Tiédos
Les Tiédos (ou Thiédos ou Ceddos) sont des guerriers des anciens royaumes du Sénégal.
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Histoire [modifier]
Longtemps réfractaires aux tentatives d'islamisation, de christianisation, et de colonisation, ces cavaliers rebelles constituent alors une forme d'aristocratie rurale. Collecteurs d'impôts en temps de paix, ils se livrent aussi à toutes sortes d'exactions. En 1853 l'abbé Boilat décrit le Thiédo comme « un vaurien, un incrédule, un homme sans foi ni loi ». Selon lui, ces miliciens également grands consommateurs d'eau-de-vie constituent « la peste du pays »[1]. Les colons européens portaient une aversion profonde envers les tiédos car ceux-ci ont été les pionniers de la lutte anti-impérialiste coloniale.
Les Tiédos étaient surtout présents dans le Cayor, le Ndiambour, le Djolof, le Waalo, le Baol, Fouta-Toro, le Sine et le Saloum. Ils portaient les cheveux tressés parfois agrémentés d'ornements en or, ou des dreadlocks, sur leurs vêtements toutes sortes d'amulettes, et de bijoux. Ils avaient les oreilles percées en signe de noblesse et de refus de la conversion musulmane dans la société wolof. La plupart était d'origine wolof, mais les thiédos étaient aussi souvent Peuls, Sérères, Mandingues ou Maures. Ils étaient réputés pour leur force et leur cruauté à la guerre, comme pendant les razzias. On peut citer parmi les célèbres tiedos Demba War Sall, qui était le Farba Kaba, chef des Tiedos de Lat Dior, qui s'est finalement dressé contre Lat Dior, lorsque celui-ci est devenu musulman. Les Ceddos luttèrent aussi bien contre l'avancée de l'impérialisme arabo-musulman.
Les Tiédos étaient très attachés aux valeurs et à la spiritualité traditionnelle. Le mot Tieddo désigne aussi la tradition d'origine des Wolofs. Durant le XIXe siècle, on assiste à une véritable insurrection de cette classe guerrière, suite au bouleversement de la société, marquée profondément par la traite atlantique et l'avancée des colons européens. Au temps de la pénétration des colons français, les Tiédos devinrent de grands résistants, s'organisant, pratiquant la guérilla, ils étaient les gardiens de la tradition tiédo. Pour eux l'honneur (« Jom » - le principe de Jom Sérères[2]) était la plus importante des valeurs, ils n'avaient nulle peur de la mort et c'était une honte pour un thiédo d'aller à la guerre avec son ami ou son frère et de revenir sans lui : il préférait se faire tuer ou se suicider sur place plutôt que d'être accusé de fuite devant l'ennemi.
Le mot Ceddo est aussi utilisé chez les Peuls et les Toucouleurs. Il désigne chez les Toucouleurs le noble guerrier d'origine purement royale et aristocratique, souvent c'est un Peul, de la caste des Sebbe. (Voir les Mbegnu Ghana). Les Denyankobé – dynastie de Koly Tenguella –, premier Saltigui du Fouta-Toro, sont de la classe des guerriers Ceddo.
Notes [modifier]
- (fr) Abbé Boilat, Esquisses sénégalaises, P. Bertrand, Paris, 1853, p. 13
- Gravrand, Henry : "L’HERITAGE SPIRITUEL SEREER : VALEUR TRADITIONNELLE D’HIER, D’AUJOURD’HUI ET DE DEMAIN", Ethiopiques, numéro 31, révue socialiste de culture négro-africaine, 3e trimestre 1982 [1]
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- (fr) Abbé Boilat, Esquisses sénégalaises (avec une introduction de Abdoulaye-Bara Diop), Paris, Karthala, 1984, p. 308-309, planche VI (ISBN 2865370976)
- (fr) Mamadou Diouf, Le Kajoor au XIXe siècle. Pouvoir Ceddo et conquête coloniale, Karthala, 1990, 327 p. (ISBN 2865372162)
- (fr) Wesley G. Johnson, Naissance du Sénégal contemporain. Aux origines de la vie politique moderne (1900-1920). Paris, Karthala, 1991, p. 28
- (fr) Gravrand, Henry : L’HERITAGE SPIRITUEL SEREER : VALEUR TRADITIONNELLE D’HIER, D’AUJOURD’HUI ET DE DEMAIN, Ethiopiques, numéro 31, révue socialiste de culture négro-africaine, 3e trimestre
- (fr) Oumar Kane, La première hégémonie peule. Le Fuuta Tooro de Koli Tengella à Almaami Abdul (avec une préface d'Amadou-Mahtar M'Bow), 2004
- (fr) Étienne Le Roy, Damel (souverains), ceddo (guerriers) et badolo (paysans) face aux métamorphoses du pouvoir dans le royaume wolof du Cajor (Sénégal au XVIIIe et XIXe siècles), 1981 (communication)
- (fr) Malick Ndiaye, L'éthique ceddo et la société d'accaparement, ou les conduites culturelles des Sénégalais d'aujourd'hui, Presses universitaires de Dakar, 1998
- (fr) Amadou Abel Sy, La geste tiedo, Dakar, Université de Dakar, 1980, 678 p. (thèse de 3e cycle)
Filmographie [modifier]
- Ceddo, un film d'Ousmane Sembène (1976)
Liens externes [modifier]
- (fr) Annales sénégalaises de 1854 à 1885, suivies des traités passés avec les indigènes, Maisonneuve frères et C. Leclerc, Paris, 1885, 484 p. (nombreuses références)
- (fr) J. Bouteiller, De Saint-Louis à Sierra-Leone. Huit ans de navigation dans les rivières du Sud, A. Challamel, Paris, 1891, p. 50-54
- (fr) « Les Tiédo » (Joseph Du Sorbiers de La Tourrasse, Au Pays des Woloffs, souvenirs d'un traitant du Sénégal, Mame et fils, Tours, 1897, p. 70-71 ; 104-114)
- (fr) Alexandre Camille Sabatié, Le Sénégal : sa conquête & son organisation (1364-1925), imprim. du Gouvernement, Saint-Louis, 1929, 434 p. (nombreuses références)