée dans la basilique Saint-Denis, comme tous les monarques capétiens. Seul son cœur, déposé dans un reliquaire en or, est placé dans le tombeau familial[2].

En 1791, lors de la Révolution française, les religieux sont dispersés, et le mobilier est vendu. En 1792, les bâtiments, dont l'église, sont vendus comme biens nationaux[3]. Les trois cercueils sont déplacés dans la crypte de la cathédrale, et le tombeau est caché pour en éviter la destruction. Cet acte de sauvegarde est parfois attribué à Jean-Baptiste Ogée, parfois à Mathurin Crucy. Lorsque le tombeau est retrouvé, en 1800, le même Mathurin Crucy propose de réutiliser l'œuvre pour en faire la base d'une colonne commémorative[2]. Cette proposition est refusée par le préfet Le Tourneur, et le monument est transféré dans un croisillon sud de la cathédrale en 1817[4].

Le tombeau est classé au titre « immeuble » des monuments historiques depuis 1862[5].

Description[modifier | modifier le code]

Le monument est constitué d'un sarcophage massif, rectangulaire, de 3,90 m par 2,33 m et de 1,27 m de haut[5]. Dessus, les deux gisants aux mains jointes en prière sont allongés sur une dalle de marbre noir. Leurs têtes reposent sur d'épais coussins ou « carreaux » maintenus par trois anges, et à leurs pieds se tiennent le lévrier, symbole de fidélité, et le lion qui représente la force[1]. Aux quatre coins du tombeau se dressent quatre statues en pied, représentant chacune une des vertus cardinales : on y reconnaît la justice, la force, la tempérance et la prudence[6].

Le tour du tombeau présente d'autres sculptures délicates, placées dans deux niveaux de petites niches de marbre rose. La plus haute représente tour à tour les saints patrons des deux gisants (saint François d'Assise et sainte Marguerite), Charlemagne et Saint Louis, ainsi que les Douze Apôtres (six sur chacun des deux grands côtés). Au niveau en dessous figurent des priants drapés de noir, recroquevillés dans de petits médaillons en coquille[7].

Les gisants[modifier | modifier le code]

François II et Marguerite de Foix sont représentés les mains jointes et les yeux clos, portant un costume d'apparat (grands manteaux doublés d'hermine) et une couronne fleurdelisée. Le duc porte en collier l'insigne de l'Ordre de l'Hermine et de l'Épi[1].

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Les statues d'angles[modifier | modifier le code]

Les figures allégoriques de femmes représentent les quatre vertus cardinales, indicatrices du chemin vertueux que le prince et que tout homme sont appelés à suivre[8]

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Gros plan sur la main de la Force tenant un dragon par le cou pour l'extirper d'une tout qu'elle tient dans son autre main.
Le dragon extirpé du donjon (détail)
Tête de statue de profil, on distingue un visage de chaque côté.
Le double visage de la Prudence.

La Force est représentée en armure avec un casque guerrier, car il s'agit d'une vertu virile. Dans l'iconographie de cette vertu, elle est souvent représentée appuyée contre une colonne ou une tour[9]. Ici elle extirpe le dragon de la tour (ou du donjon) où il s'est retranché et symbolise donc la force morale qui triomphe du vice et de la tentation. L'expression de son visage reflète une certaine douleur rentrée, comme si l'effort d'arracher le dragon (le Mal) de la tour (le Bien, le for intérieur) ne se faisait pas sans combat intérieur[8]. Elle rappelle le rôle du chevalier chrétien dans la défense de la foi.

La Tempérance est munie en main droite d'un mors à cheval, symbole d'une conduite raisonnée : il y a un temps pour tout (Ec 3,1-15) et en main gauche d'une horloge, symbole du temps qu'il faut savoir respecter et atténue les passions[8]. Elle symbolise également la mesure du temps qu'il ne faut pas gaspiller en vanités, mesure en tout pour éviter l'excès. Elle rappelle que le prince doit rechercher le juste milieu, l'équilibre. Son habit presque monacal exprime le refus des tentations de la chair qui mènent justement à l'excès.

La Justice porte en main gauche un livre, représentant la loi, illustré d'une balance, représentant la justice. En main gauche, elle tient un glaive imposant mais délicatement recouvert d'un pan de son écharpe : « Rendre la justice, mais ne pas détruire la personne »[8]. Le glaive châtie et la balance pèse la gravité du crime ou le poids des arguments des deux parties. La statue porte une couronne rappelant que le prince exerce le rôle de juge et d'arbitre[10].

La Prudence tient en main droite un compas, symbole de la mesure de tout acte, et en main gauche un miroir reflet de toute pensée et capteur des conseils de sagesse de l'ancien, figuré en double visage[8]. Celui-ci figure d'un côté un vieillard qui connaît le passé, de l'autre la jeune femme. La prévoyance ne peut se passer de l'expérience. Le miroir est également celui de la vérité : elle y voit l'image de ses faiblesses et se connaissant elle-même, peut mieux corriger sa conduite. À ses pieds se trouve un serpent : « Soyez prudents comme des serpents » (Mt 10,16)[8].

Le Lion et le lévrier[modifier | modifier le code]

Allongé au pieds du duc, le lion est tourné vers l'extérieur. Il présente, entre ses pattes avant, les armoiries de la Bretagne surmontées d'une couronne[1] (le lion est un soutien classique de l'héraldique bretonne).

Le lévrier, orienté à l'opposé du lion, est allongé aux pieds de la duchesse. À son collier orné d'hermine est attaché l'Ordre de la Cordelière, créé par Anne de Bretagne après la mort de ses parents[1]. Il présente entre ses pattes avant les armoiries mi-parti de la Bretagne (partie gauche) et de Foix-Béarn-Navarre (partie droite), armes héritées de son père Gaston IV de Foix-Béarn et de sa mère Éléonore de Navarre[11].

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Charlemagne, Saint Louis, les apôtres[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Leniaud et al., 1991, p. 58.
  2. a, b, c et d de Berranger 1975, p. 130.
  3. de Berranger 1975, p. 129.
  4. de Berranger 1975, p. 131.
  5. a et b « Notice no PM44000596 », base Palissy, ministère français de la Culture. Consulté le 24 août 2013.
  6. Leniaud et al., 1991, p. 61.
  7. Leniaud et al., 1991, p. 59.
  8. a, b, c, d, e et f Panneau de présentation du monument sur site.
  9. « Les belles vertus de Sainte-Avoye », association « les baladins de la tradition » (consulté le 26 août 2013).
  10. Selon Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, cette statue est une représentation d'Anne de Bretagne, « sous le costume et sous les attributs de reine et de duchesse, avec la couronne fleurdelisée et fleuronnée sur la tête » (Girault de Saint-Fargeau 1829, p. 103).
  11. Leniaud, 1991, p. 58. La source n'indique que les armes de Foix pour Marguerite, ce qui ne correspond pas précisément à la sculpture.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri de Berranger, Évocation du vieux Nantes, Paris, Les Éditions de Minuit,‎ 1975 (réimpr. 1994), 2e éd. (1re éd. 1960), 300 p. (ISBN 2-7073-0061-6, lien OCLC?).
  • Jean-Michel Leniaud, Gilles Bienvenu, Pierre Curie, Véronique Daboust, Dominique Eraud, Catherine Gros, François-Charles James et Odette Riffet, Nantes, la cathédrale - Loire-Atlantique, Nantes, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Commission régionale Pays de la Loire., coll. « Images du patrimoine »,‎ 1991, 64 p. (ISBN 2-906344-36-4[à vérifier : isbn invalide]).
  • Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Histoire nationale et dictionnaire géographique de toutes les communes du département de la Loire-Inférieure, Paris, Nantes, Baudouin frères,‎ 1829, 147 p. (lien notice BnF?, lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]