Thurstan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Thurstan
Biographie
Naissance vers 1070, Normandie
Décès 6 février 1140 à Pontefract
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 19 octobre 1119
Dernier titre ou fonction Archevêque d'York
Fonctions épiscopales Archevêque d'York (1119-1140)

Thurstan (1070 – 6 février 1140) est un fils de prêtre qui devient archevêque d'York[Note 1]. Il sert les rois d'Angleterre Guillaume II et Henri Ier avant d'être élu archevêque à York en 1114. Une fois élu, sa consécration est reportée durant cinq années au cours desquelles il combat les tentatives de l'archevêque de Cantorbéry de soumettre York à son autorité. Il est finalement consacré par le Pape Calixte II à Reims en 1119, et doit rester sur le continent jusqu'en 1121, lorsqu'il est autorisé à retourner en Angleterre. En tant qu'archevêque, il installe deux nouveaux évêques dans sa province. À la mort d'Henri Ier, Thurstan prend le parti du neveu d'Henri, Étienne de Blois, pour lui succéder au trône. Il a aussi pris une part importante à la défense de la partie nord de l'Angleterre contre les attaques écossaises, en participant à l'organisation des forces anglaises lors de la bataille de l'Étendard. Peu de temps avant sa mort, Thurstan démissionne de sa fonction et prend les habits de moine de l'abbaye de Cluny.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Thurstan naît vers 1070 dans la région du Bessin en Normandie. Il est le fils de Popelina[1] et d'un chanoine de la cathédrale Saint-Paul à Londres nommé Anger, Auger ou Ansgar[Note 2]. Avant 1104, son père se voit confier la prébende de Cantlers par Maurice, évêque de Londres, et toute la famille se rend en Angleterre[2]. Son frère, Audoen, devient plus tard évêque d'Évreux[3],[4],[5],[1].

L'abbaye de Cluny, que Thurstan a visité et dont il a fait le vœu d'en devenir moine.

Tôt dans sa carrière, Thurstan est responsable de l'administration de la prébende de Consumpta dans le diocèse de Londres[6], et il entre au service de Guillaume II puis d'Henri Ier en tant que clerc du roi[7]. À cette époque, il visite Cluny, et il émettra plus tard le souhait de devenir moine dans cette abbaye[2]. Thurstan devient également aumônier d'Henri[8], et c'est ce dernier qui obtient son élection comme archevêque d'York en août 1114[9]. Il est ordonné diacre en décembre 1114 et prêtre le 6 juin 1115[7] par Rainulf Flambard, qui est alors évêque de Durham[10].

Controverse et exil[modifier | modifier le code]

Henri Ier d'Angleterre, portrait issu de l'Histoire d'Angleterre de Cassell en 1902.

L'archevêque de Cantorbéry, Ralph d'Escures, refuse de consacrer Thurstan tant que ce nouvel élu n'a pas prêté serment de se soumettre à Cantorbéry. Il s'agit en fait d'un nouvel épisode d'un long conflit qui oppose Cantorbéry et York, débuté en 1070[11]. Thurstan refuse de se soumettre, et demande au roi la permission de se rendre à Rome pour consulter le Pape Pascal II à ce propos. Henri Ier ne l'autorise pas à faire ce voyage, mais même sans appel personnel de la part de Thurstan, Pascal II statue en sa faveur. Lors du concile de Salisbury en 1116, le roi anglais ordonne à Thurstan de se soumettre à Cantorbéry, mais plutôt que d'obéir, Thurstan démissionne publiquement[12]. Alors qu'il est en route pour le concile, Thurstan reçoit des lettres de Pascal II qui soutiennent la cause d'York, et l'autorisent à être consacré sans prêter serment. Le Pape envoie des lettres similaires à Ralph d'Escures lui ordonnant, en tant qu'archevêque de Cantorbéry, de consacrer Thurstan. Lorsque ces lettres deviennent publiques, il est de nouveau considéré comme l'archevêque et sa démission est oubliée[4].

Durant les trois années qui suivent, les nouveaux papes, Gélase II et Calixte II soutiennent également Thurstan, et le 19 octobre 1119 il est finalement consacré par Calixte à Reims[7],[13]. Calixte avait auparavant promis à Henri Ier qu'il ne consacrerait pas Thurstan sans sa permission, qui ne lui a pourtant jamais été donnée[13]. Contrarié, le roi refuse d'autoriser Thurstan à rentrer en Angleterre, et Thurstan reste quelque temps sur le continent en compagnie du nouveau pape. Alors qu'il voyage avec le pape, il rend visite à Adèle de Blois, la sœur du roi Henri, qui est également sa sœur spirituelle. À la même époque, Calixte émet deux bulles en faveur de Thurstan, une qui défait York de la suprématie de Cantorbéry pour toujours, et l'autre demandant au roi d'autoriser Thurstan à retourner à York. Le pape menace l'Angleterre d'un interdit si sa bulle n'est pas prise en compte[13]. Finalement, les amis de Thurstan, dont Adèle, finissent par le réconcilier avec Henri, et il rejoint le roi en Normandie[12]. À Pâques 1120, il escorte Adèle au monastère de Marcigny, lorsqu'elle se retire des affaires actives[14]. Il est rappelé en Angleterre au début de l'année 1121[12].

Archevêque[modifier | modifier le code]

Une des principales faiblesses de l'archevêché d'York est son manque d'évêques suffragants[15]. Thurstan entreprend de recréer l'évêché de Galloway[2], ou Whithorn, en 1125[15]. Il est possible qu'il ait trouvé un compromis avec Fergus de Galloway qui règne sur la région, dans ce qui est maintenant l'Écosse. Ainsi, Thurstan s'assure un nouveau suffragant, et Fergus obtient un évêque dans son territoire, où les affaires religieuses étaient auparavant gérées par les évêques écossais. Le premier évêque est un natif de la région, Gilla Aldan[2]. Cela provoque la colère de Wimund, évêque des Îles, qui avait précédemment juridiction sur Galloway, mais il ne parvient pas à remettre en cause cet évêché. Cet évêque supplémentaire est d'une importance capitale dans la lutte entre York et Cantorbéry quant à la primauté, qui est principalement une bataille de prestige entre les deux sièges. Le nombre d'évêques dépendant de chacun est un important facteur pour faire la réputation de l'un ou l'autre des sièges[16]. En 1133, Thurstan, qui a reçu l'autorisation papale de fonder un nouveau diocèse, consacre Æthelwold au diocèse de Carlisle[2].

Thurstan refuse d'accepter que le nouvel archevêque de Cantorbéry, Guillaume de Corbeil, soit son supérieur, et ne le consacre pas. Le conflit entre les deux hommes se poursuit, et ils se rendent tous les deux à Rome par deux fois pour soutenir leur position devant le pape. En 1126, le pape Honorius II prend une décision en faveur d'York[17]. Il appuie sa décision sur le fait que les documents de Cantorbéry sont vraisemblablement contrefaits[18].

Monument sur le site de la bataille de l'Étendard, où les troupes de Thurstan ont défait les Écossais.

Thurstan prend le parti d'Étienne d'Angleterre après la mort d'Henri en 1135, et apparaît à la première cour de celui-ci à Pâques au palais de Westminster[19]. Thurstan négocie une trêve à Roxburgh en 1138 entre Anglais et Écossais. C'est également lui qui rassemble l'armée qui défait les Écossais à la bataille de l'Étendard le 22 août 1138 près de Northallerton[20],[21]. Thurstan ne prend pas directement part à la bataille, mais crée l'étendard qui a donné son nom à la bataille, en mettant un mât de bateau dans une charrette et portant haut la bannière de Saint-Pierre d'York, Saint Jean de Beverley, et Saint Wilfrid de Ripon sur ce mât. Les Écossais avaient envahi le pays dans l'idée d'aider Mathilde l'Emperesse, la fille d'Henri Ier et la rivale d'Étienne, à monter sur le trône d'Angleterre[22]. Le 21 janvier 1140 Thurstan démissionne de sa fonction et entre dans l'ordre des clunisiens à Pontefract (dans l'actuel Yorkshire de l'Ouest)[7] et y meurt le 6 février 1140[9]. Il est enterré dans l'église de Pontefract[2].

Héritage[modifier | modifier le code]

Thurstan a donné des terres à plusieurs églises de son diocèse et fondé divers établissements religieux. Il fonde la première abbaye du Yorkshire, le couvent Saint Clément, entre 1125 et 1133[23] Il a aussi aidé à la fondation de l'abbaye cistercienne de Fountains[7] en offrant le site aux moines qui avaient été expulsés de l'abbaye Sainte-Marie d'York[24]. Thurstan a à plusieurs reprises aidé l'ermite Christina de Markyate et tenté de la persuader de devenir la mère supérieure du couvent de Saint Clément[25]. Il est le patron du prieuré augustin de Hexham, fondé par son prédécesseur à York, et il a participé à la fondation du prieuré de Bridlington, un autre établissement augustin[26]. C'est un réformiste sincère, qui s'oppose à l'élection d'hommes qui ne conviennent pas à des fonctions épiscopales. Quand le pape Innocent II demande à Thurstan ce qu'il pense de l'élévation d'Anselm de Saint Saba, qui était abbé de Bury Saint Edmunds, à la fonction d'évêque de Londres, Thurstan réplique que « si l'on considère sa vie et sa réputation, il conviendrait mieux de lui retirer sa fonction d'abbé plutôt que de le promouvoir évêque de Londres »[27]. Anselm est toutefois confirmé dans ses nouvelles fonctions[27].

Le neveu de Thurstan est Osbert de Bayeux, qui devient archidiacre d'York, et est accusé en 1154 du meurtre de Guillaume d'York, un des successeurs de Thurstan à York[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Thurstan est la version anglicisée d'un ancien prénom normand, aujourd'hui patronyme courant sous les formes Toustain, Tostain, Toutain, etc. Il est issu du vieux prénom norrois Thorsteinn, signifiant « pierre de Thor ».
  2. L'ancien prénom Anger et / ou Auger donne aujourd'hui les patronymes Anger (sans /s/) cf. [1] et Auger cf. [2]. Ils trouvent leur origine dans le nom norois Ásgeir ou franc Ansgar pour le premier et parfois même explication pour le second, mais plus souvent du nom franc Adalgarius / Algarius, même nom de famille que Augé, Augey, Auguier, etc. cf. Albert Dauzat, Noms et prénoms de France, Larousse 1980. p. 16.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Keats-Rohan, Domesday Descendants, p. 151
  2. a, b, c, d, e et f Burton, « Thurstan (c.1070–1140) », Oxford Dictionary of National Biography, Online Edition consulté le 11 novembre 2007
  3. (en) « British History Online Prebendary of Cantlers » (consulté le 14 septembre 2007)
  4. a et b Hollister Henry I p. 242–244
  5. Spear, « The Norman Empire and the Secular Clergy », Journal of British Studies, p. 5
  6. (en) « British History Online Prebendary of Consumpta » (consulté le 14 septembre 2007)
  7. a, b, c, d et e (en) « British History Online Archbishops of York » (consulté le 14 septembre 2007)
  8. Frank Barlow, The English Church 1066–1154, p. 83
  9. a et b Fryde, Handbook of British Chronology, p. 281
  10. Mason, « Flambard, Ranulf (c.1060–1128) », Oxford Dictionary of National Biography
  11. Barlow, English Church 1066–1154, p. 39–44
  12. a, b et c Cantor, Church, Kingship, and Lay Investiture, p. 305–309
  13. a, b et c Hollister, Henry I, p. 269–273
  14. LoPrete, « Anglo-Norman Card of Adela of Blois », Albion, p. 588
  15. a et b Rose, « Cumbrian Society » Studies in Church History, p. 124
  16. Barlo, The English Church 1066–1154, p. 40–41
  17. Duggan, « From the Conquest to the Death of John » dans Lawrence, The English Church & the Papacy in the Middle Ages, p. 98
  18. Poole, Domesday to Magna Carta, p. 184
  19. Powell, The House of Lords, p. 64
  20. Barlow, The Feudal Kingdom of England 1042–1216, p. 211
  21. Huscroft, Ruling England 1042–1217, p. 73
  22. Davis, King Stephen, p. 36–37
  23. Bartlett, England Under the Norman and Angevin Kings, p. 438
  24. Burton, Monastic and Religious Orders, p. 70
  25. Barlow, The English Church 1066–1154, p. 203
  26. Burton, Monastic and Religious Orders, p. 48
  27. a et b Appleby, The Troubled Reign of King Stephen, p. 106–107
  28. Greenway, Fasti Ecclesiae Anglicanae 1066-1300: Volume 6: York: Archdeacons: Richmond

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John T. Appleby, The Troubled Reign of King Stephen 1135–1154, New York, Barnes & Noble,‎ 1995 (ISBN 978-1-56619-848-6, OCLC 32684204)
  • (en) Frank Barlow, The English Church 1066–1154: A History of the Anglo-Norman Church, New York, Longman,‎ 1979 (ISBN 978-0-582-50236-9, OCLC 185371515, LCCN 78040458)
  • (en) Frank Barlow, The Feudal Kingdom of England 1042–1216, New York, Longman,‎ 1988, 4e éd., poche (ISBN 978-0-582-49504-3, OCLC 16578834, LCCN 87022598)
  • (en) Robert C. Bartlett, England Under the Norman and Angevin Kings: 1075–1225, Oxford, Clarendon Press,‎ 2000 (ISBN 978-0-19-822741-0, OCLC 173856018, LCCN 99016108)
  • (en) British History Online Archbishops of York consulté le 14 septembre 2007
  • (en) British History Online Prebendary of Cantlers consulté le 14 septembre 2007
  • (en) British History Online Prebendary of Consumpta consulté le 14 septembre 2007
  • (en) Janet Burton, Monastic and Religious Orders in Britain: 1000–1300, Cambridge UK, Cambridge University Press,‎ 1994 (ISBN 0-521-37797-8, OCLC 185319315)
  • (en) Burton, Janet « Thurstan (c.1070–1140) » Oxford Dictionary of National Biography Oxford University Press, 2004 consulté le 11 novembre 2007
  • (en) Norman F. Cantor, Church, Kingship, and Lay Investiture in England 1089–1135, Princeton, New Jersey, Princeton University Press,‎ 1958
  • (en) R. H. C. Davis, King Stephen 1135–1154, New York, Longman,‎ 1990, 3e éd. (ISBN 978-0-582-04000-7, LCCN 89032140)
  • (en) Anne Dawtry, « The Benedictine Revival in the North: The Last Bulwark of Anglo-Saxon Monasticism », Studies in Church History 18: Religion and National Identity, Oxford, UK, Basil Blackwell,‎ 1982, p. 87–98
  • (en) Charles Duggan, « From the Conquest to the Death of John » dans C. H. Lawrence, The English Church and the Papacy in the Middle Ages Stroud: Sutton Publishing réimprimé en 1999 ISBN 0-7509-1947-7
  • (en) E. B. Fryde, D. E. Greenway, S. Porter et I. Roy, Handbook of British Chronology, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1996, 3e éd. (ISBN 978-0-521-56350-5, OCLC 183920684, LCCN 96140714)
  • Diana E. Greenway, Fasti Ecclesiae Anglicanae 1066-1300: Volume 6: York: Archdeacons: Richmond, Institute for Historical Research,‎ 1999 (lire en ligne)
  • (en) C. Warren Hollister, Amanda Clark Frost, Henry I, New Haven, Conn, Yale University Press,‎ 2001 (ISBN 978-0-300-08858-8, OCLC 186413165, LCCN 2002280779)
  • (en) Huscroft Huscroft, Ruling England 1042–1217, London, Pearson/Longman,‎ 2005, 1e éd., poche (ISBN 978-0-582-84882-5, OCLC 223968971, LCCN 2004044558)
  • (en) K. S. B. Keats-Rohan,, Domesday Descendants: A Prosopography of Persons Occurring in English Documents, 1066–1166: Pipe Rolls to Cartae Baronum, Ipswich, UK, Boydell Press,‎ 1999, 1e éd. (ISBN 978-0-85115-863-1)
  • (en) C. H. Lawrence, The English Church and the Papacy in the Middle Ages Stroud: Sutton Publishing reprint 1999 ISBN 0-7509-1947-7
  • (en) Kimberly A. LoPrete, « The Anglo-Norman Card of Adela of Blois », Albion, vol. 22, no 4,‎ Winter 1990, p. 569–589 (DOI 10.2307/4051390)
  • (en) J. F. A. Mason « Flambard, Ranulf (c.1060–1128) » Oxford Dictionary of National Biography Oxford University Press 2004 Online Edition accessed 21 January 2008
  • (en) Austin Lane Poole, From Domesday Book to Magna Carta, 1087–1216, Oxford, Clarendon Press,‎ 1955, 2e éd. (ISBN 978-0-19-821707-7, OCLC 233685139)
  • (en) J. Enoch Powell, Keith Wallis, The House of Lords in the Middle Ages: A History of the English House of Lords to 1540, London, Weidenfeld and Nicolson,‎ 1968
  • (en) R. K. Rose, « Cumbrian Society and the Anglo-Norman Church », Studies in Church History, vol. 18,‎ 1982, p. 119–135
  • (en) H. G. Richardson et G. O. Sayles, The Governance of Mediaeval England, Edinburgh, Edinburgh University Press,‎ 1963
  • (en) David S. Spear, « The Norman Empire and the Secular Clergy, 1066–1204 », Journal of British Studies, vol. XXI, no 2,‎ 1982, p. 1–10 (DOI 10.1086/385787, lire en ligne [fee required])
Cet article est reconnu comme « bon article » depuis sa version du 17 novembre 2010 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sa page de discussion et le vote l'ayant promu.