Syndrome aérotoxique

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Le syndrome aérotoxique (également nommé « scandale de l'amiante de l'aviation[1] ») est un état pathologique mêlant symptômes physiques et neurologiques[2], causé par les effets à court et à long terme d'une exposition à de l'air de cabine d'avion contaminé par des huiles de moteurs atomisées ou d'autres agents chimiques[3].

Selon des députés du parlement européen, « cette contamination de l'air ambiant (en cabine) représenterait un risque pour la santé et la sécurité des milliers de passagers et de navigants voyageant quotidiennement à bord des avions de ligne »[4].

Causes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Médecine aéronautique.

À l'exception du nouveau Boeing 787[1], l'air de cabine d'un avion à réaction ou d'un turbopropulseur est en général l'air prélevé (bleed air) par les réacteurs de l'avion.

Cet air est réchauffé et compressé pour que l'environnement en cabine soit confortable. Des joints doivent permettre la séparation du lubrifiant des réacteurs et de l'air, mais lorsque ceux-ci ne sont plus effectifs (à cause de l'usure ou d'une mauvaise maintenance) l'huile se mélange à l'air chaud destiné à la cabine. L'huile des réacteurs contenant des produits toxiques comme le phosphate de tricrésyle, une émission de vapeurs toxiques en cabine[1] peut avoir lieu, provoquant des conséquences neurotoxiques chez certaines personnes.

Signes et symptômes[modifier | modifier le code]

Les symptômes possibles peuvent inclure[1] :

Les effets de l'exposition à des vapeurs toxiques varient selon les facteurs suivants[1],[5] :

  • temps d'exposition ;
  • intensité de l'exposition ;
  • niveau de toxicité (qui dépend de facteurs directs comme le produit chimique concerné, mais aussi de facteurs indirects comme l'humidité en cabine, la concentration de dioxygène et la présence éventuelle d'autres contaminants) ;
  • variabilité génétique de chaque individu.

Le lien de causalité entre le sang des équipages et la qualité de l'air dans les avions commerciaux a été établi par des chercheurs américains[6].

Cas d'équipages « contaminés »[modifier | modifier le code]

En 2006, des tests ont été effectués sur 27 pilotes par l'University College de Londres. Tous présentaient des taux anormaux de résidus de produits chimiques dans le sang[7]. Selon un docteur anglais, le syndrome aérotoxique est particulièrement grave pour les pilotes car il peut les priver de leurs facultés de concentration et de mémoire, voire les faire entrer dans un état de semi-conscience, ce qui peut se révéler fatal lors d'un vol[8].

Les équipages sont les plus exposés à ce syndrome du fait évident de leur métier. Les cas de pilotes victimes du syndrome aérotoxique sont nombreux. Le premier cas bien documenté est celui du navigateur d'un C-130 Hercules devenu handicapé en 1977, après des expositions fréquentes à des vapeurs toxiques[1].

Un cas majeur récent est celui du pilote anglais John Hoyte, exposé à de faibles doses d'air contaminé pendant 16 ans de carrière, ce qui a provoqué chez lui un phénomène de bioaccumulation avec comme conséquence de graves symptômes de fatigue chronique, pertes de mémoire récurrentes, vision déficiente, qui se sont soldés par sa retraite anticipée[7]. Ce même pilote fondera, en 2007, l'Aerotoxic Association avec d'autres personnes victimes du syndrome aérotoxique.

Le pilote suédois Neils Gomer a, de son côté, dit avoir dû mettre son masque à oxygène lors d'un vol « contaminé » pour éviter de subir une perte grave de ses facultés[7]. Un ancien pilote de Quantas a dit avoir eu les doigts paralysés lors d'un vol à cause des vapeurs toxiques des réacteurs[9]. Un cas est celui de l'incident de contamination de l'air en cabine d'un vol TuiFly le 4 juillet 2011, qualifié de « grave » par les autorités aériennes allemandes[10].

Enquêtes internationales[modifier | modifier le code]

Selon des organismes gouvernementaux, 1 vol sur 2 000 serait victime d'émission de vapeurs toxiques à différents niveaux de gravité mais ce chiffre est difficilement vérifiable car beaucoup de ces évènements ne sont pas signalés, volontairement ou non[1].

Plusieurs enquêtes sur le sujet ont été lancées, notamment par l'autorité australienne de sécurité de l'aviation civile, par le United States National Research Council[11] et des experts officiels anglais[7].

Le commissaire européen aux transports Antonio Tajani a annoncé que l'Agence européenne de la sécurité aérienne avait lancé un appel pour rassembler toutes les informations sur la question[4]. Une réunion s'est tenue à Londres sur le sujet en avril 2009[6]. Les délégués de cette dernière ont décidé de mettre en place un suivi sur la qualité de l'air dans les avions commerciaux[12]. Ce syndrome n'est pas encore officiellement reconnu en médecine aéronautique, du fait du manque d'informations, mais aussi des pressions des compagnies aériennes et constructeurs aéronautiques selon certaines sources[13].

Un groupe de l'Université de Cranfield a renoncé à publier un rapport sur le syndrome, à cause des partenariats qu'a l'université avec Airbus, BAE Systems et Boeing selon l'Aerotoxic Association[14].

Mesures[modifier | modifier le code]

La commission européenne a adopté la directive 89/391/EEC qui demande aux compagnies aériennes d'informer les équipages et travailleurs concernés sur les risques du syndrome aérotoxique.

La chambre des représentants des États-Unis a adopté le 21 mai 2009 un texte nommé Federal Aviation Administration Reauthorization Act qui encourage la recherche et le développement de technologies destinées à supprimer les toxines pouvant être contenues dans l'air d'un avion[12]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g « Au sujet du Syndrome Aérotoxique », sur Aerotoxic
  2. http://www.economist.com/blogs/gulliver/2013/02/air-quality-planes
  3. (en) Nicolas Mateesco Matte, Aerotoxic Syndrome, vol. 27, McGill University. Institute of Air and Space Law,‎ 2002, 86–87 p. (lire en ligne)
  4. a et b « Objet: Syndrome aérotoxique »,‎ 27 avril 2009
  5. [PDF] (en) « AEROTOXIC SYDROME: ADVERSE HEALTH EFFECTS FOLLOWING EXPOSURE TO JET OIL MIST DURING COMMERCIAL FLIGHTS »
  6. a et b Antoine, « Syndrome aérotoxique : l’air de la cabine à l’origine de troubles nerveux ? », sur Wair,‎ 1er mai 2009 (consulté le 6 juillet 2011)
  7. a, b, c et d (en) « Cabin fever: A bad case of Aerotoxic syndrome? »,‎ 17 mars 2009
  8. (en) « Aerotoxic syndrome », sur Doctor My Hill
  9. (en) « Former Australian pilot says toxic engine fumes made him sick »,‎ 11 juillet 2010 (consulté le 11 juillet 2010)
  10. (en) « Incident: TuiFly B738 near Faro on Jul 4th 2011, all crew felt unwell, oil fumes suspected »,‎ 6 juillet 2011 (consulté le 6 juillet 2011)
  11. Issu de la traduction de l'article anglophone de Wikipédia Aerotoxic syndrome
  12. a et b http://www.snpnc.org/sites/default/files/u/3/primary/pdf/ii_bs.09-10-122-div__rapport_dactivite_jul08-juin09.pdf
  13. Hale MA, Al-Seffar JA, « Preliminary report on aerotoxic syndrome (AS) and the need for diagnostic neurophysiological tests », Am J Electroneurodiagnostic Technol, vol. 49, no 3,‎ septembre 2009, p. 260–79 (PMID 19891417)
  14. (en) « Aerotoxic syndrome - Toxic airline cabin air could be making you sick »,‎ 17 juin 2010 (consulté le 11 juillet 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]