Tohu-ve-Bohu

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Tohu)
Aller à : navigation, rechercher
Hieronymus Bosch - La création du monde, le Jardin des délices

Le Tohu-ve-bohu ou Tohou-ve-bohou ou Tohou ou bohou (en hébreux: תֹ֙הוּ֙ וָבֹ֔הוּ) est un concept apparaissant au second verset de la Torah et de la Bible. Il est composé de deux mots hébreux tohu et bohu reliés par et. Le premier mot tohu signifie inhabité, inhabitable, le désert. Le second mot, bohu signifie vide. Les deux mots assemblés qualifient l'état du monde au moment de la création. Le second des termes bohu ne se rencontre que trois fois dans la Bible et est donc difficile à définir[1], et il est toujours lié à tohu.

Textes hébreux[modifier | modifier le code]

Les textes qui reprennent cette expression ou sa signification ou un des deux termes sont : dans la Genèse,I, 1-2.: Au commencement, Elohim créa les cieux et la terre. Et la terre était touhou-bohou, ténèbres sur la face de l'abîme, et le souffle d'Elohim planait sur la face des eaux [2],[3]. Dans Isaie XL.V, 18. : Il ne l'a pas créée tohou, mais c'est pour être habitée qu'il l'a formée. Dans le Deuteronome, XXXII, 10. : Il les a trouvés dans un terre désertique, dans un tohou où hurle la solitude, Il les a protégés, Il a veille sur eux, les a gardés, comme la prunelle de son œil[4]. Dans les Psaumes : Dieu a égaré les Hébreux dans le désert où il n'y a pas de chemin


La question qui se pose à la lecture du premier et du deuxième verset de la Bible peut être la suivante : la Bible commence par décrire la création en des termes simples ( Au commencement Elohim créa le ciel et la terre ). Mais dès le second verset, le monde apparaît en plein chaos. Dieu peut apparaître à cette lecture comme démiurge et non-créateur. Comme le disaient les philosophes grecs qui pensaient que Zeus avait organisé une matière qui était éternelle. Il existerait un état antérieur où Dieu et le monde existent éternellement face à face. Le premier verset pourrait ainsi être interprété comme une création divine d'un état chaotique de la matière, ce qui est la conception des philosophes grecs [5].

À partir des références de la Bible l'état de tohou peut être défini comme un environnement où il manque des références qui permettent de s'orienter. C'est un vaste espace vide dépourvu de toute signification.

Rachi décrit l'état premier de la matière comme un état qui aurait plongé l'homme dans un état de stupéfaction. Cet homme n'a jamais existé, puisque le tohu est antérieur à l'apparition de l'homme. Rachi utilise cette fiction pour tenter de décrire le concept. Le tohu étant impensable, faute de référence, de principes et de lois, il ne peut être éprouvé que dans la stupéfaction[6].

Rabbi Yehouda Bar Simon interprète chacun des deux termes comme un instant, un moment d'un processus historique. Le tohou c'est Adam. Le premier homme qui a voulu ramener le monde à l'état informel du chaos en transgressant l'interdit. Pour les Hébreux l'obéissance à la loi est la condition sine qua non de l'ordre du monde et du passage du chaos au cosmos ordonné. Le bohou figure Caïn qui a assassiné son frère Abel. En tuant l'homme il tue le monde et le ramène à son état originel de Tohu-ve-Bohu. Le bohu c'est le désert et Caïn a vidé le monde en rendant impossible la relation à l'autre[7].

William Blake : Caïn fuyant la colère de Dieu ou le corps d'Abel trouvé par Adam et Ève 1805-1809

L'écrivaine polonaise Barbara Engelking décrit l'univers des Juifs qui parviennent à s'échapper des ghettos dans les campagnes polonaises, des fosses communes, des trains, des camps de la mort comme étant un univers informe et vide correspondant au Tohu-ve-Bohu du deuxième verset de la Genèse Ge 1[8], c'est-à-dire dans un abîme, dans un désert où l'on ne peut rencontrer l'Homme[9].


Textes en grec ancien[modifier | modifier le code]

La version en langue grecque dite Septante utilise les termes grecs anciens : ἀόρατος καὶ ἀκατα-σκεύαστος pour traduire les termes hébraïques Tohu-ve-Bohu. Ils signifient : "sans forme, sans visibilité et sans préparation" [10].


Textes en français[modifier | modifier le code]

Le mot est passé au français sous la forme du mot Tohu-bohu, qui a un sens primitif identique à celui de l'hebreu mais s'est élargi jusqu'à une signification de bruit confus , tumulte bruyant .

La traduction par Voltaire de la Bible (1764) en français est la première à reprendre et traduire la phrase de la Genèse comme suit : " La terre était tohu-bohu "[11].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Josy Eisenberg et Armand Abecassis : À Bible ouverte, Albin-Michel 1991, Spiritualité vivante, Paris, (ISBN 2-226-05543-6) p. 44
  2. Ce texte est également traduit comme suit: la terre était informe et vide ou suivant traduction mechon-mamré [1] : la terre n'était que solitude et chaos , Ge 1
  3. En hebreux :וְהָאָ֗רֶץ הָיְתָ֥ה תֹ֙הוּ֙ וָבֹ֔הוּ וְחֹ֖שֶׁךְ עַל־פְּנֵ֣י תְהֹ֑ום וְר֣וּחַ אֱלֹהִ֔ים מְרַחֶ֖פֶת עַל־פְּנֵ֥י הַמָּֽיִם׃ Genesis 1:2, original Hebrew (Westminster Leningrad Codex)
  4. Josy Eisenberg et Armand Abecassis, op. cit. p. 38
  5. Josy Eisenberg et Armand Abecassis, op. cit. p. 39
  6. Josy Eisenberg et Armand Abecassis, op. cit. p. 42 et p. 43.
  7. Josy Eisenberg et Armand Abecassis, op. cit. p. 53
  8. (en hébreu תֹ֙הוּ֙ וָבֹ֔הוּ ) "Or la terre n'était que solitude et chaos"
  9. Barbara Engelking : " On ne veut rien vous prendre...seulement la vie " Des Juifs cachés dans les campagnes polonaises, 1942-1945, Traduit par Xavier Chantry, édition Calman-Levy 2015 (ISBN 978-2-7021-4430-5)p. 74
  10. M. A. Bailly, Grec-Français, Hachette 1901 et 1965
  11. Robert Dictionnaire historique de la langue française - Paris - Tome 3 p. 3837 (ISBN 2-85036-565-3)