Tabaré Vázquez

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Tabaré Vázquez
Image illustrative de l'article Tabaré Vázquez
Fonctions
39e président de la
République orientale de l'Uruguay
1er mars 20051er mars 2010
Élection 31 octobre 2004
Vice-président Rodolfo Nin Novoa
Prédécesseur Jorge Batlle
Successeur José Mujica
Maire de Montevideo
5 mai 19905 mai 1994
Prédécesseur Julio Iglesias
Successeur Tabaré González
Président du Front large
1996 – 2005
Prédécesseur Líber Seregni
Successeur Jorge Brovetto
Biographie
Nom de naissance Tabaré Ramón Vázquez Rosas
Date de naissance 17 janvier 1940 (74 ans)
Lieu de naissance Montevideo, Uruguay
Nationalité uruguayenne
Parti politique Front large
Parti socialiste d'Uruguay
Conjoint María Auxiliadora Delgado
Diplômé de Universidad de la República (école de médecine)
Profession Médecin oncologue
Résidence Residencia de Suárez

Tabaré Vázquez
Présidents de la
République orientale de l'Uruguay

Tabaré Ramón Vázquez Rosas (né le 17 janvier 1940 à Montevideo), est un homme politique uruguayen, ancien maire de Montevideo, chef de file du parti Frente Amplio (coalition de partis de gauche) de 1996 à 2005. Il est président de la République du 1er mars 2005 au 1er mars 2010.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Tabaré Vázquez est né en 1940 dans le quartier de La Teja (Montevideo). Il a étudié à l'Université de la République (Universidad de la República), étant diplômé de la faculté de médecine en 1972 (spécialité oncologie). En 1976 il a reçu une bourse du gouvernement français lui permettant de compléter sa formation à l'Institut Gustave-Roussy à Paris.

Il a eu trois enfants (Ignacio, Álvaro et Javier) de son mariage avec María Auxiliadora Delgado, ainsi qu'un fils adoptif, Fabián.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En 1990, Tabaré Vázquez devient le premier maire de Montevideo issu de la coalition de gauche Frente Amplio, élu sur les listes du Parti socialiste. Il reste maire de la capitale de l'Uruguay jusqu'en 1995. Il se présente à l'élection présidentielle de 1994 en tant que candidat du Frente Amplio. Il perd l'élection en obtenant 30,6 % des voix. Il est cependant élu en 1996 à la tête du Frente Amplio, remplaçant le général Líber Seregni, le leader historique de la gauche uruguayenne. En 1999 il se présente à nouveau à l'élection présidentielle qu'il perd au second tour contre Jorge Batlle Ibáñez en obtenant 48 % des suffrages.

Élection présidentielle de 2004[modifier | modifier le code]

En 2004 il se présenta une troisième fois à l'élection présidentielle. Sa coalition, le Frente Amplio (plus précisément, l'Encuentro Progresista-Frente Amplio-Nueva Mayoría), a obtenu la majorité absolue au Parlement lors des élections générales qui se sont déroulées en même temps que l'élection présidentielle (52 députés sur 99 ; 17 sénateurs sur 31). Il fut ainsi élu président de l'Uruguay, au premier tour (31 octobre 2004), avec 50,45 % des suffrages (1 124 761 voix).

Il est, de ce fait, le premier président de gauche (socialiste) de l'Uruguay, dans une Amérique du Sud qui bascule pays par pays à gauche. Il est également le premier président de l'Uruguay n'appartenant pas à un des deux partis « traditionnels » de droite (partis Colorado et Blanco).

Officiellement proclamé président le 8 novembre 2004, il prend ses fonctions le 1er mars 2005, avec comme vice-président Rodolfo Nin Novoa. En raison de son accession à la fonction suprême, il laissa la présidence du Front large à son vice-président, Jorge Brovetto, ex-recteur de l'Université de la République, et par ailleurs nommé par Vázquez Ministre de l'Éducation de 2005 à 2008.

Politique et gouvernement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gouvernement Vázquez.
Tabaré Vázquez et son vice-président Rodolfo Nin Novoa.

Membre du Parti socialiste (PS) mais élu grâce au soutien du Front large, auquel appartient le PS, Tabaré Vázquez a constitué un gouvernement intégrant des personnalités des différents partis composant la coalition de gauche. Ainsi, l'économiste réputé, Danilo Astori, dirigeant de l'Assemblée Uruguay (social-démocrate), a été nommé Ministre de l'Economie et des Finances, tandis que Reinaldo Gargano (PS) obtenait les Affaires étrangères (remplacé en mars 2008 par Gonzalo Fernández). Marina Arismendi, cadre importante du Parti communiste (PCU), a été nommé au nouvellement créé Ministère du Développement Social. De plus, deux ex-dirigeants Tupamaros, élus sur les listes du Mouvement de participation populaire (MPP), ont reçu des portefeuilles ministériels, dont José Mujica (Agriculture, Pêche et Bétail, remplacé en mars 2007 par Ernesto Agazzi) et Eduardo Bonomi (Travail). Enfin, âgée de 75 ans, Azucena Berrutti, avocate socialiste reconnue pour son rôle dans la défense des prisonniers politiques, fut nommée Ministre de la Défense, tandis que Daisy Tourné (PS) était nommée ministre de l'Intérieur en 2007, Vázquez donnant ainsi des portefeuilles majeurs à des femmes.

Politique intérieure et droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Mise en place du Plan Ceibal (es), visant à donner un ordinateur XO-1 à 100 dollars à chaque élève, ici à Florida.

Tabaré Vázquez et son gouvernement mènent une politique prudente mais progressiste en matière d'économie. Ainsi, entre 2005 et 2008, le salaire minimum est passé de 1 350 pesos à 4 150 pesos (70 à 200 dollars)[1], tandis que la pauvreté est passée de 30,9 % à 21,7 % de la population[1].

Bien que son ministre des Finances, Danilo Astori, ait mis en place une politique conservatrice concernant la macroéconomie et le remboursement de la dette, le gouvernement a fait passer une loi ayant pour but de réformer en profondeur le système d'imposition en Uruguay, tandis que plusieurs accords avec l'Organisation internationale du travail (OIT) ont été ratifiés[1]. De plus, une réforme visant à défendre les droits syndicaux a été mise en place (Loi de protection et de promotion de la liberté syndicale du 2 janvier 2006[2] et décret n°145/05 sur les occupations d'usine et d'entreprises [3]), qui a conduite à une affiliation syndicale croissante (de 109 000 affiliés au dernier congrès de la confédération PIT-CNT à 250 000 en 2008[1]). D'autre part, le gouvernement a échangé la dette envers le FMI contre une dette sur les marchés financiers, ce qui a permis d'une part de se libérer des contraintes du FMI sur l'économie uruguayenne, d'autre part de faire passer la dette brute, en pourcentage du PIB, de 113 % à 57 % [1].

Tabaré Vázquez a lancé un plan d'urgence social (Plan de Atención Nacional a la Emergencia Social, PANES) visant à répondre aux besoins les plus urgents d'environ 200 000 Uruguayens. Il prévoyait, les deux premières années, l'investissement de 100 millions de dollars, dans divers programmes allant de l'assistance alimentaire aux soins de santé, ce qui permettait d'attribuer 30 dollars par mois à chaque bénéficiaire[1]. Ce plan, particulièrement critiqué à ses débuts, est sous la responsabilité de la ministre du développement social, Marina Arismendi (PCU). Il a été comparé au plan brésilien Fome Zero à une plus petite échelle.

Par ailleurs, il a mis en place le Plan Ceibal (es), qui visait à donner un ordinateur à 100 dollars (XO-1) doté d'une connexion internet à tous les élèves du pays[4]. En octobre 2009, les derniers écoliers ont reçu leur ordinateur, 380 000 ordinateurs ayant été délivrés, et le plan achevé[5].

En novembre 2005, son gouvernement a engagé une équipe d'anthropologues et de légistes et a ordonné à l'armée de coopérer. Toutefois, en raison du silence voire des indications erronées données par cette dernière, seuls deux corps sur une centaine de desaparecidos ont pu être exhumés durant son mandat[6] (voir Dictature militaire de l'Uruguay (1973-1985)#Les procès).

Vázquez a démissionné fin 2008 du Parti socialiste, suite à son veto mis à l'article d'une loi qui venait d'être adoptée par les deux Chambres et qui légalisait l'avortement (Vázquez justifia sa décision, qui empêchait l'adoption de la loi — l'opposition du Parti blanco empêchant d'obtenir la majorité de 3/5e nécessaire pour passer outre à son veto —, par des raisons de « conscience » liées à sa profession de médecin).

Politique internationale[modifier | modifier le code]

Vázquez et Nestor Kirchner à la Commission binationale sur le conflit du Rio Uruguay (2005).

L'un des problèmes les plus importants qu'ait rencontré son administration est le conflit actuel avec l'Argentine concernant une contamination potentielle du Rio Uruguay par des usines de pâte à papier construites du côté uruguayen de la rivière (« guerre du papier »).

Tabaré Vázquez a essayé de créer des liens économiques et culturels en dehors de la région. Il fut par exemple le premier président uruguayen à se rendre en Nouvelle-Zélande, ou s'est rendu au Japon, qui devait lui prêter des sommes importantes pour mettre en place une centrale solaire[7]. Il a également établi des contacts avec des pays d'Asie du Sud-Est. Son gouvernement a aussi renforcé les liens économiques avec le Venezuela de Hugo Chávez, les exportations uruguayennes à destination de ce pays passant de 16 millions de dollars en 2000 à 77,1 millions en 2006[8].

En 2006, plusieurs militaires uruguayens, liés à la Loge des lieutenants d'Artigas, furent extradés au Chili, inculpés pour l'assassinat en 1995 en Uruguay d'Eugenio Berrios (en), un biochimiste de la DINA, recherché dans le cadre de l'affaire Letelier, Frei Montalva et Carmelo Soria, personnalités chiliennes assassinées dans le cadre de l'opération Condor, dans les années 1970[9],[10]. L'affaire avait déjà coûté le poste de plusieurs hauts militaires sous la présidence de Luis Alberto Lacalle, révélant la persistance, en pleine démocratie, de liens entre les agences de renseignement uruguayennes et chiliennes, réminiscences de l'opération Condor[11].

Par ailleurs, Vázquez a pu être critiqué, à sa gauche, pour la présence de forces uruguayennes dans la MINUSTAH, la force de l'ONU à Haïti [12]. Il défend celle-ci toutefois en affirmant qu'elle donne une visibilité internationale à l'Uruguay.

Enfin, certains, à gauche, dont le sénateur communiste Eduardo Lorier, ont aussi critiqué l'accord donné par Vázquez à des opérations militaires prévues de longue date avec les États-Unis, les manœuvres UNITAS (es), prévues par le gouvernement Batlle et qui était aussi suivies par l'Argentine et le Brésil[13]. Ils affirmaient notamment que ces manœuvres, héritées de la guerre froide, n'avaient plus de sens aujourd'hui. Vázquez s'est défendu en affirmant d'une part qu'il ne pouvait revenir sur un engagement international, d'autre part que cela concernait tout autant la coopération avec les pays voisins qu'avec Washington. C'est aussi en arguant de la politique suivie par la ministre de la Défense Azucena Berruti, tant sur le plan interne que sur le plan externe, que le général à la retraite Víctor Licandro, fondateur du Front large et président du Tribunal de conduite de la coalition, démissionna en 2007 de ses fonctions[14].

Visite à Cuba[modifier | modifier le code]

Le président Tabaré Vázquez s'est rendu à Cuba en juin 2008. Il prit part à des évènements importants, notamment à un sommet avec le président Raúl Castro.

Controverse sur les armes iraniennes[modifier | modifier le code]

En 2007 des armes iraniennes furent chargées sur des navires de la marine uruguayenne présents au Vénézuela. Cette violation de l'embargo décidé par l'ONU provoqua une controverse internationale. Cet évènement fut également critiqué par le parti Blanco situé dans l'opposition.

Propositions de réformes constitutionnelles[modifier | modifier le code]

Visite de George W. Bush entre le 9 et le 11 mars 2007, qui fut fortement contestée à l'intérieur du Front large; seuls les ministres et hauts fonctionnaires furent tenus d'accompagner Vázquez [15]. Le président laissa les dirigeants du Front participer aux manifestations organisées contre Bush, l'une, rassemblant 20 000 personnes[16], étant organisée par la confédération syndicale PIT-CNT, l'autre par la Coordination anti-impérialiste, regroupant les secteurs radicaux et certains membres du Front. 8 000 personnes participèrent à celle-ci, à l'issue de laquelle un jeune manifestant, Fernando Masseilot, fut condamné pour « sédition » [16], réveillant des mauvais souvenirs[15]. Des drapeaux américains furent brûlés lors de manifestations pour sa libération, et Jorge Zabalza (ex-Tupamaro) brûla un drapeau en direct sur la Chaîne 4, le 16 avril 2007 [15].

En janvier 2008, deux membres de la coalition au pouvoir, l'ancien sénateur José Korzeniak et l'ex-ministre des Affaires étrangères, Reinaldo Gargano, ont proposé de réformer la Constitution, afin de permettre la réélection des présidents sortants, la constitution actuelle interdisant aux présidents d'effectuer plusieurs mandats successifs. Cette réforme aurait permis de "surfer" sur la popularité du président Vázquez et, selon certains observateurs, d'éviter une guerre de succession au sein du Frente Amplio. La proposition a toutefois été enterré, rejetée par l'opposition tandis que Vázquez lui-même refusait officiellement de se représenter à l'élection présidentielle; toutefois, il est peu probable qu'une telle proposition, qui avait peut-être simplement pour but de gêner José Mujica, ait pu être lancée sans son accord.

Ainsi, les primaires du Front large, en juin 2006, ont vu notamment les précandidats Danilo Astori (Assemblée Uruguay, centre-gauche) et José Mujica (Mouvement de participation populaire, gauche) s'affronter, ce dernier étant finalement élu candidat du Front, et remportant l'élection présidentielle d'octobre-novembre 2009, devenant ainsi le successeur de Vázquez.

Popularité[modifier | modifier le code]

Tabaré Vázquez débuta son mandat avec une cote de popularité de 77 %, et, malgré des baisses en cours de mandat, était toujours crédité de 71 % d'appui populaire au moment du second tour de l'élection présidentielle, en novembre 2009[17], et jusqu'à 80 % fin novembre[18].

Cependant, selon un sondage d'Equipos Mori, elle n'était plus que de 45 % en juin 2006, soit un niveau inférieur à celui de l'élection présidentielle de 2004. Certains analystes attribuent cette chute à la décision prise par son gouvernement de ne pas signer d'accord de libre-échange avec les États-Unis. Cette décision, prise sous la pression de la base la plus radicale du parti, aurait déplu aux électeurs les plus conservateurs. D'autres mesures prises par son administration en matière de politique économique ont également déplu aux syndicats et à la gauche. De plus certains pensent que l'opposition de Vázquez à la légalisation de l'avortement et ses menaces de véto à toutes lois pro-avortement que pourraient voter le gouvernement ont légèrement écorné sa popularité. En effet la légalisation de l'avortement est soutenue à la fois par la majorité de sa coalition et par la majorité de la population uruguayenne.

En octobre 2006, le président est plus populaire que son gouvernement, sa popularité personnelle étant remontée à 62 %. Cependant la popularité du gouvernement a également enregistré une forte hausse (44 % fin avril 2007 selon Equipos/MORI, 57 % dernièrement selon Factum).

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Tabaré Vázquez a été choisi en 2006 pour recevoir le prix du directeur général de l'OMS en reconnaissance de la politique menée par son gouvernement contre le tabagisme en Uruguay. Ces mesures de contrôle du tabagisme sont parmi les plus strictes au monde.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Alain Labrousse (2009), Les Tupamaros. Des armes aux urnes, Paris, éd. du Rocher, 446 p.,p. 305-320
  2. Ley de Protección y Promoción de la Libertad Sindical Nº 17.940
  3. Décret n°145/05 abrogeant deux décrets de 1966 et de 2000, qui autorisaient l'intervention des forces de police pour expulser les travailleurs occupant des entreprises. Le décret remplace l'intervention des forces de l'ordre par une requête judiciaire [lire en ligne]
  4. Plan Ceibal, site officiel; Ceibal project: One computer per child, Uruguay (anglais et espagnol; blog non officiel sur le Plan Ceibal et les projets similaires dans le monde)
  5. Matías Rótulo, Ayer fue entregada la última laptop, La República, 14 octobre 2009
  6. Roger Rodríguez, Excavaciones: La "tarea inconclusa", La República, 6 janvier 2010
  7. Japón financiará proyecto de energía solar, La República, 15 décembre 2009
  8. Alain Labrousse (2009), op. cit., p. 330 (note de bas de page)
  9. Casella involucra al general Aguerrondo en el caso Berríos, La República, 5 février 2007.
  10. Luis Casal Beck, Los Tenientes de Artigas van a crear un movimiento nacional. La ultraderecha le declaró una 'guerra psicopolítica' al 'gobierno del mundo', Caras y Caretas (es) (dossier de presse du Ministère de la Défense de l'Uruguay, 7 septembre 2007)
  11. Nathaniel C. Nash, Spy Network Inflaming Uruguay-Chile Tension, New York Times, 20 juillet 1993
  12. Niko Schvarz, El debate sobre las tropas a Haití, La República, éditorial du 22 février 2006 ; Antonio Elías, Contra la ocupacion y la represion en Haiti, La República, 12 octobre 2008
  13. El Senador Eduardo Lorier del PCU se retiró de sala y dejó una rosa roja de regalo, Radio 36, octobre 2005
  14. Nicrosi Loreley Cuestionamiento de Licandro al Frente, El País, 14 octobre 2007
  15. a, b et c Alain Labrousse (2009), op. cit., p. 339-341
  16. a et b Procesan con prisión a joven que provocó disturbios en la marcha antiimperialista, La República, 30 mars 2007
  17. Tabaré Vázquez goza de una popularidad récord con más del 70 % del respaldo, Europa Press, 10 novembre 2009
  18. Tabaré Vázquez cierra su mandato con récord histórico de apoyo popular : 80 %, La República, 22 décembre 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]