Théorie de l'invasion aryenne

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La théorie de l'invasion aryenne (TIA) soutient qu'un peuple de cavaliers et de guerriers nomades de « race indo-européenne », connu sous le nom d'« Aryens » et originaire de l'Iran, a connu une grande expansion démographique et militaire entre les XVIIe et XVIe siècles av. J.-C., et a envahi l'Europe et l'Inde du Nord.

Origines de la théorie[modifier | modifier le code]

Cette théorie a été proposée pour la première fois par l'abbé Jean-Antoine Dubois, un indianiste français, et développée par l'indianiste germano-britannique Max Müller durant le XIXe siècle. Elle part du postulat que la dénomination d'Aryens (ou Aryas, Aryans) désigne une ethnie en particulier, pratiquant une religion codifiée vers le XIe siècle av. J.-C. dans les Veda. En s'installant dans la plaine indo-gangétique, ce peuple se sédentarisa et se mêla aux populations autochtones du nord de l'Inde ; un phénomène analogue se produisit en Europe. Dans ce modèle, il s'agit d’une invasion violente et subite, qui impose aux peuples soumis une culture, une langue originelle (indo-européenne) et un panthéon. Tant en Europe qu'en Inde, cette invasion se serait produite autour de 1100-1200 avant notre ère.

Débats[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui cette théorie n'est plus considérée comme satisfaisante et la quasi-totalité de la communauté scientifique n'utilise plus l'expression invasion aryenne mais lui préfère celles de « migrations indo-iraniennes » ou de « migrations indo-aryennes »[1]. « Arya » n'est plus considéré comme un ethnonyme (nom d'un peuple) mais comme un mot sanskrit signifiant : « fidèle, noble » (ce qui est aussi la signification initiale du mot « celte »)[2].

On ne parle plus aujourd'hui d’indo-européens comme d'un peuple, on parle de « locuteurs de langues indo-européennes »: il s'agit en effet d'un ensemble linguistique (de langues) et non ethnique (d'individus). La diffusion de ces langues est actuellement considérée comme liée à de lentes et successives migrations en Europe et en Inde du nord, de locuteurs de langues indo-européennes (au pluriel) originaires de plusieurs régions allant de l'Anatolie à l'Asie centrale. D'après ces nouvelles interprétations, les Vedas établissent la présence en Inde des indo-iraniens dès 1700 avant notre ère (et dès 1800 a.n.e. en Europe orientale).

Toutefois, la théorie de l'invasion aryenne n'est pas abandonnée pour autant et fait toujours l'objet de discussions et de polémiques, sinon dans le champ scientifique, du moins dans le champ médiatique et politique.

Arguments des adversaires de la TIA[modifier | modifier le code]

Le cours supposé de la Sarasvati

Les adversaires de la TIA affirment que l'étude du texte des Vedas permet de les dater beaucoup plus tôt que ce qui est généralement admis ; de plus aucune mention n'est faite, dans le texte, d'une invasion, d'une importante migration, ou d'une terre d'origine en Asie centrale. Il y a, cependant, la description d'un fleuve, la Sarasvatî d'une importance considérable. Des preuves géologiques récentes (photographies satellitaires) ont mis en évidence l'existence d'un lit de rivière asséché - la Hakra - traversant la région du Panjâb. Quelques historiens croient que ce fleuve, comparable à l'Amazone, qui pouvait avoir jusqu'à huit kilomètres de large, est la Sarasvatî décrite dans les Vedas. Ils mettent également en avant qu'il n'y a aucune mention dans les Vedas d'une quelconque migration vers l'Inde depuis une terre originelle.

On trouve un grand nombre de sites archéologiques de la civilisation de la vallée de l'Indus le long de ce lit asséché, en fait en plus grand nombre que le long de l'Indus, suggérant que la civilisation de la vallée de l'Indus aurait pu s'épanouir entre ces deux fleuves. Autour de 1900 av. J.-C., cependant, la Hakra semble s'être asséchée (sous l'effet de tremblements de terre et du changement d'orientation du lit de la Yamunâ abandonnant la Hakra pour confluer avec le Gange). C'est cet assèchement, et non une invasion d'un peuple étranger, qui expliquerait le déclin de la civilisation de l'Indus. La civilisation de vallée d'Indus est ainsi identifiée à la civilisation védique.

De plus des indices archéologiques, des éléments de la culture des Vedas semblent en contradiction avec un style de vie nomade, comme, par exemple, l'utilisation de la métallurgie. Ceci suggère que, contrairement à la théorie de l'invasion aryenne, la civilisation de la vallée de l'Indus et la civilisation des Vedas ne forment qu'une et que les Aryens et les Dravidiens étaient indigènes respectivement de l'Inde du nord et du sud. Par voie de conséquence aucun conflit n'aurait jamais eu lieu entre Aryens et Dravidiens et l'invasion aryenne ne serait qu'une invention.

Par voie de conséquence, les adversaires les plus radicaux de la TIA considèrent l'Inde comme la zone d'origine de tous les peuples indo-européens et qu'ainsi toutes les langues indo-européennes dérivent de langues parlées en Inde et que les Indo-européens qui peuplent l'Europe y ont migré en provenance du sous-continent indien. Ces adversaires les plus radicaux affirment aussi que la théorie de l'invasion aryenne est un mythe fabriqué de toutes pièces par les Britanniques et d'autres Européens pour justifier leur colonisation et la domination de l'Inde, leur parenté supposée avec les castes dirigeantes légitimant cette domination.

Arguments des partisans de la TIA[modifier | modifier le code]

Schéma des migrations des PIE de -4000 à -1000 selon l'hypothèse kourgane. La région en violet correspond au présumé Urheimat (culture de Samara, culture de Sredny Stog). La région en rouge correspond à celle qui a pu être colonisée par les PIE jusqu'aux environs de -2500 et la région en orange correspond à celle qui a pu être colonisée par les PIE jusqu'à -1000.

Entre autres arguments, les partisans de la TIA pensent que la civilisation de l'Indus était à forte tendance urbaine et ressemblait très peu à celle décrite dans les Vedas, qui avait un caractère pastoral. Peu d'éléments d'une civilisation aussi manifestement urbaine (par exemple, les structures des temples, système de collecte des eaux usées) sont décrits dans les Vedas. Elle ignorait totalement le cheval, alors que cet animal est présent dans les Vedas. Une divinité de premier plan des Vedas est Indra, et c'est un dieu guerrier, or les hommes de l'Indus semblent avoir été plutôt pacifiques. On peut en déduire que les Indusiens et les gens qui ont rédigé les Vedas (les locuteurs du sanskrit) étaient deux peuples différents.

On connaît 85 sites de la civilisation de l'Indus répartis sur une superficie deux fois supérieure à celle de la France, du Pendjab jusqu'à l'État indien du Gujarât. L'assèchement d'un fleuve ne peut certainement pas expliquer le déclin d’une civilisation sur une aussi grande superficie. Il faut remarquer que plusieurs sites se trouvent sur le cours actuel de l'Indus: ceux de Gumla, de Vukhar, de Mohenjô-Dâro et d'Amrî. L'arrivée d'un peuple étranger reste donc une hypothèse à envisager.

Il faut tenir compte du fait que la civilisation indo-aryenne (qui utilisait le sanskrit et ses dialectes dérivés) était de toute évidence de même origine que les civilisations iraniennes. Ainsi, le terme Arya, francisé en Aryen, est indo-iranien : le nom même de l'Iran provient du vieil iranien Aryânâm xshatra signifiant « royaume des Arya », qui s'est par la suite transformé en Êrân shahr. De plus, la langue de la civilisation de l'Indus est très différente du sanscrit védique (langue des Vedas, qui est un sanskrit archaïque). Au contraire, il y a très peu de différence entre le sanscrit védique et la langue de l'Avesta, le texte iranien le plus ancien. Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer deux expressions signifiant « cette puissance divinité » :

Avestique : तेममवन्तें यज़तेम् tem amavantem yazatem

Sanskrit : तममवन्तं यजतम् tam amavantam yajatam

On a l'impression que les locuteurs du védique et de l'avestique pouvaient se comprendre, comme s'ils avaient formé un peuple unique. Le problème serait alors de savoir si ce peuple, les Aryens, était originaire de l'Inde ou de l'Asie centrale. Dans le premier cas, cela signifierait que les Iraniens auraient quitté l'Inde pour se diriger vers l'Asie centrale, ce qui serait surprenant. Aux temps historiques, aucun peuple n'a jamais quitté l'Inde, hormis les Tsiganes. Au contraire, l'Inde a souvent été envahie par des peuples venant de l'Asie centrale (comme les Shvetahûna ou Hephthalites, les Pachtounes ou les Moghols), qui étaient attirés par la richesse de sa terre.

Des indices suggèrent que les Aryens auraient vécu dans l'actuelle Russie. Ils ont en effet donné un important vocabulaire aux langues ouraliennes, une famille qui comprend les langues finno-ougriennes et le samoyède de Sibérie. C'est ainsi que l'ouralien *parsas « porc » provient de l'indo-iranien *parsas.

À son tour, le groupe indo-iranien s'insère dans la famille des langues indo-européennes. Le lituanien en fait par exemple partie, et comme elle est une langue très conservatrice, elle présente des ressemblances étonnantes avec le sanskrit. (Dire que les locuteurs du sanskrit ont toujours vécu en Inde reviendrait donc à affirmer que les langues et les cultures de tous les peuples indo-européens, Celtes, Germains, Tokhariens, Baltes, Slaves, Grecs ou Albanais sont originaires de l'Inde.) La théorie actuellement la moins fragile, celle de Marija Gimbutas, situe le foyer des Indo-Européens en Russie méridionale et en Ukraine. Elle est cohérente avec les emprunts observés entre l'indo-iranien et l'ouralien.

Les données de la linguistique sont corroborées par celles de la mythologie comparée. Il existe des mythes communs aux Indiens et aux autres peuples indo-européens, comme le mythe du serpent ou du dragon, Vritra dans les textes indiens, retenant les eaux ou avalant le soleil. Il est vaincu par un dieu armé de la foudre, Indra en Inde ou Péroun en Russie. Des similitudes ont été observées entre un grand texte épique indien, le Mahabharata, et l'Iliade (cf. L'Inde et l'Occident). Un autre texte, le Ramayana, met en scène des démons, les Râkshasa, qui sont présents dans d'autres croyances indo-européennes. Les Tokhariens du bassin du Tarim ont remarqué, il y a plus d'un millénaire, la ressemblance entre les Râkshasa et leurs propres démons: des créatures anthropophages, mangeuses de chair crue, nocturnes, qui hantent les espaces désertiques et qui n'ont parfois qu'un œil, avec des jambes tordues.

Selon la « trilogie sociale indo-européenne » définie par Georges Dumézil (prêtres-guerriers-travailleurs), trois des castes de l'Inde, celles des brahmanes, des kshatriya et des vaisya, dont l'existence est attestée dans les Vedas (mais qui n'étaient pas alors aussi rigides que maintenant), correspondent aux divisions de la société observées chez les Celtes. Les brahmanes correspondent en particulier aux druides. Des coutumes peuvent aussi être comparées, comme un important sacrifice du cheval appelé अश्वमेध (aśvamedha) en Inde et equus october à Rome. Il existe un nom propre gaulois qui correspond très précisément au terme aśvamedha : Epomeduos (les étymons aśva et Epo- proviennent tous les deux de l'indo-européen commun *ekwo- « cheval »).

Selon les partisans de la TIA, les Aryens vivaient sûrement en Bactriane avant de descendre vers l'Inde. Aux alentours du XXe siècle av. J.-C., il s'y trouvait une assez brillante civilisation de l'âge du bronze, or certaines caractéristiques la rattachent aux Vedas. Par exemple, on voit, sur des vases, des représentations de serpents installés sur des montagnes et contenant des soleils. C'est une illustration du mythe du serpent avaleur, Vritra, qui est rapporté dans les Vedas. En le tuant, Indra a libéré les eaux et a permis au soleil de monter au ciel.

Dans le royaume du Mitanni, qui a dominé la haute Mésopotamie entre le XVIe siècle av. J.-C. et le XIVe siècle av. J.-C., le sanskrit était utilisé. Les textes mentionnent aussi des divinités purement védiques : Varuna, Indra et les Nâsatya. Cela montre que certains Aryens avaient migré vers l'ouest, au lieu de se diriger vers l'Inde. S'il n'est pas fait mention d'une grande migration vers l'Inde dans les Vedas, c'est peut-être parce qu'une partie d'entre eux ont été composés en Bactriane (hypothèse émise par Asko Parpola, de l'université d'Helsinki).

Il convient de noter que si la linguistique permet de prouver l'origine extérieure du sanskrit, elle ne permet pas de dire comment les locuteurs du sanskrit sont arrivés en Inde : de manière progressive ou violente. C'est le caractère guerrier des peuples indo-européens qui a permis de penser que cette migration avait pris la forme d'une invasion. Mais les fouilles des cités de l'Indus n'ont révélé aucune trace de destruction.

Les Aryens ont dû arriver en Inde au XVIIe siècle av. J.-C.. C'est en effet sur le site pakistanais de Pirak qu'apparaît pour la première fois, à cette époque, le matériel archéologique caractéristique de la civilisation indienne telle que nous la connaissons. Celui-ci est très différent des vestiges laissés par les Indusiens.

Théorie d'une diffusion progressive des langues indo-iraniennes en Inde[modifier | modifier le code]

Selon cette théorie, des groupes de locuteurs de langues proto-indo-européennes, possiblement originaires d'Anatolie, de l'actuelle Ukraine, de l'actuelle Russie méridionale ou d'Asie centrale, se répandent vers le XVIIe siècle av. J.-C. tant vers l'Inde et l'Iran que vers l'Europe. Ils sont les ancêtres linguistiques des Grecs, des Latins, des Germains, des Celtes mais aussi des Iraniens et des Indiens non-dravidiens. À cette époque, la civilisation de la vallée de l'Indus décline, peut-être à cause d'inondations, de tremblements de terre, de maladies, du changement du cours du fleuve Sarasvatî, ou d'une combinaison de ces raisons. Contrairement à ce qu'avait affirmé Sir Mortimer Wheeler, aucune preuve de massacre ni guerre n'a été mise en évidence dans les villes de la vallée de l'Indus. Les tribus des Dasas et Dasyus mentionnées dans le Rig-Veda comme ennemis des Aryens combattirent pourraient n'être que des chasseurs-cueilleurs (comme l'étaient certaines des Tribes de l'Inde moderne) et non des Dravidiens (Brahouis) ni les membres de la civilisation de l'Indus. Selon l'indianiste Max Müller, la diffusion indo-iranienne en Inde a été lente et progressive, étalée sur de nombreux siècles.

Cette théorie s'appuie sur un argument linguistique (le vocabulaire proto-indo-européen suggère, par exemple, que ses locuteurs vécurent dans des prairies tempérées) et un argument archéologique (l'analyse des os des habitants de la vallée de l'Indus suggère qu'ils n'avaient pas tous un phénotype dravidien comme l'affirment les invasionnistes, mais que cette population était plutôt un mélange de types, y compris nordiques). Par ailleurs, le chariot des indo-iraniens, considéré comme arme et moyen d'une invasion sanglante, n'est adapté ni aux passages difficiles du système montagneux afghan, ni aux marais et aux gués de l'Indus.

Cette théorie se situe à mi-chemin entre la vision des communistes indiens, qui soutiennent la théorie de l'invasion extérieure pour étayer leur vision de la lutte des classes (et pour railler les castes dominantes modernes), et la vision des Hindutva (« défenseurs de l'identité indienne »), ouvertement xénophobes et qui ne veulent pas admettre que la culture indienne puisse venir de l'extérieur.

Langue de la civilisation de l'Indus[modifier | modifier le code]

Pour savoir quelle langue était utilisée par la civilisation de l'Indus, il faudrait pouvoir déchiffrer les nombreux sceaux trouvés sur les sites de la vallée de l'Indus... si toutefois ils ont une signification phonétique, ce qui n'est pas acquis. Faute de textes, les tentatives de la relier au sanskrit, au dravidien, aux langues dardes où à quelque autre langue que ce soit, se sont pour l'instant révélées infructueuses.

Les langues dravidiennes sont maintenant confinées au sud de l'Inde, excepté le brahoui, qui est parlé, minoritairement, au Balouchistan. Cependant, les seuls termes indo-iraniens que le brahoui a empruntés proviennent tous du baloutche, une langue du groupe ouest-iranien. Or on sait que les Baloutches se sont installés en Afghanistan au XIIIe siècle (de notre ère). Ceci implique que, contrairement à une opinion très répandue, les Brahouis n'étaient pas présents dans la vallée de l'Indus avant cette époque. On ne peut cependant pas exclure que des Dravidiens aient vécu dans la vallée de l'Indus il y a 4000 ans et qu'ils aient été complètement absorbés par les Indo-Iraniens. En fait, à Mohenjô-Dâro, certains squelettes sont de type dravidien, mais la plupart des hommes de cette civilisation étaient de type indo-afghan.

On peut aussi supposer que la langue de la civilisation de l'Indus ait été l'ancêtre du bouroushaski, parlé aujourd'hui à l'extrême nord du Pakistan. Il est également possible qu'elle ait disparu sans laisser la moindre trace.

La TIA et la politique[modifier | modifier le code]

Les mots aryens et invasion aryenne ont été utilisés comme synonymes pour indo-européens dans le sens ethnique et de conquête indo-européenne, dans le cadre de polémiques politiques et idéologiques[3]. Pour des partisans de la théorie de l'invasion aryenne, comme Alfred Rosenberg, il s'agissait de prouver la supériorité d'une « race aryenne » dont des expéditions cherchèrent les plus « purs représentants » dans l'Hindou Kouch et au Cachemire. Leurs considérations étaient influencées par les idées colonialistes et racistes de l'époque[4]. Pour des adversaires de la théorie de l'invasion aryenne, indiens ou européens, il s'agissait au contraire de prouver les échanges progressifs et généralisés des cultures, langues et religions, et l'influence réciproque des populations les unes sur les autres. Leurs considérations ont servi d'arguments aux revendications des mouvements nationalistes indiens et aux mouvements luttant contre les discriminations du système des castes[5]. Toutefois, selon Koenraad Elst (un adversaire de la théorie de l'invasion), considérer une opinion comme fausse en raison de l'utilisation politique qui peut en être faite, relève du sophisme génétique. Se référant à la faveur dont la théorie de l'invasion aryenne jouissait chez les nazis et dont elle jouit maintenant, en Inde, chez certains membres des castes supérieures (auxquels elle fournit une justification raciste de leur position dominante) ou chez certains marxistes, il écrit : « si une théorie peut être considérée comme fausse simplement parce qu'elle est utilisée à des fins politiques, il est clair que la théorie de l'invasion aryenne doit être la théorie la plus fausse du monde : on chercherait en vain une hypothèse historique davantage compromise par diverses utilisations politiques, y compris les plus meurtrières[6] ».

Le rejet hindou de la TIA peut aussi provenir du fait que le système indien des castes est alors analysé comme un système religieux, mis en place par les Aryens pour établir et maintenir leur suprématie dans la société indienne. La prédominance dans l'Inde de l'après-indépendance d'une vision marxiste de l'histoire permet de comprendre la permanence de la TIA dans le milieu des universités indiennes. La réaction politique antimarxiste de l'après-guerre froide, réaction anti-colonialiste en faveur d'un nationalisme hindou ont peut-être eu une influence sur ces changements dans les théories archéologiques.

D'autre part, la formulation originale de la TIA à une époque où le racisme colonial était omniprésent, constituait dans cette perspective un pan de la démonstration de Gobineau sur la nécessité historique de la ségrégation[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éric Paul Meyer 2007, p. 70 sq.
  2. Le Petit Robert, Le Petit Robert des noms propres, 1999.
  3. Fussman et al. 2005, p. 198
  4. http://www.millenniumpeacesummit.com/Hindu-Jewish_Summit_Information.pdf
  5. R. Zydenbos est un exemple d'indianiste s'étant ouvertement attaqué à ces adversaires
  6. This is, of course, a case of the "genetic fallacy": to assume that a position must be wrong because of the motive in which it allegedly originates. Quite apart front the fact that this motive is merely imputed, and often falsely so, no good or evil motive can make a proposition right or wrong; it is perfectly possible to speak the truth for the wrong reasons. Yet, if a theory can be considered wrong simply because it is being used for political ends, it is clear that the AIT itself must be the wrongest theory in the world: one looks in vain for a historical hypothesis which has been more tainted with various political uses including the most lethal ones., Koenraad Elst, Update on the Aryan Invasion Debate Aditya Prakashan (1999) ISBN 81-86471-77-4 sur édition Internet du livre. Pour la faveur dont la théorie de l'invasion aryenne jouit en Inde auprès de certains membres des castes dominantes et auprès des marxistes indiens (pour des raisons différentes : voir un autre chapitre du même livre.)
  7. Essai sur l'inégalité des races humaines, Livre III, chap 1 et 2

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bryant, Edwin (2001). The Quest for the Origins of Vedic Culture. Oxford University Press. ISBN 0-19-513777-9.
  • Bryant, Edwin and Patton, Laurie L. (editors) (2005). Indo-Aryan Controversy: Evidence and Inference in Indian History. Routledge/Curzon. ISBN 0-7007-1463-4.
  • Bernard Sergent, Genèse de l'Inde, Paris, Payot, 1997.
  • Michel Danino, L'Inde et l'invasion de nulle part, Paris, Les Belles Lettres, 2006
  • Elst, Koenraad (1999). Update on the Aryan Invasion Debate. Aditya Prakashan. ISBN 81-86471-77-4
  • G. Fussman, J. Kellens, H.-P. Francfort et X. Tremblay, Aryas, Aryens et Iraniens en Asie Centrale, Institut Civilisation Indienne,‎ 2005 (ISBN 2-86803-072-6).
  • Kazanas, Nicholas (2001) The AIT and Scholarship
  • Lal, B.B. 2005. The Homeland of the Aryans. Evidence of Rigvedic Flora and Fauna & Archaeology, New Delhi, Aryan Books International.
  • Éric Paul Meyer, Une histoire de l'Inde : les Indiens face à leur passé, Albin Michel,‎ 2007 (ISBN 978-2-226-17309-6).
  • Shaffer, Jim G. (1999). Migration, Philology and South Asian Archaeology. In: Aryan and Non-Aryan in South Asia. Ed. Bronkhorst and Deshpande.. ISBN 1-888789-04-2.
  • Sethna, K.D. 1992. The Problem of Aryan Origins. New Delhi: Aditya Prakashan. ISBN 81-85179-67-0
  • Talageri, Shrikant: The Rigveda: A Historical Analysis. 2000. ISBN 81-7742-010-0
  • Trautmann, Thomas. The Aryan Debate in India (2005) ISBN 0-19-566908-8

Liens externes[modifier | modifier le code]