Théâtre Déjazet

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Théâtre Déjazet

Type Théâtre
Lieu Paris
Coordonnées 48° 51′ 58″ Nord 2° 21′ 52″ Est / 48.86611, 2.36444 ()
Inauguration 1851
Nb. de salles 1
Anciens noms Folies-Mayer (1851-1853)
Folies-Concertantes (1854)
Folies-Nouvelles (1854-1859, 1871-1872, 1880)
Troisième Théâtre-Français (1876-1880)
Déjazet Music-Hall
Le France (1965-1976)
TLP-Déjazet (1986-1992)
Direction Mayer (1842-1853)
Hervé (1853-1854)
Huart et Altaroche (1854-1859)
J.-E. et Virginie Déjazet (1859-1870)
Manasse (1871-1872)
H. Ballande (1876-1880)
Marcel Villars (v. 1882)
Henri Boscher (v. 1892-1895)
Calvin fils (1895-1897)
G. Rolle (1897-1916)
Mme Rolle (1916-1939)
Protection  Inscrit MH (1990)
Site web http://www.dejazet.com/

Le théâtre Déjazet est une salle de spectacle parisienne située au 41 boulevard du Temple dans le 3e arrondissement.

C'est le seul théâtre du « boulevard du Crime » a avoir survécu, étant situé du côté du boulevard ayant échappé aux transformations haussmanniennes de 1862, et notamment au percement de la place du Château-d'Eau (actuelle place de la République). Abritant notamment des fresques d'Honoré Daumier, le bâtiment été inscrit au titre des monuments historiques le 6 décembre 1990[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Affiche pour Les Deux Camille (1891)

En 1770, le comte d’Artois, frère de Louis XVI et Louis XVIII, fait édifier un jeu de paume par l'architecte François-Joseph Bélanger. Mozart s'y produit lors de son voyage à Paris en 1778 devant la reine Marie-Antoinette et le comte d'Artois. À la Révolution, le lieu est transformé en établissement de bains[2].

Des Folies-Mayer aux Folies-Nouvelles (1851-1859)[modifier | modifier le code]

En 1851 ouvre à son emplacement un café-concert appelé Folies-Mayer, du nom de leur directeur. S'y produit entre autres Joseph Darcier. Rebaptisé Folies-Concertantes, le lieu se consacre à partir de 1853 sous l'impulsion du compositeur et comédien Hervé à un genre qui va donner naissance à l'opérette. Celui-ci y présente en effet des œuvrettes de sa composition (scènes comiques, chansonnettes, etc.) avec le fantaisiste Joseph Kelm mais aussi des pantomimes de Paul Legrand. Le succès lui permet de faire construire une petite scène inaugurée le 3 février 1854[3]. Hervé ayant cédé son fauteuil à Louis Huart et Marie-Michel Altaroche tout en conservant la direction artistique, la salle rouvre le 21 octobre 1854 après une restauration totale confiée à Édouard Renaud[4] et désormais pourvue de 850 places[5], sous le nom de Folies-Nouvelles[n 1]. Bien que toujours strictement limitée par décret au style des œuvres représentées (pantomimes, saynètes, à-propos, opérettes en un acte) et au nombre de personnages, la troupe s'étoffe rapidement, avec l'arrivée notable en octobre 1955 de José Dupuis qu'Hervé débauche du théâtre du Luxembourg-Bobino. Jacques Offenbach y fait jouer une des premières œuvres, Oyayaye ou la Reine des îles en 1855. Hervé est contraint de quitter ses fonctions officielles en août 1856 suite à des ennuis judiciaires[6] (il continuera toutefois à fournir des partitions sous divers pseudonymes).

Au total, 150 pièces, dont 134 créations en majorité d'Hervé, auront été représentées de 1854 à 1859[7].

Le théâtre Déjazet (1859-1939)[modifier | modifier le code]

En 1859, la célèbre comédienne Virginie Déjazet, qui veut offrir au jeune Victorien Sardou un cadre digne de ses productions, obtient le privilège. Le 27 septembre, le lieu prend le nom de théâtre Déjazet (également appelé Folies-Déjazet), appellation qu'il conservera durant l'essentiel de son histoire. Virginie Déjazet le dirige avec l'aide de son fils, Joseph-Eugène, jusqu'au 3 juin 1870, date de sa représentation d'adieu. L'acteur Hilarion Ballande en reprend, sans grand succès, la direction de 1876 à 1880 sous le nom de Troisième Théâtre-Français[8]. La salle reprend définitivement le nom de Déjazet et plusieurs directions se succèdent jusqu'à l'arrivée du journaliste Georges Rolle en 1897[n 2]. Il administre la salle jusqu'à sa mort en 1916, remplacé alors par sa femme et ses enfants jusqu'en 1939[9].

Salle de cinéma (1939-1976)[modifier | modifier le code]

Transformée en cinéma en 1939, Marcel Carné y tourne les scènes d'intérieur des Enfants du paradis en 1945, la salle ayant été fermée et abandonné durant l'Occupation. Rebaptisée Le France en 1965[10] et spécialisée dans les films de concerts pop et rocks dans les années 1970, elle est destinée à devenir un supermarché en 1976, mais est reprise in extremis par la SEDAC, société présidée par Jean Bouquin, ancien créateur de mode, qui en rachète le bail[réf. nécessaire]. Sa réhabilitation en tant que théâtre est entreprise au prix de gros travaux (balcons, scène, coulisses), sans pour autant interrompre la programmation cinématographique intensive (de 8h00 du matin au lendemain 7h00).

Le « nouveau » Déjazet (1977-1986)[modifier | modifier le code]

Plafond de la salle actuelle

le 1er février 1977, Coluche inaugure la nouvelle salle qui a retrouvé son nom de Déjazet. Fermée administrativement en novembre 1977, puis de nouveau en mai 1981 car considérée comme dangereuse par les commissions de sécurité[réf. nécessaire], elle est donnée en location-gérance aux clowns Macloma qui obtiennent en octobre 1982, après travaux, une autorisation de réouverture sous conditions (le théâtre est classé en 4e catégorie : moins de 300 places), autorisation confirmée en mars 1983[réf. nécessaire]. Ils gèrent le théâtre jusqu'en 1985, date à laquelle la SEDAC signe un nouveau contrat avec la société TLP.

Le TLP (1986-1992)[modifier | modifier le code]

Au début des années 1980, Joël-Jacky Julien, musicien de jazz à l'initiative de la création de Radio libertaire (89,4 Mhz), la radio de la Fédération anarchiste et Hervé Trinquier, musicien classique à l'origine de l'achat de la librairie de cette même Fédération anarchiste, et organisateur de nombreux galas de soutien à Radio libertaire, décident d'ouvrir une salle de spectacle. Depuis l'amitié qui liait Proudhon à Courbet, le mouvement anarchiste a en effet toujours été proche du milieu artistique. C'est par hasard qu'un de leurs amis, Bernard Lavilliers - qui lui-même recherchait une salle pour ouvrir une école du spectacle - leur apprend en 1985 que le Déjazet serait à reprendre. Le 1er janvier 1986, Julien et Trinquier signent avec Jean Bouquin un contrat de location-gérance[11].

Avec d'autres amoureux de la chanson, parmi lesquels Corinne Rousseau, Paulette Piedbois (militantes anarchistes), Alain Aurenche (chanteur), Antoine Monnet (architecte) et Claude Attienz (coordinateur de la restauration permanente du théâtre), ils entreprennent la restauration du théâtre et l'inauguration du théâtre Libertaire de Paris ou TLP-Déjazet a lieu le 1er février 1986 avec une des figures contestataires de la chanson, Léo Ferré[12]. Le nom du théatre ne sera pas divulgué sous cette forme à l'administration, les gérants préférant transmettre les noms de « Temple Loisirs Production » ou de « Théâtre lyrique et Poésie »[13]

S'y produisent par la suite Graeme Allwright, Maurice Baquet, Ray Barretto, Julos Beaucarne,François Beranger, Michèle Bernard, Louis Capart, Leny Escudero, Font et Val, Jean Guidoni, Bernard Haillant, Marc Jolivet, Pauline Julien , Xavier Lacouture, Gilbert Laffaille, Catherine Lara, Francis Lemarque, Pierre Louki, Colette Magny, Mouloudji, Georges Moustaki, Claude Nougaro, Marc Ogeret, Christian Paccoud, Gérard Pierron, Véronique Pestel, Véronique Sanson, Gilles Servat, Anne Sylvestre, Henri Tachan, Serge Utgé-Royo, Jean-Jacques Vannier, Jean Vasca, Cora Vaucaire ou encore Gilles Vigneault.

Joël-Jacky Julien quitte assez vite le TLP, laissant seul Hervé Trinquier, qui sera chargé de la gestion de 1986 à 1992[13]. L'arrivée de Jean-Marie Balsano en 1990 va influencer la programmation du TLP qui crée les concerts Jazz O' TLP. Programmant selon les saisons entre 300 et 465 spectacles, la rénovation de la salle se poursuit.

En 1992, la commission de sécurité classe le théâtre en 3e catégorie (jusqu'à 700 places)[réf. nécessaire]. La même année, l'équipe de direction est nommée en tant que « producteur de l'année » aux Victoires de la musique. La société SEDAC résilie néanmoins le contrat de location et reprend la gestion du lieu. Une partie de la programmation prévue par le TLP pour la saison 1992-1993 est transférée au théâtre Le Trianon[n 3].

Répertoire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Nom qu'elle retrouvera brièvement en 1871-1872 et 1880.
  2. Avec A. Lemonnier la première année.
  3. Hervé Trinquier se consacrera par la suite à la régie de spectacles et fondera une maison d'édition de livres, les éditions Tops-Trinquier, qui réédite les classiques de l'anarchisme.
Références
  1. « Notice no PA00086238 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. L.-H. Lecomte, Histoire des théâtres de Paris (1402–1904), op. cit., p.1.
  3. Nicole Wild, « Théâtre des Folies-Nouvelles », Dictionnaire de la musique en France au XIXe siècle, op. cit.
  4. Émile de La Bédollière, Le Nouveau Paris, op. cit..
  5. L.-H. Lecomte, Histoire des théâtres de Paris (1402–1904), op. cit., p.8.
  6. Jean-Claude Féray, « L’affaire Hervé (1856) » dans Le Registre infamant, Quintes-feuilles, 2012 pp. 500-511.
  7. a, b et c L.-H. Lecomte, Histoire des théâtres de Paris (1402–1904), op. cit., p.144-148.
  8. L.-H. Lecomte, Histoire des théâtres de Paris (1402–1904), op. cit..
  9. « Une dynastie au service du Théâtre : La famille Rolle » sur le site de l'Association de la régie théâtrale.
  10. (en) Fiche de la salle sur cinematreasures.com, consultée le 11 août 2009.
  11. Dominique Lacout, Léo Ferré, Sévigny,‎ 1991, 411 p. (ISBN 9782907763295, lire en ligne), p.306.
  12. « TLP - Théâtre libertaire de Paris », Cultures n°603 du 23 janvier 1986 sur le site du Monde libertaire.
  13. a et b Nathalie Solence, Mes années Serize : La vie de Jacques Serizier - chanteur, comédien, poète, mélodiste, auteur, animateur à RTL, programmateur, L'Harmattan,‎ 1er janvier 2014, 418 p. (ISBN 9782336334127, lire en ligne), p.339.
  14. Créée au théâtre du Vaudeville en 1846.
  15. Créée au théâtre de la Gaîté en 1849.
  16. Créée au Vaudeville en 1845 sous le titre L'Île de Robinson.
  17. a, b, c, d et e Les Archives du spectacle.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Pierron, Virginie Déjazet, Bolle-Lasalle, Paris, 1855
  • Émile de La Bédollière, Le Nouveau Paris, ill. de Gustave Doré, Gustave Barba, Paris, 1861, p.45
  • Louis-Henry Lecomte, Virginie Déjazet, d'après ses papiers et sa correspondance, Montgredien et Cie, Paris, 1873 [lire en ligne]
  • Annuaire des artistes et de l'enseignement dramatique et musical, Montorier puis Société générale d'impression, Paris, 1887-? (disponibles sur Gallica)
  • Henry Beaulieu, Les Théâtres du boulevard du Crime, Bibliothèque du vieux Paris, Daragon, Paris, 1905, p.165-168 (disponible sur Gallica)
  • Louis-Henry Lecomte, « Le Théâtre des Folies-Nouvelles », Histoire des théâtres de Paris (1402–1911), tome 8, Daragon, Paris, 1909 (disponible sur Gallica)
  • Louis-Henry Lecomte, Un amour de Déjazet : Histoire et correspondance inédites (1834–1844), Bibliothèque du vieux Paris, Daragon, Paris, 1907 (disponible sur Gallica)
  • Michel Seban, Lieux de spectacle à Paris : Abris et édifices, Picard, 1998, p.61-62 (ISBN 9782708405523)
  • Nicole Wild, « Théâtre des Folies-Nouvelles », dans Joël-Marie Fauquet (dir.), Dictionnaire de la musique en France au XIXe siècle, Fayard, Paris, 2003, p.479-480 (ISBN 2-213-59316-7)
  • Jean-Claude Yon, Théâtres parisiens : Un patrimoine du XIXe siècle, photographies de Sabine Hartl et Olaf-Daniel Meyer, Citadelles et Mazenod, Paris, 2013 (ISBN 978-2-85088-568-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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