Symbole d'Athanase

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Le « bouclier » ou l' « écusson » de la Trinité, un sommaire visuel de la première partie du Symbole d'Athanase.

Le Symbole d'Athanase est aussi appelé Quicumque, de son premier mot, pour éviter la mention d'Athanase qui n'en est pas l'auteur mais à qui il fut attribué en domaine latin dès le VIe siècle et tout au long du Moyen Âge. Un grand nombre de raisons empêchent nettement une telle attribution, d'autant que saint Athanase était résolument opposé à tout symbole autre que celui de Nicée, si bien qu'il semble impossible qu'il se soit contredit au point d'en écrire lui-même un autre. Le nom d'Athanase ne signifiait d'ailleurs pas qu'il en fût l'auteur, mais que le symbole exprime la foi d'Athanase, champion de l'orthodoxie.

Il ne faut pas confondre le Quicumque et la profession de foi de l'Église d'Arménie dénommée également Symbole d'Athanase.

Le « Quicumque »[modifier | modifier le code]

Le « Quicumque » (parfois orthographié Quicunque) aurait été composé en latin au début du VIe siècle en Gaule méridionale[1].

La première mention qui en est connue se trouve dans un sermon de Césaire d'Arles[2]. De la Gaule, il rayonne dans les pays voisins, en Espagne, en Afrique ; en 633, le quatrième concile de Tolède, présidé par Isidore de Séville, en incorpore dans sa déclaration doctrinale des fragments ; il est signalé dans le canon du concile d’Autun tenu vers 670, sous l’évêque saint Léger ; au VIIIe siècle, Boniface l'introduit en Allemagne comme chant d'église ; il est connu en Angleterre. Hayton, d'abord abbé de Reichenau, puis évêque de Bâle, en impose la récitation chaque dimanche à prime, et Anskar, évêque de Brême, recommande en mourant de le chanter.

L'Église romaine l'a connu dès le IXe siècle, mais il ne pénétra que plus tard dans l'office romain. Aux Xe et XIe siècles, il n'est pas récité seulement le dimanche, mais tous les jours dans les églises de Gaule.

Le "Quicumque" n'appartient pas à l'Église grecque qui ne l'a connu que fort tard. La conception trinitaire qui y est exposée est fortement augustinienne. Il présente également de nombreuses ressemblances avec le Commonitorum de Vincent de Lérins[3].

Il fut utilisé par les latins lors de la querelle avec les grecs autour du filioque au IXe siècle.

Usage liturgique dans l'Eglise Catholique[modifier | modifier le code]

Détail d'un manuscrit: Chevalier portant le "Bouclier de la Trinité."

À l'office romain (chanoines et clergé séculier), il était récité à l'office de Prime, les dimanches après l'épiphanie et après la Pentecôte. Il n'est plus récité aujourd'hui qu'à l'office de prime du dimanche de la Sainte Trinité et à prime, tous les jours à l'office de certaines communautés monastiques.

Il est également récité ou chanté, dans tous les centres de l'Opus Dei, le troisième dimanche de chaque mois, avant ou après la méditation du matin[4].

Usage liturgique dans l'Eglise Gallicane[modifier | modifier le code]

Il est récité à la messe du Dimanche de la Sainte Trinité en lieu et place du Symbole de Nicée-Constantinople.

Lors des conciles ou synodes, il est récité publiquement en ouverture des débats.

Traduction française[modifier | modifier le code]

« 

Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s'il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l'éternité.

Voici la foi catholique : nous vénérons un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l'Unité, sans confondre les Personnes ni diviser la substance : autre est en effet la Personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit ; mais une est la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, égale la gloire, coéternelle la majesté.

Comme est le Père, tel est le Fils, tel est aussi le Saint-Esprit : incréé est le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit ; infini est le Père, infini le Fils, infini le Saint-Esprit ; éternel est le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit ; et cependant, ils ne sont pas trois éternels, mais un éternel ; tout comme ils ne sont pas trois incréés, ni trois infinis, mais un incréé et un infini. De même, tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit ; et cependant ils ne sont pas trois tout-puissants, mais un tout-puissant. Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ; et cependant ils ne sont pas trois Dieux, mais un Dieu. Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur ; et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs, mais un Seigneur ; car, de même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chacune des personnes en particulier est Dieu et Seigneur, de même la religion catholique nous interdit de dire qu'il y a trois Dieux ou trois Seigneurs.

Le Père n'a été fait par personne et il n'est ni créé ni engendré ; le Fils n'est issu que du Père, il n'est ni fait, ni créé, mais engendré ; le Saint-Esprit vient du Père et du Fils, il n'est ni fait, ni créé, ni engendré, mais il procède. Il n'y a donc qu'un Père, non pas trois Pères ; un Fils, non pas trois Fils ; un Saint-Esprit, non pas trois Saint-Esprit. Et dans cette Trinité il n'est rien qui soit avant ou après, rien qui soit plus grand ou plus petit, mais les Personnes sont toutes trois également éternelles et semblablement égales. Si bien qu'en tout, comme on l'a déjà dit plus haut, on doit vénérer, et l'Unité dans la Trinité, et la Trinité dans l'Unité. Qui donc veut être sauvé, qu'il croie cela de la Trinité.

Mais il est nécessaire au salut éternel de croire fidèlement aussi en l'incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ. C'est donc la foi droite que de croire et de confesser que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, de la substance du Père, engendré avant les siècles, et il est homme, né de la substance de sa mère, dans le temps ; Dieu parfait, homme parfait composé d'une âme raisonnable et de chair humaine, égal au Père selon la divinité, inférieur au Père selon l'humanité. Bien qu'il soit Dieu et homme, il n'y a pas cependant deux Christ, mais un Christ ; un, non parce que la divinité a été transformée en la chair, mais parce que l'humanité a été assumée en Dieu ; un absolument, non par un mélange de substance, mais par l'unité de la personne. Car, de même que l'âme raisonnable et le corps font un homme, de même Dieu et l'homme font un Christ. Il a souffert pour notre salut, il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts, il est monté aux cieux, il siège à la droite du Père, d'où il viendra juger les vivants et les morts. À sa venue, tous les hommes ressusciteront avec leurs corps et rendront compte de leurs propres actes : ceux qui ont bien agi iront dans la vie éternelle, ceux qui ont mal agi, au feu éternel.

Telle est la foi catholique : si quelqu'un n'y croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra être sauvé. »

Texte latin (version liturgique)[modifier | modifier le code]

« Quicúmque vult salvus esse,

ante ómnia opus est ut téneat cathólicam fidem:

Quam nisi quisque íntegram inviolatámque serváverit, absque dúbio in aetérnum períbit.

Fides autem cathólica haec est † ut unum Deum in Trinitáte, et Trinitátem in unitáte venerémur;

Neque confundéntes persónas, neque substántiam separántes.

Ália est enim persóna Patris, ália Fílii, ália Spíritus Sancti.

Sed Patris, et Fílii, et Spíritus Sancti una est divínitas, aequális glória, coaetérna majéstas.

Qualis Pater, talis Filius, talis Spiritus Sanctus.

Increátus Pater, increátus Fílius, increátus Spíritus Sanctus;

Imménsus Pater, imménsus Fílius, imménsus Spíritus Sanctus;

Ætérnus Pater, aetérnus Fílius, aetérnus Spíritus Sanctus;

Et tamen non tres aetérni, sed unus aetérnus;

Sicut non tres increáti, nec tres imménsi, sed unus increátus, et unus imménsus.

Simíliter omnípotens Pater, omnípotens Fílius, omnípotens Spíritus Sanctus;

Et tamen non tres omnipoténtes, sed unus omnípotens.

Ita Deus Pater, Deus Fílius, Deus Spíritus Sanctus;

Et tamen non tres Dii, sed unus est Deus.

Ita Dóminus Pater, Dóminus Fílius, Dóminus Spíritus Sanctus;

Et tamen non tres Dómini, sed unus est Dóminus.

Quia sicut singillátim unamquámque persónam Deum ac Dóminum confitéri christiána veritáte compéllimur: ita tres Deos aut Dóminos dícere cathólica relogióne prohibémur.

Pater a nullo est factus: nec creátus, nec génitus.

Fílius a Patre solo est: non factus, nec creátus, sed génitus.

Spíritus Sanctus a Patre et Fílio: non factus, nec creátus, nec génitus, sed procédens.

Unus ergo Pater, non tres Patres: † unus Fílius, non tres Fílii; unus Spíritus Sanctus, non tres Spíritus Sancti.

Et in hac Trinitáte nihil prius aut postérius, † nihil majus aut minus: sed totae tres persónae coaetérnae sibi sunt et coaequáles.

Ita ut per ómnia, sicut jam supra dictum est, † et únitas in Trinitáte, et Trínitas in unitáte veneránda sit.

Qui vult ergo salvus esse, ita de Trinitáte séntiat.

Sed necessárium est ad aetérnam salútem, ut Incarnatiónem quoque Dómini nostri Jesu Christi fidéliter credat.

Est ergo fides recta, ut credámus et confiteámur, † quia Dóminus noster Jesus Christus Dei Fílius, Deus et Homo est.

Deus est ex substántia Patris ante saecula génitus, et homo est ex substántia matris in saéculo natus.

Perféctus Deus, perféctus homo: ex ánima rationáli et humána carne subsístens.

Æquális Patri secúndum divinitátem: minor Patre secúndum humanitátem.

Qui licet Deus sit et homo, non duo tamen, sed unus est Christus;

Unus autem non conversióne divinitátis in carnem, sed assumptióne humanitátis in Deum;

Unus omníno non confusióne substántiae, sed unitáte persónae.

Nam sicut ánima rationális et caro unus est homo, ita Deus et homo unus est Christus.

Qui passus est pro salúte nostra, descéndit ad ínferos, tértia die resurréxit a mórtuis,

Ascéndit ad coelos, sedet ad déxteram Dei Patris omnipoténtis, inde ventúrus est judicáre vivos et mórtuos.

Ad cujus advéntum omnes hómines resúrgere habent cum corpóribus suis, et redditúri sunt de factis própriis ratiónem.

Et qui bona egérunt, ibunt in vitam aetérnam, qui vero mala, in ignem aetérnum.

Haec est fides cathólica, † quam nisi quisque fidéliter firmitérque credíderit,

salvus esse non póterit. »

Le symbole dit " d'Athanase " de l'Église d'Arménie[modifier | modifier le code]

La profession de foi de l'Église d'Arménie est le Symbole dit " d'Athanase " (qu'il ne faut pas confondre avec le "Quicumque"), dont l'usage liturgique fut adopté au VIe siècle en lieu et place du Symbole de Nicée. Conforme à l'"Hermeneia", un Symbole antérieur à 373 et déjà attribué à saint Athanase, il est relativement proche du Symbole de Nicée-Constantinople (381). L'attribution à saint Athanase d'Alexandrie, sans aucun doute inexacte, ne fut peut-être pas formelle mais put correspondre à l'usage ancien qui plaçait volontiers les écrits liturgiques sous l'autorité d'un Père de l'Église particulièrement estimé.

Les particularités du Symbole d'Athanase sont nées pour l'essentiel de l'usage qui était en vigueur en Orient jusqu'à la généralisation du Symbole de Nicée-Constantinople au VIe siècle : chacune des Églises avait sa propre formulation du symbole de la foi, constituée à partir d'une structure commune mais laissant place à des variantes parfois significatives (Symboles de Jérusalem, de Salamine, d'Antioche, de Mopsueste…). Lorsqu'un évêque entrait en charge, il envoyait à ses frères dans l'épiscopat le Symbole de son Église, que ceux-ci reconnaissaient avant d'admettre le nouvel évêque à leur communion.

Le texte du Symbole de saint Athanase.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'attribution à Fulgence de Ruspe semble écartée. (Dtc)
  2. Bardy Gustave. La prédication de saint Césaire d'Arles. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 29. N°116, 1943. pp. 217
  3. Dtc. op. cité
  4. De spiritu et de piis servandis consuetudinibus - Del Espíritu y de las Costumbres, Roma, 1990 9e édition- n° 72

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]