Toison d'or

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Jason rapportant la toison d'or au roi Pélias. Cratère à figures rouges d'Apulie, v. 340 av. J.-C. Musée du Louvre.

Dans la mythologie grecque, la Toison d'or (en grec ancien Χρυσόμαλλον Δέρας / Khrysómallon Déras) est la toison de Chrysomallos, bélier avec des grandes ailes sur lequel Phrixos et Hellé s'enfuirent pour échapper à leur belle-mère Ino. Arrivé en Colchide, Phrixos immole le bélier à Zeus et fait cadeau de la toison au roi Éétès qui la suspend à un chêne et la fait garder par un dragon et des hommes armés.

Pélias ordonna à son neveu Jason d'aller la chercher. Médée trahit son père Éétès et aide Jason et les Argonautes à s'emparer de la toison d'or. Lors de leur fuite, elle découpe son frère Absyrte en morceaux et les jette à l'eau pour ralentir Éétès qui s'arrête pour rassembler les morceaux et lui faire des funérailles dans un lieu appelé alors Tomis (« découpé »), ce qui laisse aux Argonautes le temps de s'échapper avec la toison.

Interprétations[modifier | modifier le code]

L'interprétation de ce mythe grec est à chercher d'abord dans la culture et les croyances de la Grèce antique. L'épreuve imposée à Jason consiste dans un premier temps en un voyage dans un au-delà mystérieux d'où il doit revenir transformé : le symbolisme d'un tel voyage est analogue à celui d'une descente chez les morts, et prend la valeur d'une initiation. La toison d'or du bélier merveilleux qu'il doit rapporter représente un talisman de puissance, voire d'immortalité, dans les royautés achéennes et gage de fécondité[1] : on le voit clairement avec l'agneau portant une toison d'or apparu à Argos et dont parle Euripide[2] : le héraut de la ville invite les Mycéniens à venir « contempler l'apparition qui annonce un règne bienheureux ». Cette toison d'or est en effet le présage annonciateur du règne de Thyeste pour la maison des Atrides. Un tel symbolisme découle des propriétés magiques attribuées à la peau de l'animal sacrifié, particulièrement à la peau laineuse. Selon les auteurs qui rapportent cette légende, cette toison possède d'ailleurs un éclat d'or ou bien de pourpre : elle est de pourpre chez Simonide de Céos[3], et l'on sait que la pourpre est la couleur royale ; elle est tantôt blanc, tantôt pourpre chez Apollonios de Rhodes[4]. Dans son éclat d'or ou de pourpre, il s'agit d'un symbole d'immortalité enveloppant son possesseur d'un vivant rayonnement[5]. L'ouvrage de René Roux[6] confirme que la toison d'or représente bien un rite royal. C'est également en ce sens que Pindare rapporte l'épisode de la toison d'or[7] : Jason doit revenir, au terme d'une conquête menée au péril de sa vie, digne du sceptre paternel. C'est ce que lui demande son oncle Pélias :

« Consens à accomplir cet exploit, et je jure que je te céderai le sceptre et la royauté. »

— Pindare, Pythiques, IV, vers 165.

Mais il s'ajoute aussi à ce mythe un symbolisme initiatique, puisque l'exploit de Jason, familier aux sectateurs de Pythagore, était figuré sur les stucs de la basilique pythagoricienne[8]. Dans la doctrine orphico-pythagoricienne, la quête de la toison d'or symbolise ainsi un rite de passage vers une forme supérieure de vie humaine.

Dans le mythe d'Amour et Psyché, relaté par Apulée dans L'Âne d'or ou Les Métamorphoses[9], l'une des épreuves imposées par Vénus à Psyché consiste à rapporter un échantillon de la toison d'or de brebis féroces, qui attaquent les êtres humains durant la journée. Un roseau parlant conseille à Psyché de récolter, le soir venu, des bribes de leur laine d'or restées accrochées à la végétation.

À l'époque moderne, les commentateurs ont effectué d'autres rapprochements. Ainsi, en Géorgie, du côté des Svanes, (peuple ethnique Géorgiens vivant dans les montagnes du Grand Caucase) populations montagnardes du nord qui pratiquent l'orpaillage dans les rivières du Caucase, on utilise depuis toujours des toisons de moutons pour récolter les paillettes d'or qui s'y trouvent en abondance. Est-ce une coïncidence que la légende de la toison d'or prenne pour théâtre la Colchide, qui est l'actuelle Géorgie ? Cela confirmerait peut-être la thèse du médecin-philosophe Michael Maier, comte palatin de l'empereur Rodolphe II, qui publie vers 1614 à Londres un ouvrage qui veut confirmer les théories de Bracesco, Arcana arcanissima, dans lequel il prétend démontrer que toute l'allégorie de la Toison d'or ne signifie rien d'autre que l'obtention de la médecine d'or des alchimistes[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne], I, 9, 1.
  2. Euripide, Électre [détail des éditions] [lire en ligne], vers 699 sqq.
  3. Simonide, fragment 21 (P.L.G.)
  4. Apollonios de Rhodes, Argonautiques [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 177 (Scholie).
  5. Jacqueline Duchemin, Pindare, poète et prophète, Les Belles Lettres, 1956, p. 189 et 236.
  6. René Roux, Le problème des Argonautes. Recherches sur les aspects religieux de la légende, Paris, Éd. De Boccard, 1949, p. 266-268.
  7. Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne], Pythiques, IV, vers 138 à 231.
  8. Jérôme Carcopino, La Basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, Paris, L’Artisan du Livre, 1927, p. 324 à 327.
  9. Apulée, L'Âne d'or ou Les Métamorphoses, préface de Jean-Louis Bory, trad. et notes de Pierre Grimal, Gallimard / Folio classique, 1998 (ISBN 2-07-036629-4) (pp.143-144)
  10. Michael Maier, Les Arcanes très secrets, livre II, p. 89 à 138. Beya Éd., Grez-Doiceau, 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Œuvres inspirées du mythe[modifier | modifier le code]

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