Taupe d'Europe

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La Taupe, Taupe commune, Taupe d'Europe, Taupe européenne, Taupe ordinaire ou Taupe vulgaire (Talpa europaea) est un petit mammifère fouisseur de l'ordre des insectivores, qui vit sous terre dans les sols humides et meubles, en se signalant par des monticules de terre, les taupinières. Cette taupe, comme les autres taupes, est considérée, largement à tort, comme un ravageur des cultures.

Description[modifier | modifier le code]

Patte antérieure polydactyle - MHNT
Taupinières
Portrait - MHNT
Forme albinos

La taupe est un animal de 15 à 20 cm de long, d'un poids de 100 à 140 g, au corps cylindrique couvert d'un poil sombre, et au museau pointu. La tête porte des yeux minuscules et des oreilles sans pavillon. Le museau, terminé par un boutoir soutenu par un os spécial, est un organe tactile et fragile qui n'est pas utilisé pour creuser. Les pattes antérieures polydactyles recouvertes de corne sont adaptées au fouissement : munies de 6 doigts, le faux pouce supplémentaire, caractère évolutif utile, n'est en fait pas un doigt supplémentaire mais provient du développement d'un os du poignet[1]. À la différence des doigts véritables, composés de plusieurs segments, le faux pouce est d'un seul tenant, comme une lame. Une nouvelle étude[Laquelle ?] a révélé qu'il se développe plus tard que les autres doigts mais tient son origine du même marqueur génétique. Les doigts munis de griffes puissantes, sont réunis par une membrane, presque jusqu'aux ongles, formant une sorte de pelle, renforcée par un os particulier, l'os falciforme. Les membres postérieurs sont munis d'une sorte de protubérance aidant au fouissement.

La taupe est présente dans toutes les zones tempérées d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord.

Biologie[modifier | modifier le code]

La taupe est un animal peu sociable qui vit seul, en général dans des galeries souterraines (taupinières) qu'elle creuse et où elle trouve sa nourriture constituée d'animaux divers du sous-sol : lombrics (80 % de son régime alimentaire), cochenilles (5 % en hiver), larves et insectes (ver blanc...), limaces, etc. Sa longévité théorique est de l'ordre de 10 à 20 ans, mais dans la nature l'usure prématurée de ses dents, due à la terre et au sable contenus dans les lombrics qu'elle mange, limite en général cette espérance de vie à moins de 5 ans.

Elle voit mais est incapable de discerner les mouvements, ce qui la rend très vulnérable en surface mais pas en sous sol. Elle entend parfaitement. Elle est dotée d'un odorat très puissant capable de repérer un ver de terre ou une cochenille dans plusieurs centimètres de terre. Son sens tactile (frotteuse) est très développé par les vibrisses, poils tactiles présents sur le museau, les pattes antérieures et la queue, ainsi que par l'organe d'Eimer situé à l'extrémité du museau.

La reproduction donne lieu en général à une seule portée par an, de 4 à 6 petits. La gestation dure 4 semaines et l'allaitement environ 6 semaines. Au bout de deux mois, les jeunes quittent le nid, souvent en surface, et sont alors une proie facile pour leurs prédateurs. La saison des amours et l'éducation des petits est la seule période où la taupe côtoie ses congénères.

La taupe vit dans un réseau de galeries complexe, qui comprend des galeries profondes (à 15-25 cm de la surface) plus permanentes, et un réseau de galeries temporaires, superficielles (dans les premiers centimètres du sol) qui sont les galeries de chasse, ainsi que des galeries dites de surface, non réutilisées, plutôt utilisées par les mâles à la recherche de femelles. Les taupinières correspondent à des points d'évacuation de la terre (contrairement au campagnol terrestre qui débouche en biais celui de la taupe est bien vertical). Le nid est généralement le simple élargissement d'une galerie profonde en un lieu qui assure le maintien de la température dans des limites acceptables. La zone de chasse d'une taupe varie de 600 à 900 m².

La taupe possède dans ses globules rouges un type particulier d'hémoglobine, capable de transporter des quantités de dioxyde de carbone bien plus importantes que chez la plupart des animaux, ce qui lui permet non seulement de supporter un milieu confiné pauvre en oxygène et riche en CO2, mais également de respirer à nouveau l'air qu'elle a elle-même expiré, lui conférant une grande autonomie respiratoire (avec en plus des poumons très importants proportionnellement aux autres mammifères) lors de ses séjours souterrains. Cette caractéristique est à l'origine de la légende de l'hémophilie de la taupe, dont parlent souvent les jardiniers lorsqu'il s'agit de se débarrasser d'elle en mettant des objets coupants (ronces, tessons de bouteilles) dans les galeries des taupes. Cette fameuse « hémophilie » est aussi due au fait que l’on trouve parfois des taupes mortes, le plus souvent à la suite de combats entre mâles, avec tout l’espace entre la peau et le corps rempli de sang, ou encore au fait que certain produits taupicides sont des antivitamine K inhibant la coagulation lors de saignements.

Utilité et nuisances[modifier | modifier le code]

La taupe est souvent considérée comme nuisible par les jardiniers et les agriculteurs à cause des monticules de terre qu'elle crée.

Toutefois, le travail des taupes contribue à la qualité du sol : les galeries drainent le terrain, tandis que les taupinières permettent de le fertiliser en faisant remonter à la surface la terre des couches plus profondes. En outre c'est l'un des rares prédateurs de certains vers et larves nuisibles pour le jardin (vers blancs de hanneton, vers taupins, courtilière, limaces, etc).

La taupe est donc protégée dans certains pays, comme par exemple en Allemagne.

Par ailleurs, la plupart des techniques de destruction obtiennent souvent l'inverse de l'effet recherché. En effet, la plupart des tentatives de destruction (piégeage, gazage, déterrage, appâts) perturbent les habitudes de l'animal. Loin de s'enfuir, il se met à creuser de nouvelles galeries pour contourner celles qui ont changé. Ainsi, plus le jardinier lutte contre la taupe, plus les monticules se multiplient.

En outre, si la présence d'une taupe peut susciter une gêne, c'est avec sa disparition que les véritables problèmes commencent. En effet, la présence de la taupe occupe le terrain ; sa disparition laisse un réseau de galeries inoccupé et bien structuré qui attire rapidement d'autres animaux plus problématiques pour les cultures (rongeurs notamment).

Enfin, une fois que la taupe a fini son réseau de galeries, elle devient plus discrète et les taupinières sont plus occasionnelles (à l'entrée de l'hiver à cause du froid notamment).

Lutte préventive[modifier | modifier le code]

  • Protection mécanique, par construction de murs ou la pose de grillage à une profondeur d'au moins 60 cm.
  • Protection chimique, par l'introduction dans les galeries de substance répulsives pour les taupes, comme la naphtaline (cancérigène) ou le paradichlorobenzène.
  • Plantation d'euphorbe épurge (Euphorbia lathyris), appelée aussi herbe-à-la-taupe, elle est réputée pour éloigner les taupes. Idem pour Incarvillée, Ricin, et autres bulbes à odeur forte tels qu'ail, oignon ou fritillaire.
  • Éloignement de la taupe par introduction d'une touffe de poils de chien dans le conduit vertical de la taupinière (peine perdue s'il s'agit d'un campagnol !)

Méthodes de destruction[modifier | modifier le code]

Il faut noter que le campagnol terrestre fabrique des taupinières comparables à celles de la taupe. Avant de lutter il faut donc d'abord identifier l'inclinaison du conduit de la taupinière (vertical pour la taupe, incliné pour le rongeur). Plusieurs méthodes sont pratiquées, mais aucune n'est vraiment radicale :

  • Destruction directe, par déterrage à la bêche, méthode assez aléatoire.
  • Piégeage : il existe plusieurs modèles de pièges qu'il faut poser convenablement dans les galeries.
  • Gazage, consiste à allumer dans les galeries des cartouches destinées à saturer l'atmosphère de gaz toxiques, anhydride sulfureux (SO2) ou hydrogène phosphoré (PH3).
  • Empoisonnement aux moyens d'appâts empoisonnés à l'aide de produit taupicides, anticoagulants par exemple, les poisons violents type strychnine étant interdits.

Commerce[modifier | modifier le code]

La fourrure des taupes, très fine, a été utilisée, surtout dans les années 1920, pour réaliser des manteaux et des vêtements divers, mais cette mode semble passée. Il fallait de l'ordre de 800 peaux de taupe pour confectionner un seul manteau. À l'époque la peau de taupe était utilisée pour confectionner la couverture des Moleskine, une marque qui fabrique encore aujourd'hui des carnets. Le mot Moleskine vient de l'anglais mole skin, peau de taupe.[citation nécessaire]

Animaux voisins de la taupe[modifier | modifier le code]

Aspects culturels[modifier | modifier le code]

Langage[modifier | modifier le code]

La mauvaise vue de la taupe a donné naissance à l'expression (impropre) « myope comme une taupe ».

Par analogie une taupe désigne un espion du fait de son discret travail, on ne découvre la taupe que lorsque la taupinière apparait c'est-à-dire lorsqu'une information secrète est éventée.

En argot scolaire, la « taupe » et l'« hypotaupe » désignent les classes de mathématiques spéciales et de mathématiques supérieures (voir l'article Taupin). On peut estimer que les élèves, « taupins » et « taupines » doivent travailler avec acharnement, aveuglément, comme font les taupes sous terre. Mais le terme de taupin préexistait, désignant un soldat du génie militaire, ainsi qu'un insecte coléoptère (voir l'article Taupin).

Peau[modifier | modifier le code]

La peau des taupes a autrefois en France été utilisée tannée pour la douceur de sa fourrure, mais également non tannée pour faire des bonnets serrant la tête des enfants.
Ainsi à la fin des années 1880, lors d'une réunion médicale de discussion sur les déformations crâniennes, le Dr Bonnemere signale au Dr Delisle que dans le Maine-et-Loire, on met sur la tête des enfants des sortes de calottes en peau de taupe non tannée, pour maintenir les os du crâne et faciliter la pousse des dents[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) C. Mitgutsch et coll, « Circumventing the polydactyly 'constraint': the mole's 'thumb' », Biology Letters,‎ 2011 (DOI 10.1098/rsbl.2011.0494)
  2. Dr Fernand Delisle, Sur les déformations artificielles du crâne dans les Deux-Sèvres et la Haute-Garonne ; Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 1889, Vol.12 N°12 pp. 649-669 (voir page 661 de la version PDF)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]