Téviec

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Téviec
L'île de Téviec (à droite) et le rocher de Guernic (à gauche) vus depuis la plage de Penthièvre
L'île de Téviec (à droite) et le rocher de Guernic (à gauche) vus depuis la plage de Penthièvre
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Localisation Océan Atlantique
Coordonnées 47° 33′ 22″ N 3° 09′ 55″ O / 47.5562, -3.1652947° 33′ 22″ N 3° 09′ 55″ O / 47.5562, -3.16529  
Géologie Île continentale
Administration
Statut Île privée

Région Bretagne
Département Morbihan
Commune Saint-Pierre-Quiberon
Démographie
Population Aucun habitant
Autres informations
Découverte Préhistoire

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Téviec
Téviec
Île de France

Téviec ou Théviec[1] est un îlot privé[2] situé à l'ouest de l'isthme de la presqu'île de Quiberon, à Saint-Pierre-Quiberon en Bretagne. L'île est un important site archéologique.

Protection[modifier | modifier le code]

Téviec fait l'objet d'un arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB) qui vise la préservation de biotopes variés, indispensables à la survie d’espèces protégées spécifiques[3],[4] depuis le 12 janvier 1982.

L'accostage est généralement interdit du 15 avril au 31 août[5].

Sites archéologiques[modifier | modifier le code]

De 1928 à 1934, un ensemble d'habitats et une nécropole mésolithiques ont été découverts et fouillés à Téviec par un couple d'amateurs lorrains d'archéologie, Marthe et Saint-Just Péquart[6]. Téviec fait partie des rares sites du mésolithique subsistant en Bretagne, avec la pointe de la Torche, Hoëdic et Beg er Vil sur la presqu’île de Quiberon[2]. À l'époque, entre 6 000 et 5 000 BP, l'îlot était dans une lagune et la Manche n'était pas encore une mer : on pouvait rejoindre la future Angleterre à pied[7]. Les habitats sont placés sur des amas coquilliers ayant livré les restes de nombreux mollusques marins, de crustacés, de seiche, de poissons (labridés), d'oiseaux (dont des pingouins, des canards, des bécasses ou des pygargues[2]), des cétacés et des mammifères terrestres (sanglier, cerf, auroch[2], chevreuil, chien, etc.)[8], ainsi que des résidus de taille de silex[2]. C'est dans ces zones de vie et de rejet des déchets coquillers que les cueilleurs-chasseurs enterraient leurs défunts[2]. Ces coquillages ont œuvré à la conservation des sépultures, leur carbonate isolant les ossements du sol acide[2].

L'outillage en os et en bois de cervidés est abondant. Les vestiges lithiques mis au jour comprennent de nombreux microlithes géométriques correspondant à des armatures de projectiles (« trapèzes », « triangles scalènes larges », etc.). Ces vestiges, anciennement datés de 6 575 +/- 350 ans BP, ont fait l'objet de nouvelles datations comprises entre 6 740 et 5 680 BP qui indiquent une occupation plus longue que prévue et dont la fin serait contemporaine du début du Néolithique[9].

Téviec a livré dix sépultures dont certaines multiples, contenant au total 23 individus, adultes et enfants[10], certains ossements étant parfois dispersés[2]. La présence d'une armature de silex fichée dans une vertèbre de l'un des individus atteste d'une mort violente[11]. Les sépultures étaient souvent associées à des foyers rituels et pouvaient être recouvertes par des amas de pierre ou des dalles[12]. Grégor Marchand, chercheur au CNRS et spécialiste des derniers pêcheurs-cueilleurs de l'an moins 6 000, confirme que des pointes de flèches ont été prélevées sur plusieurs squelettes ; pour lui, « en clair, on est face à une tuerie »[7].

La sépulture A du muséum de Toulouse[modifier | modifier le code]

La sépulture de Téviec

Marthe et Saint-Just Péquart ont par la suite travaillé à la demande d’Henri Breuil au Mas d’Azil dans l’Ariège. C'est durant cette période toulousaine qu'ils ont donné une des sépultures de Téviec au muséum de Toulouse, la sépulture A. La reconstitution de cette tombe du Mésolithique a été confiée à Philippe Lacomme qui, au début du XXe siècle, était le taxidermiste et préparateur du muséum. Il a signé cette œuvre en la datant de 1938. Cette pièce a été conservée depuis dans la galerie de la Préhistoire du Muséum, jusqu’à sa refonte en 1997.

Traditionnellement et jusqu’à la récente étude de 2010, le squelette de droite était donné pour un homme et celui de gauche pour une femme, fait validé par des scientifiques de l'époque[2]. Une fois la résine et les reconstructions faites en 1938 enlevées, les deux bassins sont apparus comme étant du sexe féminin[7]. Des analyses plus fines et surtout des prélèvements ADN confirment qu’il s’agit de deux femmes âgées de 25 à 30 ans présentant des traces de mort violente[2]. Le corps de droite porte cinq impacts de coups sur la tête, dont deux mortels, ainsi qu'au moins une entrée de flèche entre les deux yeux. Celui de gauche présente deux traces de coups. L’expertise a été menée par le paléoanthropologue José Braga et par deux médecins légistes[13]. Certains archéologues sont cependant plus prudents sur ces coups, considérant que ces traces peuvent venir du poids de la terre au-dessus de la sépulture[14].

L'ADN mitochondrial de l'un des deux sujets a également parlé. Sans surprise, il est conforme à la séquence génétique la plus fréquente en Europe actuellement (Cambridge Reference Sequence)[15].

Les deux corps ont été ensevelis avec beaucoup de soin dans une fosse creusée moitié dans le sous-sol et moitié dans les débris de cuisine qui le recouvraient. L’ensemble est protégé par un toit fait de bois de cervidés[7]. Le mobilier funéraire comprend des silex et surtout des stylets en os de sanglier, ainsi que des bijoux funéraires formés de coquilles marines percées et assemblées en colliers, bracelets et anneaux de jambes. Quelques-uns des objets en os portent quelques traits gravés. Un début de culture régionale est démontré entre autres par la manière de tailler les silex, dont le type d'affûtage ne se retrouve nulle part ailleurs[7].

L’ensemble a été entièrement rénové et analysé par 30 chercheurs de disciplines différentes, anthropologue, paléontologues, archéologues, botanistes, zoologistes, malacologistes, etc. La restauration de 2010 est due à Benoît Gransac, préparateur du muséum. Cette pièce fait partie d’une exposition temporaire au muséum de Toulouse sur la Préhistoire, qui a reçu le label d’intérêt national.

Dans les arts[modifier | modifier le code]

L'île a été le lieu du tournage de la série télévisée L'Île aux trente cercueils[réf. nécessaire]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Carte de Cassini
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Nicolas Guillas, Les squelettes de Téviec montent à Paris, Sciences Ouest n°293, décembre 2011
  3. Les îles et îlots, des espaces réglementés
  4. Arrêté de préfectoral de protection de biotope
  5. SECURITE DES BAIGNADES ET DES ACTIVITES NAUTIQUES
  6. Péquart, M., Péquart, S.-J., Boule, M., Vallois, H. 1937 – Téviec, station nécropole mésolithique du Morbihan, Paris, Archives de l'Institut de Paléontologie Humaine, Mémoire 18, 227 p.
  7. a, b, c, d et e « Qui donc a occis les deux miss de l'île Téviec ? », sur www.ouest-france.fr,‎ 9 décembre 2011 (consulté le 10 décembre 2011).
  8. Orliac, M. et Masset, C. (1988) - « Téviec et Hoëdic, Morbihan », in: Dictionnaire de la Préhistoire, Leroi-Gourhan, A., (Éd.), PUF, pp. 1085-1086.
  9. Schulting, R.J. (1999) - « Nouvelles dates AMS à Téviec et Hoëdic (Quiberon, Morbihan) », Bulletin de la Société Préhistorique Française, t. 96, n° 2, pp. 203-207.
  10. Caillard, P. (1976) - « L'habitat nécropole de Téviec et les sépultures d'Hoëdic. Étude comparative de certaines dimensions dentaires et crâniennes », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, vol. 3, n° 3-4, pp. 363-382.
  11. « Marthe et Saint-Just Péquart, archéologues des îles - De Houat à Hoedic, 1923‐1934 », dossier de présentation de l'exposition du musée de préhistoire à Carnac, 28 juin - 31 décembre 2008, p. 10 du document .pdf. Consulté le 13 octobre 2010.
  12. Nathalie Molines, Les pionniers de l'archéologie insulaire Marthe et Saint-Just Péquart, Sciences Ouest n°164, 2000, Espace des sciences
  13. Le Muséum de Toulouse et l'invention de la Préhistoire, 2010 p.206-210(ISBN 978-2-906702-18-9)
  14. Grégor Marchand, « Patelles et bigorneaux, quand les derniers préhistoriques sillonnaient la Bretagne », émission Le Salon Noir sur France Culture, 8 février 2012.
  15. Grégor Marchand, Gaëlle Cap-Jedikian, Françoise Berretrot, Nicolas Guillas, Squelettes de Téviec : vos questions aux scientifiques, conférence de l'Espace des sciences, 14 décembre 2011.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marthe et Saint Just Péquart, archéologues des îles - De Houat à Hoedic, 1923‐1934, Melvan, la revue des deux îles, avril 2007 (ISBN 978-2-9520979-1-8)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Préhistoire[s] L'Enquête Exposition au Pôle international de la Préhistoire et au Musée national de Préhistoire des Eyzies.

Articles connexes[modifier | modifier le code]