Tell Abu Hureyra

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tell Abu Hureya
(ar) تل أبو هريرة
Localisation
Pays Drapeau de la Syrie Syrie
Gouvernorat Ar-Raqqa
Coordonnées 35° 52′ 00″ N 38° 24′ 00″ E / 35.866667, 38.435° 52′ 00″ Nord 38° 24′ 00″ Est / 35.866667, 38.4  

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Tell Abu Hureya
Tell Abu Hureya

Tell Abu Hureyra (en arabe : tall ʾabū hurayra, تل أبو هريرة) est un site de la vallée de l’Euphrate (nord de l’actuelle Syrie, nord-ouest de l’ancienne Mésopotamie), qui a été le siège d’une occupation humaine entre 9500 et 5900 av. J.-C. Site proche de l'Euphrate, il a été l’objet de fouilles (dirigées par A.M.T. Moore) en 1972 et 1973 avant son engloutissement sous les eaux du lac Al-Assad à la suite de la construction du barrage de Tabqa et de la mise en eau de ce dernier en 1976. Ce site porte des traces parmi les plus anciennes de la domestication des plantes et des animaux. Ces fouilles ont donné lieu à deux articles publiés dans Pour la Science en 1979 et 1987. Les résultats de ces fouilles ont largement fait progresser les connaissances sur le processus de néolithisation au Proche-Orient.

Les fouilles[modifier | modifier le code]

Le premier article « Un village pré-néolithique d’agriculteurs sur l’Euphrate[1] », et repris dans le dossier thématique L’Aube de l’humanité[2] en contient les informations suivantes :
À l’époque mésolithique, fin Xe début du IXe millénaire av. J.‑C., seule l’extrémité nord du site (Tell Abu Hureyra 1) est occupée par un simple village. Les outils retrouvés sont typiques de ceux présents à cette époque dans l’ensemble du Proche-Orient et la présence d’importants vestiges végétaux (légumineuses, céréales) et animaux (gazelles, moutons, chèvres, moules d’eau douce, poissons) implique une population déjà sédentarisée pratiquant, outre la chasse, une forme rudimentaire d’agriculture. Après que le village mésolithique ait été abandonné pendant quelques siècles (8500-7500 av. J.-C.), l’ensemble du site fut réoccupé (Tell Abu Hureyra 2) par une population beaucoup plus nombreuse (plusieurs milliers d’habitants) et devint le plus grand établissement du Néolithique ancien dans la région : le site était en relation avec l’ensemble du Proche-Orient (Turquie, Mer Rouge, Côte méditerranéenne) et son développement reposait sur celui de l’agriculture, peut-être irriguée, et de l’élevage. Les objets retrouvés (silex, obsidienne, os, pierres semi-précieuses) ne comportent pas de céramique bien que la présence d’objets d’argile (perles d’argile, figurines) semble prouver que les habitants en connaissaient déjà les propriétés. Après avoir atteint sa taille maximale au VIIe millénaire, Tell Abu Hureyra déclina au VIe millénaire et fut définitivement abandonné vers 5900 av. J.-C. : selon Andrew Moore, les causes de ce déclin, puis de cet abandon, sont à la fois climatiques (réchauffement de la température, baisse des précipitations) et démographiques (surexploitation des ressources naturelles).

Le second article La chasse aux gazelles à l’âge de pierre[3] complète et réexamine les informations publiées en 1979 en prenant en compte l’étude des restes animaux découverts sur le site effectuée par ses auteurs.

Le village dont la population a évolué de 200 à 300 habitants au Mésolithique à 2 000 à 3 000 au Néolithique semble avoir été inoccupé entre 8000 et 7500 av. J.-C. Pendant le Mésolithique et au début du Néolithique, 80 % des os d'animaux retrouvés sont des os de gazelles de tous âges, ce qui implique des techniques de chasse massive : les chasseurs rabattent les gazelles, lors de leur migration saisonnière, vers de grands enclos (appelés "cerfs-volants" du désert) dans lesquels elles sont abattues. Dès le début de cette période, les habitants semblent avoir eu un mode de vie sédentaire et la présence, quoique minoritaire, d'os de chèvres et de moutons, semble prouver l'existence de l'élevage. Entre 6500 et 6000 av. J.-C., l'économie animale du site connaît un bouleversement lié à l'anéantissement des troupeaux de gazelles (chassées alors dans toute la région) : les importances relatives des ossements s'inversent (les os de gazelles passent de 80 % à 20 % du total, alors que ceux des chèvres et de moutons passent de 10 % à 60 %). En conclusion, les auteurs mettent l'accent sur la lenteur et la transition progressive du passage d'une société de chasseurs-cueilleurs à une société d'agriculteurs-éleveurs[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Andrew Moore, « Un village pré-néolithique d'agriculteurs sur l'Euphrate », Pour la Science, no 24,‎ novembre 1979, p. 104-113 (ISSN 0153-4092)
  2. Yves Coppens (dir.) et Andrew Moore, L'aube de l'humanité, vol. 19, Pour la Science,, coll. « Bibliothèque Pour la Science »,‎ 1983, 208 p. (ISBN 978-2-902918-30-0), « Un village pré-néolithique d'agriculteurs sur l'Euphrate »
  3. Anthony J. Legge et Peter Rowley-Conwy, « La chasse aux gazelles à l'âge de pierre », Pour la Science, no 120,‎ octobre 1987, p. 96-10 (ISSN 0153-4092) publié dans « Gazelles killing in stone age Syria », Scientific American,‎ août 1987
  4. A. M. T. Moore, G. C. Hillman et A. J. Legge, « The Excavation of Tell Abu Hureyra in Syria: A Preliminary Report », Proceedings of the Prehistoric Society, vol. 41,‎ 1975, p. 50-77

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]