Theodore Dalrymple

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Anthony Daniels

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Nom de naissance Anthony Daniels
Autres noms Theodore Dalrymple, Edward Theberton, Thursday Msigwa
Activités Médecin, écrivain
Naissance 11 octobre 1949 (64 ans)
Londres, Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Langue d'écriture Anglais
Mouvement Conservatisme
Genres Essai, roman

Œuvres principales

Life at the Bottom: The Worldview That Makes the Underclass (2001), Our Culture, What's Left of It: The Mandarins and the Masses (2005), Spoilt Rotten: The Toxic Cult of Sentimentality (2010)

Anthony (A.M.) Daniels (né le 11 octobre 1949), plus connu sous son nom de plume Theodore Dalrymple, est médecin à la retraite et écrivain. Il a travaillé en plusieurs pays d'Afrique subsaharienne et dans les bas quartiers de l'East End de Londres. Avant sa retraite en 2005, il a appartenu au City Hospital[1] et à Winson Green Prison, situés tous deux à Birmingham en Angleterre.

Daniels est éditorialiste au City Journal, un publication think tank conservateur Manhattan Institute (en), où il est Dietrich Weismann Fellow[2]. En plus du City Journal, son travail paraît dans The British Medical Journal, The Times, The Observer, The Daily Telegraph, The Spectator, The Salisbury Review, et Axess magasin. Il est auteur de plusieurs livres, dont Life at the Bottom: The Worldview That Makes the Underclass, Our Culture, What's Left of It, et Spoilt Rotten: The Toxic Cult of Sentimentality.

Selon Daniels, les opinions prétendument progressistes répandues dans les cercles intellectuels occidentaux diluent la responsabilité des individus par rapport à leurs propres actions et sapent la morale traditionnelle, ce qui contribue à la formation dans les pays riches d'un sous-prolétariat affecté par une violence endémique, la criminalité, les maladies sexuellement transmissibles, la dépendance à l'assistance sociale et la toxicomanie. La plupart des articles et des livres de Dalrymple s'étayent de ses expériences de travail avec les criminels et les malades mentaux.

Ses détracteurs le qualifient de pessimiste et de misanthrope; en revanche, ses partisans font l'éloge de sa philosophie résolument conservatrice, qu'ils décrivent comme anti-idéologique, sceptique, rationnelle et empirique.

En 2011, Dalrymple a reçu le Prijs voor de Vrijheid (nl) du think tank libéral Libera[3].

Sa vie[modifier | modifier le code]

Son père était un homme d'affaires communiste d'origine russe. Sa mère juive, née en Allemagne, est arrivée en Grande-Bretagne comme réfugiée fuyant le régime nazi[4].

Son travail comme médecin le mène au Zimbabwe (appelé Rhodésie du Sud à cette époque), en Tanzanie, en Afrique du Sud et aux Îles Gilbert. Il décrit cette première partie de sa vie dans son autobiographie, Fool or Physician (1987). Il revient en Grande-Bretagne en 1990, où il travaille à Londres et à Birmingham.

En 2005 il prend sa retraite anticipée de psychiatre, écrivant dans le Sunday Telegraph: "Enfin à la retraite! Enfin à la retraite! Merci Dieu Tout-Puissant, enfin à la retraite! De telles idées reviennent chez presque tous les médecins d'hôpitaux et généralistes qui se retirent du National Health Service après plusieurs années d'exercice: des années besogneuses de plus en plus constituées de servitude et de subordination aux politiciens et à leur acolytes, ainsi qu'aux directeurs prononçant d'hypocrites vœux pieux tout en obtenant l'avancement de leur propre carrière sans gloire." À présent, il partage son temps (avec sa femme, Dr Agnes C. Nalpas) entre ses maisons à Bridgnorth (Shropshire) et en France. Il continue à écrire.

Pour ce qui est de son pseudonyme Theodore Dalrymple, Daniels dit qu'il a "choisi un nom qui semblait assez dyspeptique, celui d'un vieil homme affecté de la goutte qui regarderait par la fenêtre de son club à Londres, un porto à la main, en se lamentant sur la dégradation de l'état du monde."[5]

Il est athée mais a critiqué l'anti-cléricalisme en disant que "déplorer la religion...est déplorer notre civilisation, ses monuments, ses réussites et son héritage"[6]. Bien qu'élevé dans la religion chrétienne, il a commencé à douter de l'existence de Dieu à l'âge de neuf ans. Il est devenu athée alors qu'il avait quatorze ans, en réaction au déroulement d'une célébration religieuse d'école[6].

Daniels a utilisé les noms de plume Edward Theberton et Thursday Msigwa[7] et peut-être un autre pseudonyme de plus[5].

Sa carrière comme écrivain[modifier | modifier le code]

Daniels commence à envoyer des articles non sollicités à The Spectator durant les années 1980; sa première œuvre publiée, intitulée A Bit of a Myth apparaît dans ce magazine en août 1983 sous le nom A.M. Daniels. Charles Moore écrivit en 2004 que "Theodore Dalrymple, qui écrivait à cette époque-là sous un pseudonyme différent, est le seul écrivain que j'ai jamais choisi de publier sur base d'articles non sollicités"[8]. De 1984 à 1991 Daniels écrit des articles pour The Spectator sous le nom de plume Edward Theberton.

Daniels écrit abondamment sur la culture, l'art, la politique, l'éducation, et la médecine, souvent en utilisant ses expériences comme médecin et psychiatre en Afrique et au Royaume-Uni. L'historien Noel Malcolm décrivit les comptes-rendus écrits qu'a faits Daniels de ses expériences à la prison et à l'hôpital de Birmingham comme « de l'or journalistique »[9], et Charles Moore observait que « ce fut seulement quand [Daniels] revint en Grande-Bretagne qu'il y trouva ce qu'il considérait comme relevant d'un vrai barbarisme : ce terne hédonisme caractérisé par une pitié tournée vers soi-même et la brutalité de la culture de la dépendance. Aujourd'hui, il est un chroniqueur hors pair » [8]. Daniel Hannan écrivait en 2011 que Dalrymple "écrit sur les œuvres de Koestler, l'art religieux éthiopien et les éternelles récurrences nietzschéennes – des sujets qui, en Grande-Bretagne, sont généralement réservés aux figures de gauche qui sévissent sur Start the Week et Newsnight Review. C'est l'infortune de Théodore d'occuper une place située en dehors du carcan mental de la plupart des rédacteurs en chef qui prennent les décisions"[3].

En 2001, Daniels publie Life at the Bottom: The Worldview That Makes the Underclass, une anthologie de ses articles. Ces œuvres, que The Manhattan Institute a commencé à publier dans le City Journal en 1994, traitent des thèmes de la responsabilité morale, de la mentalité de la société en général et des problèmes des classes populaires (que Daniels appelle habituellement «the underclass»). Pendant ses recherches, Daniels interrogé plus de 10 000 personnes qui ont tenté se suicider.

Our Culture, What's Left of It: The Mandarins and the Masses, publié en 2005, est une autre anthologie d'articles, où Daniels soutient que l'abandon par la bourgeoisie de ses aspirations traditionnelles, de sa culture et de ses bonnes manières a favorisé, en montrant le mauvais exemple, une incivilité routinière et une ignorance militante parmi les pauvres. Il examine une pléthore de thèmes et de figures dans ce livre, dont Shakespeare, Karl Marx, Virginia Woolf, les déserts nutritionnels, la malnutrition volontaire de l'underclass, la vulgarité des loisirs et la libéralisation des drogues.

En 2009, Monday Books (la maison d'édition pour Daniels en Grande-Bretagne) publie deux livres. Le premier, l'anthologie Not With a Bang But A Whimper ("Pas avec un boum mais avec un gémissement") paraît en août, avec une édition différente aux États-Unis (quelques articles sont différents). Le deuxième, publié en octobre, s'appelle Second Opinion, une autre anthologie d'articles mais cette fois consacrée exclusivement à son travail en Grande-Bretagne à l'hôpital et à la prison[10]. Le livre de Daniels le plus récent est Spoilt Rotten: The Toxic Cult of Sentimentality (2010) ; Daniels y analyse comment le sentimentalisme est devenu incontournable dans la société anglaise, y générant de sérieux effets nocifs.

Sa pensée[modifier | modifier le code]

Des thèmes se retrouvent régulièrement dans les articles de Daniels[11].

  • Une grande partie de la souffrance contemporaine dans les pays occidentaux — dont la criminalité, la violence domestique, la toxicomanie, les jeunes agressifs, le hooliganisme, les familles brisées — trouve sa cause dans la conduite nihiliste, décadente, et auto-destructive de personnes qui ne savent pas comment vivre. La normalisation culturelle de cette conduite et la médicalisation de ces problèmes sont tout simplement des formes d’indifférence. Quelqu'un doit dire à ces personnes, patiemment et au cas par cas, qu'il faut vivre différemment[12].
  • La pauvreté n'explique pas en elle-même les conduites agressives, criminelles et auto-destructices. Dans un bidonville africain, on trouve en abondance dignité et bonnes mœurs parmi les très pauvres vivant dans des conditions pénibles. En revanche, cette dignité et ces bonne mœurs font défaut dans une banlieue typique d'Angleterre, bien que ses habitants soient beaucoup plus riches[13].
  • La gratitude et le sens du devoir ont été remplacés par la conscience de jouir de "droits", sans responsabilité. Cela conduit alors à du ressentiment lorsque ces droits perçus se trouvent enfreints par les parents, les autorités, les bureaucraties et la société en général[14].
  • L'un des aspects qui rend l'islam (ou plus exactement l'islamisme) attractif pour les jeunes hommes musulmans élevés en Occident est la possibilité que cela leur donne d'exercer une domination sur les femmes[15].
  • Les solutions technocratiques ou bureaucratiques aux problèmes de l'humanité conduisent au désastre dans les cas où la racine de ces problèmes est la nature même de l'homme.
  • Il est un mythe qu'en se sevrant d'une drogue comme l'héroïne, les symptômes de manque soient presque insupportables ; en fait, ils ne sont pas pire que ceux d'une grippe[16],[17].
  • La criminalité est plus souvent la cause de l'assuétude aux drogues que sa conséquence.
  • Le sentimentalisme, solidement implanté dans la société britannique, est "le progéniteur, le parrain, l'accoucheur de la brutalité"[18].
  • La haute culture et les goûts esthétiques raffinés valent qu'on les défende et, malgré les protestations de relativistes qui disent que tous les modes d'expression se valent, ils sont supérieurs à la culture populaire[19],[20],[21].
  • L'idéologie de l'État-providence est utilisée pour diluer les responsabilités personnelles. L'érosion des responsabilités personnelles rend les individus dépendants des institutions et favorise l'existence d'un sous-prolétariat menaçant et vulnérable.
  • Le relativisme moral peut aisément se révéler un truc d'égocentrique pour faire taire ainsi la voix de la conscience[22].
  • Le multiculturalisme et le relativisme culturel ne s'accordent pas avec le bon sens[23].
  • La bonne conduite — la maîtrise de soi, la modestie, le zèle, l'humilité, l'ironie, le détachement — est en déclin. Cela détruit la vie sociale et personnelle[24].
  • La source de notre pauvreté culturelle contemporaine est la mauvaise foi intellectuelle. Les intellectuels (en particulier ceux de gauche) ont d'abord détruit les fondations de la culture et refusent à présent de le reconnaître en se retranchant derrière les arcanes de la bien-pensance.
  • Plus que toutes les autres nations du monde, la Grande-Bretagne est le lieu où tous les maux résumés ci-dessus se manifestent le plus[25].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sous son vrai nom, Anthony Daniels[modifier | modifier le code]

  • Coups and Cocaine: Two Journeys in South America (1986)
  • Fool or Physician: The Memoirs of a Sceptical Doctor (1987)
  • Zanzibar to Timbuktu (1988)
  • Sweet Waist of America: Journeys around Guatemala (1990)
  • The Wilder Shores of Marx: Journeys in a Vanishing World (1991) (livre publié aux États-Unis comme Utopias Elsewhere)
  • Monrovia Mon Amour: A Visit to Liberia (1992)

Sous le nom de plume Thursday Msigwa[modifier | modifier le code]

  • Filosofa's Republic, Pickwick Books, London, (1989).

Sous le nom de plume Theodore Dalrymple[modifier | modifier le code]

Ouvrage traduit en français[modifier | modifier le code]

  • Le Nouveau Syndrome de Vichy [« The New Vichy Syndrome : Why European Intellectuals Surrender to Barbarism »], Elya Editions,‎ 2013, 288 p. (ISBN 979-1091336017)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Robin Esmond Ferner et Anthony M. Daniels, « Office-Based Treatment of Opioid-Dependent Patients », New England Journal of Medecine, no 348,‎ 2003, p. 81-82
  2. (en) « City Journal: Theodore Dalrymple », Manhattan Institute (consulté le 31 décembre 2010)
  3. a et b (en) Daniel Hannan, « In praise of Flanders, Right-wing intellectuals and Theodore Dalrymple », The Daily Telegraph,‎ 4 mai 2011 (lire en ligne)
  4. Dalrymple, Theodore. Our Culture What's Left of It (2005) Ivan R. Dee. Note : Daniels écrit que le mariage n'était pas heureux ; il dit que ses parents avaient "décidé de vivre dans une souffrance nourrie d'abjects conflits et ont créé pour eux-mêmes une sorte d'enfer domestique à petite échelle". Dans son article What we have to lose p. 158, Daniels écrit: « (...) ma mère était réfugiée de l'Allemagne nazie (...) Elle est partie d'Allemagne quand elle avait dix-sept ans (...) ».
  5. a et b (en) Theodore Dalrymple, « Where nobody knows your name », The Globe and Mail, Toronto,‎ 16 février 2008.
  6. a et b (en) Theodore Dalrymple, « What the New Atheists Don’t See », City Journal, New York,‎ automne 2007 (lire en ligne)
  7. Website Skeptical Doctor. Pour un exemple d'un article de Edward Theberton: Black Marx (The Spectator, 5 July 1986). La première phrase caractéristique est: « Si les hommes du Mozambique pouvaient manger des slogans, ils seraient gros. »
  8. a et b (en) Charles Moore, « What's wrong with Britain? Less than the Jeremiahs allow », The Daily Telegraph,‎ 15 mai 2004 (lire en ligne)
  9. (en) Noel Malcolm, « Spoilt Rotten! by Theodore Dalrymple: review », The Sunday Telegraph,‎ 15 août 2010 (lire en ligne)
  10. Monday Books a rendu gratuitement disponibles des extraits de ces deux livres sur son site-web Not With A Bang But A Whimper Second Opinion
  11. Il discute beaucoup de ces thèmes pendant un entretien avec Paul Belien: 'Dalrymple on Decadence, Europe, America and Islam', in: The Brussels Journal, the Voice of Conservatism in Europe, 17 septembre 2006.
  12. Life at the bottom. The Worldview that makes the Underclass (passim).
  13. (en) Theodore Dalrymple, « What is Poverty? », City Journal, New York,‎ Printemps 1999 (lire en ligne)
  14. The Law of Conservation of Righteous Indignation, and its Connection to the Expansion of Human Rights', in: In Praise of Prejudice. The Necessity of Preconceived Ideas, p. 68 (chapitre 17).
  15. Dans The Gelded Age. A review of America Alone: The End of the World as We Know It, par Mark Steyn (Website The Claremont Institute, 9 April 2007), Daniels écrit: « L'attraction immédiate et principale de l'islam pour les jeunes hommes musulmans élevés en Occident est en fait le contrôle et l'oppression des femmes. » Il exprime une idée similaire en The Suicide Bombers Among Us (City Journal, automne 2005). Dans cet article Daniels écrit: « Même si les inclinations des jeunes hommes musulmans sont plutôt séculaires, ils veulent maintenir la domination masculine héritée de leurs parents. »
  16. (en) Theodore Dalrymple, « = Cold turkey is no worse than flu », New Statesman,‎ 9 avril 1999 (lire en ligne)
  17. (en) Theodore Dalrymple, « Addicted to lies: junking heroin is no worse than flu », The Times,‎ 7 février 2003 (lire en ligne)
  18. (en) Theodore Dalrymple, The new Vichy syndrome : why European intellectuals surrender to barbarism, New York, Encounter Books,‎ 2010, 163 p. (ISBN 9781594033728), p. 50
  19. (en) « The Baroque is superior to Rock: high culture is no bulwark against barbarism — but Baroque does not make those already predisposed to violence even more violent », sur Social Affairs Unit,‎ 10 octobre 2005 (consulté le 21 avril 2009)
  20. (en) Theodore Dalrymple, « Poetry and Self-Pity », City Journal, New York,‎ Winter 1998 (lire en ligne)
  21. (en) Theodore Dalrymple, « Trash, Violence, and Versace: But Is It Art? », City Journal, New York,‎ hiver 1998 (lire en ligne)
  22. 'The Uses of Metaphysical Skepticism', in: In Praise of Prejudice. The Necessity of Preconceived Ideas, p. 6 (chapitre 2).
  23. (en) Theodore Dalrymple, « Multiculturalism Starts Losing Its Luster », City Journal, New York,‎ été 2004 (lire en ligne)
  24. (en) « All Our Pomp of Yesterday », City Journal, New York,‎ été 1999 (lire en ligne)
  25. Not with a Bang but a Whimper (passim). Daniels n'hésite pas utiliser le mot evil (mal). Plusieurs de ses articles ont evil dans le titre.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]