Tefiline

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Tefiline
Image illustrative de l'article Tefiline
Tefillin du bras et de la tête
Sources halakhiques
Textes dans la Loi juive relatifs à cet article
Bible Exode 13:9 & 13:16, Deutéronome 6:8 & 11:18
Mishna Menahot 3:7
Talmud de Babylone Erouvin 95b, Sanhédrin 4b, Menahot 34a-37b
Sefer Hamitzvot assin no 12 & no 13
Sefer HaHinoukh mitzvot no 421 & no 422
Mishné Torah Sefer Ahava, Hilkhot tefillin oumzouza vèsefer Torah, chap. 5-6
Choulhan Aroukh Orah Hayim chap. 25 à 48

Les tefillin (judéo-araméen : תפילין, se prononce tefiline, sing. tefilla), appelés phylactères (grec ancien : φυλακτήριον phylacterion, « amulettes ») dans les sources chrétiennes, sont des objets de culte propres au judaïsme rabbinique. Constitués de deux petits boîtiers cubiques comprenant quatre passages bibliques et rattachés au bras et à la tête par des lanières de cuir, ils sont portés lors de la lecture du shema et de la prière matinale des jours profanes par les hommes ayant atteint leur majorité religieuse.

Le port des tefillin par les femmes, bien que non interdit formellement, est exceptionnel dans le judaïsme orthodoxe, plus fréquent dans le judaïsme libéral.

Les tefillin dans les sources juives[modifier | modifier le code]

Dans la Bible hébraïque[modifier | modifier le code]

La référence principale aux tefillin se trouve dans le Deutéronome 6:8, au sein de la section Shema Israël ; il y est prescrit, peu avant la traversée du Jourdain, d’« [attacher ces choses que je te prescris] en signe sur ta main et qu’elles soient en totafot ( en fronteau ) entre tes yeux ». Ce commandement, répété en Deutéronome 11:18 dans la section Vehaya im shamoa, est déjà mentionné, en référence aux rites commémorant la sortie d’Égypte, en Exode 13:16 dans la section Vehaya ki yavièkha et, sous une forme légèrement différente, en Exode 13:9 dans la section Kadesh li kol bekhor.

Cependant, la Torah écrite ne donne, contrairement à la tiare sacerdotale, aucune instruction sur l’attachement ou la pose de ces signes. En effet il est écrit "vous les attacherez ainsi que Je vous l'ai indiqué" sous-entendu indiqué à Moïse, ainsi c'est dans la transmission de la Torah orale depuis Moïse jusqu'à nos jours qui explique comment ils sont et comment les mettre.

Dans la littérature rabbinique[modifier | modifier le code]

L’interprétation du mot totafot, qui n’apparaît nulle part dans la Bible ailleurs qu’en ces versets, pour désigner ce que la littérature des Sages pharisiens appellera tefillin, la forme cubique des boîtiers (batim) tant au sommet qu’à la base, la couleur noire de leurs lanières (retzouot) et nombre d’autres lois qui s’y rapportent ont été, selon la tradition rabbinique, données à Moïse sur le Sinaï (c'est-à-dire faisant partie de la Torah orale), sans source scripturaire ni exégèse ; aucune institution juive ne repose autant sur ce mode de transmission, fondé sur le seul usage et crédité de la plus haute antiquité[1]. La première source mentionnant explicitement les tefillin est la lettre du pseudo-Aristée qui en parle comme d’un usage ancien[2].

Judaïsme rabbinique[modifier | modifier le code]

Pour le judaïsme rabbinique, c’est une mitsvah, un commandement positif temporel que de mettre les tefilines. Les hommes ont une obligation de s'y soumettre, les femmes, dispensées des commandements positifs temporel, peuvent s'y soumettre facultativement.

La tefilah (prière) du bras contient un seul parchemin sur lequel un scribe a écrit les quatre morceaux de la Torah[3] qui évoquent cette Mitsvah. La tefilah de la tête contient quatre parchemins (un pour chacune des citations), placés dans quatre compartiments séparés. Deux opinions existent quant à l’ordre d’insertion de ces quatre parchemins : celle de Rachi et celle de son petit-fils Rabbenou Tam. Leur discussion se trouve dans les commentaires au traité de Mena’hot du Talmud. La Halakha requiert de porter les tefilines de Rachi, et suggère aux plus méticuleux de porter aussi ceux de Rabbénou Tam. Il existe d’autres opinions telles que les tefilines de Shimousha Rabba mais les deux précédentes sont les principales. Voici la façon de les mettre (le silence est de mise durant la pose qui se fait sans temps d’arrêt) :

Un soldat de l’Armée de défense d'Israël porte des tefilines
  1. On prend la tefilah du bras, que l’on pose sur le muscle interne du bras gauche, orienté vers le cœur. On récite alors la bénédiction se terminant par « poser les tefilines ». On l’entoure sept fois autour du bras, le premier passage n’étant qu’un demi-tour (en s’assurant que la lanière soit du côté de la peinture noire).
  2. Ensuite, après avoir serré la lanière autour de la paume, on prend la tefilah de la tête et on la pose, en prenant soin que le bas du boîtier soit sur les cheveux et non sur le front ainsi que directement au-dessus des yeux. La lanière entoure la tête et s’attache par un nœud qui doit se situer à l’arrière et au centre de la tête et non sur la nuque (la tefilah de tête ne repose que sur le crâne). Les Ashkénazes récitent en le mettant une autre bénédiction pour la pose des tefilines, les Séfarades s'en abstiennent.
  3. On desserre la lanière de la paume et l’entoure une seule fois sur la paume puis on l’enroule de cette façon autour du majeur : une fois sur la phalange inférieure et deux fois sur la phalange supérieure et l’on continue à l’enrouler autour de la paume.
  4. Après l’office, on retire dans l’ordre inverse de leurs poses les tefilines.

Les rabbins enseignent que l’homme ayant été créé avec plusieurs dimensions doit s’efforcer en permanence de cultiver en lui la cohérence. Les éléments fondamentaux qui composent l’homme et qui articulent ses attitudes et agissements sont : sa pensée, ses sentiments (ou émotions), et ses actes. Lorsque l’homme veut agir, il envisage un projet dans sa pensée, puis celui-ci prend forme par le désir que l’homme ressent de le réaliser et, enfin, l’homme le met en pratique concrètement. Selon la conception du judaïsme rabbinique, ces trois éléments sont indissociables, ou tout au moins visent à le devenir. En d’autres termes, ce qui est réfléchi doit être ressenti puis mis en pratique. S’il n’y a pas de réalisation concrète de ses bonnes intentions, l’objectif n’est pas atteint. De même, ce qui ne doit pas être mis en pratique (pour cause d’immoralité ou d’indélicatesse par exemple) ne doit pas non plus être envisagé ou contenu en son cœur. C’est en ce sens que les tefilines posés à la fois sur la tête (siège de la pensée), orientés vers le cœur (siège des sentiments) et placés sur le bras (symbole de l’action concrète) sont un appel à la cohérence de l’ensemble des forces vives qui composent l’homme. [Réf. nécessaire]

Judaïsme libéral[modifier | modifier le code]

Dans le Judaïsme libéral, les tefilines sont portés dans la communauté. Les femmes les portent, si elles le désirent, car selon le verset du Chema, on doit les prescrire à ses enfants, et pas seulement à son fils.

Karaïsme[modifier | modifier le code]

Les Karaïtes, tout comme les Sadducéens avant eux, ne reconnaissent pas l’usage des téfilines, et n’en portent donc pas car le commandement biblique que les rabbins interprètent comme une référence aux tefilines est prise comme une métaphore qui souligne l’importance de se souvenir et à chérir la Torah.

Pour les Karaïtes, le mot hébreu le totafot לְטֹטָפֹת, dans le Chema, traduit par phylactère/bandeau, a une autre signification, ils le traduisent comme un synonyme du mot Zikarone זכרון signifiant souvenir/mémoire, ce qui donne une autre dimension de la loi et de la pratique.

Une légende populaire veut que les Karaïtes, et les Sadducéens avant eux, ont interprété littéralement les mots « les porteras entre tes yeux» en attachant les téfilines sur les poteaux et sur les murs pour qu’ils soient juste au-dessus de leurs yeux. Ce n’est qu’un mythe.

Samaritain[modifier | modifier le code]

Les Samaritains, tout comme les Sadducéens et les Karaïtes, ne portent pas de tefilines, car comme eux, ils interprètent la loi comme une métaphore, et en font la même traduction du verset, de plus ils stipulent, contrairement aux rabbins, que ni Moïse, ni même les Israëlites, dans le Sinaï, ne les portaient car le cuir n’existait pas en Égypte.

Beta Israël[modifier | modifier le code]

Les Beta Israël, juifs éthiopiens, ne portaient pas non plus de tefilines avant leur arrivée en Israël, car ils n’avaient aucune connaissance du Talmud et des instructions rabbiniques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. T.B. Menahot 35a, cf. Jewish Encyclopedia 1906
  2. Wright, Benjamin G. "Three jewish ritual practices in Aristeas §§158–160.." Heavenly Tablets: Interpretation, Identity and Tradition in Ancient Judaism. L.R. Lidonnici and A. Lieber. Brill, 2007. Brill E-Books. 23 January 2013 DOI:101163/ej.9789004158566.i-339.10
  3. Ex. xiii. 1-10, 11-16; Deut. vi. 4-9, xi. 13-21

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]