Symphonie nº 1 de Chostakovitch

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Symphonie n° 1 en fa mineur
Opus 10
Genre Symphonie
Nb. de mouvements 4
Musique Dmitri Chostakovitch
Durée approximative env. 30 min
Dates de composition 1925
Dédicataire Mikhaïl Kvadri
Création 12 mai 1926
Leningrad
Interprètes Orchestre philharmonique de Léningrad, Nicolaï Malko (dir.)

La symphonie en fa mineur, opus 10, est la première des quinze symphonies de Dmitri Chostakovitch et a été écrite entre 1924 et 1925 et créée l'année suivante, alors que le compositeur n'a que dix-neuf ans.

Composition[modifier | modifier le code]

Chostakovitch écrit cette symphonie pour son diplôme du Conservatoire de Leningrad entre octobre 1924 et fin juin 1925[1], à l'âge de 19 ans. Peu avant la création, Alexandre Glazounov lui conseille de retoucher quelques passages malsonnants à son goût; Chostakovitch accepte mais rétablit la version originale juste avant le concert[2].

La symphonie est dédiée à un ami proche de Chostakovitch, Mikhaïl Kvadri. Celui-ci ayant été arrêté en 1929 pour « activité contre-révolutionnaire », la dédicace disparaît la même année[3].

Création et réception[modifier | modifier le code]

L'œuvre connaît un grand succès lors de sa première, le 12 mai 1926, par l'Orchestre philharmonique de Léningrad dirigé par Nicolaï Malko qui déclare « tourner une nouvelle page de l'histoire de la musique »[2]. La symphonie est encore aujourd'hui considérée comme une des plus belles œuvres de Chostakovitch. La création en Europe occidentale eut lieu à Berlin le 6 février 1928 par Bruno Walter et la création américaine le 2 novembre de la même année sous la direction de Leopold Stokowski.

Orchestration[modifier | modifier le code]

La partition est écrite pour

Analyse[modifier | modifier le code]

La première symphonie est une pièce vivante et spirituelle. Elle rappelle certaines œuvres d'Igor Stravinski (comme Petrouchka) ou de Sergei Prokofiev. Certains de ses motifs proviennent même de compositions de son enfance. L'orchestration transparente à la manière d'un orchestre de chambre contraste avec les orchestrations plus sophistiquées à la manière de Gustav Mahler ou de quelques-unes des symphonies qui suivront. La symphonie est très unifiée, comportant plusieurs rappels mélodiques entre les mouvements.

Si le plan d'ensemble en quatre mouvement peut sembler académique, le modernisme de Chostakovitch pointe dans la progression harmonique brute et provocante ainsi que dans les principes de l'orchestration (solos des instruments à vent, percussions terrifiantes)[4].

Allegretto — Allegro non troppo[modifier | modifier le code]

La symphonie entière semble émerger d'une source unique dans l'introduction du premier mouvement qui devient une sorte d'épigraphe contracté: à l'intense phrase de trompette en sourdine, répondent les interventions plus rythmiques et perturbées du basson[4]. Le ton est donné : ce mouvement alterne lignes mélodiques et progressions rythmiques. La clarinette ouvre un allegro non troppo, soutenue par un lit de cordes métronomiques, à la manière d'une marche. Ce thème passe d'un pupitre à l'autre, aux trompettes et aux cors, et s'éteint sur des pizzicati des cordes. Après un solo de flûte en forme de valse, s'ouvre le développement où les deux thèmes principaux sont joués l'un contre l'autre; les bois entrent progressivement en scène et entraînent l'orchestre dans un tutti puissant. Les différents éléments thématiques sont ensuite rapidement repris pour finir sur le thème de l'introduction, à la clarinette. (cf. www.coge.org)[5]

Allegro[modifier | modifier le code]

Ce mouvement moto perpetuo est un scherzo qui continue sur la lancée ironique en l'intensifiant considérablement; le piano, inclus dans l'orchestre comme instrument à percussion, s'en dégage par moments. Le trio, rythmé et vertical, est interrompu mélodieusement par un thème secondaire dans lequel on peut entendre la conciliation et la paix d'une berceuse d'esprit populaire. Dans la reprise, Chostakovitch relie des thèmes assez contrastés de manière contrapuntique. Trois forts accords plaqués par le piano annoncent la coda.

Lento[modifier | modifier le code]

Le mouvement lent révèle la richesse de la veine mélodique de Chostakovitch, en même temps que le fond de douleur et de tragédie qui marque déjà sa personnalité. Les contrastes y atteignent des extrêmes. Semblable à un répit de courte durée des "accrocs" énergétiques des deux premiers mouvements, le troisième mouvement aurait très bien pu tourner au lyrisme. Mais la chaude et sincère cantilène du thème principal (au hautbois, puis au violoncelle solo) rencontre ici la froideur cadavérique du thème secondaire, écrit dans le genre d'une marche funèbre.

Allegro molto — Lento — Allegro molto[modifier | modifier le code]

Dans le vaste Finale, le grotesque, le lyrisme exacerbé, la violence alternent. De saisissants coups de timbales non accompagnés interrompent le cours du finale et réintroduisent, en renversement, un motif de six notes mis en vedette dans le Lento. C'est là que Chostakovitch manifeste le mieux son envergure, sa science de l’orchestration et la densité de son univers sonore. À côté de la fraîcheur juvénile des deux premiers mouvements, celui-ci fait apparaître un progrès considérable dans la maturité.

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Direction Orchestre Année Label Note
Kirill Kondrachine Orchestre philharmonique de Moscou 1972 Melodiya
Bernard Haitink Orchestre philharmonique de Londres 1980 Decca
Kurt Sanderling Berliner Sinfonie-Orchester 1983 Berlin Classics

Références[modifier | modifier le code]

  1. Whitehouse R, Notice de l'enregistrement de l'œuvre par le Royal Philharmonic Orchestra sous la direction de Vasily Petrenko, éditions Naxos
  2. a et b Guide de la musique symphonique, sous la dir. de François-René Tranchefort, Fayard, 1986, p. 175.
  3. Solomon Volkov, Chostakovitch et Staline, Editions du Rocher, coll. « Anatolia »,‎ 2004, 357 p. (ISBN 2 268 05327 X), p. 85
  4. a et b Daniil Petrove, texte d'introduction pour le coffret Kirill Kondrachine, Melodiya, 2006.
  5. (fr) « Symphonie n°1 en fa mineur, opus 10 - Dmitri CHOSTAKOVITCH (1906-1975) », sur www.coge.org (consulté le 25 juin 2010)

Articles connexes[modifier | modifier le code]