Témoins de Jéhovah sous le IIIe Reich

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Plaque commérorative à la mémoire des Témoins de Jehovah internés au camp de Mauthausen.

Les Témoins de Jéhovah ont été persécutés par le régime nazi sous le IIIe Reich en raison de leurs prétendus liens avec les juifs[1], les franc-maçons[2] et les communistes[3], de leur refus de voter[4], de prendre les armes, de faire le salut hitlérien[5], et de leur prosélytisme jugé subversif. On estime qu'environ 6 000 d'entre eux, ont été emprisonnés, incluant 2 000 qui ont été envoyés dans des camps de concentration. Environ 1200 d'entre eux sont morts, dont 250 par exécution.

Des années 1920 à 1932, les Témoins de Jéhovah allemands ont subi l'opposition des mouvements nationalistes ainsi que des Églises ce qui les a parfois entrainé devant les tribunaux. En 1933, avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir, le mouvement a été officiellement interdit et a tenté une conciliation jusqu'à la fin de l'année. Puis de 1934 à 1937, les Témoins de Jéhovah ont distribué des tracts dénonçant le régime nazi, chaque nouvelle campagne entraînant son lot de persécutions. Enfin, dès 1933, et plus encore à partir de 1938, certains adeptes du mouvement ont été détenus dans des camps de concentration.

Les Étudiants de la Bible sous la République de Weimar (1918-1933)[modifier | modifier le code]

La persécution des Étudiants de la Bible, puis des Témoins de Jéhovah (nouvelle appellation en 1931), par l'État nazi ne vient pas de manière inattendue en Allemagne. Les motifs invoqués et les slogans servant à la justifier apparaissent dès le début de la République de Weimar en 1918[6]. Déjà au cours de la Première Guerre mondiale (1914-1918), les Étudiants de la Bible se font remarquer par les autorités de façon négative en raison de leur position contre la guerre[7]. Dans les années 1920, ils attirent encore leur attention de par leur activité missionnaire et leur annonce de la fin des gouvernements interprétée abusivement comme de l'agitation politique communiste[6]. Rapidement, dans l'Allemagne appauvrie d'après-guerre, dans une effervescence religieuse générale[8] beaucoup de personnes traumatisées par les évènements se tournent vers le mouvement des Étudiants de la Bible (en 1918 : 3 900 fidèles, 1919 : 5 545, 1926 : 22 535[9]), d'autant plus que le mouvement annonce 1925 comme date de la fin du vieux monde et le début d'une nouvelle ère[10].

Opposition politique[modifier | modifier le code]

En raison du soutien au sionisme qu'affichent les Étudiants de la Bible, certains auteurs du Mouvement völkisch dont font partie les auteurs national-socialistes, présentent l'organisation comme étant financée par les Juifs et les francs-maçons[11]. Dès 1923 Alfred Rosenberg, un théoricien du parti nazi, écrit que les Étudiants de la Bible, préparent par leur action sur le mental « la domination politico-religieuse des juifs sur le monde »[12]. Cette rumeur est rendue crédible aux yeux du grand public en 1924 quand l'office central pour l'Europe des Étudiants de la Bible attaque en diffamation un physicien, le docteur Fehrmann, qui les avait accusés d'être financés par les juifs lors d'une réunion publique en Suisse. Au procès, celui-ci produit une lettre supposée d'un franc-maçon de haut rang qui confirmerait ce point. La cour rejette la demande des Étudiants de la Bible sur un point technique, ne se prononçant pas sur la véracité de la lettre. Cela suffit néanmoins pour que les écrits polémiques y voient une confirmation de la rumeur[13].

Opposition religieuse[modifier | modifier le code]

En raison notamment de la campagne anti-églises de Rutherford, le responsable international du mouvement, les Étudiants de la Bible subissent une opposition conséquente de nationalistes issus de l'Église évangélique et dans une moindre mesure de membres de l'Église catholique[14]. Ces Églises, par l'intermédiaire de centres pour l'apologétique, offrent à leur clergé respectif des argumentaires écrits pour contrer les Étudiants de la Bible. Ces écrits sont diffusés sous forme de tracts, pamphlets et livres[15]. En plus des arguments théologiques, beaucoup des idées présentées dans ces écrits sont en fait des reprises d'arguments antisémites et nationalistes[16]. Des deux côtés, des tentatives de confrontations d'idées ont parfois lieu : tandis que des Étudiants de la Bible prêchent et distribuent des tracts devant les églises et les cimetières, des ecclésiastiques essayent parfois de prendre la parole lors d'assemblée des Étudiants de la Bible[17].

À partir de 1924, deux évènements aggravent le conflit. En premier lieu, Paul Balzereit, le dirigeant allemand de la filiale des Étudiants de la Bible, écrit un livre sur l'Église catholique, intitulé La plus grande puissance secrète du monde, sous le pseudonyme de P. B. Gotthilf, sans l'identifier comme une publication des Étudiants de la Bible. Dans ce livre, le Vatican est présenté comme responsable du déclenchement de la Première Guerre mondiale, dont l'Allemagne a été la principale victime. Il ajoute que les Étudiants de la Bible sont les principaux ennemis de Rome et que l'accusation portée contre ces derniers de « mener une campagne de propagande en faveur de la domination mondiale juive » vient en fait « d'opposants religieux aux Étudiants de la Bible qui sont à la recherche de la domination mondiale pour eux ». Il ne fait dès lors pas grand mystère de l'origine du livre, qui est interdit et l'éditeur est condamné à payer une amende[18]. En second lieu, les Étudiants de la Bible lancent une campagne de distribution à plusieurs millions d'exemplaires d'un tract intitulé les ecclésiastiques inculpés, qui touche même les plus petits villages en Allemagne[19]. Dans ce tract, le clergé tant évangélique que catholique est accusé de « faire alliance avec le diable » en se transformant en « porte-parole du militarisme et de la guerre ». Il est de même jugé, car le tract affirme que « le Jour de colère de Dieu sur la Chrétienté » est arrivé[20]. Pour ces Églises, la coupe est pleine, et elles tentent de faire interdire le mouvement à partir de ce jour[21].

Les moyens juridiques mis en œuvre contre les Étudiants de la Bible sont toutefois limités. Seules les lois contre le démarchage à domicile illégal peuvent être utilisées par leurs opposants. En 1926, 897 procédures sont recensées contre des Étudiants de la Bible. L'année d'après, c'est le double. Les accusés sont acquittés dans la majorité des cas. Des amendes ne sont effectivement imposées que dans de rares cas[22]. En 1929, c'est au tour d'une loi réglementant le Sabbat d'être utilisée[23]. En mars 1931, sous la pression des milieux ecclésiastiques, un décret du président du Reich prévu pour renforcer le pouvoir de la police contre les mouvements politiques extrêmes, pose également les bases de poursuites judiciaires au cas où "une organisation religieuse publiquement reconnue, ses institutions, ses coutumes ou objets de vénération sont abusés ou malicieusement dénigrés"[24]. Sur cette base, la Bavière est le premier land à interdire la littérature des Étudiants de la Bible, interdiction confirmée par la Haute-Cour Nationale Bavaroise, le 15 aout 1932 [25]. D'autres lander, comme le Württemberg et Baden prennent des interdits similaires, dans ce dernier, les Étudiants de la Bible arrivent néanmoins à faire lever l'interdiction par la Cour Administrative [26].

Après la non-réalisation des prophéties pour l'année 1925, la croissance du mouvement stagne, et à partir de 1928, le nombre de membres diminue même. Mais au cours des trois dernières années avant la prise de pouvoir d'Hitler, une augmentation considérable du nombre de fidèles est de nouveau enregistrée en raison tant de l'intense prédication du mouvement que des conditions économiques qui se détériorent de nouveau depuis la crise de 1929[27]. Malgré cette croissance, lors du début du socialisme-national au pouvoir en 1933, les 25 000 à 30 000 fidèles des Témoins de Jéhovah[28] ne représentent qu'environ 0,038 % de la population de la nation allemande [29].

Hésitation et tentative de conciliation (1933)[modifier | modifier le code]

Bien qu'il sont parmi les premières victimes du nazisme, les Témoins de Jéhovah croient dans un premier temps, à l'image des autres groupes sociaux et politiques d'Allemagne, que s'ils se conforment dans une certaine mesure à l'air du temps, ils pourraient être à l'abri[30].

Vers l'interdiction générale[modifier | modifier le code]

Page de Garde de la brochure "La Crise" distribuée en Allemagne par les Témoins de Jéhovah en 1933.

Lors de l'arrivée au pouvoir du régime nazi, dès janvier 1933, les dirigeants du mouvement tentent d'anticiper les attaques sur le caractère politique supposé du mouvement en soulignant dans les pages de la revue L'Âge d'Or en allemand que le terme "international" contenu dans l'intitulé de leur association n'a qu'un sens religieux[31]. Sans en avertir les fidèles, entre février et mars 1933, l'association est scindée en deux, les deux entités se nomment respectivement "l'Association des Étudiants de la Bible Allemands du Sud" et "l'Association des Étudiants de la Bible Allemands du Nord" en guise de mesure de défense préventive[32]. Ils continuent néanmoins leur activité de diffusion de leur message à grande échelle, du 8 au 16 avril, ils participent à une distribution mondiale de la brochure "La Crise"[33] surpassant leur frères des États-Unis, 19 286 Témoins allemands distribuent 2 271 630 brochures contre 877 194 pour 20 719 Témoins américains[34]. Cette campagne provoque de nouveau de l'opposition, de nombreuses plaintes affluent auprès des services de police[35]. D’avril à mai, ils sont interdits dans plusieurs Länder : le 10 avril dans le Mecklembourg, le 13 en Bavière, le 18 en Saxe, le 26 en Thuringe, le 15 mai dans le grand-duché de Bade[36], le 19 mai en Basse-Saxe[37].

Le 24 avril, la police de Magdebourg occupe et saisit le siège national du mouvement à la recherche de documents séditieux. Le 26 avril les Témoins allemands par l'intermédiaire de leur conseiller juridique Hans Dollinger, tentent de rencontrer Hitler en personne pour lui exposer leur cas, ils lui font passer une lettre où ils précisent qu'ils n'acceptent comme membres que des citoyens allemands, et qu'ils sont ennemis du communisme[38], le führer répond qu'il est trop occupé pour les recevoir[39]. Ce même jour, le siège international du mouvement contacte le département américain pour lui demander d'intervenir arguant que la société Watchower étant une société américaine, un traité de 1923 entre l'Allemagne et les États-Unis interdit que des biens américains soient saisis. Le 27 avril, le département américain sollicite l'ambassade américaine en Allemagne pour qu'elle intervienne. Le 29 avril, les biens sont restitués[40], ce qui est confirmé le 2 mai par l'ambassadeur à sa hiérarchie[41].

Conscients du danger qui les menacent, les dirigeants allemands publient une « déclaration publique » dans le numéro du 15 mai de l'Age d'Or dans laquelle ils stipulent qu'ils n'ont rien à voir avec les juifs et les franc-maçons, que les accusations étrangères sur les atrocités qui pourraient être commises en Allemagne sont fausses, que les employés allemands du mouvement ont été bien traités lors de la confiscation des biens, et que deux des trois avocats du mouvement sont membres du parti nazi[42].

Au milieu du mois de juin, la plupart des länder ont interdit les Témoins de Jéhovah ou ont fortement limité leurs activités. Il ne reste que le plus grand, la Prusse, là où se trouve le siège national du mouvement, qui ne l'a pas encore fait. Une réunion a lieu le 1er juin à Berlin réunissant plusieurs officiels du gouvernement et des Églises. Tous militent pour l'interdiction. Pour satisfaire aux exigences légales, le lien avec le communisme doit être souligné, et les propriétés du mouvement ne doivent pas être confisquées. Deux semaines plus tard, le 24 juin, le décret est publié, le 3 juillet le mouvement en est informé officiellement[43].

C'est le premier assaut réussi contre la liberté religieuse dans l'Allemagne nazie. Selon l'historienne Christine King, il y a plusieurs raisons aux choix des Témoins de Jéhovah comme première cible. L'interdiction a pu être "rapide, facile et publique". Elle a pu apaiser les Églises majoritaires ainsi que « brandir une menace » au cas où celles-ci « ne se conformeraient pas aux souhaits du parti ». Cela pouvait « offrir une concession dans le parti à ceux qui, comme Martin Bormann, souhaitaient voir des mesures draconiennes prises contre tous les chrétiens[44] ».

La Déclaration de Faits[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Quelques jours avant l'interdiction, de passage en Allemagne, Rutherford, le président international du mouvement, rencontre le consul américain Gest, qui lui explique que son action se limitera à protéger les propriétés du mouvement de la confiscation. Comme le confirme une lettre du Consul Général Messersmith envoyée en juillet à ses supérieurs à Washington, les émissaires des États-Unis en Allemagne veulent se limiter à la protection des biens du mouvement, car ils s'interrogent sur le contenu de ses écrits. Messersmith déclare à ce propos: « Bien qu'agissant comme une société religieuse, les pamphlets contiennent des commentaires qui ne sont pas de caractères purement religieux[45] ». Le 25 juin 1933, les Témoins de Jéhovah, qui ne sont pas encore au courant de leur interdiction[45], organisent une assemblée à Berlin, aux Wilmersdorfer Tennishallen à l'initiative de Rutherford. Il s'agit de faire bonne impression auprès des leaders du parti nazi. Environ 7 000 fidèles du mouvement assistent à l'assemblée et sont encouragés à suivre la même attitude loyale que leurs responsables envers les autorités. À cet effet, ils adoptent une résolution intitulée « Déclaration », qui est écrite elle aussi par Rutherford[46],[47].

Plusieurs points provoquent la surprise de certains participants à cette assemblée. Konrad Franke, un témoin de Jéhovah qui sera le futur dirigeant du mouvement en Allemagne, est par exemple choqué par les drapeaux à croix gammé qui décorent les halls[48]. Il rapporte que le choix du cantique entonné en début de l'Assemblée empêche certains fidèles de le chanter. Ce chant utilise la même musique que l'hymne national allemand, et n'est plus chanté depuis longtemps par les croyants pour cette raison[48]. Pour l'historien Garbe, ce choix n'est probablement pas une coïncidence [46]. Le contenu de la Déclaration pose aussi problème, de nombreux participants ne peuvent l'adopter, car elle leur semble trop conciliante envers les autorités[49].

Après l’assemblée, les Témoins de Jéhovah distribuent environ 2 100 000 exemplaires de cette « déclaration », qui est aussi envoyée à Hitler, accompagnée d'une lettre manuscrite vraisemblablement écrite par le dirigeant allemand des Témoins de Jéhovah de l'époque, Paul Balzereit[50].

Contenu[modifier | modifier le code]

La déclaration demande aux autorités de réexaminer les « faits véridiques » concernant l'association des Étudiants de la Bible, étant donné que de « fausses accusations » d'attitude subversive ont été formulées contre eux par « le clergé politique, les prêtres et les Jésuites. » Le mouvement affirme avoir une attitude positive envers le gouvernement en place, affirmant qu'au lieu d'être « une menace pour la paix et la sécurité de ce gouvernement », il recherche le bien du pays, et partage des intérêts communs avec les nouveaux dirigeants[51].

La déclaration récuse ensuite tout lien financier du mouvement avec les Juifs, prouvant cette impossibilité par le fait que ces derniers ont rejetés Jésus-Christ comme sauveur. Elle présente l'empire Anglo-américain comme l'empire le plus oppressif sur terre[52]. Elle critique vertement la Société des Nations, le Big-business mis en place et dirigé par les négociants juifs pour exploiter et opprimer les peuples de beaucoup de nations, affirme sa position commune avec le gouvernement allemand en place dans sa lutte contre les oppresseurs du Big-business et les influences religieuses néfastes et affirme que Jéhovah Dieu par l'intermédiaire de Jésus-Christ apportera la pleine réalisation des principes défendus par le gouvernement allemand[53].

Polémique[modifier | modifier le code]

Cette recherche de conciliation avec les dirigeants nazis vaut aux Témoins de Jéhovah des accusations d'allégeance au nazisme et d'antisémitisme voire d'être "pro-fasciste". Ces accusations sont apparues dans les années 1970, dans un ouvrage paru en RDA, publié sous le nom de Manfred Gebhard, mais rédigé par des auteurs inconnus en collaboration avec le ministère de la Sûreté de l'État Est-Allemand [54].Cet ouvrage cherche à légitimer l'interdiction des Témoins de Jéhovah en RDA à cette époque [55]. D'une manière plus nuancée, mais tout aussi critique, dans son ouvrage Apocalypse delayed, l'historien, ancien Témoin de Jéhovah, James Penton estime que les responsables de la Société Watchtower ont tenté de séduire le régime nazi par l'affirmation de leur loyauté envers les principes du gouvernement National Socialiste et par des déclarations antisémites dans la Déclaration de Faits.

Les Témoins de Jéhovah, de leur côté, présentent cette Déclaration de différentes manières suivant les époques. Dès 1939, dans une de leur revue suisse, il la présente comme une "résolution contre la persécution injustifiée du gouvernement de Hitler" [56]. En 1959 et 1961, dans leur revue La Tour de Garde ou leur livre d'histoire de l'époque, c'est une "protestation véhémente contre le gouvernement hitlérien"[57],[58]. En 1974, à la suite de l'édition du livre polémique est-allemand, le siège des Témoins de Jéhovah reconnaît qu'elle a été "affaiblie" et que "beaucoup de frères ont refusé de l'adopter pour cette raison" mais en accuse Paul Balzereit, le dirigeant allemand des Étudiants de la Bible de l'époque qui l'aurait fait pour "éviter les difficultés avec les agences gouvernementales"[59] . En 1998, le mouvement reconnaît la paternité du texte au dirigeant international Rutherford [60], il insiste alors sur le fait que l'essentiel de son contenu n'est pas une prise de position en faveur du régime nazi, mais l'affirmation que leur mouvement était rigoureusement apolitique et religieux, avec des valeurs chrétiennes que Hitler, élevé dans la religion catholique, prétendait partager au tout début de son régime.

Cité par Guy Canonici dans l'ouvrage Les Témoins de Jéhovah face à Hitler[61], Detlef Garbe[62], historien et directeur du Mémorial de Neuengamme, a déclaré au sujet des jugements sévères portés par certains  :

« Ils s'égarent dans leur critique, ou du moins ne prennent pas vraiment en compte le texte ni la situation. Ainsi, on ne pourra pas dire que les témoins de Jéhovah s'identifient par là à des antisémites, ni ne se recommandent comme d'éventuels alliés (…). Des désignations comme « congrès de sympathie pour le national-socialisme » (…), ou l'assertion que la direction de la Watch Tower aurait cherché à « conclure un pacte avec Hitler » (…) relèvent autant d'une approche orientée par la volonté de discréditer, que la lecture (…) qui découvre dans la Déclaration le soutien criminel de la politique hitlérienne antisémite. »

Dans le livre sous la direction de Hans Hesse, Garbe précise son avis sur cette déclaration dans un article :

«  Pour tenter de convaincre les autorités politiques du caractère purement religieux et non politique de leurs objectifs,(…), il se servit d'une argumentation qui soulignait qu'ils avaient certains 'idéaux élevés' en commun avec l'État national-socialiste, laissant parfois transparaître des accents antisémites[63]. »

Dernières tentatives de conciliation[modifier | modifier le code]

Le 28 juin 1933, le siège national est de nouveau occupé par les S.A, les dirigeants nationaux comme Balzereit ont fui à Prague[64]. Du 21 au 24 août 1933, les occupants brûlent 25 camions de livres et de publications du mouvement aux portes de la ville[65]. Martin Harbeck, le dirigeant de la filiale suisse, qui a pris la relève de la direction allemande en fuite, écrit aux groupes locaux le 28 août, avec l'autorisation spéciale de Rutherford. Il demande dans cette lettre de stopper toute activité de distribution de livres et de réunions sans l'autorisation des autorités allemandes, de se soumettre à toutes leurs directives, y compris dans le domaine de la prédication[66]. Comme le note James Penton, Harbeck affirme que les Témoins ne pourront de nouveau prêcher qu'une fois le Royaume du Christ pleinement établi [67].

Cela n'a pas réussi à apaiser le parti allemand et des fidèles ont été arrêtés et envoyés dans des camps de travail.

À partir de début 1934 et tout particulièrement d'octobre de cette année, le mouvement religieux est toutefois entré dans une logique de combat contre le nazisme par le moyen de la feuille imprimée.

Lutte contre le nazisme (1934-1937)[modifier | modifier le code]

L'enfer des camps (1933-1945)[modifier | modifier le code]

Renonciation demandée aux Témoins de Jéhovah par les S.S.
  1. Je reconnais que l’Union Internationale des Témoins de Jéhovah professe une doctrine erronée et poursuit, sous le couvert d’activités religieuses, des buts subversifs.
  2. Je me suis, par conséquent, détourné totalement de cette organisation et je me suis aussi libéré intérieurement de cette secte.
  3. J’affirme, par la présente, ne plus jamais participer aux activités de l’Union Internationale des Témoins de Jéhovah. Je dénoncerai sur-le-champ toute personne voulant me gagner à la doctrine erronée des Témoins de Jéhovah, ou témoignant d’une façon ou d’une autre de son appartenance à cette secte. Je remettrai immédiatement au poste de police le plus proche toute publication me parvenant de cette organisation.
  4. Je veux observer dorénavant les lois de l’État, défendre ma patrie en cas de guerre, les armes à la main, et m’intégrer entièrement dans la communauté nationale.
  5. Il m’a été spécifié que si j’agis contrairement aux termes de la présente déclaration, je serai replacé en détention administrative.

Entre 1933 et 1945, certains Témoins de Jéhovah d'Allemagne sont persécutés, car ils ne veulent pas prêter allégeance au parti nazi et refusent de prendre les armes. Leur persécution prend la forme de détentions, de déportations dans les camps de concentration, ou d’emprisonnements. Contrairement aux Juifs, aux homosexuels et aux Tsiganes, qui ont été persécutés pour des raisons raciales, politiques ou sociales, les Témoins de Jéhovah l'ont été pour des raisons d'idéologie religieuse[réf. nécessaire]. C'étaient les seuls détenus auxquels les Nazis donnaient la liberté s'ils renonçaient à leur foi, se soumettaient à Hitler et contribuaient à l'effort de guerre allemand[68]. Sur environ 20 000 Témoins de Jéhovah allemands, 6 262 sont incarcérés à un moment ou à un autre entre 1933 et 1945[69],[70],[71]. Environ 2 000 Témoins de Jéhovah sont déportés dans les camps de concentration, où ils portent un triangle violet. Sur ce nombre, environ 1 200 d'entre eux y laissent la vie, dont 250 par exécution[72].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les persécutions et les camps nazis[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Detlef Garbe, Between Resistance and Martyrdom : Jehovah's Witnesses in the Third Reich, The University of Wisconsin Press,‎ 2008, 834 p. (ISBN 9780299207946)
  • Hans Hesse, Persécutions et résistance des Témoins de Jéhovah pendant le régime nazi 1933-1945, Shortgen Editions,‎ 2005, 404 p. (ISBN 2879537770)
  • Sylvie Graffard et Léo Tristan, Les Bibelforscher et le nazisme (1933-1945) : Ces oubliés de l'Histoire, Éditions Tirésias,‎ 1990-1999, 291 p. (ISBN 2908527677)
  • (en) James Penton, Jehovah's Witnesses and the Third Reich : Sectarian Politics under Persecution, University of Toronto Press,‎ 2004, 412 p. (ISBN 0802086780)

Témoignages d'anciens déportés[modifier | modifier le code]

  • Max Liebster, Lueur dans la Tourmente, Éditions Schortgen, Esch-sur-Alzette (Luxembourg), 2004.
  • Simone Arnold-Liebster, Seule face au Lion, Éditions Schortgen, Esch-sur-Alzette (Luxembourg), 2003.
  • Bernhard Rammerstorfer, Une volonté de fer, Éditions Schortgen, Esch-sur-Alzette (Luxembourg), 2007.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Garbe 2008, p. 51
  2. Garbe 2008, p. 52-56,257
  3. Garbe 2008, p. 50
  4. Hesse 2005, p. 378
  5. Penton 2004, p. 163
  6. a et b Garbe 2008, p. 49
  7. Garbe 2008, p. 48
  8. Garbe 2008, p. 46
  9. Garbe 2008, p. 45
  10. Garbe 2008, p. 47
  11. Garbe 2008, p. 50-52
  12. Canonici 1998, p. 77
  13. Garbe 2008, p. 52-54
  14. Garbe 2008, p. 54
  15. Garbe 2008, p. 55,56
  16. Garbe 2008, p. 56
  17. Garbe 2008, p. 55,59
  18. Garbe 2008, p. 59,60
  19. Garbe 2008, p. 60
  20. Garbe 2008, p. 61
  21. Penton 2004, p. 140
  22. Garbe 2008, p. 62
  23. Penton 2004, p. 142
  24. Garbe 2008, p. 65
  25. Garbe 2008, p. 65,66
  26. Garbe 2008, p. 67
  27. Garbe 2008, p. 63
  28. Penton 2004, p. 144
  29. Garbe 2008, p. 64
  30. Hubert Roser in Persécution et résistance des Témoins de Jéhovah pendant le régime nazi, p. 204
  31. Garbe 2008, p. 71
  32. Garbe 2008, p. 72
  33. Cette brochure en Allemand, ainsi que sa version originale anglaise
  34. Penton 2004, p. 149
  35. Garbe 2008, p. 74
  36. Canonici 1998, p. 64,65
  37. Garbe 2008, p. 80
  38. Garbe 2008, p. 77
  39. Penton 2004, p. 149,150
  40. Graffard et Tristan 1990-1999, p. 12
  41. Penton 2004, p. 150
  42. Penton 2004, p. 151
  43. Garbe 2008, p. 83-86
  44. Christine King cited inCanonici 1998, p. 121
  45. a et b Penton 2004, p. 152
  46. a et b Garbe 2008, p. 87
  47. Hesse 2005, p. 262
  48. a et b Canonici 1998, p. 122
  49. basé sur 1974 Yearbook of Jehovah's Witnesses Pages 110,111 cited in Penton 2004, p. 16,45
  50. Garbe 2008, p. 90
  51. Between Resistance and Martyrdom, p. 87,88
  52. Penton 2004, p. 12
  53. Penton 2004, p. 13
  54. Johannes Wrobel in Persécution et résistance des Témoins de Jéhovah pendant le régime nazi, p. 309
  55. Detlef Garbe in Persécution et résistance des Témoins de Jéhovah pendant le régime nazi, p. 258
  56. Note 21 dans Jehovah's Witnesses and the Third Reich, p. 13
  57. Detlef Garbe in Persécution et résistance des Témoins de Jéhovah pendant le régime nazi, p. 262
  58. Jehovah's Witnesses in the Divine Purpose Note 80 in Between Resistance and Martyrdom, p. 580
  59. Jehovah's Witnesses and the Third Reich, p. 16,17
  60. Réveillez-vous !,8 juillet 1998, p. 10-13
  61. Canonici 1998, p. 416
  62. Garbe Detlef, Zwischen Widerstand und Martyrium : Die Zeugen Jehovas im « Dritten Reich », 1994, p. 101.
  63. « Désintérêt de la société, désinformation de l'État, nouvelle persécution, et à présent, instrumentalisation de l'histoire ? » in Hesse 2005, p. 262
  64. Between Resistance and Martyrdom, p. 92,93
  65. Between Resistance and Martyrdom, p. 94,95
  66. Between Resistance and Martyrdom, p. 96,97
  67. Jehovah's Witnesses and the Third Reich, p. 155,156
  68. Garbe 2008, p. 6
  69. Les Témoins de Jéhovah, prédicateurs du Royaume de Dieu, p. 194
  70. Hesse 2005, p. 382
  71. « Les Témoins de Jéhovah », sur Encyclopedie multimédia de la Shoah (consulté le 7 septembre 2010)
  72. Garbe 2008, p. 484