Théorie du primate aquatique

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La théorie du primate aquatique (anglais Aquatic Ape Hypothesis, AAH ou Aquatic Ape Theory, AAT) est une hypothèse qui propose que des ancêtres de l'homme moderne se seraient adaptés à une vie dans un milieu humide, en bord de mer ou d'autres étendues d'eau. Cela aurait contribué à l'apparition de divers traits propres aux Hominidés par rapport aux proches primates, notamment l'absence de fourrure et la bipédie.

Cette théorie est très controversée parmi les professionnels de la paléoanthropologie, en particulier.

Historique[modifier | modifier le code]

L'hypothèse aquatique a été émise pour la première fois en 1960 dans un journal de langue anglaise par Sir Alister Hardy. Mise à l'écart jusqu'à récemment au profit de plus de 12 autres modèles explicatifs de l'apparition de la bipédie soit terrestres soit arboréens, la théorie a été reprise et développée sous l'appellation A.A.T. (Aquatic Ape Theory), en particulier par Elaine Morgan, notamment grâce à l'accumulation de plusieurs études et de documents (photos, films) de provenances variées (Galdikas, Ellis, Sommer & Amman, Doran & McNeilage, Parnell, et d'autres) montrant des singes marchant et ayant des activités dans l'eau.

Ces études montrent que tous les hominidés (y compris les chimpanzés malgré leur réputation, voir Angus, Nishida, Jess Tombs et d'autres) seraient plus à l'aise dans l'eau qu'il n'était couramment admis jusqu'à présent. Les bonobos craignent encore moins l'immersion que leurs cousins chimpanzés (voir Uehara, de Waal, de Waal & Lanting…), qui sont les plus timides pour se mouiller les pieds.

Les précédents aquatiques[modifier | modifier le code]

Graisse sous-cutanée[modifier | modifier le code]

L'humain est de loin le primate le plus gras, avec dix fois plus de cellules lipidiques que pour les autres primates. Deux sortes d'animaux seulement montrent cette tendance : ceux qui hibernent (graisse saisonnière), et les animaux aquatiques (graisse tout au long de l'année, comme chez les humains).

Les mammifères terrestres ont plutôt tendance à stocker la graisse à l'intérieur du corps, surtout autour des reins et intestins. Les mammifères aquatiques stockent eux la majeure partie de leur graisse juste en dessous de la peau; les humains ont également essentiellement de la graisse sous-cutanée. Notre tendance à prendre du poids pourrait ainsi être un vestige d'une phase aquatique antérieure à notre état présent.

Absence de fourrure[modifier | modifier le code]

L'humain est le seul primate vivant à ne pas avoir de fourrure ; deux habitats seulement amènent ce phénomène: souterrain ou aquatique. L'apilosité aurait évolué dans un environnement aquatique ou semi-aquatique préalable à celui de la savane, puisqu'elle est un inconvénient pour les primates terrestres (transport des plus jeunes et nourrissons).

Contrôle respiratoire[modifier | modifier le code]

L'être humain a le contrôle de son système respiratoire – comme les mammifères aquatiques (phoques, dauphins…) qui en ont besoin pour estimer la quantité d'air nécessaire à une plongée ; et contrairement à la plupart des mammifères terrestres. On peut penser que sans ce contrôle nous n'aurions pas pu apprendre à parler.

Ledit système respiratoire a aussi la particularité, en commun chez les mammifères avec le lion de mer et le dugong seulement (deux mammifères marins), de la descente du larynx, qui est chez l'humain placé dans la gorge et non dans la fosse nasale. Les autres mammifères doivent faire descendre leur larynx pour émettre un appel – une fois l'appel fini, leur larynx remonte. Même nos propres enfants naissent ainsi : le larynx descend dans la gorge quelques mois après la naissance, ce qui amène l'entrée vers les poumons au même niveau que celle vers l'estomac et nécessite un système compliqué de déglutition. Ceci est vraisemblablement une adaptation aquatique puisque nous pouvons ainsi respirer par la bouche aussi bien que par le nez, donc avaler de l'air plus vite que par un seul orifice. Les seuls oiseaux qui respirent uniquement par la bouche sont des plongeurs comme le pingouin, pélican ou similaires.

Glandes sudoripares[modifier | modifier le code]

Nous suons avec des glandes sudoripares épidermiques différentes de celles des autres mammifères. Notre système perd une grande quantité d'eau et de sels minéraux. Il est très peu probable que ce système de sudation ait évolué dans la savane, où ces deux denrées sont rares.

Nous avons des millions de très grosses glandes sébacées, huilant toute la surface de notre corps (souvent nos jeunes adultes souffrent d'acné). Celles des singes sont vestigiales. On n'a aucune idée de l'utilité de ces énormes glandes sébacées. Chez les autres animaux la seule fonction connue est celle d'imperméabiliser la peau ou la fourrure.

Larmes d'émotion[modifier | modifier le code]

Nos larmes d'émotion sont contrôlées par des nerfs différents de ceux qui provoquent les larmes dues à l'irritation (fumée, poussière…). Nous sommes les seuls animaux terrestres à avoir ce système. Certains oiseaux marins, reptiles marins et mammifères marins, perdent de l'eau par les yeux, ou par des glandes nasales spéciales, quand ils ont avalé trop d'eau, ou quand ils sont excités émotionnellement (nourriture, agression, frustration...) .

Acides gras Oméga-3[modifier | modifier le code]

Les acides gras Oméga-3, matière première pour les tissus du cerveau, sont abondants en milieu marin mais relativement rares en milieu terrestre. Ils sont notamment un nutriment essentiel pour le cerveau. Puisqu'un gros cerveau est un avantage évolutif, pourquoi un seul des hominidés l'a-t-il acquis (et non pas plusieurs des candidats potentiels)? Ce pourrait être parce qu'un seul avait dans sa chaîne alimentaire pléthore de matériau nécessaire.

De nombreux autres indices vont dans le même sens [réf. nécessaire].

La bipédie en milieu aquatique[modifier | modifier le code]

Une stature et une locomotion bipèdes sont avantageuses en milieu aquatique en permettant de s'aventurer en eaux plus profondes, d'éviter des contraintes anatomiques trop importantes, et de conserver un meilleur équilibre, tout en libérant les bras et les main pour des tâches de collecte ou de maniement. D'autre part, un tel milieu en soulageant une grande partie du poids facilite grandement le passage à la bipédie (à la fois aux niveaux ontogénétique et phylogénétique), ce qui pourrait expliquer pourquoi l'humain (et lui seul) est devenu essentiellement bipède parmi les primates proches, et avec un forme de bipédie très spécifique[réf. nécessaire].

Le seul animal ayant jamais développé lors de son évolution un pelvis similaire au nôtre pour son adaptation à la bipédie, fut l'Oreopithecus ou singe des marais, éteint depuis longtemps. Actuellement vivants on trouve deux primates montrant une tendance plus marquée que les autres à se tenir et marcher debout au sol: dans les marais à mangroves de Bornéo, le proboscis[Quoi ?]; et le bonobo ou chimpanzé pygmée, qui habite une forêt dont une grande partie est encore inondée annuellement (leur territoire entier l'était pendant des millénaires)[réf. nécessaire].

Tous les grands singes ont plutôt tendance à marcher dans l'eau qu'à nager[réf. nécessaire].

L'humain conduit souvent l'acte de reproduction ventre-à-ventre, ce qui est expliqué par la bipédie. Le bonobo fait de même. Ce comportement est très rare parmi les animaux terrestres. Par contre il est courant chez les mammifères aquatiques : dauphins, castors, loutres... Notre trait commun est d'avoir l'épine dorsale et les membres postérieurs alignés – ce qui affecte la position des organes sexuels[réf. nécessaire].

La plupart des spécificités de la physiologie humaine sont courantes chez les mammifères aquatiques bien que très rares chez ceux terrestres. On peut donc supposer que nos ancêtres eussent vécu pendant longtemps en habitat inondé, semi-aquatique – ce qui résout la majeure partie des questions de physiologie humaine restées jusque là sans réponse. Le début de ces évolutions serait contemporain avec la divergence entre les grands singes et les humains. Cette hypothèse est étayée par des évidences géologiques s'accumulant rapidement, que rien parmi les fossiles connus ne contredit.[réf. nécessaire]

Principales objections[modifier | modifier le code]

Absence de pilosité[modifier | modifier le code]

La pilosité humaine est radicalement différente de celle de toutes les espèces aquatiques (à l'exception de l'hippopotame aquatique, espèce semi-aquatique ; la théorie du primate aquatique suggèrant plutôt, même si son nom porte à la confusion, l'existence d'un ancêtre de type semi-aquatique). La comparaison avec les mammifères réellement aquatiques (Cétacés, Siréniens, etc.) est suspecte dans la mesure où ces animaux ont acquis leurs caractéristiques au cours d'un temps beaucoup plus long que les humains [clarification chiffrée souhaitée].

En outre, de nombreux tenants de l'hypothèse aquatique prétendent que l'ancêtre semi-aquatique supposé n'était donc pas complètement aquatique, ce qui constitue une contradiction interne de leur argumentation quand un trait de mammifère marin apparaît sans stimulus sélectif similaires à ceux retrouvés dans les biotopes totalement aquatiques. Le babiroussa est un mammifère littoral tropical de taille moyenne qui est pratiquement aussi dépourvu de pilosité que les humains. À cette objection, Elaine Morgan répond que l'inondation provoquée par l'effondrement du rift est-africain constitua un événement brutal, contraignant les singes à s'adapter rapidement à leur nouvel environnement, en marchant dans l'eau, ce qui fit d'eux des primates que l'on peut précisément définir comme semi-aquatiques.

La transpiration est une adaptation à l'homéothermie, particulièrement importante pour le fonctionnement du cerveau. Pour un animal dont le succès repose essentiellement sur un gros cerveau, il s'agit d'une adaptation clé. La transpiration en tant que moyen de thermo-régulation est plus efficace avec des poils fins et épars, ce qui permet l'accès de l'air à la peau. D'autre part, il se peut que l'absence de pilosité chez les humains soit simplement le résultat d'une sélection sexuelle en faveur des individus glabres.

Bipédie[modifier | modifier le code]

Aucun mammifère aquatique n'est bipède, même si les castors transportent fréquemment des matériaux de constructions sur deux pattes. Les mammifères qui sont occasionnellement bipèdes (comme les kangourous et certains primates) utilisent leur station érigée pour se déplacer, se nourrir et monter la garde, activités liées à la vie terrestre. En outre, pour demeurer dans des eaux peu profondes, il est utile d'avoir des membres inférieurs nettement plus longs que les membres supérieurs, comme c'est fréquemment le cas chez les oiseaux aquatiques. Les jambes humaines ne correspondent pas entièrement à ce modèle (même si le rapport entre la longueur de la jambe et du bras est plus élevé chez les humains que chez les autres primates).

Respiration[modifier | modifier le code]

La faculté de contrôler la respiration s'observe chez de nombreux autres mammifères, dont des primates (des macaques ont par exemple été observés en train de plonger à la recherche de nourriture sous l'eau) et les chiens, même si ce n'est pas au même degré que chez les humains qui peuvent retenir volontairement leur respiration pendant plusieurs minutes.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ellis, D.V. "Wetlands or Aquatic Ape? Availability of food resources." Nutrition and Health, 9, 205-217 (1993).
  • Hardy, A.C. "Was man more aquatic in the past?" New Scientist, 7,642-645 (1960).
  • Morgan, Elaine The Aquatic Ape, 1982, Stein & Day Pub, ISBN 0-285-62509-8 (traduction française : Des origines aquatiques de l'homme, Sand, 1988).
  • Morgan, Elaine The Scars of Evolution, 1990, Souvenir Press, ISBN 0-285-62996-4 (traduction française : Les cicatrices de l'évolution, Gaia, 1994, réed. 10/18, 1999).
  • Morgan, Elaine The Aquatic Ape Hypothesis, 1997, Souvenir Press, ISBN 0-285-63377-5
  • Verhaegen, M., Puech, P-F., Munro, S., "Aquarboreal Ancestors?" Trends in Ecology and Evolution, 17, 212-217 (2002).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Neutres[modifier | modifier le code]

Pour l'hypothèse[modifier | modifier le code]

Contre l'hypothèse[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]