Théâtre de Belleville

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Le théâtre dans la cour Lesage avec à droite la brasserie incendiée avec lui en décembre 1867.
Situation géographique du théâtre de Belleville sur une carte datant de 1860, en haut : la rue de Paris.
Le théâtre au fond de la cour Lesage vu depuis la rue de Belleville.

Le théâtre de Belleville est un théâtre inauguré le 25 octobre 1828 dans le village de Belleville, situé alors dans la banlieue parisienne proche. Il s'élevait dans la cour Lesage, une cour ouverte sur la rue de Paris (aujourd'hui rue de Belleville) à la hauteur du numéro 46 et sur la rue du Théâtre (une rue aujourd'hui disparue qui donnait dans la rue de Tourtille).

En janvier 1860 il devient un théâtre parisien, à la suite de l'agrandissement de Paris qui annexe le village de Belleville.

En 1932 il est démoli et remplacé par un nouveau bâtiment dont seul le rez-de-chaussée offre une salle de spectacle.

À partir de janvier 1937 et jusque dans les années 1940 y alternent théâtre et cinéma, puis c'est juste une salle de cinéma.

En 1958 il est transformé en music-hall et ferme définitivement en 1962.

Belleville compta jadis au moins deux autres théâtres également aujourd'hui disparus : le théâtre populaire de Belleville et le théâtre nouveau.

Histoire du théâtre de Belleville[modifier | modifier le code]

Ce qu'était le théâtre de Belleville[modifier | modifier le code]

Le théâtre de Belleville n’a jamais été une salle parisienne de premier plan comme l’Odéon ou du théâtre de la Porte-Saint-Martin, mais il a tenu honorablement son rang dans les deuxièmes places.

Le répertoire du théâtre de Belleville à ses débuts répondait aux goûts dominants du temps : le drame historique, le mélodrame et le vaudeville. Alors que ces formes théâtrales déclinaient, perdant peu à peu leur succès à Paris, la salle de Belleville continua de les honorer. Autour de 1900 c’était pour ainsi dire sa caractéristique.

Le théâtre de Belleville était une sorte d'école dramatique où vinrent s'essayer à la rampe une multitude de jeunes gens dont quelques-uns ont fait leur chemin ensuite : Boutin, Tétard, Mélingue, Louis Lacressonnière, Jules Brasseur, Paul Burani, Léonce, Tisserand, Julien Deschamps, Virginie Goy, Marie-Joséphine Chrétienno, Léonide Leblanc, Denis d’Inès...

Firmin Gémier y commença sa carrière en 1888-1889.

Les premières décennies du théâtre de Belleville[modifier | modifier le code]

Annonce en 1859 de la revue Les Souvenirs de Belleville[1].

En 1817 à Pierre-Jacques Seveste est accordé un privilège qui lui donne ainsi qu'à ses deux fils Jules et Edmond leur vie durant l'exclusivité de l'exploitation dramatique de toute la banlieue de Paris.

Le théâtre de Belleville fait partie des salles construites dans la banlieue de Paris par les Seveste. Les travaux de construction débutent en 1826 sous les ordres d’Edmond Seveste. Il est inauguré le 25 octobre 1828.

Quelques années après, les frères Seveste ne se souciant plus d'exploiter leur privilège par eux-mêmes, le fractionnèrent en autant de parties qu'ils avaient de salles et affermèrent chacune d'elles, moyennant de fortes redevances, à des subdélégués choisis par eux. Le théâtre de Belleville souffrit sous le poids de la redevance due aux frères Seveste. Huit de ses subdélégués vinrent se ruiner tour à tour[2].

Après la fin du privilège des Seveste arrivée le 30 juillet 1854 avec la mort de Jules Seveste le théâtre de Belleville est délivré de cette charge.

En 1859, juste avant l'annexion de Belleville à Paris, le théâtre de Belleville donne une revue historique récapitulative de l'histoire de Belleville, œuvre d'Alexandre Flan et Émile Delteil : Les Souvenirs de Belleville.

En janvier 1860, l'intégration du village de Belleville dans Paris fait du théâtre une salle parisienne.

Cette année-là Émile de Labédollière en donne la description :

Le théâtre de Belleville est situé à mi-côté, à droite de la rue de Paris et dans une enceinte tapissée de verdure. Sa façade, élégante et sévère en même temps, se compose, au rez-de-chaussée, d'un portique en arcades où le public est à couvert pour prendre ses billets. Au premier étage, cinq baies vitrées également à plein cintre, et qu'encadrent des pilastres d'ordre ionique, éclairent le grand escalier, ainsi que le foyer du public, qui s'ouvre à deux battants sur une large terrasse ornée de vases ; au-dessus règne un entablement en harmonie avec le style de l'édifice. À l'intérieur, les aménagements sont aussi d'une élégante simplicité, et les loges des artistes y sont surtout vastes, commodes et d'une extrême propreté[2].

L'incendie du théâtre de Belleville en 1867[modifier | modifier le code]

L'incendie du théâtre de Belleville en 1867.

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1867, le théâtre de Belleville est anéanti par un incendie ainsi qu'une brasserie voisine auquel il a communiqué le feu. Celui-ci commence à couver à la toute fin d’une représentation de soirée sans que personne le remarque. Le théâtre est vide de spectateurs quand il est détruit par les flammes.

Le Petit Journal écrit[3] :

INCENDIE
Du théâtre de Belleville[4]
Voici quelques détails complémentaires sur le sinistre d'hier.
On avait joué le Canal Saint-Martin, pièce dans laquelle on tire un coup de pistolet, On suppose que la bourre enflammée est allée se loger dans un décor, où elle aurait fait amadou, et c'est ainsi que l'incendie aurait commencé.
À minuit, le caporal de pompiers de service s'était retiré après avoir, conformément à la consigne, fait une ronde générale et minutieuse avec le concierge,
Vers trois heures et demie du matin, des voisins furent réveillés par les aboiements répétés d'un chien appartenant au directeur du théâtre, et, ayant aperçu une lueur paraissant s'échapper du magasin de décors placé à la hauteur de la scène, ils s'empressèrent de donner l'alarme.
Les deux premières personnes qui arrivèrent sur le lieu du sinistre furent M. Cauchepin, commissaire de police du quartier, et M. Créneau, son secrétaire. Ils firent aussitôt demander les pompiers et la troupe.
Vers cinq heures et demie, on était parvenu à faire la part du feu[5], lorsque, sans qu'aucun signe ne vint donner l'éveil, la toiture s'abîma avec fracas sur le plafond du foyer, défonça ce dernier et entraîna de chute en chute le plancher du premier étage ne laissant debout que les quatre murs.
C'est à cet instant que des pompiers et des soldats furent si cruellement blessés.
Il convient de signaler le sergent des sapeurs-pompiers Milson, qui, en compagnie d'un employé du théâtre nomme Blessant, a été retirer du magasin des accessoires la poudre qui s'y trouvait[6].
Les deux chasseurs à pied dont l'absence avait donné tant de crainte, sont sains et saufs. Ils travaillaient si ardemment qu'ils n'ont pas entendu le clairon qui les rappelait, quand, après plusieurs heures de travail, on relevait le détachement. Ils sont rentrés plus tard à la caserne.
Il ne reste du théâtre que le mur de derrière avec les loges des artistes, entièrement conservées, et le bas du mur de la façade avec la marquise.
Un grand nombre de curieux stationnaient hier dans la journée autour du lieu du sinistre, dont les approches étaient défendues par la police.
Les pompiers et les soldats ont continué à travailler pendant la journée, et la nuit à la lueur de torches, pour éteindre les foyers partiels qui brûlaient encore.
Ce matin, on travaillait à démolir les pans de mur restants qui menacent de tomber.
M. Hollacher, le directeur du théâtre, a demandé hier l'autorisation de donner des représentations aux Folies-Belleville.
D'après les renseignements que nous avons été prendre à l'hôpital des Récollets[7], nous pouvons assurer que le lieutenant de pompiers Fournier, qui a eu la jambe fracturée, quoique gravement blessé, est en voie de guérison.
C'est donc à tort que quelques journaux ont annoncé sa mort.
Il en est de même du chasseur Lazergue, du 8e bataillon, qui a des brûlures à la main.
Le sapeur Lonteau, qui a une fracture à la cuisse, va déjà mieux, et, enfin, le quatrième pompier, dont la figure a été atteinte, reçoit également les meilleurs soins.
On espère que tous ces braves militaires seront bientôt rétablis.

Reconstruction, continuité et disparition du théâtre de Belleville[modifier | modifier le code]

Le directeur du théâtre, Joseph-Édouard Holacher, par toutes sortes de démarches financières, avec le soutien de la population bellevilloise, du milieu professionnel et de la mairie du 20e arrondissement parvient en moins d'un an à le faire reconstruire à l’identique.

À l'automne 1870, durant le siège de Paris, on y donne une représentation dont la recette est destinée à servir à l’achat d’un canon ou d’une mitrailleuse en faveur d’un bataillon bellevillois de la garde nationale.

Henri Avenel nous apprend qu'en 1889 se trouve juste derrière ce théâtre la célèbre goguette de Lepilleur[8]. Son adresse exacte est 12, rue du Théâtre[9].

De 1862 à 1907 le théâtre de Belleville est dirigé par Joseph-Édouard Holacher, puis ses fils Édouard et Louis. Après le décès d'Édouard Holacher les deux directeurs qui lui succèdent eurent bien du mal à continuer à faire vivre le théâtre. C’est qu’il ne se trouvait désormais plus le seul théâtre dans son secteur. Il y avait aussi le théâtre populaire de Belleville et le théâtre nouveau, situés près de lui au bord de la rue de Belleville.

En 1932, le directeur de l’époque, Paul Caillet, fait détruire le bâtiment du théâtre de Belleville et élever à sa place un immeuble de style art déco avec un théâtre de 1 300 places au rez-de-chaussée compris dans un complexe comprenant un restaurant, un dancing et un garage.

À partir de janvier 1937 et jusqu’à la fin des années 1940 dans la salle alternent en soirées théâtre et projections de films. Puis c'est juste un cinéma assez pittoresque avec deux balcons dans la salle. Il conserve le nom de théâtre de Belleville.

En 1958 il devient un music-hall. En 1962, il ferme.

L'immeuble est vendu à une société de distribution alimentaire asiatique.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Couplets et rondeaux chantés dans "Les Souvenirs de Belleville", revue épisodique, anecdotique, en 5 actes et 8 tableaux, par MM. Alexandre Flan et Émile Delteil.
  2. a et b Émile de Labédollière Le Nouveau Paris, Gustave-Barba Libraire-Éditeur, Paris 1860, page 307.
  3. Le Petit Journal, n°1776, 13 décembre 1867, page 3, 1re colonne.
  4. Un premier article titré pareillement et signé M.C. a été publié la veille dans le même journal. D'un ton sensationnel et surtout manquant d'objectivité il indique un nombre impressionnant de victimes (plusieurs morts et huit blessés graves parmi les sauveteurs). Ce deuxième article qui est anonyme apparaît en revanche nettement plus précis et proche de la vérité.
  5. Aujourd'hui on utiliserait l'expression « le sinistre était circonscrit ». C'est-à-dire que sans l'éteindre déjà on avait réussi à définitivement l'empêcher de s'étendre et progresser. L'expression Faire la part du feu ne s'utilise plus à présent qu'au sens figuré pour indiquer qu'on se résigne à abandonner par la force des choses une partie de ce qu'initialement on ne souhaitait pas perdre.
  6. « Il y avait au théâtre deux barils de poudre, dont on a besoin dans certaines pièces. » (Article INCENDIE Du théâtre de Belleville, signé M.C., Le Petit Journal, n°1775, 12 décembre 1867, page 3, 1re colonne).
  7. L'hôpital des Recollets était un hôpital militaire parisien ouvert en 1861 dans l'ancien couvent des Recollets. Rebaptisé hôpital Villemin en 1913 il a fermé en 1968. C'est à présent un ensemble composé de l'ancien couvent des Recollets et du jardin Villemin.
  8. Henri Avenel Chanson et Chansonniers, C. Marpon et E. Flammarion éditeurs, Paris 1890, page 326.
  9. Voir une annonce pour une soirée chantante dans les salons de M. Lepilleur parue dans La Muse gauloise en 1863.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile de Labédollière Le Nouveau Paris, Gustave Barba Libraire-Éditeur, Paris 1860.
  • Jean-Marie Durand Le Théâtre de Belleville, article dans le bulletin n° 3 (1993) de l'Association d'histoire et d'archéologie du 20e arrondissement de Paris (AHAV).
  • Marc Girot Le Théâtre de Belleville, dans Le Vingtième Arrondissement, la montagne à Paris, édition de l'Action artistique de la Ville de Paris, 1999.
  • Philippe Chauveau Les Théâtres parisiens disparus, édition de l’Amandier, Paris 1999.
  • Maxime Braquet Souvenirs du théâtre de Belleville, bulletin no 45 de l’Association d’histoire et d’archéologie du 20e arrondissement de Paris (AHAV).

Liens externes[modifier | modifier le code]