Tablinum

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Schéma d'une maison romaine : tablinum en repère 5.

Le tablinum est une pièce de l'habitation étrusque puis romaine, située au fond de l'atrium. Elle a comme particularité architecturale d'être entièrement ouverte sur l'atrium.

Description[modifier | modifier le code]

Plusieurs tombes étrusques de Banditaccia et Cerveteri en révèlent les détails (fenêtres, portes et tympan) puisqu'elles reproduisent les maisons du monde des vivants afin d'accompagner le mort dans son voyage vers l'au-delà. Dans la Tombe du Tablinum (VIème siècle av. J.-C.) à Cerveteri, on distingue clairement ce schéma caractéristique du tablinum : une salle s'ouvre sur la chambre funéraire centrale, elle est surélevée et dans l'axe de l'entrée de la tombe. Au-delà du monde funéraire, quelques exemples remarquables de cités étrusques comme Marzabotto permettent d'observer, dès le Vème siècle av. J.-C., des maisons à plan cruciforme avec atrium et "tablinum". Ce modèle de maison sera ensuite largement diffusé et adopté par les Romains. Les vestiges d'habitats de l'époque Républicaine à Rome étant très fragmentaires et difficile à interpréter (voir Carandini et Coarelli), c'est à Pompéi que l'on peut remarquer ce schéma dès le IVème siècle av. J.-C., dans les demeures patriciennes les plus anciennes de la ville (Maison du Chirurgien, Maison du Navigateur, etc.).

Lorsque le plan traditionnel de la maison romaine s'agrandit, aux alentours du IIème siècle av. J.-C. avec l'arrivée du péristyle qui se place à l'arrière de la maison, le tablinum est amené lui aussi à se modifier. Dans certain cas, il devient un espace de liaison entre les deux ensembles atrium/péristyle : il perd quelques fois son mur du fond et se transforme en une sorte de couloir reliant l'avant et l'arrière de la maison. Parfois, une simple fenêtre percée dans son mur de fond permet d'apercevoir le jardin du péristyle depuis l'entrée de la demeure. Malgré ces modifications, le tablinum restera une pièce fondamentale de la maison romaine, toujours placé en son centre exact, dans l'axe de l'entrée. Ce n'est que vers le milieu du Ier siècle ap. J.-C. que cette salle à tendance à perdre de son importance. On le remarque notamment lorsqu'elle disparaît de certaines demeures : par exemple, dans la Maison des Vettii à Pompéi, il n'y a plus de "tablinum", la liaison entre l'atrium et le péristyle se fait directement.

La fonction du "tablinum" soulève quant à elle de nombreuses questions. Son emplacement privilégié dans la demeure en fait dans tout les cas un lieu symbolique important. Peut-être chambre à coucher du maître sous les Etrusques, qui accueillait également la chapelle des ancêtres, le tablinum devient sous les Romains la salle des archives de la familia[1], qui y conservait les tabulae (tablettes, d'où est tiré ensuite le nom tablinum), à savoir les documents relatifs au statut de la famille, à leurs magistratures et différentes activités foncières. Le tablinum était aussi une salle de réception des clientes venus consulter leur patronus. Elle est, en cela, au cœur de la cérémonie de la Salutatio, véritable institution sociale du monde romain, qui réglait la vie quotidienne du peuple depuis les débuts de la République : chaque matin, les clientes venaient saluer leurs patrons et leurs rendre hommage. Une sorte de pacte s'installait entre les deux protagonistes : les patrons, membres de la noblesse romaine et influents, promettaient travail, protection financière et juridique à ses clients, qui en échange étaient encouragés à donner leur voix électorale à leur bienfaiteur. Ainsi, cette relation garantissait l'équilibre entre les classes, et chacun y trouvait son compte. On pense que c'est dans le tablinum que le patron accueillait ses clients un par un, les autres attendant leur tour à l'extérieur de la maison. Les esclaves les faisaient ensuite entrer dans l'atrium, dans l'ordre de leur importance.

Cette salle était visible par tous lorsque l'on rentrait dans la demeure d'un notable romain. Puisqu'il s'agissait d'un lieu de réception qui mettait en scène le paterfamilias, son décor était minutieusement pensé et travaillé. De nombreuses peintures pompéiennes, aux thématiques héroïques et de grandes qualités, témoignent de cette caractéristique. Un ensemble des plus fameux est constitué par la Maison de Marcus Lucretius Fronto. Des bustes d'ancêtres pouvaient aussi êtres placés aux deux extrémités de l'entrée du tablinum, tel un cadre solennel, comme dans la Maison de Caecilius Jucundus à Pompéi.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pline, Histoire Naturelle, livre XXXV, 2, 7

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jacques Heurgon, La Vie quotidienne des Étrusques, Hachette, 1961 et 1989, p. 190
  • Pierre Gros, L'architecture romaine du début du IIIème siècle av. J.-C. jusqu'à la fin du Haut Empire : Maisons, Palais, Tombeaux, 2001. p. 25
  • Jean Pierre Adam, La maison romaine, 2012.
  • Andrew Wallace-Hadrill, Houses and society in Pompeii and Herculaneum, 1994.
  • Sénèque, De Beneficiis, VI, 34, 1-2.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]