Théorie de l'approximation
En mathématiques, la théorie de l'approximation concerne la façon dont les fonctions peuvent être approchées par de plus simples fonctions, en donnant une caractérisation quantitative des erreurs introduites par ces approximations.
Un problème particulièrement intéressant est celui de l'approximation de fonctions par d'autres définies uniquement à partir d'opérations de base d'un ordinateur, comme par exemple l'addition et la multiplication, afin de créer des bibliothèques de fonctions mathématiques qui à l'exécution produisent des valeurs les plus proches possibles des valeurs théoriques. C'est ce qui s'appelle l'approximation polynomiale ou rationnelle (c'est-à-dire par des fonctions rationnelles).
L'objectif est de donner une approximation aussi précise que possible d'une fonction réelle donnée, de façon à fournir des valeurs les plus exactes possibles, à la précision près de l'arithmétique en virgule flottante d'un ordinateur. Ce but est atteint en employant un polynôme de degré élevé, et/ou en rapetissant le domaine sur lequel le polynôme doit approcher la fonction. Le rapetissement du domaine peut souvent être effectué, bien que cela nécessite la composition par d'autres fonctions affines, de la fonction à approcher. Les bibliothèques mathématiques modernes réduisent souvent le domaine en le divisant en de multiples minuscules segments et emploient un polynôme de bas degré sur chaque segment.
Une fois le domaine et le degré du polynôme choisis, le polynôme lui-même est choisi de façon à minimiser l'erreur dans le pire des cas. Autrement dit, si
est la fonction réelle et
le polynôme devant approcher
, il faut minimiser la borne supérieure de la fonction
sur le domaine. Pour une fonction « convenable », un polynôme optimum de degré
est caractérisé par une courbe d'erreur dont la valeur oscille entre
et
et qui change de signe
fois, donnant une erreur dans les pires cas de
. (Il est possible de construire des fonctions
pour lesquelles cette propriété ne tient pas, mais dans la pratique elle est généralement vraie.) Des exemples de représentations graphiques, pour
, montrent l'erreur obtenue en approchant
et
, et sont présentés ci-dessous.
Dans chaque cas, le nombre d'extrema est de
c'est-à-dire 6. Deux des extrema sont les extrémités du segment. Les courbes en rouge, pour le polynôme optimal, sont de « niveau » c'est-à-dire qu'elles oscillent entre
et
exactement. Si un polynôme de degré
mène à une fonction d'erreur qui oscille entre les extrema
fois, alors ce polynôme est optimal.
Sommaire |
[modifier] Énoncé
Soit
une fonction continue sur un intervalle réel fermé
. Soit
un polynôme de degré
. On note
l'erreur d'approximation entre
et
. S'il existe
et
tel que pour tout
, alors
est un polynôme d'approximation optimal de
au sens de la norme sup sur
, parmi les polynômes de degré inférieur ou égal à
.
[modifier] Démonstration
Commençons par le montrer sur un graphique. Posons
. Supposons que
soit un polynôme de degré
possédant les propriétés ci-dessus, dans le sens que
oscille entre
extrema de signes alternés, de
à
.
La fonction erreur
pourrait ressembler au graphique rouge:
atteint
extrema (dont deux se trouvent aux extrémités), qui ont la même grandeur en valeur absolue situés dans 6 intervalles sur le graphique ci-dessus.
Soit à présent
, un polynôme d'approximation de degré
optimal. Cela signifie que les extrema de sa fonction erreur doivent tous avoir en valeur absolue une valeur strictement plus petite que
, de sorte qu'ils sont localisés strictement à l'intérieur du graphique d'erreur pour
. La fonction erreur pour
pourrait avoir une représentation graphique ressemblant au graphique bleu ci-dessus. Cela signifie que
doit osciller entre des nombres non nuls strictement positifs et strictement négatifs, un nombre total de
fois. Mais
est égale à
qui est un polynôme de degré
. Il doit avoir au moins les
racines situées entre différents points en lesquels la fonction polynôme prend des valeurs non nulles. Or, dans un anneau intègre, un polynôme non nul de degré
ne peut avoir plus de
racines. Donc
est identiquement nul, c'est-à-dire que
.
[modifier] Approximation de Chebyshev
Il est possible d'obtenir des polynômes très proches d'un polynôme optimal en développant une fonction donnée avec des polynômes de Chebyshev puis en coupant le développement à un certain degré. Ce procédé est semblable au développement en séries de Fourier d'une fonction, en analyse de Fourier, mais en utilisant les polynômes de Chebyshev au lieu des fonctions trigonométriques habituelles.
On calcule les coefficients dans le développement de Chebyshev d'une fonction
:
et on coupe la série obtenue après le
ème terme, on obtient un polynôme de degré
approchant la fonction
.
La raison pour laquelle ce polynôme est presque optimal est que, pour des fonctions admettant un développement en série entière, dont la série a une convergence rapide et est coupée après le
ème, l'erreur résultant de la coupure est approximativement égale au terme suivant immédiatement la coupure. C'est-à-dire que, le premier terme juste après la coupure domine la somme de toutes les termes suivants appelée reste de la série. Ce résultat subsiste si le développement se fait avec des polynômes de Chebyshev. Si un développement de Chebyshev est coupé après le terme en
, alors l'erreur sera proche du terme en
. Les polynômes de Chebyshev possèdent la propriété d'avoir une courbe représentative « au niveau », oscillant entre +1 et -1 dans l'intervalle [- 1, 1].
a
extrema. Cela signifie que l'erreur entre
et son approximation de Chebyshev jusqu'à un terme en
est une fonction ayant
extrema, dont les maxima (respectivement les minima) sont égaux, et est ainsi proche du polynôme optimal de degré
.
Dans les graphiques ci-dessus, notez que la fonction d'erreur représentée en bleu est parfois meilleure (lorsqu'elle reste en dessous) que la fonction représentée en rouge, mais plus mauvaise sur certains intervalles, ce qui signifie que ce n'est pas tout à fait le polynôme optimal. Cette différence est relativement moins importante pour l'exponentielle, dont la série entière est très rapidement convergente, que pour la fonction logarithme.
[modifier] Voir aussi
- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Théorie de l'approximation/Démonstrations » (voir la liste des auteurs).

. L'erreur maximale pour le polynôme optimal est de 

. L'erreur maximale pour le polynôme optimal est de 

