Théodore Aubanel (poète)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Aubanel et Théodore Aubanel.
Théodore Aubanel

Théodore Aubanel (né le 26 mars 1829 à Avignon, mort le 2 novembre 1886 à Avignon) est un imprimeur et poète d'expression provençale. Son nom en provençal est Teoudor Aubanèu.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Son buste dans le square Agricol Perdiguier à Avignon

Né dans une famille d'imprimeurs (imprimeurs « de Sa Sainteté le Pape et de l'Archevêque d'Avignon » au XVIIIe siècle quand Avignon était encore une partie des États de l'Église), Théodore Aubanel fait ses études chez les pères à Aix-en-Provence avant de revenir travailler dans l'imprimerie familiale. Très catholique, comme toute sa famille, il suit les réunions de la Société de la Foi où il rencontre Joseph Roumanille. Celui-ci lui fait rencontrer ses amis Frédéric Mistral et Anselme Mathieu. Tous se retrouvent au château de Font-Ségugne pour créer vers et chansons.

C'est là qu'Aubanel rencontre en 1850 Jenny Manivet, dite Zani. Amoureux tous les deux, les jeunes gens n'arrivent pas à s'avouer leur flamme et en 1854, la jeune fille entre au couvent des Filles de la Charité. C'est l'année où les amis de Font-Ségugne fondent le Félibrige dont Aubanel sera le poète le plus profond et le plus désespéré. En 1860, il publie La mióugrano entre duberto (La miugrana entreduberta, La grenade entr'ouverte) qui reçoit un accueil enthousiaste du monde littéraire et où il chante son amour pour Zani. Mais l'ouvrage est mis à l'index par les catholiques avignonais dont il se sent si proche et met en danger l'imprimerie familiale très liée à l'archevêché d'Avignon[1]. Marié en 1861, il retrouve un certain bonheur de vivre mais ne publie plus toutes ses œuvres. Il entretiendra une relation suivie avec Mallarmé quand celui sera professeur d'anglais au lycée de Tournon et continuera à correspondre avec lui.

Des malentendus avec Roumanille en 1878, au moment où le Félibrige est accusé de séparatisme par certains journaux, l'éloignent du mouvement à partir de 1880. C'est la sortie confidentielle en 1885 d'un autre recueil, ouvertement sensuel, Li fiho d'Avignoun (Li filhas d'Avinhon, Les filles d'Avignon) qui précipite sa fin : il est violemment attaqué par le milieu dévôt et blâmé par l'archevêque.

Il meurt d'une crise d'apoplexie en octobre 1886. Il est enterré au cimetière Saint Véran d'Avignon.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Son buste dans le Jardin des Félibres à Sceaux (Hauts-de-Seine).

Avec Roumanille et Mistral, Aubanel est l'un des trois piliers du Félibrige. Aux deux recueils de poésies publiés de son vivant, La mióugrano entre duberto et Li fiho d'Avignoun, il faut ajouter un drame en vers, Lou pan dòu pecat (Lo pan dòu pecat, Le pain du péché), joué en 1878, ainsi que des ouvrages posthumes comme le recueil de poésies Lou Rèire-Soulèu (Lo Rèire-Soleu, Le soleil d'outre-tombe) publié en 1899 (voir en ligne) et deux drames : Lou raubatòri (Lo raubatòri, Le rapt) publié en 1928 et Lou pastre (Lo pastre, Le pâtre) publié en 1947 (voir en ligne).

Les œuvres complètes d'Aubanel ont été éditées par la maison Aubanel à Avignon de 1960 à 1963.

Odonymie[modifier | modifier le code]

(Liste non exhaustive)

Extraits[modifier | modifier le code]

Sis iue d'enfant, founs e verdau,
Si grands iue pur vous dison: Dau !
Un pau risènto, un pau mouqueto;
Tèndri, se duerbon si bouqueto;
Si dènt, pu blanco que lou la,
Brihon.... Chut ! qu'arribo : vès-la !
Tout-just s'a quinge an, la chatouno.

Passes plus, que me fas mouri,
O laisso-me te devouri
De poutouno !

Arrage, soun péu negrinèu
S'estroupo à trenello, en anèu;
Un velout cremesin l'estaco;
Fouita dóu vènt, de rouge taco
Sa caro bruno e soun còu nus :
Dirias qu'es lou sang de Venus,
Aquéu riban de la chatouno.

Passes plus, que me fas mouri,
O laisso-me te devouri
De poutouno !

Oh ! quau me levara la set
De la chato ? ... A ges de courset :
Sa raubo, fièro e sèns ple, molo
Soun jouine sen que noun tremolo
Quand marcho, mai s'arredounis
Tant ferme, que subran fernis
Voste cor davans la chatouno.

Passes plus, que me fas mouri,
O laisso-me te devouri
De poutouno !

Début de « La Venus d'Avignoun », premier poème du recueil Li Fiho d'Avignoun.

(Ses yeux d'enfant, profonds et verts, ses grands yeux purs vous disent: Va ! Un peu souriantes, un peu boudeuses, tendres, ses lèvres s'entr'ouvrent; ses dents, plus blanches que le lait, brillent.... Chut ! elle arrive : Voyez-la ! Elle a quinze ans à peine, la jeune fille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, ou laisse-moi te dévorer de baisers !
Vagabonde, sa chevelure noire se retrousse en torsades, en boucles; un velours cramoisi l'attache; fouetté par le vent, il tache de rouge son visage brun et son cou nu; on dirait le sang de Vénus, ce ruban de la jeune fille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, ou laisse-moi te dévorer de baisers !
Oh ! qui m'ôtera la soif de la jeune fille ? ... Elle n'a point de corset : sa robe, fière et sans plis, moule son jeune sein qui ne tremble pas quand elle marche, mais s'arrondit si ferme, que soudain frémit votre cœur devant la jeune fille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, ou laisse-moi te dévorer de baisers !)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :