Thomas de Lancastre (2e comte de Leicester)

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Thomas de Lancastre

Thomas Plantagenêt (vers 1278 – 22 mars 1322), comte de Lancastre, comte de Leicester. Il fut l'un des chefs de l'opposition baronniale durant le règne d'Édouard II d'Angleterre.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Thomas était le fils aîné d'Edmond Plantagenêt, dit Edmond le Bossu, premier comte de Lancastre, et de Blanche d'Artois. Ses grands-parents paternels étaient le roi Henri III d'Angleterre et Éléonore de Provence ; ses grands-parents maternels, Robert Ier d'Artois et Mathilde de Brabant. Il était donc le neveu du roi Édouard Ier, et cousin du roi Édouard II.

Titres, mariage et possessions[modifier | modifier le code]

En 1298, Thomas Plantagenêt hérita de son défunt père les importants comtés de Lancastre et de Leicester. Plus tard, il ajouta le comté de Derby, confisqué en 1266 à la famille de Ferrières (en anglais, Ferrers).

Armes d'Edmond le Bossu, comte de Lancastre, et de ses successeurs.

Le 28 octobre 1294, Thomas épousait Alice de Lacy, fille et héritière d'Henri de Lacy, troisième comte de Lincoln. Le contrat de mariage prévoyait que Thomas Plantagenêt tiendrait après la mort de son beau-père (qui survint en 1311) les deux comtés de Lincoln et de Salisbury et la baronnie de Halton de son propre droit, non de celui de sa femme. Thomas fut par conséquent l'un des hommes les plus riches et puissants d'Angleterre.

Mais son mariage avec Alice de Lacy fut un échec. Bien que Thomas eût deux fils illégitimes, aucun enfant ne fut issu du couple comtal. Le couple ne s'entendit jamais, et le comte et la comtesse vécurent le plus souvent séparés.

Thomas détenait également nombre de forteresses-clés dans le pays, et particulièrement dans le Nord. On lui doit l'extension du château de Pontefract[1] et le château de Dunstanburgh, imposante forteresse dont la construction débuta l'année 1313.

Conflit avec Édouard II[modifier | modifier le code]

Lors du couronnement d'Édouard II, le 25 février 1308, Thomas portait l'épée du sacre, Curtana, qui avait appartenu au roi et saint Édouard le Confesseur.

Au commencement du règne, Thomas Plantagenêt soutenait ouvertement son cousin ; mais à mesure que les rapports du roi avec les pairs et grands feudataires du royaume se dégradaient, le comte de Lancastre amorçait un revirement, sans que l'on en sache précisément les raisons. Faveur trop grande du roi envers Piers Gaveston, le favori royal, au détriment des prérogatives du comte ? Vexations répétées ? Mépris grandissant et sans mesure du roi à l'égard des traditionnels pouvoirs seigneuriaux ? Toujours est-il que Lancastre prit la tête du groupe de seigneurs qui exigèrent – et obtinrent – à plusieurs reprises l'exil de Gaveston, tenu responsable de la dégradation de la situation entre Édouard et les comtes d'Angleterre. En 1310, il contraignit Édouard II à laisser à un comité de 21 "Ordonnateurs", dont lui, le soin de contrôler sa Maison et son pouvoir. La rupture définitive intervint bientôt : Thomas, que Gaveston avait affublé de divers surnoms, tel "le péquenot", ou "le bricoleur", rompit avec le roi lorsque celui-ci, à l'instigation de son favori, insulta publiquement son cousin en démettant de ses fonctions un homme de la suite de Lancastre.

Lorsque Gaveston revint sans autorisation de son troisième exil, Thomas de Lancastre leva sa propre armée, parvint à séparer militairement le roi de son favori, et fut l'un des juges qui condamnèrent et firent exécuter Gaveston, en 1312.

Après de longues négociations, Lancastre consentit à se soumettre au roi, qui dut lui accorder le pardon royal en octobre 1313. Mais Lancastre refusa d'accompagner son cousin dans sa marche vers l'Écosse, qui aboutit pour les Anglais à la désastreuse bataille de Bannockburn. Suite à cette déroute, le comte profita du discrédit du pouvoir royal pour prendre le contrôle des affaires de l'État : en 1315, il prit la tête des forces levées en vue d'un nouvel affrontement avec les Écossais, et fut bientôt nommé à la première place du Conseil, tandis que ses fidèles occupaient les Grands Officiers d'État. Mais le nouveau gouvernement devait se révéler aussi faible que celui qu'il avait remplacé : en fréquents conflits avec les barons, Thomas négligeait les affaires du royaume, la défense du territoire, et se montrait incapable à empêcher les raids des Écossais qui reconquéraient des territoires dans le nord du pays.

Le divorce de Thomas de Lancastre[modifier | modifier le code]

En 1317, la comtesse de Lancastre fut enlevée de son manoir de Canford, dans le Dorset, par le sire Richard de Saint-Martin, un chevalier de la domesticité du comte de Surrey, Jean de Warenne. Ce dernier favorisa-t-il l'entreprise de Saint-Martin pour se venger du comte de Lancastre qui avait empêché son divorce (l'épouse de Warenne était une cousine de Thomas) ? Warenne avait-il fait enlever la comtesse parce qu'il en était amoureux ? Nul ne le sait. Mais l'incident provoqua une guerre privée entre les deux comtes et, lorsque Thomas Plantagenêt parvint à être divorcé de son épouse sur le motif d'adultère (procédure complexe mais possible au Moyen Âge, sous le haut contrôle de l'Église), il s'empara de deux châteaux du comte de Surrey en représailles. Le roi Édouard II dut intervenir, et les deux comtes conclurent une trêve précaire. Grâce au contrat de mariage, Thomas continua en dépit de son divorce à tenir les puissantes comtés de Lincoln et de Salisbury.

La chute[modifier | modifier le code]

La prise de Berwick par les Écossais en avril 1318 provoqua un rapprochement entre Thomas et Édouard II. Le roi et le comte de Lancastre entreprirent ensemble le siège de la ville ; mais on dut vite l'abandonner, tant était flagrant le manque de cohésion entre les deux armées anglaises. À plusieurs reprises, on soupçonna le comte de Lancastre d'intriguer avec les Écossais : Robert Bruce ravageait le nord de l'Angleterre en épargnant les possessions du comte de Lancastre. C'était désormais à celui-là qu'on s'opposait, tandis que la faveur royale commençait à distinguer Hugues le Despenser l'Aîné, 1er comte de Winchester, et son fils, Hugues le Jeune. Sentant monter le mécontentement des barons à son égard, Thomas de Lancastre refusa de revenir au Conseil ou de prendre part au gouvernement.

Mais en 1321, Thomas de Lancastre se trouva de nouveau à la tête d'une rébellion : les Despenser avaient fini par se rendre aussi impopulaires que Gaveston l'avait été en son temps. En accord avec le comte de Hereford, Humphrey VII de Bohun, Thomas de Lancastre prenait les armes contre les Despenser, que le roi dut bannir. Mais la guerre entre le souverain et son cousin était désormais ouverte, qui devait aboutir à l'écrasement de l'un ou l'autre.

Ayant conduit quelques opérations militaires contre certains amis de Lancastre dans les Marches galloises, Édouard II conduisit son armée contre Lancastre, qui se retranchait de Burton upon Trent vers Pontefract. Continuant sa marche, Lancastre atteignit Boroughbridge, où il tomba sur un détachement royal, conduit par le sire Andrew Harclay. Après une échauffourée, le 16 mars 1322, il fut déserté par ses troupes et contraint à se rendre.

La mort[modifier | modifier le code]

Exécution de Thomas Plantagenêt, comte de Lancastre

Thomas de Lancastre fut jugé dans son propre château de Pontefract, que le roi avait rejoint, par un tribunal notamment composé des deux Despenser, d'Edmond FitzAlan, comte d'Arundel (un ancien allié de Thomas), de Jean de Warenne, comte de Surrey, et d'Édouard II. Lancastre ne fut pas autorisé à parler, ni même à être défendu par quiconque. Convaincu de trahison, il fut condamné à être décapité, et fut exécuté sur ses terres, le 22 mars 1322.

Thomas Plantagenêt était mort sans descendance légitime. Après son exécution, ses titres et biens furent confisqués par le roi ; en 1323, le frère cadet de Thomas, Henri Plantagenêt, seigneur de Lancastre, demanda avec succès à être investi du comté de Leicester.

En 1326 ou 1327, à la chute du roi Édouard II, le Parlement cassa à titre posthume la sentence portant condamnation de Thomas Plantagenêt, et Henri fut autorisé à prendre possession des comtés de Lancastre, de Derby, de Salisbury et de Lincoln.

Thomas fut vénéré comme martyr et saint quelques mois seulement après sa mort. On composa des hagiographies ; plus tard, Édouard III écrivit trois fois au pape en vue d'une canonisation de son parent. Bien que considéré par ses contemporains comme grossier, égoïste, violent, sans aucune stature d'homme d'État, Thomas avait acquis durant sa vie une grande réputation de patriote ; et sa mémoire devait être longtemps honorée, surtout dans le nord de l'Angleterre, où il faisait figure de défenseur des libertés populaires.

Mais Thomas Plantagenêt ne fut jamais canonisé – bien que des rumeurs en ce sens eussent ressurgi dans les années 1390, quand son culte connut une sorte de renaissance.

Références[modifier | modifier le code]

  • (en) C. Given-Wilson, « Richard II, Edward II, and the Lancastrian Inheritance », The English Historical Review, vol. 109, no 432,‎ juin 1994, p. 553–571 (lien DOI?)
  • (en) J. R. Maddicott, Thomas of Lancaster, 1307–1322: A study in the reign of Edward II, Oxford, Oxford University Press,‎ 1970 (ISBN 978-0-19-821837-1, liens OCLC? et LCCN?)
  • (en) Ian Mortimer, The Greatest Traitor, Londres, Jonathan Cape,‎ 2003 (ISBN 978-0-224-06249-7)
  • J. R. Maddicott, ‘Thomas of Lancaster, second earl of Lancaster, second earl of Leicester, and earl of Lincoln (c.1278–1322)’, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, Sept 2004; online edn, Jan 2007
  • Chronicles of the reigns of Edward I and Edward II, edited with introduction by W. Stubbs (London, 1882-1883); and W. Stubbs, Constitutional History, vol. II. (Oxford, 1896).

Notes[modifier | modifier le code]

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  1. « Pontefract Castle Index », www.pontefractus.co.uk (consulté le 22 juillet 2008)