Taipei chinois

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Drapeau olympique de Taïwan
Drapeau de la Fédération de Taïwan de football jusqu'aux années 2000.

Taipei chinois (chinois : 中華台北 ; pinyin : Zhōnghuá Táiběi ; anglais : Chinese Taipei ; français : « Taïpei chinois », « Taipei chinois », « Taïpei de Chine » ou « Taipei de Chine ») est le nom utilisé par Taïwan (nom officiel : République de Chine) quand elle participe à des organisations internationales à cause de la non-reconnaissance de cet État par la République populaire de Chine. Il s'agit d'un compromis trouvé entre la République de Chine et la République populaire de Chine. La RdC n'accepta pas la dénomination Taïwan, Chine, car elle sous-entendait la soumission de Taïwan à la RPC. La RPC quant à elle montra son opposition aux dénominations République de Chine et Taïwan car elles constituent une reconnaissance de Taïwan comme un État souverain.

Origines[modifier | modifier le code]

Après que la République populaire de Chine (RPC) a pris la place de la République de Chine (RdC) à l'Organisation des Nations unies en 1971, de plus en plus de pays déménagent leurs relations diplomatiques de Taipei vers Pékin. Dans les milieux diplomatiques, Pékin augmente son influence et Taïwan se rend compte qu'il devra faire des concessions importantes envers la RPC pour participer à des forums internationaux. Une de ces concession est l'acceptation de l'utilisation du nom Taipei chinois.

La première organisation internationale d'envergure à utiliser ce nom est le Comité international olympique (CIO). En 1979, le CIO décide que le Comité olympique de Pékin devient le Comité olympique chinois et un autre nom doit être trouvé pour le Comité olympique de RdC (CORDC).

Le nationalisme chinois en vogue dans l'élite dirigeante du gouvernement de la RdC dans les années 1970 conduit à un refus de l'utilisation du nom Taïwan[1]. Les dirigeants de la RdC insistent sur le fait que la notion de Chine doit apparaître dans le nom utilisé par l'île pour prendre part aux compétitions. Le gouvernement rejette les chances d'utiliser le nom Taïwan (par exemple aux JO de Montréal en 1976), même si les athlètes de l'île ont déjà marché derrière cette appellation lors de cérémonies d'ouverture (à Tokyo en 1964 par exemple)[1]. Les rapports ministériels de la RdC continuent d'affirmer que le territoire chinois est divisé en deux parties, mais que les habitants de l'une ne sont pas moins Chinois que l'autre. Un autre argument plaide que la juridiction du CORDC inclut Penghu, Kinmen et Matsu en plus de Taïwan et donc que le terme Taïwan ne reflète pas l'étendue réelle du territoire du CORDC. Par ailleurs, alors qu'il est vrai que la plupart des produits fabriqués en RdC sont indiqués Made in Taiwan, les pratiques commerciales de la RdC sont telles que le libellé indique la région effective de production. Par exemple, les vins produits à Kinmen sont labellisés Made in Kinmen, tout comme certains parfums sont indiqués Made in Paris et non pas Made in France. Au final, il est soutenu que les habitants de la RdC sont Chinois et non pas Taïwanais, la dénomination Taïwan est donc inappropriée.

Le gouvernement de la RdC du parti Kuomintang (KMT) rejette la dénomination Taïwan, Chine sous prétexte qu'elle implique une soumission à la RPC[1]. Il refuse également les termes Taïwan et Formose (chinois simplifié : 福尔摩沙 ; chinois traditionnel : 福爾摩沙). à partir du nom de sa capitale Taipei, le gouvernement de la RdC formule finalement le nom de Taipei chinois. En effet, Taipei chinois implique une frontière incertaine qui pourrait s'étendre au delà des territoires contrôlés de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu, même si le gouvernement refuse de confirmer cette stratégie. Il considère le terme Taipei chinois à la fois neutre et acceptable par les deux parties. Cette proposition est suivie d'un accord. Pékin accepte la position de compromis pour que le CORDC soit renommé Comité olympique de Taipei chinois.

En avril 1979, au cours d'une session plénière du CIO, He Zhenliang, un représentant de la RPC, déclare :

« Selon la Charte olympique, seul un Comité olympique chinois devrait être reconnu. En contrepartie de la permission des athlètes à Taïwan à participer à des Jeux olympiques, la constitution des sports à Taïwan pourra fonctionner en tant qu'organisation locale de la Chine et pourra exister dans le mouvement olympique sous le nom de Comité olympique de Taipei chinois. toutefois, son hymne, drapeau et constitution devront être modifiées en conséquence[2] »

En novembre 1979 à Nagoya, au Japon, le CIO, suivi de toutes les autres fédérations internationales de sports, adopte une résolution selon laquelle le Comité olympique de la RdC est reconnu sous l'appellation Comité olympique de Taipei chinois et ses athlètes prendront part aux compétitions sous le nom de Taipei chinois[3],[4]. Le Comité national olympique de RdC boycotte les Jeux olympiques de 1980 (hiver comme été) en contestation de cette résolution[5].

Le nom Taipei chinois est officiellement accepté par le gouvernement de RdC en 1981[6],[7]. Un drapeau portant l'emblème de son comité olympique sur un fond blanc devient le drapeau olympique de Taipei chinois en janvier 1981[3]. L'accord est signé le 23 mars à Lausanne par Shen Chia-ming, Président du Comité olympique de Taipei chinois, et Juan Antonio Samaranch, Président du CIO. En 1983, l'hymne officiel de la délégation de Taipei chinois est choisi. À partir des Jeux olympiques d'hiver de 1984, la République de Chine participe aux Jeux olympiques, Jeux paralympiques et autres compétitions internationales, sous ce nom et ce drapeau.

Compromis sur la traduction[modifier | modifier le code]

À la fois la RdC et la RPC s'accordent sur l'utilisation du nom Anglais Chinese Taipei, en Français Taipei chinois. Cet accord intervient certainement en raison de l'ambiguïté du terme chinois qui peut à la fois correspondre à l'État et à la culture. En 1979, le CIO vote une résolution à Nagoya pour restaurer les droits du Comité olympique chinois, en renommant le comité olympique basé à Taipei Comité olympique de Taipei chinois. Depuis lors, et jusqu'en 1989, la RPC traduit Taipei chinois par Zhongguo Taipei (chinois simplifié : 中国台北 ; chinois traditionnel : 中國臺北 ; pinyin : Zhōngguó Táiběi), en similitude avec Zhongguo Hong Kong, afin de laisser entendre que Taipei fait partie de l'État chinois. Au contraire, le gouvernement de la RdC apporte sa propre traduction :Zhonghua Taipei (chinois traditionnel : 中華台北 ou 中華臺北 ; pinyin : Zhōnghuá Táiběi), qui fait référence au mot Chine comme entité culturelle ou ethnique. En 1981, l'ancien CORDC confirme son adhésion à la résolution de nagoya, mais traduit Taipei chinois en Zhonghua Taipei. En 1989, les deux comités olympiques signent un accord à Hong Kong adoptant définitivement la version Zhonghua Taipei[8]. La RPC suit le pact de Hong Kong en utilisant le terme Zhonghua Taipei dans la plupart des cas, même si la version Zhongguo Taipei est parfois utilisée, notamment dans les médias officiels[9]. Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, lorsque chaque délégation doit entrer selon l'ordre alphabétique en Anglais, Taipei chinois (Chinese Taipei) ne suit toutefois pas la Chine, mais prend place dans le défilé comme si son nom était Taipei ou Taïwan, en suivant la Suisse ou la Syrie. Pour les Jeux olympiques d'été de 2008, Taipei chinois suit le Japon et précède la République centrafricaine[10]. Cet ordre est basé sur le nombre de traits et l'ordre de chaque équipe en Chinois simplifié, l'écriture officielle de la RPC.

D'autres pays d'Asie orientale ont également fait une traduction unique pour différencier les deux délégations. Au Japon, la RPC est référencée sous le nom officiel Chũka Jinmin Kyōwakoku (中華人民共和国), mais une translittération de l'Anglais, Chainiizu Taipei (チャイニーズタイペイ), est utilisée pour Taipei chinois.

Utilisation du nom[modifier | modifier le code]

Drapeau de Taipei chinois pour les universiades.

Le nom Taipei chinois est très répandu dans les contextes apolitiques. La RPC est parvenu à faire pression sur des organisations religieuses et civiques afin de désigner la RdC par Taipei chinois[11]. Le Lions Clubs avait pour habitude d'utiliser ce terme, mais il utilise maintenant l'appellation Taiwan MD 300[12]. À la fois le Fonds monétaire international[13] et la Banque mondiale[14] utilisent le nom Taipei chinois et le terme Taiwan n'apparaît plus dans les listes des pays membres de ces organisations. Le Conseil international pour la science appelle la RdC Taipei chinois, juste après la China Association for Science and Technology[15]. La RdC est également membre de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique, au sein de laquelle son nom offciel est Taipei chinois[16]. Elle est également un observateur de l'Organisation mondiale de la santé sous le même nom. Il s'agit de la seule organisation sous l'égide des Nations unies à laquelle elle participe depuis 1971[17].

Drapeau de Taipei chinois pour les Deaflympics.

Pour l'élection de Miss Monde 1998, la RPC a fait pression sur le comité d'organisation de Miss Monde afin de Miss République de Chine soit désignée comme Miss Taipei chinois. Cette appelletion est depui lors toujours utilisée[18]. En 2000, le concours de beauté Miss Univers fait de même. Lors de l'édition du concours au Panama, pour la première fois de l'histoire la Miss Chine et la Miss Taïwan doivent participer côte à côte, forçant ainsi le gouvernement de la RPC à renommer Miss Taïwan en Miss Taipei chinois. La candidate en question, Chen Szu-yu, sera ensuite photographie en train de déchirer ses deux ceintures[19],[20]. Aujourd'hui, aucun des deux concours de beauté n'autorise des candidates à concourir sous le nom Taïwan. En 2005, le troisième concours de beauté le plus important, Miss Terre, autorise dans un premier temps la candidate Li Fan Lin à participer en tant que Miss Taïwan. Une semaine avant le début de la compétition, sa ceinture est renommée Taïwan RDC. En 2008, le nom de RDC est finalement remplacé par Taipei chinois[21].

Drapeau de l'équipe nationale de football de Taipei chinois.

Le nom Taipei chinois pousse certaines personnes à penser que Taipei est un pays. Durant les Jeux olympiques d'été de 2004 à Athènes, alors que les chaînes de télévisions chinoises et taïwanaises appellent l'équipe Taipei chinois, la plupart des médias étrangers continuent à utiliser le nom Taïwan[22]. Pour les évènements sportifs, l'équipe de RDC est simplifiée à Taïwan sous le nom Zhonghua Team (中華隊; Zhonghua étant une variation plus culturelle que politique du nom Chine), qui dans les faits se traduit par Équipe chinoise.

Avec les Jeux olympiques d'été de 2004, un mouvement à Taïwan s'est engagé afin de changer les références de tous les médias pour appeler l'équipe de RDC Équipe taïwanaise. La Taiwan Television (TTV) est un des premiers médias taïwanais à y adhérer. De tels usages restent toutefois relativement rares, d'autres chaînes de télévision préférant adopter le terme Zhonghua Team pour la RDC et pour la RPC les noms deZhongguo Team, China team ou équipe de Chine continentale.

En 2005, les Jeux internationaux des enfants à Coventry, au Royaume-Uni, le nom de Taipei chinois est également utilisé. Il s'agit du terme utilisé par la Ligue majeure de baseball pour les équipes taïwanaises qui participent aux Classiques mondiales de baseball 2006 et 2009, sous le drapeau olympique de Taipei chinois.

La RDC participant en tant que Taipei chinois au sommet de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique 2008 au Pérou.

Autres références alternatives à la République de Chine[modifier | modifier le code]

Les références utilisées dans le contexte international pour désigner la République de Chine ou Taïwan diffèrent selon le type d'organisation.

Territoire douanier distinct de Taïwan, Penghu, Kinmen et Matsu[modifier | modifier le code]

L'Organisation mondiale du commerce utilise officiellement le terme de Territoire douanier distinct de Taïwan, Pengdu, Kinmen et Matsu[23] pour la République de Chine. toutefois, Taipei chinois est fréquemment utilisé dans des documents officiels[24].

Taïwan, province de la Chine[modifier | modifier le code]

Les organisations internationales dans lesquelles la RPC participe ne reconnaissent pas en général Taïwan ou ne permettent pas son adhésion. Actuellement, la RdC est reconnue dans 23 États. Ainsi, par exemple, alors que l'Organisation des Nations unies fait référence à Taïwan, qui n'apparaît pas dans sa liste des États membres[25], elle utilise la désignation Taïwan, Province de Chine. Les organisations qui suivent les standards les standards des Nations unies font habituellement pareil, comme par exemple l'Organisation internationale de normalisation dans sa liste ISO 3166-1 des codes de pays. Certains logiciels en ligne d'adresse postale désigne également Taïwan par Taïwan, Province de Chine. Les organisations intergouvernementales utilisent quant à elles plusieurs termes pour désigner Taïwan.

Chine/République de Chine[modifier | modifier le code]

Président Chen Shui-bian (tout à gauche) qui participe aux funérailles du Pape Jean-Paul II est installé au premier rang en suivant l'ordre alphabétique français, aux côtés de la première dame et du président du Brésil de l'époque.

Certaines organisations non gouvernementales dans lesquelles la RPC n'est pas représentée continuent à utiliser le terme Chine ou République de Chine. L'Organisation mondiale du mouvement scout est l'une des quelques organisations à continuer d'utiliser le nom de République de Chine, qui est affiliée sous le nom de Scouts de Chine. Ceci est possible en raison du faible intérêt que représente le scoutisme en Chine continentale. De la même manière, la franc-maçonnerie est illégale en RPC et donc la grande loge de Chine est basée à Taïwan.

Les pays qui maintiennent des relations diplomatiques avec Taïwan, en particulier les pus anciens affiliés diplomatiques, désignent également la RdC sous le nom de Chine. Par exemple, durant les funérailles du pape Jean-Paul II, l'ancien président de la RdC Chen Shui-bian a été installé selon l'ordre alphabétique en français (en) entre Marisa Letícia, la Première dame du Brésil, et le président du Cameroun comme chef d'État de la « Chine ».[Quoi ?]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Catherine K. Lin, « How ‘Chinese Taipei’ came about », Taipei Times,‎ 05 août 2005 (lire en ligne).
  2. (en) Brian B. Pendleton, "The People's Republic of China and the Olympic Movement: A Question of Recognition," Thèse de doctorat non publiée, Université d'Alberta, 1978, p. 115.
  3. a et b (zh) Chin-Ping Liu, « 1981年奧會模式簽訂之始末 » [PDF],‎ 2007.
  4. (zh) Li-Yun Chao, « 「中華台北」會籍名稱使用事略 », sur National Policy Foundation,‎ 2 novembre 2001.
  5. (en) « Winter Olympic Games Lake Placid, USA, 1980 », sur Kiat.net.
  6. Toutefois le nom du comité en Chinois continue d'être 中華奧林匹克委員會 (Comité olympique chinois) : voir (en) Official Website.
  7. (en) Joe Hung, « Chinese Taipei », sur National Policy Foundation,‎ 10 janvier 2002.
  8. (en) « Mainland plea to end Taiwan's name issue », sur China Daily,‎ 24 juillet 2008.
  9. (en) « China clarifies Taiwan Olympics team name issue », sur New Ind Press,‎ 24 juillet 2008.
  10. (en) « Taiwanese team will compete as 'Chinese Taipei', Beijing confirms », sur South China Morning Post.
  11. (de) « Stilblüten »
  12. (en) « Lions Club Locator », sur Lions Clubs International.
  13. (en) « IMF reports and publications arranged by country », sur International Monetary Fund.
  14. (en) « Member Countries & Regions of the World Bank », sur The World Bank.
  15. (en) « ICSU National Unions », sur ICSU.
  16. (en) « APEC FAQ: Who are the members of APEC? », sur Asia Pacific Economic Cooperation.
  17. (en) Katie Reid, « Taiwan hopes WHO assembly will help boost its profile », sur Reuters,‎ 18 mai 2009.
  18. (en) « Miss World 2008 Contestants », sur Miss World.
  19. (en) « Chen Szu-yu with her two sashes »
  20. (en) « Beauty queen renamed », Taipei Times,‎ 23/05/2003 (lire en ligne).
  21. (en) « 85 Beauties Set Their Sights on 'Miss Earth 2008' Crown », sur Oh My News,‎ 11/11/2008.
  22. (en) « Rest in peace, `Chinese Taipei' », sur Taipei Times,‎ 01/09/2004.
  23. (en) « WTO page for "Separate Customs Territory of Taiwan, Penghu, Kinmen, and Matsu" », sur Wto.org.
  24. (en) « MEMBER INFORMATION: Separate Customs Territory of Taiwan, Penghu, Kinmen and Matsu (Chinese Taipei) and the WTO », sur World Trade Organization.
  25. (en) « United Nations Infonation », sur The United Nations.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]