Théorie de Galois différentielle
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La théorie de Galois différentielle est une branche des mathématiques qui a pour objet l'étude des équations différentielles via des méthodes algébriques, plus particulièrement des méthodes issues de la théorie de Galois pour les équations algébriques.
Elle admet plusieurs formulations différentes. La plus élémentaire est la théorie de Picard-Vessiot (en). Elle concerne les équations différentielles linéaires, et consiste en la construction d'une théorie des extensions des corps différentiels analogue à la théorie classique des extensions de corps : l'exemple de base est le corps des fractions rationnelles à coefficients complexes, muni de la dérivation usuelle. Notamment, un analogue des corps de décomposition d'une équation donnée peut être défini, comme étant, en un certain sens, le plus petit corps différentiel contenant les solutions de l'équation. Le groupe de Galois différentiel de l'équation est alors défini comme le groupe des automorphismes de l'extension de corps différentiel. Il est naturellement muni d'une structure de groupe algébrique linéaire, et permet d'obtenir une correspondance de Galois entre sous-groupes fermés pour la topologie de Zariski du groupe de Galois, et sous-extensions de corps différentiel.
Dans un contexte analytique, par exemple si le corps de base est le corps des fractions rationnelles à coefficients complexes muni de la dérivation usuelle, le groupe de monodromie d'une équation différentielle holomorphe en une singularité isolée s'identifie naturellement à un sous-groupe du groupe de Galois : il est défini par une action géométrique sur les espaces de solutions. Dans le cas où les singularités sont régulières, il s'agit même d'un sous-groupe dense pour la topologie de Zariski. Ce n'est toutefois pas un résultat général, et, pour des singularités irrégulières, d'autres sous-groupes du groupe de Galois remarquables d'un point de vue analytique peuvent être identifiés (voir phénomène de Stokes).
Un autre point de vue est le point de vue dit tannakien (de), qui consiste à considérer non plus le groupe de Galois lui-même, mais la catégorie de ses représentations.
Des développements plus récents, notamment dus à Bernard Malgrange et Jean-Pierre Ramis, permettent la définition d'une théorie de Galois pour les équations différentielles non linéaires. L'objet galoisien n'est plus alors qu'un groupoïde.
Sommaire |
Théorie de Picard-Vessiot [modifier]
Corps différentiels [modifier]
Un corps différentiel est la donnée d'un corps K et d'une dérivation
sur K qui vérifie :
Soit
un corps différentiel. Le corps des constantes de
est l'ensemble
des éléments de
de dérivée nulle. Remarquons que
est un corps.
Soient
et
deux corps différentiels. Un morphisme de corps différentiel de
dans
est un morphisme
de corps de
dans
tel que pour tout
,
.
Soient
un corps différentiel et
une extension de corps de
. On dit que
est une extension de corps différentiels si la dérivation de
se prolonge sur
et si il existe un morphisme injectif de corps différentiel de
dans
.
Voici des exemples de corps différentiels
Exemples [modifier]
- Tout corps peut être muni de la dérivation nulle. Dans ce cas, le corps des constantes est le corps lui même
- L'exemple paradigmatique est ℂ(t), le corps des fractions rationnelles, muni de la dérivation usuelle (celle qui étend la dérivation des polynômes). Ici, le corps des constantes est ℂ.
Extension de Picard-Vessiot [modifier]
Dans tout ce qui suit,
désigne un corps différentiel dont le corps des constantes
est algébriquement clos et de caractéristique nulle. Par exemple, K=ℂ(t) munit de la dérivation usuelle convient.
Définition [modifier]
Considérons le système différentiel linéaire
, où
est une matrice carrée à coefficients dans
. Une extension de Picard-Vessiot est une extension de corps différentiel
tel que :
- Il existe une matrice inversible
à coefficients dans
tel que
(où
est la matrice dont les éléments sont les images des éléments de
par la dérivation
). On appellera
la matrice fondamentale du système différentiel.
est le plus petit corps différentiel contenant
et les entrées de la matrice
.- Le corps des constantes de
est égale à
.
L'exemple suivant montre bien l'utilité de la troisième condition.
Exemple [modifier]
Supposons K=ℂ(t) et
. Une matrice fondamentale est
et l'extension de Picard-Vessiot est le corps différentiel ℂ(t,exp(t)). Nous pouvons facilement vérifier que le corps des constantes de ce denier corps est ℂ. En revanche, si l'on prend comme matrice fondamental
, où
et
satisfont comme uniques relations
et
, alors ℂ(t,u,v)|ℂ(t) n'est pas une extension de Picard-Vessiot car
est de dérivée nulle mais n'appartient pas à ℂ. En d'autres termes, le fait que le corps des constantes grossisse nous empêche de voir les relations algébriques entre les solutions.
Théorème d'existence et d'unicité [modifier]
Considérons le système différentiel linéaire
, où
est une matrice carrée à coefficients dans
. Il existe une extension de Picard-Vessiot pour le système
. De plus, si
et
sont deux extensions de Picard-Vessiot pour le système
, alors il existe un isomorphisme de corps différentiel de
dans
.
Groupe de Galois différentiel [modifier]
Dans tout ce qui suit,
désigne un corps différentiel dont le corps des constantes
est algébriquement clos et de caractéristique nulle. Considérons un système différentiel
, où
est une matrice carrée de taille
à coefficients dans
. Soit
l'extension de Picard-Vessiot et soit
une matrice fondamentale pour cette extension.
Définition [modifier]
Le groupe de Galois différentiel
est le groupe (pour la composition) des isomorphismes différentiels de
laissant
invariant.
Exemple [modifier]
Soit K=ℂ(t).
- Si
, alors L=ℂ(t,exp(t)) et un élément de
envoie
sur
, où
est un complexe non nul. - Si
, alors L=ℂ(
) et un élément de
envoie
sur
, avec
.
Au travers ces deux exemples, nous voyons que le groupe de Galois différentiel est un groupe algébrique de matrices. Nous allons formaliser cette notion.
Définition [modifier]
Un sous groupe algébrique
de
est un sous groupe de
tel qu'il existe des polynômes
tel que
si et seulement si
.
Nous avons un morphisme de groupe injectif de
dans
via l'application qui envoie
vers
. Nous avons le théorème fondamental suivant:
Théorème [modifier]
L'image du morphisme décrit ci dessus est un sous groupe algébrique de
.
Références [modifier]
- Galois theory of linear differential equations, Marius Van der Put et Michael Singer
- Notes de cours de Michael Singer.

(
(où
est la matrice dont les éléments sont les images des éléments de
, alors L=ℂ(t,exp(t)) et un élément de
sur
, où
est un complexe non nul.
, alors L=ℂ(
) et un élément de
, avec
.