Syméon le Nouveau Théologien

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Syméon le Nouveau Théologien

Syméon le Nouveau Théologien (né en 949, mort le 12 mars 1022) est un spirituel byzantin et un des trois saints (avec l'Apôtre Jean et Grégoire de Nazianze) à avoir reçu le titre de « théologien » dans l’Église orthodoxe. Il est fêté le 12 mars.

Il est révélé à l’Occident dans la collection « Sources chrétiennes » par le métropolite orthodoxe Basile Krivochéine et le père jésuite J. Paramelle.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

La vie de Syméon nous est connue, outre les éléments autobiographiques contenus dans ses écrits, par son disciple Nicétas Stéthatos. Né en 949 à Galatai en Paphlagonie, dans une famille de petite noblesse provinciale, le futur Syméon est nommé Georges à sa naissance. Il se rend à Constantinople pour ses études et il est reçu chez un oncle, fonctionnaire impérial. À la mort de cet oncle, il tente d'entrer au monastère du Stoudion, mais il n'a alors que 14 ans. Il fait cependant la connaissance d'un moine qui deviendra son père spirituel : Syméon le Pieux ou Syméon le Studite.

Trop jeune pour être admis, il reste "dans le monde" jusqu'en 977, où il entamera une carrière politique.

En 976, il retourne brièvement en Paphlagonie pour régler sa situation de famille, et l'année suivante, il est enfin admis au Stoudion. L'higoumène Pierre le confie à la direction de Syméon le Pieux. Georges reçoit alors l'habit monastique et le nom de Syméon. Un an plus tard, il entre au monastère Saint-Mammas du Xerokerkos[1]. En 980, l'higoumène Antoine de Saint-Mammas le fait ordonner prêtre, et peu après, à la mort d'Antoine, c'est Syméon qui est désigné higoumène par le patriarche Nicolas.

L'influence de Syméon le Pieux, qui lui avait enseigné le goût de l’expérience spirituelle personnelle porte ses fruits. Sa vie spirituelle se purifie, s’approfondit, l’amène à une communion riche, lumineuse, personnelle avec le Christ Ressuscité. C'est aussi une période d'intense activité où il doit rénover les bâtiments du monastère, rétablir la discipline monastique. C'est de cette époque que datent les Catéchèses qu'il dispensa à ses moines. Son énergie, sa force de conviction ne lui font pas que des admirateurs : il eut aussi à se défendre d'une révolte d'une trentaine de moines, que le patriarche Sisinnius envoya en exil.

Quelques années plus tard, à partir de 1003, un procès lui est intenté par le métropolite Étienne de Nicomédie au prétexte, selon Nicétas Stéthatos, de la vénération que Syméon avait pour son défunt père spirituel Syméon le Pieux. En effet, depuis 16 ans, l'higoumène de Saint-Mammas avait introduit, à la date anniversaire du décès de son Père spirituel, un "office" à Syméon, selon une pratique courante. Sous cette pression, et en accord avec le patriarche Sergius, Syméon se démet de sa charge d'higoumène en 1005. Le procès aboutit en 1009 à une condamnation de Syméon à l'exil. Débarqué à Chrysopolis, sur la rive asiatique du Bosphore, il s'installe à Paloukiton, à proximité de la chapelle de Ste Marine avec quelques disciples. Il n’écrit plus, semble-t-il, que des hymnes. Il meurt en 1022

Réhabilité de son vivant par le patriarche de Constantinople, il demeure néanmoins à Paloukiton, où il meurt le 12 mars 1022. Il fut canonisé moins d’un demi-siècle après sa mort, l’Église se reconnaissant donc dans son témoignage.

Une expérience spirituelle dans un contexte ritualiste[modifier | modifier le code]

Au tournant de l'an Mil, l’Église en Orient comme en Occident tendait à s'identifier à une chrétienté d'Empire. Les rites devenaient ritualisme, l'expérience spirituelle se raréfiait. Alors qu'une soif de spiritualité allait secouer l'Europe sous la forme des mouvements contestataires cathares et bogomiles, au sein même d'un monastère de Constantinople Syméon et ses disciples portèrent témoignage dans l’Église de la liberté prophétique et de l’expérience de l’Esprit.

Quoique l'ordre hiérarchique soit, selon lui, une réalité nécessaire de l'Église, il ne lui confère pas pour autant - et en tant que tel - une autorité ; l'enseignement est réservé aux spirituels, qu'ils soient évêques, prêtres ou laïcs, moines ou non.

Sa théologie mystique[modifier | modifier le code]

La vision de la Lumière Incréée[modifier | modifier le code]

La théologie mystique de Syméon est une théologie de la Lumière incréée déjà enseignée par son Père spirituel et Paul de Latros. Ici encore, la théologie orientale de la Lumière qui se développe jusqu'à Gemiste Pléthon ne peut pas ne pas être rapprochée de la théosophie orientale de Sohrawardi et sa fameuse Lumière de Gloire. Mais aucune comparaison systématique n'a encore été tentée. En tous cas, à partir de Syméon, la vision de la Lumière incréée sera au centre de toute la théologie mystique byzantine. C'est une théologie intégralement visionnaire. Elle ne doit rien aux sciences profanes, à la spéculation intellectuelle, à la connaissance rationnelle. En ce sens la théologie mystique de Syméon est une vraie nouveauté. C'est peut-être la toute première doctrine purement mystique de toute la chrétienté.

La paternité spirituelle[modifier | modifier le code]

Le point de départ de cette théologie est la découverte de la paternité spirituelle, directement inspirée par le Saint-Esprit. Ce genre d'inspiration personnelle ne manqua pas de choquer les autorités religieuses, soucieuses de leurs prérogatives. La paternité spirituelle, à l'opposé de tout autoritarisme, repose entièrement sur la liberté de choix, la confiance et l'amour réciproque qui lie le père à ses fils dans l'esprit.

Le don des larmes[modifier | modifier le code]

Syméon n'en renonce pas pour autant à l'ascèse. Si la vision est bien un don du saint Esprit, la purification de l'âme reste nécessaire. Ascèse des sens, des passions. Si les passions ne sont pas combattues, l'union avec Dieu est impossible. L'ascèse entraîne le repentir et le repentir l'affliction. C'est la conversion de l'âme se reconnaissant pécheresse. Si le moyen de l'ascèse est le jeûne, l'expression du repentir sont les larmes. Syméon évoque souvent les larmes spirituelles comme « voie nécessaire de la purification du cœur et, par là, de la vision de Dieu et de l'union avec lui ». Mais les larmes sont un don accordé par Dieu à ceux qui le recherchent sincèrement. C'est le don des larmes qui finit par extirper les passions du cœur. Les larmes sont donc indispensables à la componction. « Les larmes purifient le cœur et font disparaître les grands pêchés ». C'est elles qui fertilisent notre cœur et le rendent apte à recueillir les fruits de l'esprit.

L'anticipation de la Vie Éternelle[modifier | modifier le code]

Cette anticipation terrestre de la vie éternelle, qui est l'un des thèmes de prédilection de Syméon n'allait pas sans provoquer des tensions. Que chacun puisse dès maintenant recevoir la Lumière incréée du Saint-Esprit, participation anticipée à la gloire éternelle des saints en scandalisait plus d'un qui reprochaient à Syméon de trop livrer les secrets d'une expérience à laquelle eux-mêmes ne participaient pas. Pourtant, Syméon considérait cette expérience comme normale. Loin de se limiter aux seuls moines, Elle s'adresse à tous, y compris " ceux qui vivent au milieu du monde ". Pour lui, tout homme peut vivre l’expérience de Dieu. Il ne s'agit pas de quelque chose d'exceptionnel, chacun devant « être mû par l'Esprit Divin et ressentir sa présence d'une manière perceptible à la conscience...au même titre que les Apôtres du Christ ». Les dons de la Vie Éternelle commencent donc maintenant. S'il fallait attendre la mort pour en jouir, la condition de l'homme après sa conversion serait pire qu'avant : il ne lui resterait plus qu'une vie sensible crucifiée, s'il est impossible d'accéder ici même à la vison de la Lumière incréée. Pire encore, si nous refusons les dons du Saint-Esprit dans cette vie, nous prenons le risque de les refuser à tout jamais, avant comme après la mort, éternellement.

D'autre part, la réception de la Lumière divine transfiguratrice quoiqu'elle se fasse au-delà du sensible, de l'intelligible, du noùs même, finit néanmoins par envahir l'être entier, pénétrant sa chair, ses membres, son corps, préfigurant alors la transfiguration du Christ déifié dans sa chair. Cette expérience n'est donc qu'une préparation à la Parousie intégrale et à la grâce immense qu'elle répand dans tout le cosmos.

La Transfiguration des Sacrements[modifier | modifier le code]

C'est dans cette vaste perspective que l’Esprit repose sur l’Église comme corps sacramentel du Christ. Le baptême pour être pleinement vécu devant être actualisé par une expérience consciente dans l’Esprit ; il en est de même pour l’Eucharistie. L'Eucharistie est une véritable communion au corps déifié du Christ. Ce n'est plus seulement le pain et le vin que le communiant reçoit, mais le feu divin lui-même. L'homme qui brûle de ce feu divin est comme le buisson ardent. Il brille et brûle mais ne se consume pas.

D'après de nombreux témoignages[réf. souhaitée], Syméon était lui-même ce qu'il enseignait.

Ses œuvres[modifier | modifier le code]

Fort de son expérience spirituelle, Syméon se sent tenu de faire rayonner la lumière. Il va devenir écrivain, poète. Il écrit ainsi, outre les Catéchèses , des Traités théologiques et éthiques des Chapitres théologiques gnostiques et pratiques des Lettres et des Hymnes , où, fait exceptionnel en Orient, il multiplie les données autobiographiques, non par complaisance, mais pour le partage. Tous ces textes sont accessibles en français dans la collection Sources chrétiennes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Syméon le Nouveau Théologien traduits en français[modifier | modifier le code]

  • Catéchèses, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", t. 1 : catéchèses 1-5, t. 2 : catéchèses 6-22, t. 3 : catéchèses 23-24, 1963-1965.
  • Chapitres théologiques, gnostiques et pratiques, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2° éd. 1980, 218 p.
  • Hymnes (vers 1009), Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 3 t., 1969-1973.
  • Traités théologiques et éthiques, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", t. 1 : traités théologiques 1-3, traités éthiques 1-3, 1966, 456 p. ; t. 2 : traités éthiques 4-15, 1967, 532 p.

Études sur Syméon le Nouveau Théologien[modifier | modifier le code]

  • Nicétas Stéthatos, Un grand mystique byzantin. Vie de Syméon le Nouveau Théologien (XIe siècle), trad. I. Hausherr et G. Horn, 1928
  • St. Symeon the New Theologian and spiritual fatherhood, E. J. Brill, Leyde, 1990, XVI-257 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le monastère Saint-Mammas de Constantinople était situé près de la porte du « Xerokerkos » ou du « Xylokerkos » du Mur de Théodose (actuellement Belgradkapi), d'où le nom de « Syméon de Xérocerque » utilisé dans d'anciennes publications.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]