Tintin et l'Alph-Art

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections Pour le pastiche, voir Tintin et l'Alph-Art (Yves Rodier).
Tintin et l'Alph-Art
24e album de la série Les Aventures de Tintin
Auteur Hergé
Genre(s) Franco-Belge
Aventure

Personnages principaux Tintin
Milou
Capitaine Haddock
Bianca Castafiore
Lieu de l’action Drapeau de la Belgique Belgique
Drapeau de l'Italie Italie

Éditeur Casterman
Première publication 1986
Nb. de pages 62
Albums de la série Les Aventures de Tintin
Précédent Tintin et les Picaros

Tintin et l'Alph-Art est le 24e et dernier album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin, créée par le dessinateur et scénariste belge Hergé.

Depuis la parution de Tintin et les Picaros, plusieurs scénarios ont été envisagés par Hergé. Parmi eux, la production d'un album sans fil conducteur, que le lecteur pourrait commencer à n'importe quelle page et sans grande action particulière. L'idée a finalement été abandonnée devant l'importante charge de travail causée par l'album et le choix de Hergé se porte sur une histoire qui plonge le reporter dans le milieu de l'art.

Alors qu'il enquête sur l'assassinat d'un propriétaire d’une galerie d’art, Tintin découvre un trafic de faux tableaux étroitement lié à une secte à laquelle Bianca Castafiore a adhéré, mais se retrouve pris au piège et menacé d'être transformé en sculpture. Cette histoire a la particularité de n'avoir aucune fin officielle. Georges Remi a mis plusieurs années à travailler sur le livre jusqu'à sa mort en 1983 et aucun élément n'a permis de déterminer la fin du scénario voulue par le dessinateur. L'album est malgré tout sorti pour la première fois en 1986 par Casterman en association avec la Fondation Hergé puis réédité en 2004 à l'occasion des 75 ans du jeune reporter en 2004, avec l'apparition de nouvelles ébauches de travail.

Scénario[modifier | modifier le code]

Résumé[modifier | modifier le code]

L'histoire commence dans le domaine de Moulinsart, alors que le capitaine Haddock est pris d'un cauchemar mettant en scène Bianca Castafiore. Tintin arrive à la rescousse suite aux cris du capitaine. Ce dernier lui explique qu'il a rêvé que le rossignol milanais lui apportait son « petit déjeuner » composé d'un whisky Loch Lomond qu'il n'arrive plus à supporter suite au sort que le professeur Tryphon Tournesol lui a infligé dans Tintin et les Picaros.

Le téléphone se met à sonner : Bianca Castafiore en personne. De retour de Los Angeles, elle compte être de passage au Château. Le capitaine décide de s'enfuir en ville et, voyant arriver la cantatrice, se cache dans une galerie d’Art qui expose les œuvres de Ramo Nash, créateur d'un concept artistique appelé l’Alph-Art, et qui repose sur des représentations des lettres de l’alphabet en plexiglas. Bianca entre finalement dans le magasin et, sur ses conseils, parvient à convaincre le capitaine d'acheter une sculpture en forme de H. Ramo était accompagné de M. Fourcart, le propriétaire d’une galerie, qui a reconnu puis a discuté avec le capitaine. Le soir, au téléphone, ce monsieur téléphone au jeune reporter pour un rendez-vous le lendemain en fin d'après-midi, mais ne sera finalement pas présent au lieu dit. Pendant ce temps là, un expert du domaine des arts, Jacques Monastir, disparaît mystérieusement tandis que l'émir Ben Kalish Ezab, également en déplacement en Europe, a l'intention de créer un musée dans le domaine de la raffinerie.

Monsieur Foucart est annoncé mort le lendemain du rendez-vous des suites d'un accident de voiture selon la presse. Tintin décide de mener l'enquête et questionne Mademoiselle Martine, l’hôtesse de la galerie, dans une discussion enregistrée sur un magnétophone, puis il interroge le garagiste. Ce dernier parle d'une petite tache d’huile et indique que l'accident s'est déroulé entre Leignault et Marmont. Sur place, Tintin découvre qu'une voiture a fait une queue de poisson pour obliger un autre véhicule à s'arrêter ainsi qu'une longue tache d’huile, et il est pourchassé par une Mercedes noire, sans succès. L'hypothèse d'un crime commence à naître dans la tête du journaliste et se renforce lorsque les deux personnes à bord laissent à terre un pistolet-mitrailleur. Tintin soupçonne Mademoiselle Martine d'être à l'origine de la poursuite avant de se rétracter.

Après avoir questionné de nouveau l’hôtesse, il découvre une affiche annonçant une conférence du mage Endaddine Akass, portant sur son cou le même bijou que Mademoiselle Martine, également présente ce soir-là. Ce bijou en or est en réalité une autre œuvre de Ramo Nash. Le lendemain, Tintin annonce à l’hôtesse qu'il se rend dans l'usine de Fréaux et, sur place, est surpris par trois malfaiteurs, dont l'un parvient à l'assommer. Tintin se réveille dans un lit d’hôpital. Il sort le lendemain et se dirige vers l'immeuble occupant la galerie pour soi-disant questionner les occupants et tombe sur l'assistant du mage. Le jour suivant, il est de nouveau pris en chasse par des malfaiteurs en voiture, ce qui le pousse à enquêter plus en détail sur cet Endaddine Akass.

En compagnie du capitaine, il se rend à l'île d'Ischia, et plus particulièrement à la villa del Signor Endaddine Akass où il retrouve Ramo Nash en compagnie d'une autre femme. Le jeune reporter souhaite se rendre dans cette demeure, mais un coup de téléphone anonyme lui conseille de quitter au plus vite l'île. Un second coup de fil survient, il s'agit de Bianca Castafiore qui souhaite inviter le jeune journaliste et son marin barbu en compagnie de Endaddine. Ce dernier accepte. Après cette réception, Tintin, qui est logé dans la villa, est réveillé par des bruits de camionnettes. Étonné, il décide d'explorer la villa. C'est alors que Tintin découvre un trafic de faux tableaux étroitement lié à cette étrange secte, et se retrouve pris au piège par Endaddine. Ce dernier avoue être à l'origine des meurtres de Monsieur Foucart et de Jacques Monastir.

Un contenu inachevé[modifier | modifier le code]

Cette ultime aventure n’a jamais été terminée, car plusieurs évènements vont occuper le dessinateur et il manquera de temps pour la conception de l'album[1] : la présidence du jury du festival international de la bande dessinée d'Angoulême en janvier 1977 ; son sacre d'officier de l'ordre de la Couronne par Baudouin de Belgique à la fin 1978, la commémoration du cinquantième anniversaire des aventures de Tintin en 1979 et la dégradation de son état de santé durant les années 1980 qui l'emportera le 3 mars 1983.

En 1986, Casterman publie un album comportant deux cahiers parallèles : l’un réunit une large sélection des notes et esquisses d’Hergé, l’autre présente une transcription aussi lisible que possible. La dernière esquisse est composée en dernier plan d'une suite incomplète de quatre cases. Plus de la moitié de la feuille était vide et la dernière case de cet album montre Tintin, menacé par un pistolet, conduit vers un lieu où l’un de ses ennemis veut le couler en statue abstraite, une œuvre qui sera vendue à un musée et qui, selon le mage, s'intitulera « Reporter »[2].

De plus, en décembre 1982, le dessinateur prononce ces propos :

« Je ne peux malheureusement pas dire grand-chose de cette future Aventure de Tintin, parce qu'il y a trois ans que je l'ai commencée, que j'ai peu le loisir d'y travailler et que je ne sais pas encore comment l'histoire va évoluer[3]. »

La réédition de l'album le 10 janvier 2004 à l’occasion des 75 ans du reporter a cependant permis de retrouver dans les archives de Georges Remi de nouvelles « pages » qui montrent l'avancée du synopsis. Si officiellement aucune indication précise comment Tintin parviendra à s’échapper, plusieurs hypothèses sont émises : un trou caché au-dessus du mur de la pièce, ou un sauvetage par l'intermédiaire de Milou qui parvient à ronger les liens du reporter[4] ou encore de Haddock, Tournesol, ou un tout autre personnage[5].

Elles évoquent également d'autres pistes pour l'intrigue qui plongent Tintin à nouveau dans le trafic de drogues. Lors de sa rencontre avec Ramo Nash, Archibald Haddock éprouvera un attachement particulier envers l'artiste qui, par la suite, se ressentira dans son vocabulaire, ses habitudes et sa manière de s’habiller : achat de sculptures et de peintures, pratique de la guitare, etc[6]. Le capitaine et Tintin se retrouveront par la suite arrêtés. Du haschich sera retrouvé dans l'enceinte du domaine de Moulinsart et du chanvre semé dans les jardins[7]. C'est finalement le professeur Tournesol qui permettra au capitaine de retrouver son caractère de l'ancien temps, et notamment le goût du whisky. Mais suite aux essais, le capitaine perd sa chevelure et sa barbe. Hergé souhaitait que le professeur redevienne l’inventeur aux multiples catastrophes, comme dans L'Affaire Tournesol[8].

Des documents préparatoires des Picaros tels qu’ils ont été publiés par Philippe Goddin, confirme que l'album pouvait subir de nombreux changements. C’est pourquoi l’Alph-Art « [n’] est [pas] une aventure de Tintin ».

Controverse sur la poursuite de l'album[modifier | modifier le code]

Bob de Moor voulait continuer Tintin et l'Alph-Art que Hergé a laissé à l'état d'ébauche.

Dès le décès d’Hergé en 1983, l’Alph-Art devient sujet de débats au sein de ses collaborateurs.

Hergé a affirmé à plusieurs reprises, notamment à Numa Sadoul, qu'il ne souhaite pas que son œuvre soit poursuivie par un autre[9]. Le dessinateur explique qu'il existe des centaines de milliers de choses que ses collaborateurs ne peuvent pas faire sans son aide, déclarant notamment :

« Mais faire vivre Tintin, faire vivre Haddock, Tournesol, les Dupondt, tous les autres, je crois que je suis le seul à pouvoir le faire : Tintin, c'est moi, comme Flaubert disait : « Madame Bovary, c'est moi »[10] »

Mais de nombreux collaborateurs de Hergé rêvent que le personnage de Tintin soit repris. Parmi eux, Bob de Moor est capable d’imiter remarquablement les dessins du maître. Il espère au moins terminer cette aventure de Tintin dont Hergé lui a convenu qu'ils l'achèveraient ensemble[11]. Après hésitation, Fanny Rodwell, seconde épouse du dessinateur depuis fin 1950, devenue la légataire universel[9], lui transmet les documents. Mais le scénario doit être achevé, car l’histoire n’a pas de fin, et même la partie déjà écrite devrait être améliorée et remise en ordre. Finalement, Fanny renonce à faire achever Tintin et l'Alph-Art par De Moor sur le conseil de quelques proches[11], notamment Benoît Peeters et Pierre Sterckx, frappés par cet inachèvement profond du scénario et l'absence de concrétisation graphique, hormis pour les trois premières pages.

Endaddine Akass, un nouveau personnage ?[modifier | modifier le code]

Le mage Endaddine Akass fait partie des clés de l'intrigue d'Hergé. Ce personnage mystérieux, également magnétiseur et gourou dont fait mention la Castafiore au début de l'histoire, fait officiellement son apparition à la page 22. Il est à l'origine de ce trafic de faux tableaux de maîtres de l'art que Tintin découvrira dans les derniers esquisses. Selon Hergé, il confie ce travail à Ramo Nash, créateur de l'Alph-Art, qui acquiert un atelier de fabrication à la chaîne de ces faux tableaux. Ces derniers seront vendus dans le futur musée de l’émir Ben Kalish Ezab avec de faux certificats d'authenticité[5].

Ce personnage rappelle cependant quelque chose à Tintin tout au long de cette « aventure ». Ses gestes, sa voix lui sont familiers. La seule piste existante provient des planches retrouvées et publiées dans la version de 2004. Elles révèlent que l'identité réelle du mage est Roberto Rastapopoulos. Les deux personnes se retrouvent de nouveau face à face deux albums après Vol 714 pour Sydney où Tintin se retrouve piégé dans une île indonésienne[4].

Les personnages secondaires[modifier | modifier le code]

Des personnages plus secondaires font également leur apparition :

  • Fleurotte : garagiste de Fourcart ;
  • Marcel Fourcart : expert d’art ;
  • Thomas d’Hartimont : journaliste ;
  • Madame Laijot : comptable de la galerie Fourcart ;
  • Madame Tricot : veuve vivant dans le même immeuble que Thomas d’Hartimont ;
  • Martine Vandezande : secrétaire et hôtesse d'accueil de la galerie Foucart.

Conception[modifier | modifier le code]

L’album se compose de quarante-deux esquisses dessinées au crayon et au stylo à bille noir et soulignées au feutre de diverses couleurs, principalement en rouge. Les premières, très travaillées, sont certifiées comme pratiquement prêtes pour la mise à l'encre définitive tandis que les suivantes sont à l'état d’ébauche, certaines existant en plusieurs versions possibles par Hergé. Mais cette mise en brouillon n’a pas seulement des défauts. Pour Micheal Farr, les esquisses les moins élaborées ont également « le trait d’une vie » et une « électricité », qui permet de distinguer Hergé des grandes personnalités de la bande dessinée franco-belge. De ce fait, l’album, selon son point de vue, avait la promesse d’être l'un des plus réussis parmi les œuvres des vingt dernières années[12].

Contexte et sources[modifier | modifier le code]

Le milieu des années 1970 est le début d'un mouvement antisectes plus vaste en Europe occidentale, notamment avec la création du réseau Cult Awareness Network. En novembre 1982, le magazine Paris Match consacre dans son édition un article sur le gourou indien Bhagwan Shree Rajneesh, fondateur d'un mouvement sectaire appelé la « méditation dynamique ». Hergé s'inspirera notamment d'une photo où l'on voit ce maître spirituel et ses fidèles portant collier[13].

Concernant le trafic de faux tableaux, Hergé a retracé l'histoire de Fernand Legros, un grand marchand d'art américain d'origine française connu pour la vente de faux tableaux, notamment un Toulouse-Lautrec au cours de l'année 1963[14]. L'artiste, par la suite, fait l'objet de nombreuses plaintes en justice et est condamné, en 1979, à deux ans de prison ferme. Les portraits préparatoires d'Endaddine Akass montrent une similitude entre ce dernier et le chapeau, la barbe et les lunettes de soleil de l’escroc[13].

Dessin et narration[modifier | modifier le code]

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Humour[modifier | modifier le code]

Influence[modifier | modifier le code]

Style[modifier | modifier le code]

Graphisme[modifier | modifier le code]

Narration[modifier | modifier le code]

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Plusieurs lecteurs inconsolables décident d’achever complètement ou partiellement l’album. Certains pour se faire de l’argent sur le dos des tintinophiles déçus, d’autres par passion. Parmi les nombreuses reprises et adaptations, on peut noter celles de Ramo Nash, Yves Rodier, Régric, fan2tintin et Serge Bouillet. La plus fidèle au style d'Hergé est sans doute la version proposée par Yves Rodier, dont l’Alph-Art est très apprécié des tintinophiles. Bob De Moor lui-même fut impressionné par le travail de ce dessinateur débutant.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Benoit Mouchart et François Rivière, Hergé : Portrait intime du père de Tintin, Paris, Éditions Robert Laffont,‎ 2011, 250 p. (ISBN 978-2-84868-430-7, lire en ligne), p. 230
  2. (Esquisses L'Alph-Art, p. 42)
  3. (Peeters, p. 24)
  4. a et b (L'Alph-Art, réédition, p. 57)
  5. a et b (L'Alph-Art, réédition, p. 58)
  6. (L'Alph-Art, réédition, p. 61)
  7. (L'Alph-Art, réédition, p. 54)
  8. (L'Alph-Art, réédition, p. 56)
  9. a et b Anne Chemin, « Hergé : tous droits réservés », Le Monde,‎ 11 juillet 2012 (lire en ligne)
  10. Numa Sadoul, Tintin et moi : Entretiens avec Hergé, Casterman,‎ 2004, 260 p. (ISBN 2203017171, lire en ligne), p. 66
  11. a et b (Peeters, p. 477)
  12. (Farr 2001, p. 200)
  13. a et b (Farr 2001, p. 202)
  14. [vidéo] Christian Defaye, « Carrefour - 08.01.1970 », sur les archives de la Radio télévision suisse (consulté le 25 mars 2013).