Temura

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Trois systèmes herméneutiques hébraïques pour déchiffrer la Torah sont repris dans la Kabbale et forment la combinaison des lettres (hokmat ha-zeruf) :

  • la Gematria (ou Gématrie), dans laquelle des lettres sont remplacées par la valeur des nombres qu'elles inscrivent dans le système numérique hébreu et les mots compris comme des chiffres afin de susciter la révélation de concordances La gématrie est issue du système numérique en vigueur dans l'ensemble du bassin méditerranéen. Avant l'importation des chiffres arabes (en fait, indiens,) les diverses nations utilisaient les lettres de leur alphabet pour marquer les nombres[1]
  • le Notarikon ou la Notarique (ou Notaricon, mot d'origine grecque, passé dans le latin, auquel l'hébreu l'a emprunté), désigne en latin la sténographie romaine, mais en hébreu le codage par lequel on groupe les lettres initiales, centrales ou finales de plusieurs mots pour en former de nouveaux. Selon Paul Vulliaud[2], certaines prières auraient ainsi été composées. En fait, le Notarikon est lié à la littérature orale[3]. Les auditeurs des philosophes romains ou grecs, les disciples des maîtres pharisiens prenaient des notes sur des supports de taille réduite et non durable. Cela justifiait un système d'abréviations dont la caractéristique est qu'il ne fut jamais normalisé. Cette technique perdure jusqu'à la diffusion de l'imprimerie en Occident. Dénouer les jeux d'abréviations dans les manuscrits ancien est une technique intégrée à la paléographie
  • la Temura ou Thémoura (תמורה ou Temurah) est un procédé d'échange des lettres selon divers systèmes de combinatoire ou Tserouf (צירוף), il est dérivé de la racine « mour » (מור) qui signifie « changer », « substituer », « remplacer ». L'origine de ce système tient au fait que l'hébreu est une langue sans voyelles. Quand les massorètes voulurent mettre la Torah par écrit, ils voulurent enregistrer toutes les prononciations possibles des mots mais aussi faire œuvre de critique textuelle. Ainsi on substituait le jeu des voyelles possibles selon que le mot devait être verbe ou substantif. La massora parva témoigne de ce travail dans les marges des bibles en hébreu. Ultérieurement, furent établis des systèmes de permutation de consonnes et, d'outil de critique textuelle, la temura bascula vers un système d'interprétation occultiste et de divination.

On ne confondra pas ces techniques traditionnelles avec des savoirs scientifiques.

Les jeux de lettres font partie des procédés internationaux de divination. César utilisera plus tard un algorithme de substitution voisin comme système de cryptographie. Avec le développement de pratiques d'occultisme, les règles de substitution s'étendent. Parmi les algorithmes de substitution, les « combinaisons de Tziruph » étaient particulièrement populaires durant les périodes antiques (employés par les hébreux vers 500-600 de notre ère).

L'alphabet hébreu est divisé en deux parties égales, placées l'une au-dessus de l'autre. Il y a 22 commutations ou « Tables de Combinaisons de TzIRVP צירוף » (Tserouf) :

ALBTh (Albath) ABGTh (Abgat) AGDTh (Agdat) ADBG AHBD AVBH AZBV AChBZ ATBCh AIBT AKBI
ALBK AMBL ANBM ASBN AOBS APBO ATzBP AQBTz ARBQ AShBR AThBSh (Athbash)

Il y a également trois « Tables des Commutations », carrés de 484 cases remplies de lettres :

  • la « Table Droite » (on écrit l'alphabet de droite à gauche dans le second rang, on commence avec la deuxième lettre Beth (ב) et on termine avec la première : Aleph (א) ; dans le troisième rang, on commence avec la troisième lettre, Gimel (ג) et on termine avec la deuxième ב ; et ainsi de suite…),
  • la « Table à l'envers » (on écrit l'alphabet de droite à gauche à l'envers, en commençant avec Tav (ת), etc.)
  • la « Table Irrégulière ».

À côté de celles-là, il y a la méthode appelée Thashraq, qui consiste simplement à écrire un mot à l'envers.

Il y a encore une autre forme importante appelée « Kabbalah des Neuf Chambres » ou Aiq Bekar. La numération de chaque lettre a été inscrite dans chaque chambre afin de montrer les affinités entre les lettres. Parfois, ce système est utilisé comme code en prenant les chiffres pour montrer les lettres qu'ils contiennent, en mettant un point pour la première lettre, deux pour la deuxième, etc. Ainsi, l'angle droit, contenant AIQ (איק), répondra pour la lettre Qof (ק) s'il y a trois points dedans. De la même manière, un carré répondra pour He (ה), Noun (נ) ou ; selon qu'il y ait un, deux ou trois points placés respectivement dedans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Histoire universelle des chiffres » Georges Ifrah - Editions Robert Laffont 1994.
  2. Paul Vuillaud est un polygraphe, spécialiste des monographies sur les sociétés secrètes comme on traitait le sujet entre la guerre de 1870 et la guerre de 14-18 dans le cadre de la théorie du complot Il a ainsi traité de la franc-maçonnerie, de la kabbale, etc... On doit donc garder la plus extrême réserve sur les références fournies par cet auteur, dont la perspective est semblable à celle de Samuel Liddell MacGregor Mathers, occultiste américan de la même période. cf. La Kabbale Juive qui éclaire ce procédé par des exemples nombreux)
  3. Essai sur les origines du christianisme Eienne Nodet o.p. Justin Taylor, Cerf

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Johannes Reuchlin, De arte cabbalistica (De l'art cabbalistique) (1517), trad. François Secret : La kabbale, Aubier-Montaigne, 1973, 319 p.
  • S. L. MacGregor Mathers, The Kabbalah Unveiled (La Cabale Dévoilée), traduction de la Kabbala Denudata de Knor von Rosenroth par S.L. MacGregor Mathers,(1887), ISBN 0877285578. MacGregor Mathers est un occultiste, non un linguiste. Cette source doit donc être considérée avec précaution.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]