Syndrome algo-dysfonctionnel de l'appareil manducateur

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Syndrome algo-dysfonctionnel de l'appareil manducateur (myoarthropathie)
Classification et ressources externes
Gray309.png
articulation temporo-mandibulaire
CIM-10 K07.6
CIM-9 524.60
DiseasesDB 12934
MedlinePlus 001227
eMedicine neuro/366  radio/679 emerg/569
MeSH D013706
MeSH C05.500.607.221.897.897
Wikipédia ne donne pas de conseils médicaux Mise en garde médicale

Le terme de syndrome algo-dysfonctionnel de l'appareil manducateur (SADAM) désigne les troubles de la musculature posturale (manducatrice), de la musculature masticatrice ou de l’articulation temporo-mandibulaire.

Définition[modifier | modifier le code]

Nomenclature[modifier | modifier le code]

Les autres termes synonymes sont :

  • dysfonction cranio-mandibulaire (DCM),
  • troubles temporo-mandibulaires (TTM),
  • algies dysfonctionnelles de l'appareil manducateur (ADAM),
  • dysfonctionnement de l'articulation temporo-mandibulaire,
  • syndrome algodysfonctionnel de l'articulation temporomandibulaire,
  • syndrome de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM).

Dans les pays anglo-saxons on utilise le terme « Temporomandibular Disorders » (TMD), en Suisse « Myoarthropathie » et en Allemagne « Kraniomandibuläre Dysfunktion ». L’ancien terme « syndrome de Costen » est tombé en désuétude. Le thérapeute principal de ce syndrome est le chirurgien-dentiste ou médecin stomatologiste, mais beaucoup d’autres disciplines médicales sont concernées.

Regroupements syndromiques[modifier | modifier le code]

Le syndrome algo-dysfonctionnel de l'appareil manducateur (SADAM) comprend tous les troubles douloureux et non-douloureux, dus à une dysfonction structurelle, biochimique ou psychique de la musculature masticatrice et/ou l’articulation temporomandibulaire. Parmi de nombreuses classifications, les „Critères diagnostiques de Recherche des Désordres Temporomandibulaires“ (CDR/DTM) de Dworkin et LeResche de l’année 1992[1],[2] sont les plus répandus et comprennent 2 axes :

Axe I : Diagnostic des désordres temporomandibulaires (Axe somatique)

  • Groupe I : Désordres musculaires
    • Ia : Douleur myofaciale, avec ouverture buccale normale de 45 à 50 mm entre les incisives antagonistes centrales.
    • Ib : Douleur myofaciale avec ouverture buccale limitée à moins de 40 mm. Parfois très limitée à quelque deux ou trois millimètres.
    • Ic : Douleur myofaciale avec ouverture buccale exagérée à plus de 60 mm. Cette forme correspond à la déglutition salivaire atypique et pulsive (béances dentaires), accompagnée d'une laxité importante des ligaments de l'ATM.
  • Groupe II : Déplacements du disque articulaire
    • IIa : Déplacements du disque avec réduction
    • IIb : Déplacement du disque sans réduction, avec limitation d’ouverture
    • IIc : Déplacement du disque sans réduction, sans limitation d’ouverture
  • Groupe III : Arthralgie, arthrite, arthrose. Celles-ci sont exceptionnelles.

Axe II : Incapacité reliée à la douleur et au statut psychosocial (Axe psychosocial)

  • Grade de douleur chroniques
  • Score des échelles de l’axe II

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (juillet 2012). Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Environ 8 % de la population présentent des symptômes du SADAM et seulement 3 % cherchent un traitement. Les enfants se plaignent rarement de ce syndrome, mais la prévalence augmente au cours de l’adolescence. Les femmes entre 15 et 45 ans sont les plus concernées, comme dans la plupart des maladies douloureuses. Après la ménopause, les signes diminuent et chez les personnes âgées, cette maladie est relativement rare.

Étiologie[modifier | modifier le code]

Dans la plupart des cas on ne peut pas identifier une étiologie précise du SADAM. C’est pourquoi l’on parle d’une pathologie multifactorielle avec toute une série de facteurs de risque qui peuvent prédisposer, déclencher ou perpétuer ce syndrome. Ces facteurs peuvent avoir une origine biologique, psychique ou sociale :

  • Déglutition salivaire atypique
  • Troubles de la posture face à la gravité terrestre constante
  • Disposition génétique
  • Hormones
  • Malformation des maxillaires
  • Trouble émotionnel (stress)
  • Expériences douloureuses
  • Hypervigilance
  • Traumatisme par accident
  • Traumatisme occlusal (une nouvelle prothèse par exemple)
  • Bruxisme
  • Troubles du sommeil
  • Syndrome dépressif/anxiété
  • Stress post-traumatique
  • Autres troubles psychologiques

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Éléments clefs[modifier | modifier le code]

Le diagnostic repose sur les éléments suivants :

  • interrogatoire médical soigneux avec des questionnaires adaptés[3].
  • examen clinique de l'ouverture buccale, de la musculature masticatrice, de l'articulation temporomandibulaire et de l'occlusion.
  • radiographie panoramique des maxillaires pour exclure des pathologies dentaires et maxillofaciales.
  • un ou plusieurs questionnaires psychométriques pour évaluer les troubles psychosociaux et les comorbidités.

Dans des cas spéciaux, le spécialiste peut avoir recours à des examens techniques, radiologiques ou psychologiques complexes et demander l’aide à d’autre disciplines médicales.

Signes cliniques[modifier | modifier le code]

La multitude des symptômes peut rendre le diagnostic compliqué. Ce diagnostic se simplifie en présence d'interpositions linguales entre les arcades dentaires (examen phonétique, examen de la déglutition salivaire, etc.) : la déglutition atypique est la prolongation, chez l'adulte, de la déglutition salivaire de l'enfant, ou déglutition infantile. Souvent la musculature masticatrice et/ou l’articulation temporomandibulaire (ATM) sont douloureuses au réveil matinal ou amplifiées par les repas (efforts musculaires liés à la mastication). D’autres signes peuvent être une ouverture limitée (fatigues musculaires, crampes), des craquements ou bruits articulaires (muscles ptérygoïdiens externes dyskinésiques), des douleurs dans les dents (bruxisme, serrement permanent des arcades dentaires), la bouche (glossodynie), la face (hyperactivité de muscles peauciers), les oreilles, la tête (muscles temporaux), la nuque (posture céphalique), la gorge (muscles sus-hyoïdiens et sous-hyoïdiens), le dos (posture du tronc), des problèmes avec l’occlusion dentaire (malpositions, usures, avulsions dentaires non compensées), etc.

Tous ces signes sont à mettre en relation avec la gravité terrestre (= constante) et une disparition progressives des phases de repos physiologique des muscles posturaux.

Diagnostics différentiels[modifier | modifier le code]

De nombreuses pathologies peuvent provoquer des douleurs dans la région de la tête et de la bouche. Dans des cas cliniques obscurs, des consiliums médicaux sont indispensables pour un diagnostic et une thérapie correcte.

Prise en charge thérapeutique[modifier | modifier le code]

La marche à suivre dans le traitement du SADAM est conservatrice et prudente, tant qu'un diagnostic clair n'aura pas été établi. Différents modes thérapeutiques peuvent être utilisés de façon individuelle, tout dépendant de la gravité de la pathologie. Un point commun est de rétablir des conditions physiologiques durables au niveau de la musculature posturale : allonger la durée du repos physiologique des muscles et limiter les mouvements parasites inutiles à la fonction masticatrice (muscles peauciers, postures céphaliques, oxygénation du sang, mouchages réguliers, sport, repos nocturne adéquat, etc.)

L’information du patient sur son syndrome et son diagnostic exact est le premier pas vers une relation thérapeutique amicale, confiante et rassurante. Des craquements ou bruits articulaires par exemple ne doivent surtout pas inciter le patient à avoir trop de soucis.

Dans beaucoup des cas des conseils simples pour modifier le comportement peuvent améliorer nettement les symptômes : nourriture molle, traitement au chaud ou au froid, sport, stretching, techniques de relaxation, stratégies pour réduire son stress par exemple.

Une gouttière occlusale est souvent ajustée par le chirurgien dentiste/stomatologiste pour tenter de relaxer la musculature et décomprimer l’ATM.

Un plan de morsure rétro-incisif provisoire pour réduire la distance trop grande qui sépare les mâchoires (déglutition atypique) et recréer, à la hauteur physiologique, les contacts et guidances qui permettent une phase suffisante de repos physiologique des muscles manducateurs. Ce traitement doit être poursuivi par des artifices prothétiques mécaniquement résistants.

La kinésithérapie est souvent utile pour réduire les tensions musculaires dans tout le corps et influencer de façon positive le traitement.

Des médicaments antalgiques, anti-inflammatoires ou myorelaxants sont rarement nécessaire pour arrêter le processus de la chronification douloureuse ou améliorer la qualité de vie.

La neurostimulation électrique transcutanée (TENS) réduit parfois la tension musculaire et les douleurs musculaires.

D’autres traitements comme l’acupuncture, l’infiltration des points trigger myofaciaux ou l'homéopathie[réf. nécessaire] peuvent aider à réduire les symptômes.

Des traitements dentaires, orthodontiques ou chirurgicaux invasifs ne doivent être pris en compte que dans les cas très bien documentés.

Évolution[modifier | modifier le code]

Dans la plupart des cas le SADAM est une maladie bénigne avec une tendance à la guérison parfois spontanée. Dans à peu près 10 % des situations, un diagnostic incomplet ou divers facteurs de risque mènent à une chronicisation douloureuse du syndrome, induisant des troubles psychosociaux importants qui nécessitent un processus thérapeutique de plus en plus complexe.

Hormones et douleurs[modifier | modifier le code]

Les fortes différences de vulnérabilité aux douleurs de la zone temporomandibulaire entre homme et femme[4] ont intrigué les médecins et les chercheurs, laissant penser que les hormones pouvaient jouer un rôle éthologique chez la femme et/ou protecteur chez l'homme.

Hormones féminines[modifier | modifier le code]

Les troubles temporo-mandibulaires (TMD) douloureuxsont plus fréquents chez les femmes et essentiellement de la période de la puberté au début de la période post-ménopause, ce qui évoquait un lien étiologique (causal) avec une ou plusieurs hormones reproductrices féminines[5].

Un étude cas-témoins a confirmé que le risque de TMD est environ 30 % plus élevé chez les femmes prenant des œstrogènes en hhormonothérapie pour le traitement de la ménopose par rapport à celles qui n'en prennent pas, avec une relation de type dose-réponse. La prise de contraceptifs oraux a étalement été associée à une augmentation du risque de TMD de 20%[6].

Le modèle animal (rat de laboratoire) semble avoir confirmé en 2008 cette hypothèse [7]. La nociception est augmentée chez la femelle à certaines périodes du cycle hormonal, en particulier quand son taux d'estradiol est au plus bas[7]. La même étude a montré que l'administration de l'estradiol ou de progestérone aux rates ayant subi une ovariectomie diminue significativement leur sensibilité à la douleur (nociception) de la zone tempomandibulaire[7], mais que combiner ces deux hormones n'amplifie pas l'effet antinociceptif induite par chacune d'elle, Ces résultats suggèrent que l'estradiol et de progestérone diminuent ATM nociception de manière indépendante[7].

Hormones masculines[modifier | modifier le code]

La prévalence beaucoup plus faible des douleurs temporo-mandibulaires persistantes et/ou aiguës chez les hommes a laissé pensé que la testostérone pourrait jouer un rôle protecteur contre ce type de douleurs. Les résultats de tests faits en laboratoire sur le rat mâle et femelle vont dans ce sens. Les rats mâles gonadectomisés se montrent plus sensibles à la douleur temporo-mandibulaires (induite par une injection de formaline) que ceux qui ne sont pas gonadectomisés (d'une manière qui semble comparable à la sensibilité naturelle des femelles à ce type de douleur). Cette hypersensibilité disparait avec une injection de testostérone (à condition que le taux de testostérone dans la sérum soit un peu plus élevé que le niveau physiologique normal). Une même injection est sans effet chez la femelle gonadectomisée[8].

L'injection d'estradiol a un effet similaire (abaissement du seuil de perception de cette douleur) chez les rats mâles gonadectomisés[9].

Ce phénomène semble lié à une production endogène d'opioides[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) S F Dworkin, L LeResche, « Research diagnostic criteria for temporomandibular disorders: review, criteria, examinations and specifications, critique », Journal of craniomandibular disorders: facial & oral pain, vol. 6, no 4,‎ 1992, p. 301-355 (ISSN 0890-2739, PMID 1298767, lire en ligne [PDF])
  2. [PDF] Jean-Paul Goulet, Sylvie Breton, Daniel Nachaat (trans.), « Critères Diagnostiques de recherche des Désordres Temporomandibulaires CDR/DTM », RDC-TMDinternational.org,‎ novembre 2002 (consulté le 25 juillet 2012)
  3. (en) Michael J Racich, « What are 3 key elements of the TMD patient interview? », Journal (Canadian Dental Association), vol. 75, no 3,‎ avril 2009, p. 197-198 (ISSN 1488-2159, PMID 19356317, lire en ligne [PDF])
  4. Fischer L, Torres-Chávez KE, Clemente-Napimoga JT, Jorge D, Arsati F, de Arruda Veiga MC, Tambeli CH '2008) The influence of sex and ovarian hormones on temporomandibular joint nociception in rats  ; J Pain. juillet 2008 ; 9(7):630-8.
  5. Jian Wang, Yonglie Chao, Qianbing Wan, Zhimin Zhu (2008), The possible role of estrogen in the incidence of temporomandibular disorders ; Medical Hypotheses Volume 71, Issue 4, October 2008, Pages 564–567 ([1])
  6. Linda LeResche, Kathleen Saunders, Michael R Von Korff, William Barlow, Samuel F Dworkin (1997) Use of exogenous hormones and risk of temporomandibular disorder pain ; Pain Volume 69, Issues 1–2, Janvier 1997, Pages 153–160 (résumé)
  7. a, b, c et d Luana Fischer, Karla E. Torres-Chávez, Juliana T. Clemente-Napimoga,Dany Jorge, Franco Arsati, Maria Cecília F. de Arruda Veiga, Claudia H. Tambeli (2008) The Influence of Sex and Ovarian Hormones on Temporomandibular Joint Nociception in Rats ; The Journal of Pain Volume 9, Issue 7, July 2008, Pages 630–638 (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1526590008004367 résumé])
  8. Fischer L, Clemente JT, Tambeli CH. (2007) The protective role of testosterone in the development of temporomandibular joint pain ; J Pain. 2007 May;8(5):437-42. Epub 2007-03-13. (résumé)
  9. a et b Fischer L, Arthuri MT, Torres-Chávez KE, Tambeli CH. (2009), Contribution of endogenous opioids to gonadal hormones-induced temporomandibular joint antinociception ; Behav Neurosci. 2009 Oct; 123(5):1129-40.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hong Chen, Gary Slade, Pei Feng Lim, Vanessa Miller, William Maixner, Luda Diatchenko (2012) Relationship Between Temporomandibular Disorders, Widespread Palpation Tenderness, and Multiple Pain Conditions: A Case-Control Study (Original Research Article) ; The Journal of Pain, Volume 13, Issue 10, Octobre 2012, Pages 1016-1027 (résumé)
  • Carolina B. Meloto, Priscila O. Serrano, Margarete C. Ribeiro-DaSilva, Célia M. Rizzatti-Barbosa (2011) Genomics and the new perspectives for temporomandibular disorders Archives of Oral Biology ; Volume 56, Issue 11, November 2011, Pages 1181–1191
  • Linda LeResche, Kathleen Saunders, Michael R Von Korff, William Barlow, Samuel F Dworkin (1997) Use of exogenous hormones and risk of temporomandibular disorder pain ; Pain Volume 69, Issues 1–2, Janvier 1997, Pages 153–160 (résumé)