Télématique

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Première version du Minitel, "Built 1", sortie en 1982 ; le WWW avant l'heure, grand succès en France ; cela dit il n'a pas franchi les frontières.

La télématique est un terme qui recouvre les applications associant les télécommunications et l'informatique, apparu en France à l'occasion de la filière technologique qui allait donner vie au Minitel.

Origines[modifier | modifier le code]

En France, les premiers travaux sur la transmission numérique remontent au début des années 1960. C’est à cette date qu’apparaît la « vidéographie », un procédé de télécommunication permettant de transmettre un texte par affichage sur des postes récepteurs et notamment des postes de télévision. Parallèlement, c’est aussi à cette époque que le Centre National des Études de Télécommunication (CNET) décide de moderniser le téléphone en recherchant de nouvelles fonctionnalités.

En 1973, apparaît le réseau français « Cyclades » destiné à devenir l’internet actuel et soutenu par des constructeurs proposant une informatique plus décentralisée, comme Bull et l'américain Honeywell.

Mais Cyclades n’eut pas le même succès que sa version américaine « Arpanet ». En effet dès 1975, les PTT et leurs fournisseurs s'inquiètent de projets qui ont pour vocation des les concurrencer, l'un de ces fournisseurs étant de plus actionnaire de CII-Honeywell-Bull, qui promeut une vision de l'informatique en réseau par routage de paquets. Le gouvernement français décide de démanteler Cyclades, affirmant qu’il n’était pas assez fiable. Il ouvre alors le réseau « Transpac », basé sur une autre technologie, la commutation de circuits, sur laquelle est basé le raccordement du Minitel. En 1977, la remise à Valéry Giscard d'Estaing, Président de la République, du rapport sur l'informatisation de la société, rédigé par Simon Nora et Alain Minc, va entrainer une révolution technologique baptisée par les auteurs du néologisme « télématique » défini comme la connexion de terminaux permettant la visualisation de données informatiques stockées dans des ordinateurs à travers les réseaux de télécommunication)[1]. Alain Minc, l'un des deux auteurs du Rapport Nora-Minc, devient en 1979 directeur financier de CII-Bull, qui prend une participation au capital d'Olivetti, fabricant italien de machines à écrire.

Le gouvernement français choisit alors la voie d'une spécialisation en téléphonie plutôt qu’en microinformatique.

Filière[modifier | modifier le code]

C’est de cette manière qu’apparait en 1974 le système TIC-TAC (Terminal Intégré Comportant Téléviseur et Appel au Clavier), concept très novateur permettant de relier télécommunication et informatique. Mais faute de susciter un grand intérêt de la part des services d'exploitation des télécoms qui ne voyaient pas les nombreux avantages et les fonctionnalités d’un tel système, le TIC-TAC disparait.

L’année 1977 marque une grande avancée dans le domaine des télécommunications et de l’informatique grâce au Directeur Général des télécommunications (M. Théry) qui décide de proposer au Gouvernement un plan de développement : « le téléphone pour tous ». Cette brillante idée va devenir une priorité nationale et marquera le début de « l’informatique pour tous ». C’est à ce moment précis que l’on peut placer la naissance du Minitel ; le centre national d'études des télécommunications à Lannion est un des membres ayant contribué à cette filière.

Le terme "télématique" apparait pour la première fois dans un rapport rendu par Simon Nora et Alain Minc dans le livre L'informatisation de la Société (La Documentation Française, 1978). Le terme anglais équivalent telematics ne l'a pas précédé ; il en est une traduction. Constatant un retard de la France en matière de microinformatique, l’idée du rapport était de parvenir à associer les télécommunications et l’informatique (« télématique ») afin de mettre à disposition du grand public des services de nature ou d’origine informatique pouvant être fournis à travers un réseau de télécommunication.

Lancement[modifier | modifier le code]

Un premier test d’annuaire électronique, une des applications de « Télétél », est effectué à Saint Malo en 1980. Vu l’efficacité de ce nouveau système, les premières hostilités apparaissent dans le monde de la presse (crainte de l’arrivée d’un nouveau concurrent) et de la politique (peur pour la protection de la vie privée).

C’est la raison pour laquelle en 1982, le législateur décide tout d’abord de soumettre la télématique à un régime d’autorisation qui était cependant proche de celui de la déclaration puisque l’autorisation pouvait être acquise tacitement après un délai de deux mois sans réponse de l’administration.

L’année suivante, une seconde expérience proposant un service d’annuaire électronique est effectuée en Ille-et-Vilaine. Vu son succès, le système est généralisé sur tout le territoire français. Grâce à sa technique de diffusion à la fois fiable et souple, la presse abandonne peu à peu son hostilité et les français commencent à s’intéresser de plus en plus à la télématique.

Généralisation[modifier | modifier le code]

Fin 1983, France Telecom décide d’équiper gratuitement tous les foyers du Minitel afin que chacun puisse découvrir quels y sont les services disponibles. L'idée est un triomphe puisqu’on assiste à un décollage des usages du Minitel. Néanmoins, certains sujets restent encore problématiques comme celui de la pornographie et de la tarification. On tente d’associer de façon diverses gratuité et abonnements à différents services...

Le véritable essor apparaît entre 1984 et 1985 grâce à deux phénomènes.

D’une part avec la naissance du « kiosque », méthode simple de recouvrement et de distribution des services Minitel fondée non pas sur la distance mais sur la durée de consultation. D'autre part, grâce à la distribution gratuite d'un terminal, simple, de consultation : le Minitel. En outre, avec l’apparition du 3615 et des codes d’accès, un service de qualité parvenu à remporter la satisfaction de tous. On assiste alors à une explosion de services sur le marché : 145 services en janvier 1984, 2074 en janvier 1986, près de 5000 en 1987, 23000 vers le milieu des années 1990. Le chiffre d'affaires des services télématiques en France est alors estimé par Télématique magazine à deux milliards de francs de l'époque.

Bilan[modifier | modifier le code]

Le succès du Minitel résulte surtout des services de messageries roses qui totalisent la moitié des communications en 1990 grâce à la diffusion du sexe par téléphone.

Il faut néanmoins observer que le développement de cette technique s’est fait de façon assez hétérogène sur le territoire français. On s’est aperçu que les régions du Nord de la France dans lesquelles les premières expériences avaient été effectuées étaient plus sensibles à la télématique que celles du Sud mais considérant que cela était dû à une universalisation progressive France Télécom n’y voyait en rien une stagnation.

Il faut noter l'usage original qui a été fait de la télématique à partir de 1984 par des enseignants du mouvement Freinet qui créèrent les premiers réseaux télématiques de classes avec pages magazines et liste de diffusion (1984 sur le serveur du CG de la Vienne et sur celui du CNRS, puis en 1986 sur le serveur de Châtellerault)

Malgré tout à partir de 1992, le Minitel, bien que fiable et facile d'emploi grâce à ses facilités de paiement, apparaît de moins en moins attrayant et ses limites deviennent flagrantes surtout en ce qui concerne les techniques d'affichage désormais obsolètes.

En 1993 le déclin du Minitel est très visible à cause de l’apparition de modes de communication comme le « World Wide Web », mode d'utilisation de l'Internet conçu au CERN de Genève par Tim Berners-Lee; cette notion de « toile (d’araignée) mondiale » rencontre un très vif succès (doublement chaque année du nombres d'utilisateurs plusieurs années de suite). Plus communément appelé la Toile ou encore le "Web", il permet à l’internaute d’accéder à un grand nombre d’informations grâce à l’existence de liens ou « hypertextes » entre différents mots clés, un peu comme on chemine dans une encyclopédie.

Postérité[modifier | modifier le code]

L’année 2001 a véritablement marqué l’abandon du Minitel. Les internautes, ou adeptes de l’internet, ont pris conscience de l’intérêt de ce nouveau système. En outre, ce phénomène a été appuyé par une volonté politique, les U.S.A. pratiquant une prophylaxie active par le biais de l'Internet Society, et la France étant désireuse de rattraper son retard technologique. Lionel Jospin affirmait d’ailleurs, dès 1997, que «  Le Minitel, réseau uniquement national, et limité technologiquement, risque de constituer un frein au développement des applications nouvelles et prometteuses des technologies de l’information ».

Pour réussir à contrer ce phénomène, France Telecom a tenté de mettre en place une nouvelle stratégie consistant à offrir aux usagers un moyen de relier le Minitel à internet par un système de téléchargement du logiciel à partir du site I-Minitel.

Depuis 1998, il est très difficile d’évaluer le pourcentage de personnes qui utilisent encore le Minitel. Il semblerait que malgré son utilisation de plus en plus rare, le Minitel ne soit pas encore voué à disparaître puisqu’il conserve quelques adeptes qui regrettent certains avantages tels que sa grande simplicité d’utilisation (notamment pour les personnes âgées), sa disponibilité instantanée (pas de temps de boot et son silence total (ni ventilateur ni disque dur), l’anonymat des usagers ou encore l’intérêt économique qu’y trouvent certains prestataires tels que la SNCF à qui le réseau télématique rapporte plus qu’il ne coûte.

Cela dit, ce système de télématique franco-français fait double emploi, en plus onéreux à l'usage, avec un web très bien déployé. Ses débits d'un autre âge (1 200 bits par seconde pouvant monter au mieux à 9600 avec un coffret additionnel branché sur sa prise péri-informatique) et un coût d'utilisation devenu prohibitif le condamnent. Le terme n'est plus guère employé de nos jours, ayant trop souffert de son association au décollage de l'informatique publique dans les années 1980. Pourtant « la différence entre informatique et télécommunications devient [de plus en plus] ténue. » [2].

Le service Minitel a été fermé par France Télécom le 30 juin 2012.

Transferts technologiques[modifier | modifier le code]

Lexus Gen V navigation system

Portées par le développement exponentiel des capacités de traitement de l'information (selon la loi de Moore, doublement du nombre de transistors des microprocesseurs sur une puce de silicium tous les deux ans pour le même coût) et par l'accroissement parallèle des capacités de transmission de l'information, l'informatique et les télécommunications sont malgré tout promises à un immense avenir.

Quelques exemples sont la commande à distance de machines, le relevé distant de compteurs, la commande de fonctions de son habitation ou de son bureau.

La télématique est en forte croissance dans le domaine de l'automobile et des transports. Les constructeurs offrent maintenant la possibilité de gérer à distance des incidents et des alertes, de collecter des informations sur l'environnement (météo, embouteillages) et de fournir des services aux passagers adaptés au contexte.

Dans ce cas, l'association d'un moyen de localisation du véhicule (GPS, ou le futur système européen Galiléo), augmente sensiblement les opportunités d'application pour un véhicule.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Simon Nora, Alain Minc, L'informatisation de la Société, Paris, La Documentation Française,‎ 1978 (ISBN 978-2-02-004974-0, LCCN 79367317)
  • Bernard Marti, Télématique, techniques, normes, services, Paris, éd. Dunod,‎ 1990
  • Philippe Vuitton, Philippe Leclercq, Michel Bouvier, demain, la télématique, Paris, La Documentation Pratique, coll. « activités »,‎ 1982, 283 p. (ISBN 978-2-86659-001-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]