Thomas Howard (1er comte de Suffolk)

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Thomas Howard
Portrait en chevalier de la Jarretière
Portrait en chevalier de la Jarretière

Titre comte de Suffolk
Arme marine
Grade militaire amiral
Années de service 1602 - 1619
Gouvernement militaire Lord Chamberlain puis Lord trésorier
Faits d'armes victoire contre l'Invincible Armada, raid sur Cadix (1596), combat des Açores
Distinctions Ordre de la Jarretière
Autres fonctions Lieutenant du Suffolk, Connétable de la Tour de Londres, Chancelier de l'université de Cambridge
Biographie
Dynastie House of Howard
Naissance 24 août 1561
Décès 28 mai 1626 (à 64 ans)
Londres, quartier de Charing Cross
Père Thomas Howard, 4e duc de Norfolk
Mère Margaret Audley
Conjoint Mary Dacre
Katherine Knyvet
Enfants Theophilus, 2e comte de Suffolk
Elizabeth Howard
Robert Howard
Gertrude Howard
sir William Howard
Catherine Howard
Thomas Howard, 1er comte de Berkshire
Emily Howard
Frances Carr, comtesse de Somerset
sir Charles Howard
Henry Howard
John Howard
Edward Howard, 1er baron Howard d'Escrick
Margaret Howard

Thomas Howard KG (24 août 156128 mai 1626), 1er comte de Suffolk, fut un amiral et un homme politique anglais. Il fut proche conseiller du roi Jacques, Lord Chamberlain puis Lord trésorier de la Couronne d'Angleterre.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils de Thomas Howard, 4e duc de Norfolk, par son second mariage avec la duchesse Margaret Audley[1], il hérita en 1564 de sa mère les terres des barons de Walden, dont le manoir de Saffron Walden. Sur les instances de son père, en attente de son exécution à la Tour de Londres (1572), Thomas épousa sa belle-sœur Mary, fille du baron Thomas Dacre et de la troisième femme du duc de Norfolk, Elizabeth Leybourne. Mais sa femme mourut sans enfant en avril 1578 à Walden[2].

En 1583, Howard s'était remarié avec Katherine Knyvet, veuve du baron Richard de Rich. Cette femme réputée pour sa beauté était aussi l'aînée et l'héritière d’Henry Knyvet de Charlton. Le couple eut quatorze enfants[3] :

  • Theophilus Howard (1584–1640), 2e comte de Suffolk
  • Elizabeth Howard († 17 avril 1658), épouse du comte de Banbury William Knollys, puis du baron Edward Vaux d'Harrowden
  • Robert Howard (1584–1653), qui épousa Catherine la fille du baron Henry Nevill de Bergavenny
  • Gertrude Howard (née vers 1585)[4]
  • sir William Howard (1587 † avant 1672)
  • Catherine Howard (vers 1588–1673), qui épousa le comte de Salisbury William Cecil le 1er décembre 1608
  • Thomas Howard (1589–1669), 1er comte de Berkshire
  • Emily Howard (née en 1589)[4]
  • Frances Howard (1591–1632), qui épousa le comte d'Essex Robert Devereux vers 1605, en divorça en 1613, puis épousa le Robert Carr, comte de Somerset, le 26 décembre 1613
  • sir Charles Howard († 1622), qui épousa Mary Fitzjohn
  • Henry Howard (1592†1616), qui épousa Elizabeth Bassett
  • John Howard († 1595)[4]
  • Edward Howard († 1675), 1er baron Howard d'Escrick
  • Margaret Howard (1599 † 1608)

Exploits navals[modifier | modifier le code]

En décembre 1584, il fut investi Lord Thomas Howard en titre[2]. Quatre ans plus tard, il commandait le Golden Lion lors de l'attaque de l’Invincible Armada : le 25 juillet 1588, ce navire fut l'un des trois galions anglais à contre-attaquer les galéasses qui couvraient le Saint Anne. En reconnaissance de cet exploit, son parent Lord Howard of Effingham l'arma chevalier le lendemain à bord de l’Ark Royal[5].

La fin du Revenge (gravure patriotique de 1804).

In 1591, on l'envoya à la tête d'une escadre sur les Açores pour intercepter le convoi espagnol des Amériques. Mais un premier convoi était déjà parvenu en Espagne lorsqu'il atteignit les Açores, et le second convoi n'était pas attendu avant septembre. Contraint de débarquer pour soigner des hommes malades et effectuer diverses réparations, il eut à peine le temps de remettre ses navires à flot lorsque ses éclaireurs lui apprirent qu'une voile espagnole était en vue de l’île Florès ; or les navires qu'il s'apprêtait à combattre n'étaient pas un convoi, mais une escadre partie de Ferrol pour l'anéantir. Le 10 septembre, Howard parvint à sauver sa flotte grâce au sacrifice de son vice-amiral, l’impétueux Richard Grenville qui à bord du Revenge, affronta seul 53 galions ennemis avant de saborder son navire[6].

Article détaillé : Combat des Açores.

En 1596, Howard était vice-amiral aux côtés de Robert Devereux lors du deuxième raid contre Cadix (le premier datait de 1587). Favori de la reine Élisabeth, il fut reçu dans l’Ordre de la Jarretière en avril 1597, et au mois de juin suivant il repartit pour les Açores (mais une fois encore sans succès) à la tête d'une expédition qu'il avait en partie subventionnée[2].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Il était très malade lorsqu’à l’automne 1597, la chambre des Lords l’admit dans ses rangs comme baron Howard de Walden. Convalescent, il ne put se présenter devant la chambre avant janvier 1598. Le 2 février 1598, il devenait membre honoraire de Gray's Inn. En 1599, il commande la flotte anglaise au large des Downs, puis après avoir maté la révolte du comte d'Essex, reçoit la charge honorifique de connétable de la Tour de Londres le 13 février 1601. À ce titre, il est membre du jury qui condamne Essex et son comparse, le comte de Southampton Henry Wriothesley. Impliqué en permanence dans la guerre de course, il ne devait jamais rentrer dans ses frais à cet égard. Toujours à cette époque, il prêta serment de High Steward de l’Université de Cambridge, charge qu'il détiendra jusqu'en 1614[2] (il avait obtenu un MA de Cambridge en 1605[7].).

Ami de Robert Cecil, il prit les fonctions de Lord Chamberlain à la fin de 1602, et était de la cour d'Elisabeth dans les dernières semaines de son règne (janvier 1603), à la Chartreuse de Londres. Sous le règne du roi Jacques, Howard entra d'emblée dans le cercle des favoris, confirmé comme Lord Chamberlain le 6 avril 1603 et Privy Counsellor le 7 avril. Puis le 21 juillet 1603, il était élevé au rang de Comte de Suffolk. Il fut en outre choisi pour composer la commission de création de l’Ordre du Bain, et de 1604 à 1618 pour la création des comtes-maréchaux (earl-marshall). Lord Lieutenant du Cambridgeshire depuis plusieurs années, il fut affecté Lord Lieutenant du Suffolk en 1605[2].

Lors des pourparlers de paix de 1604, Suffolk accepta un cadeau de l'ambassadeur d'Espagne, mais c'est surtout sa femme, activiste catholique, qui s'avéra une informatrice précieuse pour le diplomate étranger. Intéressée, elle alla jusqu'à accepter une pension annuelle de 1000 £ de la couronne d'Espagne. Moins impliqué que son épouse, Suffolk subissait néanmoins son influence en matière politique, ce qui devait lui coûter cher par la suite[2].

À partir de 1605, Robert Cecil (désormais comte de Salisbury), le comte de Suffolk Thomas Howard, le comte de Northampton Henry Howard, et le comte de Worcester Edward Somerset étaient les seuls conseillers de Jacques Ier. Suffolk et Salisbury furent informés par Lord Monteagle de la Conspiration des poudres, ce qui permit à Suffolk d'inspecter les caves, et de découvrir les tonnelets de poudre cachés sous des fascines. Dans la soirée, le Gardien du Palais Thomas Knyvet (qui était d'ailleurs un beau-frère de Suffolk) mena plusieurs interrogatoires, éventant ainsi le complot. Suffolk fut tout naturellement choisi pour arrêter et juger les conjurés[2].

Ravalé par Jacques Ier, avec les comtes de Salisbury et de Northampton, dans le « trio des valets » (trinity of knaves), le souverain voyait pourtant en Thomas Howard un homme loyal et fiable. En décembre 1608, le fils aîné et héritier du comte de Salisbury, William, épousa la troisième fille d'Howard, Catharine. Le comte de Salisbury, qui devai mourir en 1612, rendit hommage à l’amitié du comte de Suffolk dans son testament ; peu après, Suffolk fut nommé parmi les Lords of the Treasury. Malgré son dédain pour Robert Carr, le favori du roi, Thomas Howard appuya la demande en divorce de sa fille Frances qui voulait l'épouser. Elle se remaria en décembre 1613, peu après l'élévation de son futur mari au rang de comte de Somerset[2].

Le 8 juillet 1614, le comte de Suffolk devint chancelier de l’Université de Cambridge en remplacement de son cousin le comte de Northampton. Le 11 juillet 1614, il devint Lord trésorier tandis que son beau-fils, le comte de Somerset, lui succédait au poste de Lord Chamberlain : Suffolk et sa famille étaient alors au faîte de leur puissnce[2].

Mais en 1615, la disgrâce du comte de Suffolk s'amorça. Jacques Ier s'entichait désormais de Sir George Villiers, cependant que la fille du comte de Suffolk, Frances, désormais comtesse de Somerset, était impliquée dans l’empoisonnement de Sir Thomas Overbury. Suffolk fut accusé de complicité avec le comte de Somerset par Jacques Ier pour entrave à l’enquête, mais parvint cette fois à se laver des soupçons. Toutefois, il commit une erreur en tentant de saper la faveur croissante du duc de Villiers : il introduisit à la cour un rival destiné à supplanter Villiers auprès du roi. Or, non seulement cette manœuvre échoua complètement, mais elle déchaîna chez Villiers, devenu entretemps (1618) marquis de Buckingham, un désir de vengeance : ce dernier entreprit d'attaquer le comte sur sa gestion du Trésor[2].

Les finances du comte de Suffolk avaient à vrai dire toujours été chancelantes. Ses investissements dans la guerre de course et le commerce l’avaient chaque fois mené au bord de la faillite, malgré les aides substantielles de la reine Élisabeth. Sous le règne du roi Jacques, sa situation s'était rétablie par sa préséance à la cour, qui outre le logis et le couvert, lui apportait de confortables émoluments, ainsi que la restitution de plusieurs terres que la Couronne avait confisquées à son père. Il réinvestit une partie de ces biens dans l’achat de nouvelles terres en East Anglia, tout en bénéficiant de la perception des droits seigneuriaux et de legs de ses parents. Contraint de mettre en vente en 1611 son hôtel particulier, la Chartreuse de Londres, il put s'installer dès 1614 dans l'hôtel qu'il avait hérité des comtes de Northampton à Charing Cross. Mais le comte de Suffolk aggrava sa situation en se lançant dans d'extravagants programmes immobiliers : Audley End House, construite entre 1603 et 1616, devint le plus grand hôtel particulier d'Angleterre. Il ajouta au manoir de Charing Cross une nouvelle aile somptueuse, tandis que sa femme faisait aménager les jardins de Charlton Park sur les terres des Knyvett dont elle venait d'hériter, et leurs enfants n'étaient pas en reste : Thomas Howard dépensa des sommes considérables pour qu'ils puissent tenir leur rang à la cour, et accordait des dots généreuses à ses filles. Cette stratégie du paraître, si elle s'avéra fructueuse au plan politique, endetta le comte jusqu'à un déficit en 1618 de 40 000 £ de prêts et d'hypothèques diverses. Ses appointements de Lord trésorier avaient pu rétablir sa situation financière en 1614, mais ni les facilités accordées aux fermiers ni les accords occultes contractés avec eux ne suffirent à combler ses déficits : ce devait être le prétexte à sa chute politique[2].

Arrestation et disgrâce[modifier | modifier le code]

Par l'entremise du comte de Buckingham, Jacques Ier fut mis au fait des agissements du Lord Trésorier ; d'un poids particulier furent les allégations selon lesquelles la comtesse de Suffolk rançonnait les créanciers de la Couronne, leur extorquant encore de l'argent avant même qu'ils aient pu percevoir le moindre remboursement. Le comte de Suffolk fut d'abord destitué de sa charge de Trésorier en juillet 1618 ; puis au début de 1619, sa femme contracta la variole qui ravagea son visage réputé pour sa beauté, tandis que le comte de Suffolk lui-même plaida la maladie pour se soustraire au procès. En vain : au mois d'octobre 1619, Tomas Howard, sa femme et leur protégé, Sir John Bingley, avoué de l'Échiquier, furent inculpés de divers chefs de corruption devant la Chambre étoilée. Le procureur, Sir Francis Bacon, compara Lady Suffolk à une boutiquière tenant la caisse tandis que son apprenti, Bingley, criait dehors « Il en manque? »[4]. Le 13 novembre 1619, le trio fut reconnu coupable de tous les chefs d'accusation. On leur infligea une amende de 30 000£, et une peine de prison laissée à la discrétion du Roi[2].

Au bout de dix jours de détention, Suffolk et sa femme furent libérés ; ils firent appel à Buckingham pour qu'il intercède en leur faveur. Bien que le comte de Suffolk continuât d'irriter Jacques Ier par des manœuvres juridiques visant à éviter la saisie de ses biens, le duc de Buckingham entendait se montrer magnanime envers un rival dont la faveur était à présent réduite à néant. Buckingham ménagea à Suffolk une audience auprès du roi, et l'amende fut ramenée à 7 000£. En 1623, le plus jeune fils du comte de Suffolk, Edward épousa une nièce du duc de Buckingham, Mary Boteler. Le comte de Suffolk, désormais exclu des hautes charges, continua de siéger à la Chambre des Lords, et fut membre de deux commissions relatives aux affaires religieuses. Il mourut dans son hôtel de Charing Cross le 28 mai 1626 et fut inhumé le 4 juin à Saffron Walden[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Décédée le 10 janvier 1564, fille et héritière du baron de Walden Thomas Audley.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Pauline Croft, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ 2004 (lire en ligne), « Howard, Thomas, first earl of Suffolk (1561–1626) »
  3. « Howard pedigree 2 » (consulté le 30 décembre 2006)
  4. a, b, c et d « Thomas Howard, 1st Earl of Suffolk » (consulté le 30 décembre 2006)
  5. William Camden, Annales Rerum Gestarum Angliae et Hiberniae Regnante Elizabetha,‎ 1625 (lire en ligne)
  6. « The Last Fight of the Revenge » (consulté le 30 décembre 2006)
  7. Howard, Thomas dans (en) J. Venn et J. A. Venn, Alumni Cantabrigienses, Cambridge, Angleterre, Cambridge University Press,‎ 1922–1958 (ouvrage en 10 volumes accessible en ligne)