Téléréalité

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Télé réalité)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Real TV.

La téléréalité ou télé-réalité (en anglais : reality TV) est un genre télévisuel dont le principe est de suivre, le plus souvent sur un mode feuilletonnant, la vie quotidienne d'anonymes ou de célébrités. Les émissions de téléréalité empruntent souvent à d'autres genres télévisuels tels que le documentaire, le jeu, la variété ou la fiction.

Historique[modifier | modifier le code]

C'est en 1971 aux États-Unis que l'émission An American Family diffusée sur PBS s'introduit pour la première fois dans la vie privée des spectateurs pour relater en douze épisodes le divorce d'une famille californienne. Le modèle sera repris l'année suivante au Royaume-Uni sous le titre The Family et en 1992 en Australie dans Sylvania Waters. Ces programmes télévisés soulèvent un tollé. En 1987, il n'y a pourtant pas moins de 37 émissions de TV réalité aux États-Unis.

Jade Goody, finaliste de la saison 3 de l'émission Big Brother, version britannique, et candidate de la saison 5 de Celebrity Big Brother.

Créé en 1989, COPS, au cours duquel une équipe de télévision suit des policiers au quotidien, est l'une des émissions connaissant le succès le plus durable sur les écrans américains et est fréquemment considérée comme la première émission de téléréalité. D'autres programmes tels que The Real World sur MTV ou America's Most Wanted sur Fox popularisent le format.

Loana, gagnante de la Saison 1 de Loft Story en 2001, et Massimo Gargia, candidat de la Saison 1 de La Ferme Célébrités en 2004.

Les années 1990 voient émerger en France des émissions telles que Perdu de vue (inspirée de l'émission américaine Missing Person) dans laquelle une équipe d'investigateurs recherchent des personnes disparues ou Témoin n°1 qui tente de réconcilier des couples. Selon l'animateur, Jacques Pradel, véritable initiateur de la téléréalité en France : « Nous rétablissons la communication coupée entre les personnes, entre les couples, c’est le nouvel âge de la télévision. »[1]. Le succès est tel que la télévision publique produit à son tour La Nuit des héros qui reconstitue des accidents et l'intervention héroïque d'un « monsieur tout le monde » rassemble jusqu'à six millions de téléspectateurs. Le psychanalyste Gérard Miller déclare alors « C'est de l'exhibition de chair fraîche et de pulsions qui offre un spectacle pitoyable. »[2].

C'est en 1999 que l'archétype du genre, l'émission Big Brother (en référence au personnage du roman 1984 qui surveille tout le monde) produite par la société néerlandaise Endemol bouleverse le paysage audiovisuel mondial. Se présentant sous la forme d'un jeu où 12 participants sont enfermés pendant plusieurs semaines sous surveillance continue d'un système vidéo[3], l'émission est très populaire et s'exporte dans 70 pays[4]. De nombreux autres programmes s'inspirent de tout ou en partie des idées mises en œuvre par Big Brother (Loft Story, Secret Story, Dilemme).

Tila Tequila, vedette de l'émission américaine Tila Célib et Bi (A shot at love with Tila Tequila).

Le concept de téléréalité rencontre un succès retentissant à double titre : d'une part les émissions connaissent un engouement exceptionnel se traduisant par des scores d'audimat très élevés et par un bouche-à-oreille créant un véritable phénomène de société et d'autre part par la rentabilité record de ces programmes dont le coût de production est extrêmement faible (pas de scénario, pas d'acteurs rémunérés et une mise en scène minimaliste)[4].

La télé-réalité se développe principalement durant les années 2000. En France, le concept est testé par la chaîne M6 dont le programme Loft Story (présenté par Benjamin Castaldi) est vilipendé par TF1 comme de la télé poubelle[5]. Néanmoins, après le succès phénoménal de la première saison[6], la première chaîne française lancera à son tour des programmes de téléréalité tels que Star Academy, Nice People ou même Secret Story.

On peut ainsi distinguer les notions de reality show et de téléréalité[7] :

  • Le reality show : format d'émission dans laquelle des individus ordinaires vivent réellement des situations extraordinaires. Le succès de ce concept démarre aux États-Unis en 1989 avec COPS. En France, on verra ce type d'émission tout au long des années 1990 : Perdu de vue, Témoin n°1, La Nuit des héros, Les Marches de la gloire, etc.
  • La téléréalité (traduction de reality television) : format d'émission dans laquelle des individus ordinaires vivent artificiellement des situations plus ou moins ordinaires. Le succès de ce concept démarre en Europe en 1999 avec Big Brother. En France, ce sont les émissions des années 2000 : Loft Story, Koh-Lanta, Star Academy, L'Île de la tentation, etc.

Catégories d'émissions de téléréalité[modifier | modifier le code]

Vie en communauté[modifier | modifier le code]

Le concept de ce type d'émission consiste à isoler des candidats pendant une durée déterminée (généralement de deux à trois mois) afin de permettre aux téléspectateurs d'observer leurs réactions[3]. Un candidat peut être éliminé après avoir échoué à une épreuve, après avoir été désigné par ses pairs ou encore par les téléspectateurs[8]. Les programmes de téléréalité sont très rentables car leur coût de production est très faible et les chaînes de télévision gagnent beaucoup d'argent par le biais des SMS envoyés par les téléspectateurs pour éliminer ou sauver tel ou tel candidat[9]. Dans ces programmes, on peut citer Secret Story, Big Brother, Loft Story (version française de l'émission précédente), Nice People, Les Colocataires, Dilemme, Bienvenue à Jersey Shore, ou encore Carré ViiiP. Cependant, l'engouement s'essoufflant, de nouveaux types d'émission de téléréalité tels que « Télé crochet » ou encore « Séduction » sont apparus[3].

Ce type d'émission repose sur cinq éléments[10] :

  • Une présélection des candidats sur leurs profils psychologiques ou leurs personnalités.
  • Un environnement limité dans l'espace, ne laissant aux participants aucune échappatoire à la confrontation avec les autres candidats.
  • Un système d'élimination par vote des téléspectateurs permettant à la fois d'assurer au diffuseur des rentrées financières, et d'impliquer les téléspectateurs qui interagissent avec l'émission afin de s'assurer de leur fidélité. La menace de l'élimination renforce en outre les tensions entre les participants.
  • Les tâches édictées par les organisateurs du jeu, permettant de maintenir une activité télégénique et de forcer les candidats à interagir.
  • Le confessionnal destiné à recueillir les votes des participants qui présélectionnent les candidats à l'élimination par les téléspectateurs, et à livrer leurs pensées, leurs sentiments, soulignant ainsi les relations qui se tissent.

Ces éléments peuvent être combinés avec d'autres concepts, tels que les castings ou la séduction, mais restent les marques de fabrique de la télévision réalité et comptent parmi ses aspects les plus décriés.

De compétition[modifier | modifier le code]

Danse avec les stars, Ice Show, La France a un incroyable talent, The Best, le meilleur artiste et bien d'autres émissions permettent de suivre des artistes (durant les primes), célébrités ou anonymes dans divers compétitions. Elles sont d'ailleurs considérées comme des reality show ou encore comme un divertissement.

Télé-crochet[modifier | modifier le code]

Le chanteur français Julien Doré, gagnant de la saison 5 de Nouvelle Star.

Le principe de ces émissions est de mettre plusieurs candidats en compétition, le vainqueur gagnant la possibilité d'enregistrer un album. On peut citer dans cette catégorie Popstars, Star Academy, Nouvelle Star, X Factor, L'École des stars, The Voice ou Pop Job.

De nombreux professionnels de l'audiovisuel contestent la qualification de téléréalité pour les télé crochets. Le concept de télé-crochet est né bien avant l'expression « téléréalité »[11]. Il est généralement admis qu'un télé crochet appartient à la téléréalité dès lors que des reportages sur la vie privée des candidats sont diffusés au delà de l'informatif et de l'anecdote de présentation, par exemple le live (22H sur 24H) Star Academy étant typique des codes de la téléréalité. Ainsi, avec cette nouvelle définition, le télé crochet Entrée des artistes de Pascal Sevran n'appartiendrait pas à la téléréalité, ni même X Factor.

Dans un premier temps réservé au monde de la musique, le concept a cependant été réutilisé pour créer des émissions basées sur la découverte d'autres talents artistiques comme dans On n'demande qu'à en rire pour l'humour, dans HGTV Design Star pour la décoration d'intérieur, dans Projet haute couture et La Collection pour le stylisme ou dans MasterChef ou encore Hell's Kitchen pour la cuisine.

Environnement de vie[modifier | modifier le code]

Le principe de ces émissions est d'inviter les participants à vivre dans un milieu qu'ils ne connaissent pas (Koh-Lanta, Pékin Express, La Ferme Célébrités, Le Pensionnat, Première compagnie, Familles d'explorateurs, ou encore Les Anges de la télé réalité et L'Île des vérités).

Depuis, de nouvelles émissions ont fait leur apparition. Appelées Dynasty Show, ces émissions réunissent les membres d'une même famille (Allô Nabilla, Giuseppe Ristorante, une histoire de famille, L'Incroyable Famille Kardashian entre autres). Ce genre, arrivé en 2013 en France, est très développé aux États-Unis.

Séduction[modifier | modifier le code]

Paul Janke, protagoniste en 2012 de Der Bachelor, la version allemande de Bachelor, le gentleman célibataire.

Le principe de ces émissions est de favoriser les relations amoureuses au sein d'un groupe ou de constituer un couple. On peut citer dans ce type d'émissions, en France, Opération séduction aux Caraïbes, L'Île de la tentation, Love and Bluff : Qui de nous 3 ?, L'amour est dans le pré, Bachelor, le gentleman célibataire, Maman cherche l'amour, Greg le millionnaire, Marjolaine et les millionnaires, Qui veut épouser mon fils ?, Occupation Double , La Belle et ses princes presque charmants, Coup de foudre au prochain village et Les Princes de l'Amour.

Sensations[modifier | modifier le code]

Certaines émissions montrent des personnes dans des situations leur générant des émotions de peur, de panique, ou de dégoût (Fear Factor, Je suis une célébrité, sortez-moi de là !).

Mise en scène de vedettes[modifier | modifier le code]

Certaines émissions de téléréalité sont centrées autour d'un ou de plusieurs personnages publics représentés soit dans le cadre d'une mise en scène donnée (compétition, mise en situation particulière) soit dans le cadre de leur vie quotidienne. L'émission The Osbournes, diffusée entre 2002 et 2005, était centrée sur la vie familiale du chanteur de heavy metal Ozzy Osbourne. L'actrice et mannequin Anna Nicole Smith a été la vedette, entre 2002 et 2004, de The Anna Nicole show, qui la représentait dans sa vie quotidienne. L'émission Le Monde merveilleux de Hulk Hogan, entre 2005 et 2007, suivait la vie familiale du catcheur Hulk Hogan. La téléréalité peut également susciter et entretenir la notoriété de certaines personnalités : l'américaine Kim Kardashian a retenu l'attention de certains médias pour son amitié avec Paris Hilton puis, surtout, du fait de la diffusion en 2007 d'une sex tape qui la mettait en scène, ce qui lui a valu de devenir la même année la vedette de sa propre émission, L'Incroyable Famille Kardashian, qui la met en scène au quotidien avec son entourage[12]. Des émissions de vie en communauté ou d'environnement de vie comme La Ferme Célébrités, Celebrity Big Brother ou The Surreal Life ont pour principe de mettre en scène, en lieu et place de candidats anonymes, des personnalités connues à des degrés divers, et de les placer en situation de compétition.

L'émission américaine Paris Hilton : une amie pour la vie ? (Paris Hilton's My New BFF), diffusée en 2008 et 2009 (plus une version britannique, Paris Hilton's British Best Friend, également diffusée en 2009) met en scène des candidat(e)s en compétition pour devenir la nouvelle « meilleure amie » (ou le nouveau meilleur ami) de la milliardaire Paris Hilton. Les candidats s'affrontent au cours de différentes compétitions, sous l'œil de Paris Hilton, à la fois présentatrice et juge de l'émission, et de l'un de ses assistants.

L'émission américaine Tila, célib et bi (A Shot at Love with Tila Tequila) est une variante du thème de la séduction. Elle met en scène la chanteuse et mannequin Tila Tequila, et joue sur la bisexualité proclamée de la « vedette » : seize hommes hétérosexuels et seize femmes lesbiennes sont mis en compétition pour avoir le droit de vivre une aventure amoureuse avec Tila Tequila. L'émission a été diffusée durant deux saisons, en 2007 et 2008.

Modes de vie[modifier | modifier le code]

Le principe de ces émissions est de faire appel à des experts, plus ou moins avérés, afin de conseiller des anonymes pour qu'ils améliorent leur mode de vie ou leurs habitudes. On peut citer dans ce type d'émissions Le Coach, Confessions intimes (un psychologue assiste des couples en difficulté), Super Nanny (une éducatrice aide des parents débordés par des enfants turbulents), Queer, C'est du propre ! (deux fées du logis remettent de l'ordre dans les logements des spectateurs), En voilà des manières (huit jeunes filles apprennent à se comporter en parfaites femmes du monde), Panique en cuisine ou J’ai décidé d’être heureux (trois coaches tentent d’améliorer en 8 semaines le degré de bonheur de 6 volontaires)

Expérience de vie[modifier | modifier le code]

Le principe de ces émissions est d'inviter les participants à échanger leur vie pendant quelques jours (On a échangé nos mamans, Vis ma vie, Bienvenue dans ma tribu). On peut aussi noter The Simple Life, où les participants découvrent un lieu de vie auquel ils ne sont pas habitués.

Rénovation[modifier | modifier le code]

Certaines émissions sont centrées sur le changement de l'espace de vie, de l'espace de travail, ou du véhicule d'une personne. On peut noter comme émissions Le Chantier, D&CO et Pimp My Ride.

Rencontres[modifier | modifier le code]

À la différence des émissions de séduction mentionnées ci-dessus, celles-ci montrent de nouveaux participants à chaque épisode. Ce format a été employé la première fois dans l'émission des années 60 « The Dating Game ». En voici des exemples modernes (souvent développés par la chaîne MTV) :

  • Next (au suivant) : 1 candidat teste 5 personnes à tour de rôle en lui organisant quelques jeux simples. Il peut éliminer à tout moment le candidat qui gagne en argent le nombre de minutes passé à l'antenne. Quand le testeur apprécie un des candidats, il lui propose de repartir avec l'argent passé avec lui ou d'accepter en échange un deuxième rendez-vous. À noter, des versions gay et lesbienne.
  • Parental Control (Mes beaux-parents et moi) : les parents d'un(e) adolescent(e), mécontents du partenaire de celui-ci (celle-ci), sélectionnent parmi des dizaines de candidat(e)s deux prétendant(e)s à leurs goûts. Leur enfant accepte de passer un moment avec les prétendants sous l'œil de son partenaire et de ses parents. À la fin, il ou elle doit choisir entre garder son (sa) partenaire ou un des nouveaux prétendant(e)s.
  • Kiffe ma mère : un jeune homme rencontre les mères de trois filles qui doivent les promouvoir.
  • Ton ex ou moi : deux ex sont mis ensemble dans une même chambre d'hôtel, surveillés par leurs conjoints respectifs dans une pièce voisine. Des capteurs lumineux s'allument dès qu'ils se touchent.
  • Dismissed (Éliminé) : un garçon ou une fille a rendez-vous avec deux autres personnes (généralement du sexe opposé, mais certains épisodes en versions gay et lesbienne existent également). Deux candidats s'opposent pour réussir à séduire la troisième personne, pour cela ils proposent chacun une activité et un lieu pour partager un moment et faire connaissance. À la fin de l'épisode, un des deux candidats est éliminé par la phrase "You're dismissed !"
  • Room Raiders : un garçon (ou une fille) inspecte la maison de trois candidats homosexuels ou hétérosexuels en leur absence et choisit un de ces candidats en fonction de ses observations.
  • Séduis-moi… si tu peux ! : 24 jeunes femmes célibataires à la recherche de l'amour font face à un homme, lui aussi célibataire. Ce dernier va se présenter à travers trois étapes. Mais les filles disposent chacune d'un buzzer et lorsque le prétendant la déçoit, elles peuvent buzzer...

Canulars[modifier | modifier le code]

Dans les hoax reality shows (« émission de téléréalité de canular »), l'émission entière est une supercherie. Un ou plusieurs candidats pensent qu'ils apparaissent dans une émission de téléréalité légitime alors que le reste de la distribution est composée d'acteurs (par exemple, Mon incroyable fiancé ou Gloire et Fortune : La grande imposture).

D'autres téléréalités, qui ne sont pas entièrement basées sur le côté « canular » de l'émission, utilisent le même principe en donnant de fausses informations à un ou plusieurs candidats afin de pimenter la compétition. On peut citer comme exemples Greg le millionnaire ou Marjolaine et les millionnaires.

Analyses et critiques[modifier | modifier le code]

Kim Kardashian, vedette depuis 2007 de sa propre émission de téléréalité, L'Incroyable Famille Kardashian.

La télé-réalité consiste à montrer dans le cadre d'un programme récurrent des situations mettant des individus ordinaires (par opposition aux professionnels de l'audiovisuel et du spectacle) aux prises avec des situations inspirées de situations réelles (travail à la ferme, service national, colocation, relations sexuelles…).

Cependant, dans le cas de la télé-réalité, il ne s'agit pas d'un mouvement visant à révolutionner l'art en s'opposant à l'exceptionnel, mais de la « banalisation du banal »[13] ; et contrairement aux performances artistiques évoquées ci-dessus, l'idée n'est pas de regarder les gens vivre 24 h sur 24 mais de regarder les résumés d'1/2 h ou les soirées exceptionnelles. On passe de la notion de « Quart d'heure de célébrité » au « droit démocratique » de passer à l'écran : la sélection se faisant souvent non pas sur des capacités particulières mais au contraire sur le caractère banal, il y a une identification forte du spectateur et la sensation de pouvoir soi-même faire partie de l'émission. Et dans le cas où les acteurs sont des célébrités (des people), on les met en scène dans des domaines hors de leur spécialité, dans des situations pour lesquelles un quidam serait tout autant performant, voire plus.

Dans les jeux avec élimination, il s'agit par définition d'éliminer son prochain pour gagner une somme importante. Dans la mise en scène de la formation d'équipes, les sentiments et l'amitié (cf. le nom de l'émission Une amie pour la vie, avec Paris Hilton) sont finalement des stratégies, des moyens de gagner de l'argent (motivation extrinsèque et vision quantitative) et non un fin en soi (motivation intrinsèque et vision qualitative). L'individualisme, la trahison, la dévalorisation d'autrui, les atteintes à la dignité et le harcèlement moral font alors partie des règles du jeu puisqu'il s'agit d'exploiter au maximum toutes les faiblesses d'autrui. Les "moments forts" de l'émission sont les crises de larmes, les colères et les disputes, c'est-à-dire les moments où les candidats "craquent" moralement et physiquement. On peut s'interroger sur les répercussions futures de ces émissions télévisées sur la vision du monde et les comportements sociaux des jeunes, surtout des adolescents, qui en sont les cibles principales. Faut-il y voir une forme de barbarie culturelle ? Un reflet de notre société ? Ou l'encouragement d'un modèle systémique de division et de compétitivité à outrance au sein des relations sociales ? Une apologie du darwinisme social ? Ou bien une forme de catharsis ? Ces émissions encouragent-elles l'élimination des plus faibles et les incivilités ? Instrumentalisent-elles la gentillesse et l'amitié au risque de les rendre systématiquement suspectes ? Le réalisateur japonais Kinji Fukasaku pousse la logique de l'élimination et de la guerre sociale à son paroxysme dans son film Battle Royale sorti en 2000. Dans ce film, les participants d'une émission télévisée, prisonniers forcés d'une île, gladiateurs des temps modernes, doivent tuer les autres participants jusqu'au dernier sous les yeux des téléspectateurs.

Le concept peut aussi se rapprocher d'une forme de jeu de rôle grandeur nature[14] qui est apparue dans les années 1990 : des personnes devaient, par exemple, traverser plusieurs pays sans moyens (avec une somme d'argent et leurs papiers dans une enveloppe scellée à n'utiliser qu'en cas de problème). Cependant, ces jeux n'étaient pas filmés, et le but était de vivre directement l'expérience et non pas par procuration.

François-Xavier, dit FX, candidat de la saison 3 de Secret Story, suicidé en 2011.

Les émissions ont un côté voyeuriste[15] : le spectateur peut avoir l'impression d'observer secrètement l'intimité d'une personne, alors que les personnes se livrent volontairement en spectacle (douche, relations sexuelles, etc.). De la part des acteurs, il y a donc un côté exhibitionniste. La britannique Jade Goody, devenue une célébrité médiatique à la suite de sa participation à Big Brother et morte d'un cancer à l'âge de 27 ans, a accepté, pour mettre ses deux enfants à l'abri du besoin que ses derniers mois fassent l'objet d'une nouvelle émission de téléréalité : elle a commenté à cette occasion « J'ai vécu devant les caméras, je mourrai devant ». La décision de l'ex-candidate de téléréalité de médiatiser sa propre maladie provoque d'abord une vive polémique au Royaume-Uni, mais son agonie télévisée suscite finalement une vague d'émotion dans l'opinion publique[16],[17],[18].

La téléréalité est également critiquée pour sa tendance à conférer à certains participants une notoriété artificielle, qui se révèle parfois difficile à gérer par les intéressés, notamment du fait de son caractère éphémère quand les candidats ne l'entretiennent pas en s'imposant dans un domaine particulier (chanson, comédie, animation...)[19],[20]. Le sociologue François Jost pointe ainsi les dangers qu'encourent certains candidats qui recherchent la célébrité, mais sont « dans l’illusion totale quant à leur notoriété réelle », confondent notoriété et popularité, et ont par la suite des difficultés pour revenir à une existence normale. Certains sont en effet victimes d'une perception décalée de leur propre célébrité, qui peut découler non d'une réelle popularité, mais de la dérision que manifeste le public à leur encontre[21]. Dix-huit suicides d'anciens candidats d'émission de téléréalité ont été recensés entre 1997 et 2012[22].

Nabilla Benattia, participante aux saisons 4 et 5 de l'émission Les Anges de la téléréalité, fait l'objet d'un buzz médiatique en France en 2013.

La notoriété de certains candidats est notamment liée non pas à des mérites artistiques ou intellectuels particuliers, mais à des points précis de leur personnalité ou de leur comportement, propres à susciter la curiosité ou l'amusement du public. En 2013, un buzz médiatique naît ainsi en France autour d'une déclaration de Nabilla Benattia, participante à la saison 5 de l'émission Les Anges de la téléréalité (« Allô ? Non mais allô, quoi ? T'es une fille, t'as pas de shampooing ! Allô ! Je sais pas moi, vous me recevez ? T'es une fille, t'as pas de shampooing ! C'est comme si je te dis : t'es une fille, t'as pas de cheveux ! »). Ces propos font l'objet de nombreuses parodies et détournements divers[23] et apportent à la candidate une notoriété médiatique instantanée, selon un phénomène que François Jost rattache à la culture du « bashing » et des « petites phrases », qui font de Nabilla « un excellent bouc émissaire collectif » : pour le sociologue, le « phénomène Nabilla » relève à la fois de la « banalisation du banal » et du « foutage de gueule décomplexé », « ce goût pour le sadisme, ce sens du « il y a toujours plus con que soi » qui plaît tant aux jeunes »[24]. Nabilla est, à partir de novembre 2013, la vedette de l'émission Allô Nabilla, diffusée sur NRJ 12.

Par ailleurs, le côté « réel » de certaines émissions de téléréalité est parfois mis en doute[25],[26]. D'une part, les personnes filmées étant informées de la démarche, on se retrouve dans l'oxymore « soyez naturel » (act naturally) qui constitue une véritable injonction paradoxale : si l'on donne des consignes, des injonctions à une personne, elle n'agit plus spontanément. D'autre part, il y a une véritable mise en scène : personne ne vit volontairement plusieurs mois dans un appartement sans en sortir, et le metteur en scène de l'émission organise des défis, des thèmes, on n'est donc pas dans la spontanéité. Il y a une sélection sur la personnalité des personnes, il ne s'agit pas d'un tirage au sort, il y a même une véritable composition de l'équipe en fonction des caractères, voire du politiquement correct. Le plus souvent, les gens filmés sont dans une situation économique de subordination avec la production et souhaitent obtenir une meilleure situation sociale grâce à leur passage devant la caméra, d'où un comportement non naturel et plus proche de la fiction. Un terme plus exact serait donc « improvisation par des acteurs amateurs », ou « réalité-fiction »[27].

Ayem Nour, candidate française de téléréalité (saison 5 de Secret Story) devenue ensuite animatrice de télévision.

Il existe une autre analyse du rapport entre le « réel » et la fiction. Il s'agit de saisir la dimension novatrice de l'écriture du récit de télé-réalité à travers la définition du type de personnage qui lui est propre : « le personnage-personne »[28]. À la différence du personnage des récits audiovisuels habituels (séries, films...), le personnage-personne ne propose pas de rôle déjà écrit avant que le tournage ne commence. Il est construit a posteriori par la production, à partir de la mise en intrigue des actes et des paroles de la personne du candidat pendant l'émission. Le personnage-personne est donc lié à la personne du participant par un lien fort et insubstituable : personne d'autre ne peut incarner le personnage-personne d'un candidat, si ce n'est le candidat lui-même.

La sociologue Nathalie Nadaud-Albertini propose une analyse neutre et originale de la télé-réalité[28]. Son approche n’entend ni « entrer dans la ronde des critiques » ni « faire l’apologie de la téléréalité » : elle s'intéresse à la façon dont la télé-réalité s’est constituée comme genre télévisuel. Son travail explique que la télé-réalité a été accueillie par une polémique importante parce qu’elle a rompu avec les codes et normes télévisuels en vigueur, de sorte que téléspectateurs et commentateurs n’ont pas su la penser autrement qu’en termes de crainte et de dénonciation. Après avoir étudié les arguments développés lors de la gigantesque polémique autour de « Loft Story », elle montre comment les critiques ont contribué à créer le genre télévisuel. Elle analyse, en effet, comment la télé-réalité s’est appuyée sur ses critiques pour créer les programmes qui ont suivi le Loft. Elle explique notamment que certaines émissions assument et revendiquent les critiques que l’on a adressées à la télé-réalité, tout en procédant à des sortes de « transactions éthiques » ou du moins qui se présentent comme telles. Ainsi, « La Ferme Célébrités » joue-t-elle sur les ressorts de la cruauté et du sadisme de façon inédite. Par le recours aux associations caritatives, on présente les candidats comme des héros, abandonnant une existence privilégiée pour vivre dans des conditions difficiles, afin de venir en aide à des personnes que la vie a moins favorisées. On donne donc à cette émission une vocation altruiste en la présentant comme une façon de rétablir une certaine justice sociale. Mais vocation altruiste ou pas, il est toujours question de regarder autrui souffrir, d’où l’importance de l’humour incarné par l’animateur, Christophe Dechavanne. Utiliser l’humour, c’est dire qu’il ne faut pas surinvestir la cruauté envers les participants : elle n’est que temporaire et surtout elle ne s’exerce pas envers des personnes démunies cherchant à améliorer leur existence par leur participations l’émission, mais envers des gens dont la vie est présentée comme confortable. Autre exemple : « Secret Story » revendique ouvertement la manipulation. Chaque candidat doit préserver son propre secret et découvrir celui des autres, quitte à manipuler ou à trahir. Mais chaque saison comporte un candidat qui participe au programme pour adresser un message d’ouverture et de tolérance. Par exemple Erwan de « Secret Story 1 », une jeune fille souhaitant changer de sexe, explique : « Je suis né avec le mauvais corps. La nature est parfois cruelle. Elle fait des erreurs qui peuvent faire énormément de mal, qui pourrissent même toute la vie. Si c’est dur pour moi de le dire et que j’ai quand même assumé le fait de participer à cette émission, c’est déjà que je voulais montrer à l’extérieur qu’on était comme les autres. On se tape les mêmes délires. On ne vit pas en gangs, on n’est pas des fous, on n’est pas des pervers sexuels. Et puis, voilà, c’était vraiment un message de compréhension. Peut-être que mon passage ici, il va servir à quelque chose, pas forcément vis-à-vis de moi, vis-à-vis de l’extérieur. Je peux peut-être être le maillon de quelque chose, et ça, ce serait génial »). De plus, le slogan de l’émission est « Méfiez-vous des apparences ». Autrement dit : « l’émission est-elle aussi manipulatoire qu’elle le prétend ? ». En effet, les candidats les plus stratèges et les plus manipulateurs ne sont jamais les gagnants et surtout ils font l’objet de la part de la production de sanctions symboliques comme des railleries répétées du présentateur (Benjamin Castaldi). Nathalie Nadaud-Albertini s’intéresse également à la façon dont la méfiance vis-à-vis de la télé-réalité façonne la réception des téléspectateurs. Elle décrit différentes postures. Il y a le « soupçon systématique » (on ne regarde pas, mais on critique violemment). Il y a les enquêtes sur la crédibilité des émissions : les téléspectateurs s’interrogent sur ce qu’est la télé-réalité et le statut à lui accorder (réalité ou fiction ? ; faire confiance ou douter de tout ce que la télé-réalité donne à voir ?), témoignages et preuves à charge ou à décharge à l’appui, notamment via Internet. Il y a la « posture ludique » (ce que l’on appelle communément « regarder au second degré »). Il y a également la posture dans laquelle les téléspectateurs se sentent proches d’un candidat, et, décident éventuellement de le soutenir par le vote ou en lui envoyant des messages d’encouragement par les différents moyens mis à disposition par Internet. C’est uniquement dans cette dernière posture, la proximité, que la méfiance cesse.

Citations[modifier | modifier le code]

  • Zygmunt Bauman (2005) décrit la télé-réalité comme une métaphore du monde global, où « ce qui est mis en scène, c'est la jetabilité, l'interchangeabilité et l'exclusion »[29].
  • Marie-Hélène Soenen (2011) « Au fil des ans, une novlangue est apparue chez les candidats de la télé-réalité, avant de se propager à tous les genres d’émissions. Ce parler télé se reconnaît à certaines expressions devenues clichés. » Elle a écrit un petit lexique pour le débusquer jusque dans nos conversations quotidiennes[30].
  • Christian Chavagneux (2005) « Individualiste, le capitalisme l'est indéniablement dans le monde du chacun pour soi qu'il promeut. Il l'est dans le déballage cathodique de la banalité de la petite vie de chacun par la télé-réalité, dans l'ultramédiatisation de quelques vedettes sportives ou artistiques, utilisées pour "vendre du temps de cerveau humain disponible" aux multinationales. »[31]

Procédures judiciaires[modifier | modifier le code]

En France, après sept années de procédure, le jeune avocat Jérémie Assous « a obtenu, le 3 juin 2009, de la Cour de cassation, la requalification en contrat de travail des conventions qui lient les participants aux producteurs de l'émission de télé-réalité L'Île de la tentation sur TF1 »[32]. Il a mis en avant que la direction du tournage les dirigeait constamment dans leurs moindres faits et gestes, direction qui suit un scénario, très loin de l’image vendue d’une réalité filmée[33]. Ainsi, même les dialogues sont pré-écrits[33]. Cette affaire a permis de révéler les règlements draconiens auxquels sont soumis les acteurs : outre le respect minutieux du scénario, ceux-ci ne peuvent avoir de contact avec les techniciens, ne peuvent emporter ni stylo, ni papier, ni appareil photo ; les producteurs confisquent les passeports des acteurs à l’arrivée sur les lieux de tournage, quand ceux-ci sont choisis à l’étranger[33]. Au total, L’Île de la tentation soumet ses acteurs à plus de cinquante obligations dont le non-respect peut conduire à une action en réparation de la part de la production[33].

Livres et films ayant pour sujet la téléréalité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Réhabilitons Jacques Pradel
  2. Les reality shows, une nouvelle façon de parler de l'amour
  3. a, b et c Qu’est-ce que c’est une « cage à rats » ? fichier pdf
  4. a et b 1.2. Gros plan sur le paysage de la télé-réalité
  5. La "télé-réalité" omniprésente
  6. « Loft Story », personne n'aime mais tout le monde mate
  7. Jean-Louis Missika, La Fin de la télévision, Seuil, coll. « La République des idées », Paris, 2006.
  8. Les caractéristiques de la télé réalité
  9. Les caractéristiques de la téléréalité
  10. Télé réalité et Blogs : kif kif bourricot
  11. Interview de François Jost, auteur de l'ouvrage de référence « L’empire du loft »
  12. Kim Kardashian, The Biography Channel. A+E Networks
  13. Le culte du banal, François Jost
  14. 2. Évaluation épistémologique du modèle communicationnel (3e paragraphe)
  15. Psychologie de la "Real TV"
  16. Jade Goody, la mort en direct, Le Journal du dimanche, 22 mars 2009
  17. Angleterre : mort de la star de la téléréalité Jade Goody, Le Figaro, 23 mars 2009
  18. La passion de Jade Goody, Le Monde, 4 avril 2009
  19. Le difficile retour sur terre des héros de télé-réalité, Le Figaro, 18 août 2011
  20. Faut-il protéger la génération des Loana-Nabilla d’elle-même ?, Atlantico, 12 juin 2013
  21. Télé-réalité : le bonheur à la carte, Libération, 4 avril 2013
  22. La tv-réalité responsable de 18 suicides ?, TV Mag Le Figaro, 5 septembre 2012
  23. « Nabilla, “Non mais allô quoi ?” : parodies en pagaille », sur L'Express,‎ 8 mars 2013 (consulté le 11 mars 2013).
  24. « Nabilla est un excellent bouc émissaire collectif », sur Le Point, 21 mars 2013 (consulté le 15 avril 2013).
  25. « La téléréalité : Vérité ? Mensonge ? », magazine Contact,‎ hiver 2004
  26. « Télé-réalité ou télé-fiction ? », L'Humanité,‎ 9 Juillet 2010
  27. « Quand la télé-réalité devient fiction-réalité », A.M.,‎ 13 août 2004
  28. a et b Nathalie Nadaud-Albertini, 12 ans de téléréalité... au-delà des critiques morales, Paris, Ina éditions, coll. Médias Histoire, juillet 2013, ISBN 978-2-86938-210-7.
  29. Télérama n°2894 juin 2005
  30. « Le parler télé ? “Que du bonheur” », Télérama,‎ 29 juillet 2011
  31. Remettre le capitalisme à sa place. Alternatives économiques 2005
  32. « Retour au réel pour la télé-réalité », Le Monde, 22 juin 2009.
  33. a, b, c et d Jean-Jacques Larrochelle (interviewer), Jérémie Assous (interviewé), « Télé-réalité : David contre Goliath », Le Monde-Télévisions, 21-22 juin 2009, p 6-7

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Marc Perrenoud, « Épopée culinaire et renaissance entrepreneuriale : La télé-réalité met le travail en spectacle », Le Monde diplomatique, no 710,‎ mai 2013 (ISSN 0026-9395)

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]