Symphonie nº 7 de Chostakovitch

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Ievgueni Mravinski dirigeant la Symphonie Leningrad.

La symphonie no  7 en ut majeur, op. 60, fut composée par Dimitri Chostakovitch en décembre 1941, alors qu'il était évacué à Kouïbychev. La création fut assurée pendant la Seconde Guerre mondiale, le 5 mars 1942 au théâtre d'opéra et de ballet de Kouïbychev par l'orchestre du Bolchoï de Moscou sous la direction de Samuel Samossoud. La symphonie est dédiée à la ville de Léningrad.

Fait rare pour une symphonie de Chostakovitch, l'œuvre est rapidement devenue populaire dans le monde soviétique comme à l'Ouest. Ceci s'explique par l'objet même de la symphonie, qui exalte la résistance contre l'envahisseur allemand. Moins universelle après la guerre, la symphonie a plus récemment été analysée comme une œuvre antistalinienne. L'intention de Chostakovitch reste cependant floue, puisqu'elle dépend particulièrement de la date de début de composition de la symphonie, mal connue. C'est une symphonie très harmonieuse et très poétique, à la fois pleine d'espoir et pleine d'émotions.

La symphonie, la plus longue du compositeur, est composée de quatre mouvements :

  1. Allegretto
  2. Moderato (poco allegretto)
  3. Adagio
  4. Allegro non troppo

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre : Symphonie no 7 en ut majeur, op. 60
    • Sous-titre : Leningrad
  • Composition : 1941
  • Création : 5 mars 1942 par l'Orchestre du Théâtre Bolchoï de Moscou sous la direction de Samouil Samossoud
  • Durée : 75 minutes

Orchestration[modifier | modifier le code]

La symphonie est composée pour flûtes (dont deux doublent à la manière d'un piccolo et d'une flûte alto), hautbois, un cor anglais, clarinettes, une petite clarinette, une clarinette basse, bassons, un contrebasson, cors, trompettes, trombones, un tuba, percussions (triangle, caisse claire, grosse caisse, cymbales, wood-blocks), xylophone, harpes, piano et cordes (la partition prescrit un minimum de 16 premiers violons, 14 seconds violons, 12 altos, 10 violoncelles et contrebasses.

Histoire[modifier | modifier le code]

Circonstances de composition[modifier | modifier le code]

On sait que la symphonie fut terminée le 27 décembre 1941. Des incertitudes demeurent cependant sur l'époque où Chostakovitch a commencé à travailler sur la partition, à Leningrad. Officiellement, la symphonie aurait été composée en réaction à l'invasion allemande, mais certains (comme Rostislav Dubinsky) pensent que le premier mouvement aurait déjà été terminé un an plus tôt.

« J'ai terminé il y a une heure la partition de deux mouvements d'une grande composition symphonique. Si je parviens à l'achever, si je parviens à terminer le troisième et le quatrième mouvement, alors peut-être je pourrais l'appeler ma septième symphonie. Pourquoi vous dis-je tout cela ? Pour que les auditeurs qui m'écoutent en ce moment sachent que la vie dans notre ville se poursuit normalement. »

Le troisième mouvement fut terminé le 29 septembre avant que Chostakovitch et sa famille ne soient évacués vers Moscou, le 1er octobre 1941, au plus fort des combats. Ils se retirèrent ensuite à Kouïbychev (aujourd'hui Samara) le 22 octobre, où Chostakovitch achève la partition en deux mois.

Création[modifier | modifier le code]

La création de l'œuvre est assurée à Kouïbychev, le 5 mars 1942, par l'orchestre du Théâtre Bolchoï dirigé par Samuel Samossoud. Le concert est retransmis dans toute l'Union soviétique et, plus tard, en Occident. La création moscovite a lieu le 29 mars 1942 dans la salle aux colonnes du Palais des Unions. Pour l'occasion, l'orchestre du Bolchoï est renforcé par l'orchestre de la radio de l'Union.

La partition est ensuite transmise sur microfilms à l'Ouest, via Téhéran. Parvenue en avril 1942, l'œuvre est créée en Europe, d'abord pour la radio par Henry Wood et l'Orchestre philharmonique de Londres, à Londres, le 22 juin 1942, puis en concert lors des Proms, au royal Albert Hall. La première américaine est effectuée le 19 juin 1942 à New York, par l'orchestre symphonique de la NBC, placé sous la direction d'Arturo Toscanini, lors d'un concert en studio diffusé sur les ondes nationales. Le lendemain, le « pompier » volontaire Chostakovitch fait la une du Time portant un casque de sapeur.

L'Orchestre philharmonique de Léningrad, réfugié à Novossibirsk, y exécute l'œuvre le 9 juillet 1942 en présence de Chostakovitch (également venu assister aux répétitions), puis de nouveau les 11, 12 et 15 juillet. À Léningrad, ville à laquelle la symphonie est dédiée, la création est effectuée le 9 août 1942, alors que le siège dure toujours, par l'Orchestre de la radio de Léningrad (seul orchestre à être resté dans la ville pendant les hostilités), sous la direction de Carl Eliasberg. Pour cela, la partition est introduite de nuit au mois de mars[1], puis une équipe de copistes fabrique le matériel d'orchestre avant que les répétitions ne puissent commencer. Les membres de l'orchestre bénéficient de rations alimentaires supplémentaires, tandis que des musiciens supplémentaires sont recrutés parmi les soldats pour pallier l'absence des artistes, évacués ou morts.[réf. souhaitée] Pendant le concert, la musique de Chostakovitch, conçue comme une arme psychologique, est retransmise par haut-parleurs dans toute la ville pour être entendue de la population et des troupes ennemies. L'artillerie allemande tenta d’en perturber l’exécution mais fut réduite au silence par des tirs de contre-batterie soviétiques, à la joie des Léningradois[2].

Quelque temps plus tard, le compositeur exprime ses remerciements pour l'intérêt témoigné à sa symphonie[3] :

« Dans notre pays, la symphonie a été jouée dans de nombreuses villes. Dans ma ville natale de Léningrad, c'est Karl Eliasberg qui l'a dirigée. Les Moscovites l'ont entendue plusieurs fois sous la direction de Samouil Samossoud. À Frounzé et Alma-Ata, la symphonie a été interprétée par l'Orchestre symphonique d'État sous la direction de Natan Rakhline. Je suis profondément reconnaissant aux chefs d'orchestre soviétiques et internationaux pour l'amour et l'attention qu'ils ont montré pour ma symphonie. Mais son interprétation par la Philharmonie de Léningrad dirigée par Ievgueni Mravinski a traduit le mieux mes idées d'auteur. »

Accueil public et critique[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre, l'œuvre demeure très populaire en URSS comme chez les Alliés occidentaux, en tant que symbole de la résistance russe face à l'envahisseur nazi. Elle est jouée 62 fois sur le continent américain pendant la saison 1942-1943 (États-Unis, Canada, Mexique, Argentine, Uruguay, Pérou). Certains critiques semblent toutefois désarçonnés par l'apparente brutalité de la musique. Virgil Thomson écrit ainsi que « cela semble écrit pour des esprits lents, pas très musiciens et peu attentifs.[4] »

Après le conflit, la vision de cette symphonie comme une œuvre de propagande soviétique outrancière a dominé à l'Ouest. Ce n'est que récemment que la symphonie Léningrad, comme d'ailleurs le reste de l'œuvre de Chostakovitch, a retrouvé une certaine popularité, et a été décrite comme une condamnation du totalitarisme, qu'il soit nazi ou communiste.

Notons qu'en URSS, la symphonie no 7 fut l'une des rares œuvres de Chostakovitch apparemment appréciées du pouvoir. Le compositeur reçut un Prix Staline pour elle, en 1942.

Analyse[modifier | modifier le code]

Chostakovitch, dans sa musique, explique la violence d'Hitler à travers la marche de l'armée allemande vers Leningrad

Allegretto[modifier | modifier le code]

La symphonie est surtout connue pour le thème dit « de l'invasion », de ce premier mouvement, une marche désinvolte de 18 mesures, accompagnée par un rythme répété à la caisse claire, est répété douze fois, de plus en plus fort, avec une exploitation de l'orchestre similaire à celle de Maurice Ravel dans le Boléro. Le thème de cette marche est adapté d'un motif enjoué de l’opérette La Veuve Joyeuse du compositeur autrichien Franz Lehar[5]. La marche dure environ onze minutes, et est traditionnellement analysée comme une représentation de l'envahisseur. Plus récemment, certains chercheurs ont décrit la marche comme un symbole de la destruction interne de l'URSS, en notant que le thème est formé de fragments de thèmes populaires russes. Volkov avance que le début timide de la marche indique un changement insidieux autant que la violence de l'invasion nazie. Flora Litvinova, amie du compositeur, a également déclaré l'avoir entendu dire que son travail ne portait « pas seulement sur le fascisme, mais aussi sur notre système[6] ». La marche s'achève brutalement, balayée par un adagio de basson à l'ambiance funèbre.

Moderato (poco allegretto)[modifier | modifier le code]

Le deuxième mouvement est un scherzo au caractère espiègle ou apeuré.

Adagio[modifier | modifier le code]

Le troisième mouvement est un adagio douloureux dominé par un registre bas et des harmonies en quartes et en quintes, poussé à son paroxysme dans des cantilènes de cordes.

Allegro non troppo[modifier | modifier le code]

Le finale, un mouvement triomphant interrompu par des passages sinistres, peut être interprété comme offrant un regard chargé d'ironie sur l'optimisme belliqueux censé présider à la pièce.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Béla Bartók rendit hommage à la symphonie Léningrad en citant le thème de la marche du quatrième mouvement dans son Concerto pour orchestre. Un clin d'œil interprété de diverses façons, comme une dénonciation du « mauvais goût » de Chostakovitch, comme un commentaire de Bartók sur la popularité excessive à ses yeux de la symphonie, ou encore comme un questionnement sur la place de l'artiste dans une société totalitaire [réf. nécessaire].
  • L'introduction du premier mouvement et le thème de l'invasion sont repris tous deux dans un épisode de l'anime japonais La mélancolie d'Haruhi Suzumiya.

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Direction Orchestre Année Label Note
Ievgueni Mravinski Orchestre philharmonique de Léningrad 1953 Melodiya
Karel Ančerl Orchestre philharmonique tchèque 1957 Supraphon
Ievgueni Svetlanov Orchestre symphonique d'URSS 1968 Scribendum
Kirill Kondrachine Orchestre philharmonique de Moscou 1975 Melodiya
Bernard Haitink Orchestre philharmonique de Londres 1979 Decca
Guennadi Rojdestvenski Orchestre symphonique du ministère de la culture d'URSS 1984 Melodiya
Valery Gergiev Orchestre philharmonique de Rotterdam et Orchestre du Kirov réunis 2003 Decca

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Orchestral manœuvres (part two). From the Observer
  2. Antony Beevor, La Seconde guerre mondiale, page 41.
  3. Outchitelskaïa gazeta du 10 septembre 1942
  4. Virgil Thomson dans le New York Herald Tribune du 18 octobre 1942
  5. Solomon Volkov, Témoignage : Les mémoires de Dimitri Chostakovitch, Paris, Albin Michel,‎ 1980, 327 p. (ISBN 2-226-00942-6), p. 31
  6. Wilson, p. 159

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dubinsky, Rostislav (1989). Stormy Applause, Hill & Wang 1989 (ISBN 0-8090-8895-9).
  • Fay, Laurel (1999). Shostakovich: A Life, Oxford University Press (ISBN 0-19-513438-9).
  • Volkov, Solomon (2004). Shostakovich and Stalin: The Extraordinary Relationship Between the Great Composer and the Brutal Dictator, Knopf (ISBN 0-375-41082-1).
  • Wilson, Elizabeth (1994). Shostakovich: A Life Remembered, Princeton University Press (ISBN 0-691-04465-1).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Sarah Quigley, La Symphonie de Leningrad, roman, traduction de The conductor par Sylvie Cohen, Mercure de France, 2013

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]