Tavaillon

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bardeau.
Toit de tavaillons près d'Abondance dans le Chablais français en Haute-Savoie.
Toit d'un chalet en Suisse
Tavaillonneur fabriquant des tavaillons à l'aide d'un départoir.

Le bardeau, tavaillon ou tavillon (en Suisse romande) est une tuile de bois servant de revêtement sur les toitures et les façades. Un couvrement de tavaillons sert à la fois d'isolant thermique traditionnel et de protection contre les intempéries. Il est répandu dans de très nombreuses régions du monde, en particulier dans le massif du Jura, les Alpes, les Pyrénées, la Creuse, mais aussi l'île de la Réunion et la Corse.

Historique[modifier | modifier le code]

L'origine du tavillon semble remonter au XIIIe siècle (dictionnaires Le Robert) dans le Jura suisse, quant à son cousin savoyard, le tavaillon, il lui serait postérieur. Cependant, la couverture des toits à l'aide de planchettes de bois remonte au néolithique.

Description[modifier | modifier le code]

Les tavillons ou tavaillons (suivant la région ou le pays d'origine) ou bien encore ancelles (habitation traditionnelle du Jura du massif du Jura et ferme comtoise du Haut-Doubs), essendoles (dans le massif de la Chartreuse), sont des planchettes de bois refendues dans le fil du bois, elles sont employées pour la couverture des toits ou des murs.

Leurs dimensions et leurs formes sont variables suivant les régions :

  • Effilé en longueur, de 10 à 14 cm de large pour 40 à 45 cm de long et 15 à 20 mm d'épaisseur, dans l'est de la France et les Alpes françaises. On parle de tavaillon.
  • Effilé en largeur, de 10 à 15 cm de large pour 42 cm de long pour les toitures et 33 cm de long pour les façades et 3 à 5 mm d'épaisseur, en Suisse. On parle de tavillon.

Ils sont en principe cloués avec ou sans pré-perçage, mais quelquefois posés comme en Franche-Comté. Ils sont, dans ce cas, lestés avec de grosses pierres ou maintenus en place par des rondins. Dans les deux cas ils sont posés avec un recouvrement vertical et avec (ou sans) recouvrement latéral. On en compte généralement près de 100 unités au mètre carré mais jusqu'à 250 unités (recouvrement latéral). En Norvège, le tavaillon local, plus épais, en bois rouge de Furu (Spon), est fixé à l'aide de chevilles de bois.

À épaisseur égale, les toitures en bois sont 10 fois plus isolantes que la tuile, 20 fois plus que l'ardoise, 35 fois plus que la pierre ; en effet, de tous les matériaux de toiture, le bois est, de très loin, le meilleur isolant thermique. Or la méthode de pose des tavaillons par recouvrement (vertical, latéral ou les deux) crée des épaisseurs variant de 5 à 12 centimètres, ce qui accroît d'autant le différentiel thermique avec les autres matériaux bien plus fins.

Le bois choisi dépend de la région : l'épicéa ou mélèze dans les zones montagneuses, chêne ou châtaignier en plaine. Les bardeaux réunionnais sont réalisés à partir de Tamarin des Hauts, Bois de benjoin, Bois de fer, camphrier, filao, de natte[1].

Leur durée de vie est variable et fonction :

  • de l'essence de bois utilisée ;
  • du climat ;
  • de l'orientation de la toiture (idéalement nord-sud) ;
  • de la méthode de pose.

Le pire ennemi du tavaillon est l'humidité et les champignons lignivores. Pour accroître la durée de vie du toit, on peut retourner les tavaillons. Cependant, on considère que les toitures réalisées en chêne ou en châtaigner peuvent atteindre 100 ans, 80 ans pour le mélèze, 40 ans pour le pin et 25 ans pour l'épicéa ou le sapin.

Processus de fabrication[modifier | modifier le code]

Atelier bardeaux.JPG

Les tavaillons sont des tuiles de bois fendues avec des outils spécifiques. On trouve des tavaillons sciés qui résistent moins longtemps, la fibre du bois étant interrompue, l'eau y pénètre plus facilement. Les tavaillonneurs travaillent le bois vert.

Les outils traditionnels sont :

Utilisation[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, l'utilisation des tavaillons était très courante et constituait, avec le chaume, l'essentiel des couvertures. Peu à peu avec l'apparition des moyens de transport en volume, ces toitures sont remplacées par des toitures en tuiles de terre cuite, en ardoises, voire en tôles, pour des raisons tant économiques que pratiques. En zone de montagne (Jura et pays de Savoie), cette pratique a perduré. Une enquête patrimoniale et architecturale a montré que le tavaillon est solidement ancré dans l'histoire de l'architecture des pays de Savoie. Cette technique ancienne suscite un important regain d'intérêt depuis les années 1970.

L'utilisation du tavaillon est dorénavant régi en France par un cahier des règles professionnelles tant au niveau de sa fabrication que de sa pose. Le centre technique du bois et de l'ameublement a aussi officialisé l'utilisation du tavaillon en épicéa pour la couverture des toits. Cette réglementation est nécessaire car il n'existe pas un savoir-faire unique et figé, de plus, il était important de faire reconnaître cette technique par les assurances et les bureaux de contrôle.

Le poseur de tavaillons s'appelle le « tavillonneur ».

Aujourd'hui, en Pays de Savoie, plus de 120 000 m2 de toitures sont couvertes chaque année de tavaillons en particulier dans les secteurs des Aravis, d'Abondance et du Massif du Mont-Blanc. La surface couverte a doublé en cinq ans et une enquête marketing a montré que 74 % des occupants de logements couverts de tavaillons n'auraient pas préféré un autre matériau.

Quelques toits du Mont-Saint-Michel sont recouverts de tavaillons qui viennent des villages du Haut-Doubs.

Environnement[modifier | modifier le code]

Longtemps délaissés, ils reviennent à la mode, en partie grâce à la convergence de plusieurs facteurs : la recherche de l'« authentique », du traditionnel, naturel et du typique dans l'utilisation des matériaux, la préservation du patrimoine et leur adéquation avec les nouvelles valeurs du développement durable, de la protection de l'environnement et de l'écocitoyenneté.

Le tavaillon a pour lui des arguments importants, tels l'authenticité, l'esthétisme, la durabilité, le confort hygrométrique et acoustique, le respect de l'environnement et du patrimoine.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Denyse Raymond et Daniel Glauser, Les couvertures en bois : (tavillons et tavillonneurs) (Cahiers du Musée no 9), Lausanne : L'Industriel sur bois, 1986, 22 p..
  • Charte des tavillonneurs / Association romande des tavillonneurs, Journal de la construction de la Suisse romande. Lausanne. - vol. 70 (1996), no 9.
  • Jules Nidegger, Toits et mantalires [Suivi de Le tavillon et son emploi décoratif dans l'architecture du Pays d'Enhaut (Haute Gruyère), par Théodore Delachaux], Vevey : Le Cadratin, 2003, 103 p.
  • Olivier Veuve, Pierre Grandjean, Daniel Glauser et al. Tavillons et bardeaux (photographies originales d’Edouard Curchod), Favre éd., Lausanne 2010 , 167 p.


Notes[modifier | modifier le code]

  1. « BOIS », sur flore-reunion.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]