Théorème de Cantor-Bernstein
Le théorème de Cantor-Bernstein, également appelé théorème de Cantor-Schröder-Bernstein, est un théorème de la théorie des ensembles. Il est nommé en l'honneur des mathématiciens Georg Cantor, Felix Bernstein et Ernst Schröder. Cantor en donna une première démonstration, mais qui utilisait implicitement l'axiome du choix. Bernstein et Schröder en donnèrent des démonstrations qui ne dépendaient pas de cet axiome.
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Historique [modifier]
Georg Cantor l'énonce dans son livre Sur les fondements de la théorie des ensembles transfinis (1895-1897) mais ne le démontre pas. Felix Bernstein, élève de celui-ci en esquisse une démonstration dès 1896 à l'âge de 18 ans. Elle est publiée en 1898 sur proposition de Cantor dans Leçons sur la théorie des fonctions sous la plume d'Émile Borel. Ernst Schröder le démontre également dans un article daté de la même année, cette démonstration étant cependant considérée comme imparfaite[1].
Richard Dedekind en fit lui-même une démonstration en 1897 mais qui ne fut publiée qu'en 1930. Ernst Zermelo en fait une autre en 1906 qui reprend en fait les idées de Dedekind.
Énoncé [modifier]
S'il existe une injection
d'un ensemble
vers un ensemble
, et une injection
de l'ensemble
vers l'ensemble
, alors il existe une bijection
de
sur
.
Démonstration n°1 [modifier]
Lemme préliminaire [modifier]
Commençons par montrer que si
est une application injective d'un ensemble
vers une de ses parties,
, alors il existe une bijection
de
sur
.
Soit
la suite définie par :
Soit
la réunion de tous les ensembles
: 
Soit alors
l'application de
dans
définie par :
est bien définie à valeurs dans
, car
est à valeur dans
, et si
alors
et donc
.
envoie injectivement
dans
et le complémentaire de C dans lui-même. C'est donc une injection.
Montrons que v est surjective. Soit
. Montrons qu'il existe un
tel que
.
-
-
- Si

- alors il existe
tel que
. (i est strictement positif car
, donc
). - Il existe donc
tel que
.
- Si

- alors

- Si
-
Donc
est bijective. Ce qui démontre la première proposition.
Interprétation [modifier]
On peut donner une interprétation concrète du résultat montré ci-dessus. A est l'ensemble (infini) des spectateurs d'un théâtre (infini). Chaque spectateur a réservé une place, et initialement, on suppose que chaque place est occupée par un spectateur, mais pas forcément par le spectateur qui a réservé cette place. B est alors l'ensemble des spectateurs assis. Par ailleurs, les ensembles étant infinis, il peut rester des spectateurs debout. L'application u est l'application qui, à un spectateur x associe le spectateur y = u(x) assis à la place de x.
est l'ensemble des spectateurs initialement debout. Ces spectateurs se rendent à leur place et délogent leur occupant. Ceux-ci forment alors l'ensemble
. Ces derniers procèdent de même.
désigne les spectateurs debout à la n-ème étape. Ils vont aux places qu'ils ont réservées et en chassent leurs occupants. On itère une infinité de fois. C désigne l'ensemble des spectateurs qui se sont levés au moins une fois (y compris ceux qui étaient debout initialement).
L'application v désigne l'application, qui, à un spectateur x qui doit se lever, associe le spectateur y qu'il va déloger, ou bien qui, à un spectateur x qui reste toujours assis, associe x lui-même. L'application réciproque de v est l'application, qui, à un spectateur y qui est dérangé, associe le spectateur x qui vient prendre sa place, ou bien qui, à un spectateur y jamais dérangé, associe y lui-même.
Démonstration finale du théorème [modifier]
Montrons alors le théorème initial.
Soit B = g(F) l'image de F par l'injection g. L'application u = g o f est une injection de E dans B, avec
. Donc il existe une bijection v de E sur B. Comme g est une injection et g(F)=B, elle définit par restriction une bijection h de F sur B. La composée h-1ov est une bijection de E sur F, ce qui démontre le théorème de Cantor-Bernstein.
Démonstration n°2 [modifier]
Un lemme préliminaire [modifier]
Cette démonstration repose sur le lemme suivant, cas particulier du théorème de Knaster-Tarski. Soit
un ensemble et
(où
est l'ensemble des parties de
) une application croissante, i.e.
. Alors
admet un point fixe, i.e.
.
En effet, posons
et
. Alors :
- pour tout
, d'une part
, d'autre part
car
est croissante. Donc
et donc
.
est donc la partie maximale de 
donc
car
est croissante. Donc
donc
compte tenu de la maximalité de
comme élément de
. On a donc bien 
Démonstration finale [modifier]
Soient maintenant
injective de
dans
et
injective de
dans
. Pour toute partie
de
, on pose
, c'est-à-dire que G(A) s'obtient en prenant l'ensemble f(A) des images par f des éléments de A, puis le complémentaire dans F de cet ensemble d'images par f, puis l'ensemble des images par g des éléments de ce complémentaire, et enfin le complémentaire dans E de cet ensemble d'images par g. Il n'est pas difficile de vérifier que
est croissante.
On introduit alors la partie
du lemme préliminaire. Cette partie est invariante par
ce qui signifie que
est exactement le complémentaire de
dans
.
On pose :
- si

- si

est bijective de
dans
.
joue un rôle comparable à la partie
dans la première démonstration ou à
dans la démonstration qui suit.
Démonstration n° 3 [modifier]
Appelons ancêtres d'un élément
de
l'antécédent de
par
(s'il existe) puis l'antécédent de cet antécédent par
, etc. Procédons de même pour les éléments de
.
Notons
(resp.
) l'ensemble des éléments de
ayant un nombre pair (resp. impair) d'ancêtres.
n'est autre que la partie
de la première démonstration. Notons
l'ensemble des éléments de
ayant un nombre infini d'ancêtres.
,
et
forment une partition de
. Définissons de même
,
et
.
est une bijection de
sur
et aussi de
sur
.
est une bijection de
sur
, et sa réciproque est donc une bijection de
sur
.
On peut ainsi construire une bijection de
sur
.
Applications [modifier]
Si l'on considère la technique naïve qu'a un enfant pour compter le nombre d'éléments d'un ensemble, cela revient quasiment toujours à associer chacun des éléments à un autre d'un ensemble connu dont le nombre d'éléments est connu.
Il peut s'agir soit d'associer chacun des éléments à compter avec l'un des doigts, soit d'associer chacun des éléments avec un nombre que l'on réciterait à haute voix (un, deux, trois, etc.), par exemple.
En clair, compter se fait naïvement en effectuant une bijection d'un ensemble dont la « dimension » est connue vers un autre dont la dimension est inconnue.
Ce théorème s'interprète alors comme disant : « Si je peux compter une partie d'un ensemble avec la totalité des éléments d'un autre ensemble, et réciproquement, alors ils ont le même nombre d'éléments ». Ce qui est évident pour des ensembles finis. Ce théorème généralise alors cette notion pour des ensembles infinis.
- Si je peux compter un certain nombre de billes de mon sac de billes avec mes dix doigts, et qu'avec la totalité de mes billes, je peux les associer avec certains de mes doigts, alors j'ai exactement dix billes.
À partir de là, ce théorème représente l'une des briques de base pour généraliser la notion de tailles d'ensembles à des ensembles infinis.
Généralisation [modifier]
Soient X un ensemble non vide et
une relation d'équivalence sur l'ensemble des parties de X. On suppose qu'elle vérifie les deux propriétés:
- si
alors il existe une bijection f de A dans B telle que, pour tout sous-ensemble C de A,
; - si
et
et
alors
.
Soient deux ensembles A et B, un sous-ensemble
de A et un sous-ensemble
de B. On suppose que
et
. Alors
.
Ceci peut également être démontré sans l'axiome du choix[2]. Dans le cas particulier où
et
est la relation d'équipotence, on retrouve le résultat précédent.
Notes et références [modifier]
- F. Casiro, « Le Théorème de Cantor-Bernstein », dans Tangente, mai-juin 2008, p. 42-44
- (en) Stan Wagon, The Banach-Tarski Paradox, Cambridge University Press (ISBN 978-0-521-45704-0)




tel que
. (i est strictement positif car
).
tel que
.

, d'une part
, d'autre part
car
et donc
. 
donc
car
donc
compte tenu de la maximalité de 


;
et
et
alors
.