Theodore Parker

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Theodore Parker

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Theodore Parker (vers 1855).

Naissance 24 août 1810
Lexington, États-Unis
Décès 10 mai 1860 (à 50 ans)
Florence, Italie
Nationalité Américain
Activité principale
Autres activités
Formation
Signature de Theodore Parker

Theodore Parker, né à Lexington (Massachusetts) le 24 août 1810 et mort à Florence le 10 mai 1860, est un théologien américain, ministre du culte transcendantaliste de l'Église Unitarienne. Un réformiste et abolitionniste dont les discours et les écrits inspirèrent Abraham Lincoln[1] et Martin Luther King[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et études[modifier | modifier le code]

Theodore Parker naît à Lexington (Massachusetts)[3], il est le cadet d'une famille nombreuse. Son grand-père, John Parker, s'illustra lors de la bataille de Lexington et Concord. Parmi ses ancêtres on peut aussi citer Thomas Hastings, un colon venu d'Est-Anglie en Grande-Bretagne, arrivé dans la Colonie de la baie du Massachusetts en 1634, et le diacre Thomas Parker, venu d'Angleterre en 1635 qui est l'un des fondateurs de Reading (Massachusetts)[4],[5],[6]. La plupart des membres de sa famille sont morts, probablement de tuberculose, lorsque Parker atteint sa vingt-septième année[7].

Il étudie au Harvard College dont il est diplômé en 1831. Parker maîtrise le latin, le grec, l'hébreu et l'allemand. Son journal et ses lettres montrent qu'il connait aussi d'autres langues, comme le chaldéen, le syriaque, l'arabe, le copte et l'éthiopien. Il imagine un temps étudier le droit, mais sa foi profonde le conduit à la théologie. Il entre au Harvard Divinity School où il se spécialise dans l'étude de la théologie allemande[3]. Dans les années 1830, Parker commence à assister aux réunions du Transcendental Club et y rencontre entre autres Ralph Waldo Emerson, Amos Bronson Alcott et Orestes Brownson[8]. Contrairement à Emerson et aux autres transcendentalistes, Parker pense que le mouvement est profondément imprégné d'idées religieuses et doute qu'il puisse en faire abstraction[3],[8]. Parker obtient son diplôme de théologie en 1836[3].

Carrière[modifier | modifier le code]

Alors que sa carrière débute imprégnée d'une foi solide, avec le temps, Parker commence à se poser des questions. En étudiant la critique radicale de la Bible qui monte alors en Allemagne, il en vient à nier la vision traditionaliste. Il est violemment attaqué quand il nie les miracles bibliques ainsi que l'autorité de la Bible et de Jésus. Certains doutent même qu'il soit chrétien; la plupart les chaires de la région de Boston lui sont fermées, et nombre d'amis lui tournent alors le dos[9].

Affiche de 1852, commémorant le premier anniversaire de la capture, à Boston, de Thomas Sims, un esclave en fuite.

En 1841, il écrit un sermon intitulé A Discourse on the Permanent and Transient in Christianity (Discours du permanent et du transitoire dans le christianisme), exposant sa conviction que les Écritures ne reflètent pas la vérité[3].

En 1842, ses doutes le conduisent à une rupture ouverte avec la théologie orthodoxe: il insiste sur l’immédiateté divine [10] et conçoit l'Église comme une communion, considérant le Christ en tant qu'expression suprême de Dieu. En conclusion, il rejette tous les miracles, et considère que la Bible est truffée de contradictions et d'erreurs. Il conserve sa foi en Dieu, mais suggère d'éprouver Dieu intuitivement et personnellement. Il pense que l'expérience individuelle est le domaine ou chacun devrait concentrer ses croyances religieuses[3].

Parker se rend à Boston, en janvier 1845, à l'invitation de quelques-uns de ses partisans, pour y prêcher. Ceux-ci ont fondé la 28th Congregational Society of Boston et choisi Parker en tant que ministre du culte. Il y prononce son premier sermon en février[7]. Dans les rangs de sa congrégation, on peut citer Louisa May Alcott, William Lloyd Garrison, Julia Ward Howe, et Elizabeth Cady Stanton, elle compte finalement plus de 7000 membres[11].

À Boston, Parker mène le mouvement de lutte contre le Fugitive Slave Act (loi sur les esclaves fugitifs) adopté lors du compromis de 1850. Il requiert de tout citoyen des États-Unis, qu'il vive ou non dans un État pratiquant l'esclavage, qu'il apporte son aide à la capture des esclaves en fuite. Parker qualifie la loi de « hateful statute of kidnappers »[12] (détestable statut de kidnappeurs) et organise la résistance à Boston. Avec ses partisans, il forme le Comité de Vigilance, refusant tout concours à la capture des esclaves fugitifs et les aidant à se cacher[13]. Ils organisent, par exemple, la fuite d'Ellen et William Craft quand des chasseurs d'esclaves géorgiens arrivent à Boston pour les capturer. Grâce aux actions de Parker et de son Comité, de 1850 jusqu'au début de la guerre de Sécession en 1861, seul deux esclaves sont capturés à Boston et ramenés dans le Sud. À chaque fois, les Bostoniens organisent des manifestations afin de marquer leur désapprobation[14].

Décès[modifier | modifier le code]

Atteint de tuberculose, qui à cette époque ne connait aucun traitement, Parker est contraint à une retraite prématurée en 1859[11]. Afin d'enrayer la progression de la maladie, on lui conseille de voyager, le 1er juin 1859, il arrive à Londres[15]. À l'invitation de ses amis Elizabeth Barrett et Robert Browning, Isa Blagden et Frances Power Cobbe qui vivent à Florence en Italie, il part les rejoindre. Cependant, le mois suivant son arrivée, le 10 mai 1860, il meurt, moins d'un an avant que n'éclate la guerre de Sécession.

Il repose au cimetière des Anglais de Florence[16],[17]. Sa pierre tombale réalisée par Joel Tanner Hart a été remplacée plus tard par celle gravée par William Wetmore Story. Sa tombe est voisine de celle de Frances Trollope, qui a écrit le premier roman anti-esclavagiste, The Life and Adventures of Jonathan Jefferson Whitlaw: or Scenes on the Mississippi (1836), qui inspira Harriet Beecher Stowe pour La Case de l'oncle Tom (1852).

Convictions et critique sociale[modifier | modifier le code]

Comme l'écrit John White Chadwick, l'un des premiers biographes de Parker, ce dernier a participé à presque tous les mouvements réformistes de l'époque sur : « la paix, la tempérance, l'éducation, la condition des femmes, la législation pénale, la discipline pénitentiaire, l'indigence morale et mentale des plus riches, le dénuement des plus pauvres » mais aucun n'est devenu « un facteur dominant de son combat » à l'exception de ses convictions anti-esclavagistes[18]. Il a dénoncé la Guerre américano-mexicaine et appelé ses compatriotes Bostoniens, en 1847, à protester « contre cette guerre infâme »[19].

L'abolitionnisme de Parker fut sa position la plus controversée, à un moment où les États-Unis commençaient à se diviser au sujet de l'esclavage[20]. Il écrivit le cinglant To a Southern Slaveholder[21] (lettre ouverte à un esclavagiste du Sud) en 1848, alors que le débat sur l'abolition faisait rage. Parker défia l'esclavagisme[22] et encouragea la désobéissance civile au Fugitive Slave Act de 1850, une partie controversée du compromis de 1850 qui exigeait le restitution des esclaves fugitifs à leurs propriétaires. Parker a travaillé avec de nombreux esclaves fugitifs, dont certains faisaient parties de sa congrégation. Comme ce fut le cas de Ellen et William Craft[23], qu'il cacha dans sa maison. Bien qu'il ait été inculpé pour ses actes, il ne fut jamais condamné[9].

Pendant les évènements du Bleeding Kansas, avant le déclenchement de la guerre de Sécession, Parker collecta de l'argent pour fournir des armes aux milices des Free states (États abolitionnistes). En tant que membre du comité des Secret Six, il soutint l'abolitionniste John Brown, que beaucoup considéraient comme un fanatique ou un terroriste[24]. Après l'arrestation de Brown, Parker écrivit une lettre ouverte intitulée John Brown's Expedition Reviewed (Critique de l'expédition de John Brown), justifiant les actes de Brown et le droit des esclaves à tuer leurs maîtres[25].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bowden, Henry Warner. "Parker, Theodore" in American National Biography Online 2000
  • Commager, Henry Steele. Theodore Parker (1947), scholarly biography excerpt and text search
  • Commager, Henry Steele. "The Dilemma of Theodore Parker", New England Quarterly (1933) 6#2 pp 257–277. in JSTOR
  • Dirks, John Edward. The Critical Theology of Theodore Parker (1948) online
  • Fellman, Michael. "Theodore Parker and the Abolitionist Role in the 1850's", Journal of American History (1974) 61#3 pp 666–684. in JSTOR
  • White, Peter. "Reason and Intuition in the Theology of Theodore Parker", Journal of Religious History, (1980) 11#1 pp 111–120.
  • Commager, Henry Steele, ed. Theodore Parker: An Anthology (1960)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Theodore Parker, « "The American Idea:" speech at N.E. Anti-Slavery Convention, Boston », Bartleby.com,‎ 29 mai 1850 : « A democracy,—that is a government of all the people, by all the people, for all the people; of course, a government of the principles of eternal justice, the unchanging law of God; for shortness’ sake I will call it the idea of Freedom. »
  2. Joshua Cohen, The arc of the moral universe and other essays, Cambridge, Harvard University Press, 2010, p. 17.
  3. a, b, c, d, e et f Hankins, Barry. The Second Great Awakening and the Transcendentalists. Westport, Connecticut: Greenwood Press, 2004: 143. ISBN 0-313-31848-4
  4. Buckminster, Lydia N.H., The Hastings Memorial, A Genealogical Account of the Descendants of Thomas Hastings of Watertown, Mass. from 1634 to 1864. Boston: Samuel G. Drake Publisher (an undated NEHGS photoduplicate of the 1866 edition), 30.
  5. Parker, Theodore, John Parker of Lexington and his Descendants, Showing his Earlier Ancestry in America from Dea. Thomas Parker of Reading, Mass. from 1635 to 1893, pp. 15-16, 21-30, 34-36, 468-470, Press of Charles Hamilton, Worcester, MA, 1893.
  6. Parker, Augustus G., Parker in America, 1630-1910, pp. 5, 27, 49, 53-54, 154, Niagara Frontier Publishing Co., Buffalo, NY, 1911.
  7. a et b Dean Grodzins, « Theodore Parker », Unitarian Universalist Historical Society
  8. a et b Buell, Lawrence. Emerson. Cambridge, Massachusetts: The Belknap Press of Harvard University Press, 2003: 32–33. ISBN 0-674-01139-2
  9. a et b « Theodore Parker », Encyclopædia Britannica 1911
  10. Immédiateté divine : immédiateté signifie dans ce cas « sans intermédiaire ».
  11. a et b « Parker, Theodore », Columbia Encyclopedia
  12. Paul Calore, The causes of the Civil War : the political, cultural…, Jefferson, McFarland & Co., 2008, p. 186.
  13. Buescher, John. Keep Your Top Eye Open. Teachinghistory.org Accessed 2 June 2011.
  14. Potter, David Morris., and Don E. Fehrenbacher. The Impending Crisis, 1848-1861, New York: Harper & Row, 1976
  15. Albert Réville, Théodore Parker, sa vie et ses œuvres. Un chapitre de l'histoire de l'abolition de l'esclavage aux États-Unis, Paris, C. Reinwald, J. Cherbuliez, 1865.
  16. Official guidebook written by Pastore Luigi Santini, published by the Administration of the Cimitero agli Allori in 1981, « American Tombs in Florence's English Cemetery »
  17. Gura, Philip F. American Transcendentalism: A History. New York: Hill and Wang, 2007: 248. ISBN 0-8090-3477-8
  18. Polner, Murray (2010-03-01) Left Behind, The American Conservative
  19. Paul E. Teed, « A Brave Man's Child: Theodore Parker and the Memory of the American Revolution », [Journal of Massachusetts],‎ Summer 2001 issue (lire en ligne)
  20. Theodore Parker, To a Southern Slaveholder, 2 février 1848
  21. « The Slave Power », EServer.org, Antislavery Literature Project
  22. Charles Stephen, « Theodore Parker, Slavery, and the Troubled Conscience of the Unitarians »,‎ 25 août 2002
  23. Frederick J. Blue in American Historical Review (avril 2006) v. 111 p 481-2.
  24. Oswald Garrison Villard, John Brown, 1800-1859: a biography fifty years after, Houghton Mifflin company, 1910.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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