Thaddée d'Édesse

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Thaddée d'Édesse est l’un des « septante disciples » de Jésus dont on ignore les noms mais qui sont mentionnés dans l'évangile selon Luc. Il est repris sous ce nom dans la nomenclature de certaines traditions orientales qui le confondent avec l'« Addaï » de la tradition syriaque.

La tradition pieuse veut qu'il ait été envoyé à Édesse par l'apôtre Thomas, lui aussi lié à cette ville par les traditions ecclésiales locales[1].

Sommaire

Thaddée/Addaï et les traditions orientales [modifier]

Pour certaines traditions des Églises orientales[2] et des écrits comme la Doctrine d'Addaï, la Chronique d'Arbèles ou L'histoire d'Abgar de Léroubna d'Édesse, Addaï porte le titre d'apôtre (Shlika)[réf. nécessaire].

Addaï, « figure de base du christianisme syriaque », aurait selon cette tradition fait œuvre de prédication sous le règne d'Abgar à Édesse, où il serait mort ; les traditions grecque et arménienne l'ont néanmoins confondu avec Thaddée[3]. Jean-Pierre Mahé explique l'erreur dans la tradition grecque par une faute de lecture du syriaque (un aïn pris pour un tav)[4].

La Doctrine d'Addaï est un apocryphe de tradition arménienne rédigé en syriaque qui date probablement du IVe ou du début du Ve siècle, sans doute composé dans l'entourage de l'évêque Rabboula d'Édesse, mais dont un noyau ancien remonte probablement au IIIe siècle[5]. Le texte, qui fourmille d'anachronismes et dans lequel les données historiques sont brouillées[6], raconte notamment comment, par une lettre, le roi Abgar d'Édesse invite Jésus à se protéger des Romains et des Juifs en s'abritant dans son royaume. Celui-ci lui promet de lui envoyer un disciple après l’Ascension et c'est l'un des douze apôtres, Thomas Didyme — jumeau spirituel du Christ[N 1] — qui envoie Thaddée/Addaï auprès du roi où il le convertit avec les nobles de son royaume. C'est Agbar Ukama « le Noir » (-4 à 7 puis 13 à 50) qui est censé avoir envoyé la missive, mais c'est Agbar VIII Le Grand (177-212) qui se serait converti[5]. Dans la Doctrina, Addaï est originaire de Panéas (Césarée de Philippe)[7].

Thaddée/Addaï est ainsi utilisé de façon mythique pour affirmer et entériner l'apostolicité de l'Église arménienne[8]. La figure de l'apôtre se transforme au fil des remaniements des textes de la tradition arménienne, et une première version de sa mort en martyr se mue en départ vers l'Orient, au-delà de sa prédication à Édesse auprès d'Agbar, pour l'évangélisation de l'Arménie où il subit alors le martyre. La tradition ne cesse de s'enrichir et, suivant un Martyre de Barthélemy de tradition arménienne également, c'est ce denier, l'un des Douze, qui prolonge son œuvre avant d'être à son tour martyrisé, par le roi Sanatruk, avant d'être enlevé au ciel par Addaï lui-même[9]. Une autre tradition veut que les deux évangélisateurs soient enterrés dans la même tombe[8].

La tradition arménienne a produit une série d'apocryphes, existant seulement en arménien, qui mettent en scène ces récits apostoliques, dont fait partie le Martyre de Barthélemy déjà cité : le Martyre de Thaddée, l'Histoire de Thaddée et Sanduxt, le Martyre de Sanduxt ou encore la Découverte des reliques de Thaddée, qui relatent la venue du saint à l'époque du roi Sanatruk. Le texte de la Doctrine est utilisé et à nouveau remanié par Moïse de Khorène pour en composer un rôle exclusivement arménien au personnage de Thaddée dans son Histoire de l'Arménie[9].

Mais déjà au IVe siècle, la tradition d'une correspondance entre Agbar et Jésus est connue d'Eusèbe de Césarée qui la cite dans son Histoire ecclésiastique[5].

Tradition eusébienne [modifier]

Selon Eusèbe de Césarée, Thaddée, l’un des septante disciples, fut envoyé[N 2] par Thomas au roi Abgar d’Osroène qui avait écrit à Jésus pour qu'il vienne à Édesse et le guérisse de sa maladie. Thaddée instruisit le roi Abgar dans la foi chrétienne et le baptisa. Après la Pentecôte, Thaddée prêcha l’Évangile en Mésopotamie, et y construisit une première église, avec, selon certaines hagiographies, l'aide de son homonyme, Jude. Il fut martyrisé pour sa foi vers l'an 50, en Artaz, au nord du lac de Van, selon la tradition arménienne. Mais selon d'autres sources et notamment l'Église nestorienne, il serait mort vers 45, paisiblement à Édesse ou décapité dans les environs de Béryte (Beyrouth). Certaines traditions poussent la précision jusqu'à dire qu'il est mort le 3 septembre 44. Pour les Églises orientales, Thaddée est l'un des douze disciples de Jésus, conformément aux listes des douze figurant dans les évangiles synoptiques. Pour l'Église de Rome, puis l'Église catholique, il ne serait en revanche que l'un des soixante dix disciples et aurait vécu beaucoup plus tard.[réf. nécessaire]

Notes et références [modifier]

Notes [modifier]

  1. Didymos signifie « jumeau » en grec ancien.
  2. « Après l'ascension de Jésus, Judas, qu'on appelle aussi Thomas, envoya à Agbar l'apôtre Thaddée, un des soixante dix. » Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre I, chap. XIII, 11.

Références [modifier]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Thaddeus of Edessa » (voir la liste des auteurs).

  1. Jean-Pierre Lémonon, Les débuts du christianisme : De 30 à 135, éd. de l'Atelier, 2003, p. 62.
  2. Cf. Liste des patriarches, sur nestorian.org
  3. Valentina Calzolari, « Les origines apostoliques de l'Église arménienne selon la littérature apocryphe : les apôtres Thaddée et Barthélémy », dans Gabriella Uluhogian, Boghos Levon Zekiyan, Vartan Karapetian (dir.), Arménie : Impressions d'une civilisation, Skira, Milan, 2011 (ISBN 978-88-572-1245-6), p. 140.
  4. Jean-Pierre Mahé, « Conversion et naissance de l'alphabet (IVe ‑ Ve siècle) », dans Jannic Durand, Ioanna Rapti et Dorota Giovannoni (dir.), Armenia sacra — Mémoire chrétienne des Arméniens (IVe ‑ XVIIIe siècle), Somogy / Musée du Louvre, Paris, 2007 (ISBN 978-2-7572-0066-7), p. 23.
  5. a, b et c Muriel Debié, « L'Empire perse et ses marges », dans Jean-Robert Armogathe (dir.), Histoire générale du christianisme, éd. P.u.F./Quadrige, 2010, p. 615.
  6. Cf. Alain Desreumaux (trad.), Histoire du roi Abgar et de Jésus. Présentation et traduction du texte syriaque intégral de « La Doctrine d'Addaï », éd. Brepols, 1993 ; cité par Paul Géhin dans Revue des études byzantines, 1995, vol. 53, no 1, p. 352-353.
  7. Christelle Jullien et Florence Jullien, Les Actes de Mār Māri, éd. Peeters Publishers, 2003, p. 18.
  8. a et b Folker Siegert, « L’Arménie, un conservatoire de l'exégèse ancienne », dans Marie-Françoise Baslez (dir), Les premiers temps de l'Église, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 522-523.
  9. a et b Cf. Valentina Calzolari Bouvier, École pratique des hautes études sciences historiques et philologiques, Livret 10, éd. Librairie Droz, 1996, p. 38-39.

Bibliographie [modifier]

  • Valentina Calzolari, « Les origines apostoliques de l'Église arménienne selon la littérature apocryphe : les apôtres Thaddée et Barthélémy », dans Gabriella Uluhogian, Boghos Levon Zekiyan et Vartan Karapetian (dir.), Arménie : Impressions d'une civilisation, Skira, Milan, 2011
  • Valentina Calzolari, « « Je ferai d’eux mon propre peuple » : Les Arméniens, peuple élu selon la littérature apocryphe chrétienne en langue arménienne », in Revue d’histoire et de philosophie religieuses, tome 90, n° 2, 2010, pp. 179 à 197
  • Muriel Debié, Alain Desreumaux, Christelle Jullien, Florence Jullien, Les apocryphes syriaques, éd. Geuthner, 2005
  • Valentina Calzolari, « Martyre de Thaddée arménien », in Pierre Geoltrain et Jean-Daniel Kaestli (éds. ), Écrits apocryphes chrétiens, tome II, éd. Gallimard, 2005, p. 661-696
  • Valentina Calzolari, « The Armenians as a Chosen People According to Christian Apocryphal Texts in the Armenian Language », in K. B. Bardakjian (éd.), Actes du colloque international The Church of Armenia through the Ages, University of Michigan, Ann Arbor, 1-4 April 2004, éd. Wayne State University Press
  • Nicole Belayche et Simon Claude Mimouni, Les communautés religieuses dans le monde gréco-romain : essais de définition, éd. Brepols 2003
  • A. Palmer, « Les Actes de Thaddée », in Apocrypha 13, 2002, pp. 63-84
  • Valentina Calzolari, « Réécriture des textes apocryphes en arménien : l’exemple de la légende de l’apostolat de Thaddée en Arménie », in Apocrypha n° 8, 1997, pp. 97-110
  • Alain Desreumaux (trad.), Histoire du roi Abgar et de Jésus. Présentation et traduction du texte syriaque intégral de « La Doctrine d'Addaï », éd. Brepols, 1993
  • François Bovon, « La vie des apôtres. Traditions bibliques et narrations apocryphe », in François Bovon (éd.), Les Actes apocryphes des apôtres, éd. Labor et Fides, 1981 pp. 141-158.

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]