Tâghoût

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Page d'aide sur l'homonymie Ne pas confondre avec taghut qui est une communauté rurale de la région de Hadrout, au Haut-Karabagh

Tâghoût (طاغوت, [ṭāġūt])[1] est un mot arabe qui prend sa racine du mot toughian et qui signifie 'transgresser' ou 'dépasser les limites'. L'imam Malik (711-795) en donna la définition suivante  :

« Le Tâghoût est tout ce qui est adoré en dehors d'Allah. »

De ce point de vue, on considère que les statues « Al-Asnam », les idoles « Al-Awthan » (comme les tombeaux, les pierres, les arbres, entre autres parmi les choses inanimées), ainsi que les sorciers, les devins (perçus comme prétendant connaître l'invisible) et tous ceux qui sont adorés et satisfaits de l'être sont des Tawaghit (pluriel de Tâghoût).

On trouve aussi une explication du mot dans le tafsir d'Ibn Kathir (1301-1373), qui se base sur une parole attribuée au calife `Omar :

« Le Tâghoût, c'est Satan et regroupe tout ce que les gens de la Jahiliya (époque préislamique) connaissaient et pratiquaient comme l'adoration des idoles, à qui ils demandaient jugement ou victoire. »

D'un point de vue politique, le terme Tâghoût représente aussi toutes les lois différentes que celles qu'« Allah a fait descendre », c'est-à-dire celles qui règlent les litiges entre les gens, les juges qui jugent avec ces lois différentes, ceux qui s'attribuent le droit de rendre licite (hallal, on parle d'ailleurs dans ces cas là d'Istihlal) ou de rendre illicite (haram) ou encore de légiférer des lois (Tachri`). Ceux-là sont donc considérés comme les pires des Tawaghit et de ce fait, il incombe au musulman ayant cette compréhension de la religion de les renier, de les désavouer, ainsi que ceux qui suivent ces lois. Dans le cas contraire, on dit alors d'eux qu'ils sont des adorateurs et donc des mécréants même s'ils prient et jeûnes.

Mouhammad ibn `Abd al-Wahhab (1703-1792) a écrit de nombreux livres sur ce sujet afin que ce principe soit compris par les musulmans. Il dit que les Tawaghit étaient nombreux mais que les principaux, ceux qui reviennent les plus souvent et dans lequel on tombe le plus facilement, sont du nombre de cinq :

« Les Tawaghit sont nombreux et leurs principaux sont au nombre de 5 :

  1. Satan, le prêcheur qui appelle à l'adoration d’autre qu'Allah. En se basant sur le verset : « Ne vous ai-Je pas engagés, enfants d'Adam, à ne pas adorer le Diable ? Car il est vraiment pour vous un ennemi déclaré[2] ».
  2. Le juge tyran qui modifie les « Lois Divines ». En se basant sur le verset : « N'as-tu pas vu ceux qui prétendent croire à ce qu'on a fait descendre vers toi [prophète] et à ce qu'on a fait descendre avant toi ? Ils veulent prendre pour juge le Taghout alors que c'est en lui qu'on leur a commandé de ne pas croire[3] ».
  3. Celui qui juge avec autre que ce que Allah a révélé (Al houkm bi ghayri ma anzal Allah). En se basant sur le verset : « Et ceux qui ne jugent pas d'après ce qu'Allah a fait descendre, les voilà les mécréants[4] ».
  4. Celui qui prétend connaître l'invisible en dehors d’Allah. En se basant sur le verset : « C'est Lui qui détient les clefs de l'inconnaissable. Nul autre que Lui ne les connaît » (Coran 6:59).
  5. Celui qui est adoré en dehors d'Allah, tout en étant satisfait. En se basant sur le verset : « Et quiconque d'entre eux dirait : « Je suis une divinité en dehors de Lui ». Nous le rétribuerons de l'Enfer. C'est ainsi que Nous rétribuons les injustes »[5]. »

Explication du point n°3: « Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des mécréants (kafiroun) », « ceux-là sont des injustes (dhalimoun) », « ceux-là sont des pervers (fasiqoun). » (Sourate 5 versets 44, 45 et 47) .


Les conditions du désaveu de Tâghoût[modifier | modifier le code]

Le désaveu du Tâghoût est donc la première chose que le musulman prononce lorsqu'il décide de se convertir à l'islam. En effet la « Shahada » comporte une négation (nulle divinité digne d'être adorée) suivie d'une affirmation (si ce n'est Allah). La prononciation de cette phrase comporte les conditions suivantes :

  • Croire que l'adoration qui est vouée au Tâghoût est non fondée, invalide ;
  • Délaisser cette adoration et s'en écarter ;
  • Le prendre pour ennemi ;
  • Le détester ;
  • L'excommunier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le « gh » se prononce comme un « r » en français. Généralement, dans un mot arabe translitéré en français, le « r » représente le « ra » qui se prononce comme un « r roulé » espagnol.
  2. Coran 36:60
  3. Coran 4:60
  4. Coran 5:44
  5. Coran 21:29

Voir aussi[modifier | modifier le code]