Timocratie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La timocratie ou timarchie est un régime politique évoqué par Platon, au Livre VIII de La République : c'est le gouvernement par ceux qui recherchent ce qui a du prix, de la valeur.

Explication[modifier | modifier le code]

L'ambiguïté du terme « valeur » en français est aussi présente dans la langue grecque: Timô, c'est fixer le prix d'une chose, mais aussi juger digne, récompenser, honorer, respecter.

Timokratia, c'est l'État dans lequel la recherche des honneurs est le principal mobile.

Pour mémoire, « kratô » signifie dominer, régner. Dans la République, au livre VIII, Platon nomme « timocratie » la première étape de la dégénérescence du gouvernement de la Cité idéale, dans laquelle les meilleurs conduisent la vie politique, c'est-à-dire où une aristocratie est mise en place.

Pour Platon, la timocratie est le gouvernement des guerriers, commandés néanmoins par les passions nobles, celles du cœur[1].

Les jeunes gens (filles et garçons) sont éduqués en communauté, et l'on choisit parmi eux ceux qui font preuve de courage, d'abnégation, de détachement à l'égard du monde sensible, pour en faire les gardiens de la Cité. Et parmi ces derniers, l'on retiendra ceux qui ont à la fois un goût pour la gymnastique et pour l'art de ces filles de Mnémosyne et de Zeus (ou de la Terre et du Ciel selon d'autres traditions) qui président à la Pensée sous toutes ses formes, les Muses. Platon utilise le terme de « Musique » en ce sens. Ces jeunes gens, montrant un goût pour les études intellectuelles, seront les philosophes, dont on fera des gouvernants.

Mais la Cité, née dans l'Histoire, est fille de l'Histoire, et donc conduite à changer. Or ce qui est parfait ne peut, en changeant, que se dégrader. Alors, même ceux qui ont le « naturel philosophe » sont pervertis par le spectacle des injustices et des grossiers plaisirs, - mais aussi par les sophistes, ces maîtres à ne penser qu'en termes de conquête du pouvoir, et non en termes de recherche du bien et du juste, autrement des maîtres qui détournent leur élève de l'authentique exercice de la pensée.

Ces jeunes gens, promis à devenir gardiens de la Cité, prennent goût à ce pouvoir qu'on leur présente comme une fin en soi. Ils n'acceptent plus d'obéir aux philosophes, pratiquent la gymnastique plus que la « musique »[2], ils cultivent la force physique, ils sont férus d'honneurs qui leur confèrent des privilèges. Finalement, cette quête incessante des honneurs ne peut que se transformer rapidement en une quête de richesses. Faisant à la fois montre de gloriole et de cupidité, ces jeunes gens croient que la possession est à l'origine de la valeur. Arrogants, hautains, féroces à l'égard de ceux qu'ils tiennent pour inférieurs et qu'ils méprisent, dociles et même serviles à l'égard de leurs chefs, les hommes de la timocratie prennent pour vertu leur amour de la chasse et de la guerre.

La timocratie dégénérera en oligarchie quand le goût pour l'or et les dépenses s'emparera plus encore de ceux qui détiennent le pouvoir. Dans leur esprit, la richesse se substituera définitivement à la vertu. Le gouvernement sera alors aux mains d'un petit nombre de personnes opulentes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Réfléchir et Agir, n°31, hiver 2009, Platon et les trois fonctions indo-européennes, par Edouard Rix, p. 47.
  2. l'équivalent grec traduit est synonyme de culture générale