Théoneste Bagosora

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Théoneste Bagosora, né le dans la commune de Giciye de la préfecture de Gisenyi au Rwanda, est un officier rwandais, impliqué dans le génocide au Rwanda.

Biographie[modifier | modifier le code]

Membre de l'Akazu, cousin d'Agathe Habyarimana, l'épouse de Juvénal Habyarimana, il fut le premier officier rwandais formé par l'école militaire française. Colonel des forces armées rwandaises, il est considéré par le tribunal pénal international pour le Rwanda comme l'un des principaux responsable du génocide au Rwanda, et condamné en 2008 à la prison à perpétuité pour la plupart des chefs d'accusation établis contre lui[1].

Lorsque le FPR prit le contrôle du pays, il s'exila au Zaïre, puis au Cameroun, où il est arrêté en mars 1996. Il fut formé par le colonel Serubuga, autre membre de l'Akazu, parfois considéré comme le véritable cerveau du génocide par certains Rwandais.

Pages de l'agenda de Théoneste Bagosora (février 1992)

Selon l'acte d'accusation, Bagosora aurait, dès 1990, « commencé à élaborer un plan dans l’intention d’exterminer la population civile tutsie et d’éliminer des membres de l’opposition et se maintenir ainsi au pouvoir ». Ce plan prévoyait entre autres « le recours à la haine et à la violence ethnique, l’entraînement et la distribution d’armes aux miliciens ainsi que la confection de listes de personnes à éliminer ». En 1991, Bagosora est nommé président d'une commission mise sur pied par Juvénal Habyarimana et chargée de répondre à la question « Que faut-il faire pour vaincre l’ennemi sur le plan militaire, médiatique et politique ? ». Le rapport de la commission désigne l’ennemi comme étant « les Tutsis de l’intérieur, les Hutus mécontents du régime en place, les étrangers mariés aux femmes tutsies,… ». Ce document et l’utilisation qu’en ont faite les officiers supérieurs auraient aidé, encouragé et favorisé la haine et la violence ethniques.

Opposé aux accords d'Arusha de 1993, Bagosora est également accusé d'avoir fait établir, par les État-majors, des listes de Tutsi et de Hutu modérés à éliminer, qui auraient servi aux milices Interahamwe pendant le génocide. Le matin du , soit le lendemain de l'attentat qui coûta la vie au président Habyrimana, il aurait personnellement donné l'ordre à un groupe d’Interahamwe de Remera de commencer l’extermination de la population civile tutsie. Au cours de la journée, il aurait donné des instructions similaires au major Aloys Ntabakuze[2] (commandant du bataillon para-commando), au major François-Xavier Nzuwonemeye (commandant du bataillon de reconnaissance) et au lieutenant-colonel Léonard Nkundiye (ancien commandant de la garde présidentielle).

Son opposition totale aux accords d'Arusha et son positionnement dans la frange extrémiste hutue en font, selon l'une des hypothèses en vigueur, l'un des suspects dans l'attentat du 6 avril 1994. Les circonstances de l'attentat ne sont cependant pas encore élucidées.

Procès devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda[modifier | modifier le code]

Théoneste Bagosora est en cours de jugement au TPIR depuis le .

Il est inculpé de :

  • génocide ;
  • entente en vue de commettre le génocide ;
  • complicité de génocide ;
  • incitation publique et directe à commettre le génocide ;
  • crimes contre l’humanité ;
  • violations de l’art. 3 commun aux Conventions de Genève et de son second Protocole additionnel.

Il a rejeté l'ensemble de ces accusations.

Le procès de Bagosora est joint à celui de trois autres officiers des forces armées rwandaises (FAR) dans le « procès des militaires » : Gratien Kabiligi, Aloys Ntabakuze et Anatole Nsengiyumva. Ce mécanisme, qui permet de gagner du temps en évitant de multiplier les procédures, a également été employé dans le cadre du procès des médias de la haine. Malgré cela, il fallut deux ans au procureur pour rassembler les preuves à charge et l'accusation ne fut prête que le . La phase de défense a commencé en et cite plus de 200 témoins. L'un des experts qui s'est exprimé durant la procédure est l'historien Bernard Lugan, dont les recherches sur le Rwanda défendent la thèse[3] du génocide non prémédité.

Le 18 décembre 2008, le colonel Bagosora a été condamné à la prison à perpétuité pour les meurtres du Premier Ministre Agathe Uwilingiyimana, du Président de la Cour Constitutionnelle Joseph Kavaruganda, du ministre de l'agriculture Frédéric Nzamurambaho, du ministre du travail Landoald Ndasingwa, du ministre de l'information Faustin Rucogoza, du directeur de la banque rwandaise du développement Augustin Maharangari, de 10 casques bleus belges, d’Alphonse Kabiligi, de même que des crimes commis à divers barrages routiers dans la région de Kigali[4], ainsi que des meurtres ciblés perpétrés le 7 avril au matin dans la ville de Gisenyi. Il est innocenté du chef d'accusation d'entente en vue de commettre un génocide[5]. Il a fait appel du jugement. Selon Bagosora, c'est le FPR qui est responsable du génocide[6].

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a définitivement refusé de condamner Bagosora et trois de ses co-accusés, du chef d’« entente en vue de commettre le génocide » (Chambre de 1ère instance (18 décembre 2008), Chambre d’appel (14 décembre 2011))[7]. Il est donc acquitté du chef principal qui était la préméditation du génocide[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Résumé du jugement rendu en l'affaire Bagosora et consorts, Tribunal Pénal International pour le Rwanda
  2. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/05/08/97001-20120508FILWWW00495-rwanda-35a-de-prison-pour-ntabakuze.php
  3. Voir notamment Le génocide rwandais : comment il a été préparé
  4. au Centre Christus, à Kabeza, à la mosquée de Kibagabaga, à l'église catholique de Kibagabaga, à l'école Karama, au Centre Saint-Joséphite, à la paroisse de Gikondo, à la paroisse de Nyundo et à l'université de Mudende
  5. Dans son jugement, La cour « a conclu que certains des accusés ont joué un rôle dans la création de milices civiles ainsi que dans la distribution d'armes à leurs éléments et dans les actions de formation militaire organisées à leur intention, tout aussi bien que dans la tenue de listes de personnes soupçonnées d’être des complices du FPR, ou d'autres opposées au régime en place. Toutefois, il n'a pas été établi au-delà du doute raisonnable que ces actes visaient à tuer des civils tutsis dans l'intention de commettre le génocide. »
  6. TPIR : Le colonel Bagosora parle du « génocide rwandais », jambonews.net, 6 avril 2011
  7. 11.05.12 - TPIR/MILITAIRES I - BAGOSORA ET NTABAKUZE, DEUX FILS DU BUSHIRU LOGES A LA MEME ENSEIGNE, hirondellenews.com, 11 mai 2012
  8. Virginie Tanlay, Il y a 20 ans : le génocide du Rwanda (1994-2014), La Nouvelle Revue d'Histoire, no 71, mars-avril 2014, p. 35-36

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Howard Ball, « Théoneste Bagosora », in Genocide: A Reference Handbook, ABC-CLIO, Santa Barbara (Cal.), 2010, p. 112-113 (ISBN 9781598844887)

Liens externes[modifier | modifier le code]