Syndrome de Dubin-Johnson

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syndrome de Dubin-Johnson
Classification et ressources externes
Bilirubin.svg
Bilirubine
CIM-10 E80.6
CIM-9 277.4
OMIM 237500
DiseasesDB 3982
MedlinePlus 000242
eMedicine med/588 
MeSH D007566
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Le syndrome de Dubin-Johnson appelée aussi hyperbilirubinémie type 2, maladie de Dubin-Sprinz et syndrome de Sprinz-Nelson, est une maladie hépatique chronique et bénigne. Elle est héréditaire par transmission autosomique récessive.

Elle est classée E80.6X-001 dans la classification internationale des maladies-10).

Son nom est formé à partir des patronymes des deux médecins qui l'ont décrit pour la première fois[1].

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Sa prévalence en population générale est inconnue. Le syndrome de Dubin-Johnson peut atteindre des sujets de toutes origines ethniques, mais paraît plus fréquent chez les juifs iraniens[2] et irakiens[3] ou les juifs marocains[4] où, par effet fondateur, il est rapporté comme touchant jusqu'à 1/1300 individus[5],[6].

Étiologie[modifier | modifier le code]

Le syndrome de Dubin-Johnson est lié à des mutations du gène ABCC2, situé sur le chromosome 10q24[7],[8], qui code pour un transporteur membranaire apical ATP-dépendant qui relaye le transport actif des glucuronides de la bilirubine et autres anions organiques conjugués de l'hépatocyte vers la bile : cette mutation induit une absence ou une insuffisance du transporteur 2MRP2/cMOAT (en) (en anglais : Multidrug resistance-associated protein 2 / canalicular multispecific organic anion transporter 1)[9].

Ceci entraîne un déficit de l'excrétion biliaire de la bilirubine conjuguée avec une augmentation de cette bilirubine conjuguée dans le sérum sans augmentation des enzymes hépatiques (ALAT, ASAT)[1].

Ce déficit est associé à la présence, dans les hépatocytes, d'un pigment proche de la mélanine responsable de la coloration foncée ou noire du foie et à une augmentation de l'excrétion urinaire de la coproporphyrine I, normalement excrétée prioritairement dans la bile.

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Diagnostic clinique[modifier | modifier le code]

Un ictère (anciennement appelé jaunisse) léger à modéré, dû à l'augmentation des concentrations plasmatiques de la bilirubine, non accompagné de prurit révèle souvent la maladie chez un adolescent ou un adulte jeune. Le tableau clinique peut aussi retrouver des douleurs abdominales et une fatigue. Les urines sont foncées[1]. La maladie peut être déclenchée par une affection intercurrente[10] ou la prise de médicaments. L'augmentation de l'ictère par les contraceptifs oraux et la grossesse a été souvent rapportée. Chez les femmes atteintes de la maladie, l'ictère est présent dans environ 50 % des grossesses[11]. Il peut n'apparaître que dans le post-partum. La mortalité fœtale ne semble pas majorée. De ce fait, chez ces malades, aucune mesure obstétricale particulière n'est justifiée par l'apparition de l'ictère[12].

L'examen clinique retrouve peu de symptômes si ce n'est parfois une hépatosplénomégalie[5].

Biologie[modifier | modifier le code]

La bilirubinémie totale (à prédominance conjuguée, avec un rapport bilirubine conjuguée/bilirubine totale de 50 à 80 %) est élevée, en général entre 2 et 5 mg/dl (très rarement jusqu'à 20 mg/dl)[5],[13].

Les enzymes hépatiques (aminotransférases, phosphatases alcalines, gamma-glutamyl transpeptidase), la concentration totale en acides biliaires, l'albuminémie et le temps de Quick sont normaux. La 5'-nucléotidase est normale.

Un déficit associé en facteur VII est possible, notamment chez les iraniens et les juifs marocains[3],[4].

La coproporphyrine urinaire[Note 1] est un bon indicateur des états homozygotes ou hétérozygotes dans le syndrome de Dubin-Johnson. La valeur normale de coproporphyrine urinaire excrétée est de 24,8 % alors qu'elles sont respectivement de 88,9 % et 31,6 % chez les homozygotes et les hétérozygotes[14].

Histologie[modifier | modifier le code]

Bien que l'histologie puisse apporter le diagnostic définitif, la biopsie hépatique n'est pas systématique compte tenu de son caractère invasif, relativement au pronostic bénin de la maladie[5].

L'examen histologique retrouve un dépôt pigmentaire granulaire typique, brun noir, dans le cytosol des hépatocytes[13], de localisation principalement centrolobulaire, sans autres anomalies histologiques[5].

Examens complémentaires[modifier | modifier le code]

La scintigraphie hépatique à l'HIDA-Tc99M (en) utilisée chez 6 patients a permis une visualisation différée ou absente de la vésicule et des canaux biliaires et une visualisation intense, homogène et prolongée du foie[15].

Le diagnostic formel peut être obtenu par l'analyse moléculaire du gène ABCC2[9].

Diagnostic différentiel[modifier | modifier le code]

Le principal diagnostic différentiel est le syndrome de Rotor.

Leur différence réside dans le fait que les hépatocytes ne sont pas pigmentés. On constate de même une augmentation de la bilirubine dans le sérum du patient, surtout sous la forme conjuguée.

Syndrome de Rotor Syndrome de Dubin-Johnson
Apparence du foie Histologie et apparence normales Pigmentation noire du foie
Visualisation de la vésicule biliaire Peut être visualisée par cholécystogramme oral Ne peut être visualisée
Coproporphyrine urinaire totale Élevée, < 70 % d'isomère 1 Normale avec > 80 % d'isomère 1 (l'urine normale contient une plus grande part d'isomère 3 que d'isomère 1)

Traitement[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas de traitement curatif du syndrome de Dubin-Johnson, même si quelques cas de réduction de l'hyperbilirubinémie après administration brève de phénobarbital ont été rapportés[16].

Évolution[modifier | modifier le code]

Le syndrome de Dubin-Johnson est une pathologie bénigne et de bon pronostic. Il n'a jamais été observé d'évolution vers l'insuffisance hépatique, la cirrhose ou la fibrose hépatique[5].

Médecine vétérinaire[modifier | modifier le code]

Ce syndrome se retrouve chez des moutons Corriedale (en) normaux et mutants[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Les porphyrines (uro- et copro-) dérivent de molécules plus simples (acide δ-aminolévulinique et porphobilinogène) et donnent naissance au protoporphyrinogène (précurseur direct de l'hème). Un déficit héréditaire portant sur une enzyme induit une porphyrie. L'uro- et la coproporphyrine sont excrétées par voie rénale et intestinale » (Institut de biologie clinique ULB)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c I.N. Dubin, F.B. Johnson, « Chronic idiopathic jaundice with unidentified pigment in liver cells; a new clinicopathologic entity with a report of 12 cases. », Medicine (Baltimore), vol. 33, no 3,‎ 1954, p. 155-197 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  2. (en) Joël Zlotogora, « Hereditary disorders among Iranian Jews », American Journal of Medical Genetics, John Wiley and Sons, vol. 58, no 1,‎ 31 juillet 1995, p. 32-37 (ISSN 0148-7299 et 1096-8628, lien DOI?, résumé)
  3. a et b (en) A. Szeinberg et al., « High frequency of atypical pseudocholinesterase gene among Iraqi and Iranian Jews », Clinical Genetics, John Wiley and Sons, vol. 3, no 2,‎ mars 1972, p. 123-127 (ISSN 0009-9163 et 1399-0004, lien DOI?, résumé)
  4. a et b (en) Ronit Mor-Cohen et al., « Identification and Functional Analysis of Two Novel Mutations in the Multidrug Resistance Protein 2 Gene in Israeli Patients with Dubin-Johnson Syndrome », Journal of Biological Chemistry, The American Society for Biochemistry and Molecular Biology, vol. 276,‎ 2001, p. 36923-36930 (ISSN 0021-9258 et 1083-351X, lien DOI?, résumé)
  5. a, b, c, d, e et f Syndrome de Dubin-Johnson sur Orphanet
  6. M. Shani, U. Seligsohn, E. Gilon, C. Sheba, A. Adam, « Dubin-Johnson syndrome in Israel. I. Clinical, laboratory, and genetic aspects of 101 cases », The Quarterly journal of medicine, vol. 39, no 156,‎ 1970, p. 549-567 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  7. P. Zimniak, « Dubin-Johnson and Rotor syndromes: molecular basis and pathogenesis », Seminars in liver disease, vol. 13, no 3,‎ 1993, p. 248-260 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  8. M.A. van Kuijck, M. Kool, G.F. Merkx, A. Geurts van Kessel, R.J. Bindels, P.M. Deen, C.H. van Os, « Assignment of the canalicular multispecific organic anion transporter gene (CMOAT) to human chromosome 10q24 and mouse chromosome 19D2 by fluorescent in situ hybridization », Cytogenetics and cell genetics, vol. 77, no 3-4,‎ 1997, p. 285-287 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  9. a et b M .Wada, S. Toh, K. Taniguchi, T. Nakamura, T. Uchiumi, K. Kohno, I. Yoshida, A. Kimura, S. Sakisaka, Y. Adachi, M. Kuwano, « Mutations in the canilicular multispecific organic anion transporter (cMOAT) gene, a novel ABC transporter, in patients with hyperbilirubinemia II/Dubin-Johnson syndrome », Human molecular genetics, vol. 7, no 2,‎ 1998, p. 203-207 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  10. (en) Sang Ho Ra et al., « A Case of Sustained Cholestasis Caused by Acute A Viral Hepatitis in Dubin-Johnson Syndrome », Korean Journal of Gastroenteroly, vol. 59, no 4,‎ avril 2012, p. 313-316 (résumé)
  11. L. Cohen, C. Lewis, I.M. Arias, « Pregnancy, oral contraceptives, and chronic familial jaundice with predominantly conjugated hyperbilirubinemia (Dubin-Johnson syndrome) », Gastroenterology, vol. 62, no 6,‎ 1972, p. 1182-1190 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  12. U. Seligsohn, M. Shani, « The Dubin Johnson syndrome and pregnancy », Acta hepato-gastroenterologica, vol. 24, no 3,‎ 1977, p. 167-169 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  13. a et b John D. Herman, Everett B. Cooper, Akio Takeuchi, Helmuth Sprinz, « Constitutional hyperbilirubinemia with unconjugated bilirubin in the serum and pigment deposition in the liver », The American journal of digestive diseases, vol. 9, no 2,‎ 1964, p. 160-169 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  14. A.W. Wolkoff, L.E. Cohen, I.M. Arias, « Inheritance of the Dubin-Johnson syndrome », The New England journal of medicine, vol. 288, no 3,‎ 1973, p. 113-117 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  15. S. Bar-Meir, J. Baron, U. Seligson, F. Gottesfeld, R. Levy, T. Gilat, « 99mTc-HIDA cholescintigraphy in Dubin-Johnson and Rotor syndromes », Radiology, vol. 142, no 3,‎ 1982, p. 743-746 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  16. H. Ohkubo, K. Okuda, S. Iida, I. Makino, « Ursodeoxycholic acid oral tolerance test in patients with constitutional hyperbilirubinemias and effect of phenobarbital », Gastroenterology, vol. 81, no 1,‎ 1981, p. 126-135 (lien PubMed?, lire en ligne) modifier
  17. (en) A.S. Mia et al., « Unconjugated and Conjugated Bilirubin Transport in Normal and Mutant Corriedale Sheep with Dubin-Johnson Syndrome », Experimental Biology and Medicine, vol. 135, no 1,‎ octobre 1970, p. 33-37 (ISSN 1535-3702 et 1535-3699, lien DOI?, résumé)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]