Thomas Crean

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Thomas Crean

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Tom Crean.

Naissance 20 juillet 1877
Annascaul, comté de Kerry
Décès 27 juillet 1938 (à 61 ans)
Comté de Kerry
Nationalité Irlandais
Pays de résidence Drapeau de l'Irlande Irlande
Profession
Conjoint
Ellen Herlihy[1]
Descendants
Mary, Kate, Eileen

Thomas « Tom » Crean (20 juillet 187727 juillet 1938) est un explorateur de l'Antarctique irlandais. Il est né à Annascaul, dans le comté de Kerry. Il entre dans la Royal Navy à l'âge de 15 ans, en mentant sur son âge pour pouvoir être admis.

Tom Crean pris part à trois des quatre grandes expéditions britanniques en Antarctique au cours de cette période. Parmi celles-ci, deux étaient celles conduites par Robert Scott, qui avait pour but (parmi d'autres buts purement scientifiques) d'atteindre le pôle sud : l'expédition de 1901-1904 sur le Discovery et celle de 1911-1913 sur le Terra Nova. Durant cette expédition, Crean parcourt seul 35 milles (56 km) à travers la barrière de glace, afin de sauver la vie d'Edward Evans, ce qui lui vaut de recevoir la médaille Albert. La troisième expédition était celle conduite par Ernest Shackleton sur l’Endurance, sur lequel Crean sert en tant qu'officier second, de 1914 à 1916. Alors que l’Endurance se retrouve encerclée par la banquise, il assiste à une série d'événements dramatiques, comme une dérive de plusieurs mois dans les glaces, une tentative de sauvetage à l'île de l'Éléphant, et un périple de 800 milles (920 milles 1,500 km) de l'île de l'Éléphant jusqu'en Géorgie du Sud[Note 1]. Au moment d'atteindre cette terre, Crean entreprend avec trois autres marins, la première traversée terrestre de l'île, sans cartes ou équipement d'alpinisme approprié.

Sa participation aux trois expéditions lui vaut de recevoir trois médailles polaires et une réputation de fiable aventurier polaire. Après l'expédition de l’Endurance, Crean regagne la Royal Navy et sa carrière navale prend fin en 1920 ; il retourne alors dans le comté Kerry, à Annascaul, sa ville natale. Il y ouvre une taverne appelée « L'auberge du pôle Sud » avec son épouse Ellen. Il vécut là tranquillement et discrètement jusqu'à sa mort en 1938.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et carrière[modifier | modifier le code]

Thomas Crean est né le 20 juillet 1877, dans la région agricole de Gurtuchrane, près de la ville d'Annascaul, dans le comté de Kerry. Crean est l'un des 10 enfants de la famille de Patrick Crean et Catherine Courtney, ses parents[2]. Il étudie à l'école catholique locale de Brackluin, la quittant à 12 ans pour prêter main forte à la ferme familiale[3]. À l'âge de 15 ans, Crean s'enrôle dans la Royal Navy. Le biographe Michael Smith prétend « [qu']après une discussion avec son père, Crean a réclamé de partir en mer et a marché jusqu'à un poste de la Royal Navy, voisin de Minard »[4]. Faute du consentement de ses parents, il a probablement dû mentir au sujet de son âge pour y entrer. Après son enrôlement en juillet 1893, 10 jours avant son 16e anniversaire, il figure dans les registres de la Royal Navy comme mousse de 2e classe[5].

Son apprentissage naval s'effectue à bord du bateau d'entraînement, le HMS Impregnable, rattaché à Devonport. En novembre 1894, il est transféré sur le HMS Devastation. À 18 ans, en 1895, Crean est marin ordinaire reconnu, servant sur le HMS Royal Arthur. Moins d'un an après, il sert sur le HMS Wild Swan, en tant que marin capable, et sert également sur le bateau-école torpilleur HMS Defiance. En 1899, Crean est élevé au rang d'officier de 2e classe, servant sur le HMS Vivid[6].

En février 1900, Crean est posté sur le vaisseau torpilleur HMS Ringarooma, faisant partie de la flotte de la Royal Navy, basée au sud de la Nouvelle-Zélande. Le 18 décembre 1901, il est dégradé du rang d'officier à celui de marin capable pour un fait inconnu[7]. Sa présence sur le Ringarooma allait changer le cours de sa vie. En décembre 1901, le Ringarooma est envoyé pour aider l'expédition du capitaine Scott, alors qu'il mouille à Lyttelton, en Nouvelle-Zélande, l'un de ses derniers arrêts avant l'embarquement avec l'expédition Discovery. Un officier de l'expédition de Scott avait abandonné l'équipage et Crean le remplaça[8].

Expédition Discovery[modifier | modifier le code]

Article principal : Expédition Discovery.
Crean avec les chiots Roger, Nell, Toby et Nelson en 1915.

Crean et l'équipage du capitaine Scott quittent le port Chalmers, en Nouvelle-Zélande, le 21 décembre 1901 en direction de l'Antarctique, à bord du RRS Discovery. Le navire accoste à McMurdo Sound le 8 février 1902, à un endroit dénommé Hut Point[Note 2]. Là, l'équipage établit ses quartiers d'hiver, avant de lancer ses explorations scientifiques. Thomas Crean est bientôt reconnu comme l'un des hommes les plus expérimentés de l'expédition, comptant seulement 7 membres aussi chevronnés que lui sur les 48 engagés[9]. Crean a le sens de l'humour et est apprécié par ses hommes. Le second du capitaine Scott, Albert Armitage, écrit dans son livre Deux ans en Antarctique, que « Crean était un Irlandais au caractère bien trempé que rien ne perturbe »[10]. C'est à cette époque que se forge son amitié avec William Lashly et Edgar Evans : tous les trois seront reconnus comme des explorateurs polaires chevronnés durant la décennie suivante.

Crean accompagne le lieutenant Michael Barne à trois reprises à travers la barrière de glace de Ross, alors connue sous le nom de « Barrier ». Emmenant avec eux 12 hommes dirigés par Barne qui se mettent en route le 30 octobre 1902, parallèlement à l'expédition entreprise par le capitaine Scott, Shackleton et Edward Wilson. Le 11 novembre, l'équipage de Barne dépasse le Farthest South atteint précédemment par Carsten Borchgrevink, en 1900, à 78°50'S, un record qu'ils ont détenu brièvement avant que l'autre équipe ne dépasse elle-même le degré 82°17'S[11],[12].

Durant l'hiver 1902, l'expédition se retrouve prisonnière des glaces. Les efforts entrepris pour s'en dégager pendant l'été 1902-03 ayant échoué, Crean et le reste des hommes restent sur le continent Antarctique jusqu'à ce que le bateau soit finalement libéré en février 1904. Après le retour à la civilisation, Crean est élevé au rang d'officier de 1re classe, sur recommandation du capitaine Scott[13].

Après l'expédition Discovery[modifier | modifier le code]

Crean reprend son service à la base navale de Chatham, dans le Kent, servant sur le HMS Pembroke en 1904, transféré plus tard sur le navire-école torpilleur HMS Vernon. Crean avait retenu l'attention du capitaine Scott par son attitude exemplaire et le travail fourni lors de l'expédition. En 1906, Scott demanda à ce que Crean le rejoigne sur le HMS Victorious[14]. Jusqu'en 1907, Scott entreprend sa deuxième expédition en Antarctique et, au cours des années suivantes, Crean suivra Scott successivement sur le HMS Albemarle, le HMS Essex et le HMS Bulwark[14]. Alors qu'en 1909, l'explorateur anglo-irlandais Ernest Shackleton dépasse le record du Farthest South détenu par Scott, celui-ci entame ses préparatifs pour sa prochaine expédition polaire, invitant officiellement Crean à le rejoindre en mars 1910. Celui-ci accepte en avril, quelques mois avant son trente-troisième anniversaire.

Expédition Terra Nova[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition Terra Nova.

Le capitaine Scott avait en Crean grande estime[Note 3],[15]. Ainsi, il était parmi les premières personnes que Scott ait recruté en prévision de l'expédition Terra Nova[13],[16]. Crean faisait partie des quelques rares marins ayant une expérience polaire. Il se distingua à nouveau à la tête d'une équipe de 13 hommes, parvenant à rejoindre le One Ton Depot, distant de 130 milles (210 km) au-delà de la péninsule de Hut Point[17]. Le One Ton Depot avait ainsi appelé en raison des réserves de nourriture et d'équipement cachés là, en prévision du retour. Sur le chemin du retour par le cap Evans, Crean, en compagnie d'Apsley Cherry-Garrard et du lieutenant Henry Robertson Bowers, campent sur une mer de glace instable. Pendant la nuit la glace s'est fracturée, laissant les hommes à la dérive sur la banquise, séparés de leurs traîneaux. Crean leur a probablement sauvé la vie en se proposant de sauter de banquise en banquise jusqu'à ce qu'il ait atteint un bord de la barrière de glace et rejoint le camp de sûreté après une marche solitaire pour obtenir de l'aide[18].

Crean fut à nouveau l'un des hommes qui ont composé l'équipage de Scott lors de sa troisième tentative pour rejoindre le pôle Sud. Ce voyage se composait de trois étapes : 400 milles (640 km) à travers la barrière, 120 milles (190 km) vers le haut du glacier crevassé de Beardmore, à une altitude des 10 000 pieds (3 000 m) au-dessus du niveau de la mer, puis les 350 milles (560 km) restant vers le pôle[19]. Crean et Lashly, accompagnés du lieutenant Edward Evans, constituaient le dernier groupe qui accompagnait Scott lors de la montée du glacier jusqu'au plateau Antarctique, à 87°32'S, 168 milles (270 kilomètres) de distance du pôle Sud. C'est à partir de là, le 4 janvier 1912, qu'ils sont revenus, alors que Scott, Edgar Evans, Wilson, Bowers et Lawrence Oates continuaient vers le pôle. Tandis que Crean, Lashly et Evans entamaient leur retour, long de 750 milles (1 200 km) vers Hut Point. Après deux mois d'effort, Crean a pleuré à la perspective de devoir revenir alors qu'ils étaient « si proches du but »[20].

Le biographe Michael Smith prétend que Crean avait été préféré pour la partie polaire à Edgar Evans, qui était affaibli par de récentes blessures aux mains[Note 4]. Crean, considéré comme l'un des hommes les plus résistants de l'expédition, avait conduit un poney sur la barrière, et avait assumé la tâche difficile du halage jusqu'au pied du glacier Beardmore[21]. Il a été également avancé par le biographe de Scott, Roland Huntford, que le chirurgien Edward Atkinson, qui a accompagnait l'équipage au sud jusqu'au-dessus de Beardmore, ait recommandé Lashly ou Crean pour la partie polaire, plutôt qu'Evans[22].

Expédition Endurance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition Endurance.

À l'instar de Scott, Shackleton avait une très grande confiance en Crean. Après la perte de leur navire, l’Endurance, broyé par les glaces, l'équipage devait conserver les trois canots de sauvetage sur le pack de la mer de Weddell puis effectuer une traversée pour atteindre l'île de l'Éléphant. Une fois arrivés, ils aménagèrent un des canots, le James Caird, et six hommes dont Shackleton et Crean[23] entreprirent une traversée pour rejoindre la Géorgie du sud afin d'y chercher de l'aide. Cette traversée périlleuse est reconnue comme la plus remarquable de l'histoire. Shackleton a écrit un témoignage sur Crean au cours de cette éprouvante traversée :

« Un des souvenirs de ces jours qui me revient le plus volontiers à l'esprit est celui de Crean chantant à la barre. Il chantait toujours quand il gouvernait, personne n'a jamais pu savoir quelle chanson. La voix détonnait un peu, monotone comme la prière d'un moine bouddhiste. Et pourtant, il fallait du courage pour chanter en de tels instants[24]. »

Et parce qu'ils avaient accosté du côté inhabité de l'île, trois hommes, dont encore Shackleton et Crean, durent marcher dans les montagnes du centre de l'île pour en 36 heures atteindre l'autre côté de l'île, ce qui était une première[25]. Ils atteignirent la station baleinière de Stromness, épuisés et sales, et mirent sur pied immédiatement une opération de secours pour les 22 hommes laissés derrière eux sur l'île de l'Éléphant. Ils parvinrent à leur but 22 mois après le départ de l'expédition.

Vie postérieure et postérité[modifier | modifier le code]

Statue de Crean, avec le South Pole Inn en arrière-plan.
Le South Pole Inn.

Après être retourné chez lui, Crean servit comme militaire au cours de la Première Guerre mondiale, et quitta la marine en 1920. Il se maria et ouvrit un petit pub appelé « L'auberge du pôle sud[26] ». Toute sa vie, Crean resta extrêmement modeste et discret. Quand il s'en retourna à Kerry, il se débarrassa de toutes ses médailles et ne parla plus jamais de ses expériences passées en Antarctique. On s'est demandé si cela n'était pas dû au fait qu'il était considéré comme déshonorant d'avoir servi dans l'armée britannique dans ces années-là. Il mourut d'une appendicite en 1938.

La mémoire de Crean est inscrite dans le nom d'au moins deux lieux : le mont Crean (2 550 m) dans la Terre Victoria, et le glacier Crean en Géorgie du sud. Le 20 juillet 2003, une statue de bronze en son honneur a été inaugurée à Annascaul[27]. Dans un autre genre Crean a inspiré une campagne de promotion de la Pale Ale d' Endurance Brewing[28]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. One nautical mile or "geographical" mile = 1.15 statute miles, or one minute of latitude. Distances hereafter are given in statute miles.
  2. Hut Point was the name given to the location, alongside the ship's mooring, of the expedition's main storage hut. The hut was used in later expeditions as a shelter and storage depot.
  3. Scott, in a letter home October 1911 included in his diary, wrote of his admiration for Crean, saying he was "perfectly happy, ready to do anything and go anywhere, the harder the work the better"
  4. Ce que Scott ignorait

Références[modifier | modifier le code]

  1. Smith uses the Irish form "Eileen", p. 301
  2. Smith, Michael, An Unsung Hero: Tom Crean - Antarctic Survivor. Headline Book Publishing, 2000, p. 16
  3. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 16
  4. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 18
  5. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 19
  6. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 20–21
  7. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 29
  8. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 31
  9. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 46–47
  10. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 46
  11. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 55
  12. Crane, pp. 214–15. Modern re-calculations based on photographs have placed this furthest south at 82°11'S (Crane map, p. 215).
  13. a et b Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 70
  14. a et b Crean, Royal Navy service record, referenced in Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 72
  15. Scott recommended that Crean be promoted to Petty Officer 1st Class after the 1901-04 expedition; see Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 70
  16. Scott, in a letter to Crean on 23 March 1910, invited Crean to join the expedition. Reprinted in Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 76
  17. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 107
  18. Apsley Cherry-Garrard, The Worst Journey in the World, p. 147
  19. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 102
  20. Scott, Diary, 4 January 1912. Reprinted in Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 123
  21. Michael Smith, Tom Crean : Unsung Hero of the Scott and Shackleton Antarctic Expeditions, p. 161
  22. Huntford (The Last Place on Earth), p. 455
  23. Les quatre autres sont Frank Worsley, John Vincent, Harry McNish et Timothy McCarthy.
  24. Ernest Shackleton, L'Odyssée de l'Endurance, Phébus, Libretto, 1988, p. 184.
  25. L'intérieur de la Géorgie du sud n'était pas à l'époque cartographié.
  26. Cette auberge existe toujours.
  27. Tom Crean Memorial Garden
  28. Endurance Brewing

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]