Théories sur l'origine de Christophe Colomb

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Monument à Christophe Colomb, à Gênes, vers 1860

Les origines génoises de Christophe Colomb sont reconnues par les historiens depuis la fin du XIXe siècle[1], et surtout depuis la publication en 1931 de l'ensemble des documents d'archives disponibles dans le volume Cristofor Colombo : Documenti e prove della sua appartenenza a Genova[2]. Cependant, quelques théories alternatives circulent aux marges du champ des recherches historiques[3].

Comme l'a écrit Samuel Eliot Morison dans sa biographie de Colomb : « (...) personne du vivant de l'Amiral ou pendant les trois siècles qui ont suivi sa mort n'a eu le moindre doute quant au lieu de sa naissance. Par la suite, des hypothèses audacieuses ont fait de lui un Castillan, un Catalan, un Corse, un Grec, un Arménien. Il ne reste plus qu'à un patriote américain de déclarer que Colomb était en réalité un Indien que le vent a poussé loin des côtes de son pays et qui connaissait donc le chemin du retour[4]. »

La théorie sur l'origine portugaise[modifier | modifier le code]

Statue de Christophe Colomb à Cuba

Selon Augusto Mascarenhas Barreto[5] Christophe Colomb aurait été Salvador Fernandes Zarco, noble illégitime natif de la ville de Cuba au Portugal, et parent de João Gonçalves Zarco, ancien navigateur portugais d'ascendance judaïque (marrane). Il aurait été un espion au service du roi portugais Jean II, dans une mission ayant pour objectif de détourner les Espagnols de leur recherche d'un passage vers l'Inde.

Colomb serait une forme latinisée de son nom d'espion. Dans sa signature hiératique, est lisible « Xpo Ferens ». Xpõ signifiant Christ en grec et Ferens porté en latin, donc « le porteur de Christ »). Il associe la référence de « Christ » à son propre nom (le Christ est venu au monde comme un messie ou un sauveur, salvador en portugais). De même, l'expression Ferens issue de son sigle s'associe également à Fernandes et à son monogramme le plus utilisé où les lettres S, F et Z sont discernées (pour Salvador Fernandes Zarco).

Cette théorie a été reprise par l'écrivain Manuel da Silva Rosa en 2006 dans son livre O Mistério Colombo Revelado (en français Le mystère Colomb révélé) et par le cinéaste Manoel de Oliveira dans son film Cristóvão Colombo - O Enigma (Christophe Colomb, l'énigme) en 2008. Elle a également inspiré le journaliste et écrivain José Rodrigues dos Santos pour son livre O codex 632.

Réception[modifier | modifier le code]

Deux critiques du livre de l'auteur de cette théorie furent publiés dans la littérature scientifique :

Like so many others, Barreto claims to have penetrated the mist that surrounds Columbus. Like so many others, he has found it easy to pluck a détail from here and a détail from there in support of his thesis. As with so many others, this tendentiously Autolycan methodology can only remain inadéquate to the task of fashioning a Columbus to taste[6].

« Comme tant d'autres, Barreto affirme avoir pénétré les mystères qui entourent Colomb. Comme tant d'autres, il a trouvé commode de picorer des détail ici et là pour appuyer sa théorie. Et comme tant d'autres, cette méthodologie tendance Grandgousier ne peut qu'être inadéquate pour déguster un met aussi délicat que Colomb. »

This book is filled with unconventional speculation and circumstantial evidence. The author has a vivid imagination. Reading this book is somewhat like reading an espionage novel: if you do not take it seriously, it makes the book fun to read[7].

« Ce livre est rempli de spéculations non conventionnelles et de preuves circonstancielles. L'auteur a une imagination fertile. La lecture de ce livre tient un peu de la lecture du roman d'espionage : si vous ne le prenez pas au sérieux, le livre est amusant à lire. »

Dès la sortie du livre de Barreto, Luís Guilherme Mendonça de Albuquerque[8] (1917-1992), qui fut directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, a dressé la liste, dans le chapitre X de son ouvrage intitulé Dúvidas e Certezas na História dos Descobrimentos Portugueses, de toutes les théories connues concernant l'histoire, jamais démontrée, d'un Christophe Colomb portugais[9], utilisées par Mascarenhas Barreto pour écrire en une dizaine de mois sa compilation de textes sur les pseudo origines portugaises de Colomb.

La théorie sur l'origine juive[modifier | modifier le code]

Selon des historiens juifs, Christophe Colomb s'appelait Cristobal Colon et était le fils de Susanna Fontanarossa (qu'on écrit aussi Fontanarosa) et de Domingo Colon de Pontevedra. En Espagne, ce patronyme est porté par des juifs, certains déférés devant l’Inquisition [10].

Plusieurs auteurs (le premier est Salvador de Madariaga en 1952[11]) ont soutenu une théorie selon laquelle Christophe Colomb aurait des origines juives ibériques (famille juive de Galice ayant trouvé refuge à Gênes) et aurait été un converso, Juif converti publiquement de force au christianisme – voir la limpieza de sangre. Cette hypothèse s'appuie notamment sur ses lettres et manuscrits qui contiendraient des caractères et termes hébraïques que l'on retrouve uniquement dans le ladino[12]. En Espagne à cette époque, même des juifs convertis continuaient à être persécutés et étaient contraints de quitter leur pays ; d'autres conversos continuaient de pratiquer le judaïsme en secret.

Cette hypothèse s'appuie notamment sur ses lettres et manuscrits qui, selon la linguiste Estelle Irizarry, contiendraient des caractères et termes hébraïques que l'on retrouve uniquement dans le ladino[13].

Simon Wiesenthal postule que Colomb était un séfarade soucieux de cacher son judaïsme mais aussi désireux de trouver un lieu de refuge pour ses compatriotes persécutés. Wiesenthal affirme que l'idée de Colomb de naviguer vers l'ouest pour atteindre les Indes était moins le résultat des théories géographiques de l'époque que de sa foi dans certains textes bibliques, en particulier le Livre d'Isaïe, citant à plusieurs reprises deux versets de ce livre : « Car les îles espèrent en moi, Et les navires de Tarsis sont en tête, Pour ramener de loin tes enfants, Avec leur argent et leur or. » (60:9) et « Car je vais créer de nouveaux cieux Et une nouvelle terre » (65:17). Selon Wiesenthal, Colomb a estimé que ses voyages avaient confirmé ces prophéties[14].

Bien que cette thèse ait été étayée à plusieurs reprises[15], les historiens actuels privilégient l'origine gênoise tout en reconnaissant qu'il n'est pas exclu que Colomb, homme cultivé connaissant des éléments de la religion juive mais catholique pieux, ait pu avoir une ascendance juive mais dans ce cas lointaine[16].

La théorie sur l'origine corse[modifier | modifier le code]

Maison de Christophe Colomb à Calvi

Une maison dite natale de Colomb se trouve aussi à Calvi[17], en Haute-Corse, citadelle génoise à l'époque. Ses frères sont Bartolomeo Colomb et Giacomo Colomb.

Autres théories[modifier | modifier le code]

  • Michele Fratianni, Did Genoa and Venice kick a financial revolution in the quattrocento?, septembre 2005.
  • Carlo Cuneo, Memorie sopra d'antico debito pubblico mutui, Compere e Banca di s.Giorgio in Genova, 1842.
  • Eric James Steele, Unmasking Columbus, 2006.
  • Roger Duprat, Christophe Colomb était français, Godefroy de Bouillon, 1997.
  • Gérard Garrigue, Christophe Colomb le Catalan, Confluences, 1992.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Heers, Christophe Colomb, Hachette, 1981, p. 21-23.
  2. Mise au point au début de Marianne Mahn-Lot, Christophe Colomb, Seuil, 1960, p. 3-8.
  3. « Christopher Columbus continues to fascinate and beguile. For the Quincentenary, scores of works have appeared-some representing real advances, others restoking cold fires, still others (the majority) using Columbus as a avatar for a variety of presentist purposes. In ail this, some issues have shown themselves to be time-less-and deathless. One is his nationality; well over a dozen places have been suggested over the years, including Denmark, England, and America. No amount of Columbus' own testimony, contemporary opinion, or documentary évidence has managed to bring closure to this issue. » (en) David Henige, The Hispanic American Historical Review, Vol. 73, No. 3. (Aug., 1993), pp. 505-506.
  4. Samuel Eliot Morison, Christophe Colomb, Amiral de la Mer océane, Saint-Clair, Neuilly-sur-Sein, 1974, p. 19.
  5. Augusto Mascarenhas Barreto, Le portugais Christophe Colomb, agent secret du roi Dom João II, édition Referendo, Lisbonne, 1988 (600 pages)
  6. (en) David Henige, The Hispanic American Historical Review, Vol. 73, No. 3. (Aug., 1993), pp. 505-506
  7. (en) Delno C. West, The American Historical Review, Vol. 98, No. 5. (Dec., 1993), p. 1590
  8. Luís Guilherme Mendonça de Albuquerque
  9. Albuquerque, Luís de, Dúvidas e Certezas na História dos Descobrimentos Portugueses, 2 vols., Lisboa, Círculo de Leitores, 1991.
  10. Tina Levitan, Jews in American Life, New York, 1969, p. 5; cf. aussi Cecil Roth, Personalities and Events in Jewish History, Philadelphie, 1953, pp. 192-211.
  11. Salvador de Madariaga, Christophe Colomb, Calmann-Lévy, Paris, 1952, 538 pages (ISBN 978-2-266-04727-2)
  12. Estelle Irizarry, The DNA of the writings of Columbus, San Juan de Puerto Rico: Ediciones Puerto, 2009.
  13. (en) Estelle Irizarry, The DNA of the writings of Columbus, San Juan de Puerto Rico: Ediciones Puerto, 2009.
  14. (en) Simon Wiesenthal,Sails of Hope: The Secret Mission of Christopher Columbus, Macmillan Publishing Co., Inc., New York, 1973
  15. Sarah Leibovici, Christophe Colomb juif : défense et illustrations, Éd. Maisonneuve & Larose, 1986
  16. Henry Méchoulan, Les Juifs du silence au Siècle d'or espagnol, éd. Albin Michel, 2003
  17. « Pas touche aux origines de Christophe Colomb », sur Corse-Matin.